06 décembre 2006
La Maison De Mon Père (6) - Un Petit Vélo Dans La Tête.
C’était une vraie expédition ce voyage vers la maison de mon père, le premier, mon premier été là-bas. Pour tout dire ça ressemblait à un départ en vacances d’enfance quand ma mère déménageait la moitié de l’appartement dans des valises par définition trop petites de toute façon. Au cas ou à destination il n’y ait pas de draps, de gros pulls car –on ne sait jamais- il peut neiger un 15 août, des casseroles mais vraiment uniquement parce que la gazinière ne rentrait pas dans le coffre, etc, etc… Mon père lui, s’énervait au pied de sa voiture, fixant excédé la trotteuse de sa montre à intervalles de plus en plus rapprochés dès que l’heure fixée du départ menaçait d’être dépassée. Bougonnant puis hurlant avec de moins en moins de patience le prénom de ma mère comme si ça allait suffire à nous faire partir plus vite. Levant les yeux au ciel devant la quantité de bagages à faire rentrer dans le coffre. Râlant, jurant, pestant après les valises au moment du chargement…
Pour mon propre départ je me contentais quand même d’un peu moins. Quoique… Juste un sac à dos dans le dos (étonnant non ?). Dans la main gauche, Titi-le-parisien, mon chat qui n’aime pas voyager et que j’avais dû courser en retournant tout mon appart’ pour le faire rentrer dans sa boite à chat. Et accroché à la dernière épaule encore libre mon VTT démonté dans sa housse. Voyagez léger, tu parles… ‘Sais pas comment j’ai réussi à avoir mon train à l’heure ce jour là. Je sais juste que j’y étais monté quelques secondes à peine avant le départ, avec tout mon barda, ayant transpiré 5 litres d’eau à force de courir pour arriver à temps, balafré de quelques griffures félines sur la trogne pour décorer. Tout pour faire peur aux petites mamies dans le train !
Ben quoi ? Je n’allais pas laisser Titi tout seul entre quatre murs pendant 3 semaines, lui aussi avait bien mérité un séjour à la campagne et pourquoi pas, rencontrer quelques copines bretonnes.
Quant au VTT, il était le sauf conduit de mes escapades afin de survivre à un séjour prolongé dans la maison de mon père. La soupape pour laisser s'échapper la pression accumulée. Le moyen d’arriver un peu en retard aux repas. La possibilité de contourner les sacro saintes habitudes en m’en allant "de bon matin, sur les chemins, à bicyclette"... et échapper à Julien Lepers. De pédaler derrière les courants d’air qui là-bas ne manquent pas, plutôt que d’attendre une quelconque curiosité parentale qui ne vient pas.
Ce précieux VTT, acheté avec l’argent qu’une fois –la seule- mon grand-père m’avait donné, un peu avant son grand départ à lui, j'y tiens. Grâce à lui, j’allais me coltiner de méchantes côtes autant que des dégoulinantes de sentiers descendant vers la plage. J’allais visiter le Mont Saint Michel en traversant les prés salés et les troupeaux de moutons dans un décor de western Armoricain. Et le retour allait m’achever puisque je n’avais pas réalisé qu’avec ce zef de furieux en pleine face j’allais devoir appuyer sur les pédales comme un stakhanoviste du Tour de France en cure de détox’ d’EPO.
Mais comme d’habitude, j’avais aussi mon plan B, mon intention cachée, mon tour de magie à tiroir. Je voulais tordre le cou à la voiture garée tout près de la maison de mon père.
Car la tuture de mon père, c’est sacré !!! Ca a toujours été. La bagnole c’était le truc de mon père. Et si ça l’est un peu moins aujourd’hui je devine que c’est uniquement parce que ses moyens ne lui permettent plus de s’offrir le jouet motorisé qui lui plairait. La voiture il s’en servait beaucoup pour travailler. Et le changement de voiture programmé tous les 3 ans devait marquer de manière certaine les étapes de l’ascension sociale qui était promise à sa génération plus souvent qu’aujourd’hui. Avec les responsabilités et l’âge, les voitures de mon père sont devenues plus grandes, plus puissantes, plus chères. Sa voiture lui servait de bateau sur roues, un chez lui à lui tout seul ou il avait tout pouvoir et toute liberté. Comme un parc pour mioche devenu grand, avec tous ses jouets dedans : un moteur qui fait vroum vroum, un auto radio quand c'était encore un produit de luxe (vous vous rappelez ?), un volant en bois façon sport, le Gault & Millau à portée de main, etc...
Une voiture qu’il fallait admirer, qui était bichonnée et élevée au rang de quasi divinité mécanique. Pas question de mettre du sable ou de la terre sur les tapis de sol. Pas question de claquer trop fort les portières. Pas question de vouloir s’arrêter toutes les deux heures. Pas question de faire le zouave à l’arrière. Pas question de ne pas trouver la nouvelle voiture moins bien que la précédente, même si caler mon mètre quatre vingt dans un coupé était moins pratique que dans une quatre portes. Pas question de…
Quant à voyager, pour mon père ça consiste à prendre sa voiture pour aller d’un point à un autre, en s’arrêtant pas trop souvent, pas trop longtemps, sauf pour déjeuner à 12h30 (quoiqu’il supporte un léger décalage d’un quart d’heure dans ce seul cas de figure routier). La visite de quelque-chose-quelque-part consiste à garer la voiture le plus près possible du lieu choisi, ou mieux de rester à l’intérieur pour admirer le paysage. En tout cas, certainement pas à perdre son temps en batifolages inutiles, en promenades ridicules, ou en baguenaudages incohérents et incompatibles avec le timing prévu (dîner à 19h30, faut rentrer à l’heure).
La retraite n’arrangeant rien à ses habitudes granitiques bien ancrées dans sa caboche bretonne, comment faire pour convertir mon père à l’usage de la petite reine, même en portion congrue ? Je misais quelques espoirs malgré tout sur mon joli VTT jaune canari, fort séduisant et pas si voyant que ça après tout si on porte des lunettes de soleil. Ne croyez pas que je sois un fou furieux du cyclisme, avec cuissard pour faire pipi tout en roulant, maillot à harmonie de couleurs vomitives, lunettes solaires profilées à la MatricycleX... Très peu pour moi les cyclotouristes fous que je vois déboulés l'été en troupeaux entiers visiter la région ou se trouve la maison de mon père.
Pour lui faire prendre goût à quelques promenades décontractées je tentais quelques approches pédagogiques et raisonnées, argumentant que puisqu’il n’aime pas marcher, plutôt que prendre sa voiture pour aller acheter sa baguette quotidienne, une balade de 5 minutes en vélo ne prendrait pas plus de temps et serait profitable à sa santé et au maintien d’une silhouette de jeune homme grâce à ce petit exercice quotidien et ultra léger (même pas un faux plat jusqu’à la boulangerie). L’argument sport et santé ne fût pas convaincant.
Je tentais une approche esthétique ! Il y a de beaux sentiers, des tas de promenades à faire, pourquoi tu ne prendrais pas mon VTT de temps en temps pour aller faire la sieste sous un pommier, ou partir bouquiner au bord de l’étang, ou tout simplement faire une balade ! Echec total.
A bout de ressources je tentais en dernier recours le bon vieux chantage affectif : mais ça me ferait plaisir moi, et comme ça on pourrait faire des promenades ensemble. Ou, tu pourrais aller jusqu’au bateau avec ton frère puisqu’il a aussi un vélo. Bernique (comme on dit là-bas) !
Alors après mon passage, mon fidèle VTT a élu domicile dans la remise attenante à la maison de mon père. Il attend patiemment chacune de mes visites pour reprendre vie. Quand j’arrive, j’enlève les toiles d’araignée qui ont élu domicile sur la housse qui le recouvre pendant l'hiver et on repart tous les deux à la découverte de tous les recoins du pays, on va faire les courses, on va sur la grand-place acheter un journal et se poser au café d’en face, on se promène sur les sentiers pour cueillir des mûres dans les ronciers, etc, etc.
Et s’il y en a parmi vous qui s’étonnent que je n’ai jamais eu de voiture, ni même le permis d’ailleurs, et bien ce que je peux vous dire c’est que : moi ça m’étonne pas.

28 novembre 2006
La Maison de Mon Père (5) - Le Trou dans l'Eau.
Ce post est spécialement dédicacé au grand protecteur du triton à crête (il se reconnaîtra) dont j’ai cru comprendre qu’il appréciait la série des « Maisons de », et à tous les participants de la soirée de vendredi soir dernier.
Sortons un instant de la maison de mon père que vous commencez d’ailleurs à bien connaître. Car mon père a en fait une deuxième maison. Et je nous en avais même pas encore parlé dis donc !
Elle n’est d’ailleurs pas loin de la première, juste à quelques kilomètres de là, près d’une plage car on est en Bretagne rappelez-vous. Et qu’est ce qu’on fait en Bretagne ? Non, on ne va pas à la plage, enfin… pas vraiment pour se baigner, je suis bien placé pour le savoir : j’essaie à chaque fois et tout ce que j’arrive à faire c’est à ramener un début de pneumonie. Les bretons aiment faire du bateau, donc c’est bien un bateau qui est la deuxième maison de mon père.
Car le rêve contrarié de mon père était de devenir marin. Il s’est rattrapé sur le tard, et est donc devenu « grand mousse » puis co-armateur avec son frère quand ils ont repris le bateau de leur skipper préféré avec qui ils partaient affronter les éléments marins déchaînés. Et comme le disent les Anglais, un bateau est un trou dans l’eau qu’on remplit avec des billets de banque. C’est pourquoi mon père doit donc trouver du temps, de l’argent, et tout le reste pour « Le Bateau » ! Et je le soupçonne fort d’y trouver bien d’autres choses. En bon pirate de sa propre existence il y emmène à bord la cuisine qu’il n’aime pas faire, le potager qui se fait tout seul dans son jardin, le plaisir d’habiter une maison flottante qu’il veut bien cette fois faire sienne. En faisant son trou dans l’eau il y trouve le bon moyen d’y loger ses fantômes d’une vie terrienne, les regrets d’années passées en curieux équipage familial. D’y noyer les amarres de souvenirs encombrants et de flotter comme un bouchon sur la solitaire quiétude de l’océan en compagnie des naufragés du Bounty, de Barberousse, des aventuriers solitaires à la Moitessier ou Tabarly. La paix peut lui apparaître alors par vaguelettes.
Alors là, je me dis, qu’avec Le Bateau je vais enfin connaître la vraie maison de mon père. Et ça tombe bien, quand je viens il est bien rare qu’il ne m’en parle pas de Le Bateau : le bateau par ci, le bateau par là ! Et oui, que je veux bien aller faire un tour en bateau, évidemment. Tant pis s’il faut marcher dans la vase au petit matin, pour attendre ensuite la marée haute pendant 4 heures. Peu importe si la faim venant il faudra avaler un de ces horribles Bolino à se demander comment un diplômé de l’école hôtelière etc… Aucune importance si le mal de mer me fait ensuite polluer la côte Bretonne à coups de Bolinos semi-digérés (beurk). Pas grave si la nuit sur le bateau consiste à dormir dans ses fringues humides tandis que les drisses battent la mesure toute la nuit à coups de gling-gling métalliques et anti-somnifères contre le mat. On s’en fiche s’il faut apprendre des mots ésotériques : babord, tribord, winch, border, affaler, lofer… Et ne jamais en prononcer certains autres –mais alors jamais- comme « lapin » ! Et essayez donc d’appeler un cordage étalé sur le pont un… cordage !!! Malheureux ! C’est un bout (prononcer boute) ça ! Non, vraiment aucune importance. Je suis prêt ! Enfin plus ou moins.
Donc, lorsque je viens passer quelques jours dans la maison de mon père, j’entends bien plus souvent parler de cette maison n°2 qu’autre chose. Mais –eh oui, il y a un mais – cette maison là est hantée. Comme un château écossais, le navire du hollandais volant, ou le cerveau de Dieudonné (rien à voir mais ça me plaisait de le dire). Il y a une malédiction dès qu’il s’agit que je m’embarque sur le bateau-maison de mon père. Un coup le temps est trop mauvais ou les horaires des marées pas favorables. Un autre il y a un trou dans le bateau, une pièce à changer ou à réparer, une visite au chantier, la date de l’hivernage qui arrive, la peinture à refaire, de l’électronique à remplacer, une voile à retaper… Pour l’instant ce bateau, je ne suis monté dessus, qu’au court cours d’une balade en vélo le long de la côte, histoire de vérifier s’il existait vraiment, si ce n’était pas une maquette à grande échelle juste pour faire croire que. Et bien c’est vrai. Il existe pour de vrai !
D’ailleurs vu le volume d’activité qu’il déclenche c’est tout sauf un bateau fantôme finalement. Pendant que j’attends l’hypothétique sortie en mer en allant acheter et détruire tous les Bolinos en vente dans un rayon autour de 10 kilomètres autour de la maison de mon père, celui-ci part chaque jour ou presque visser, couper, scier, réparer, démonter, installer, coller… sa maison n°2. Et les vacances passent, mais je ne jette toujours pas mon sac à bord moi. Pendant ce temps le trou dans l’eau se remplit lentement mais sûrement. Mais trop tard, voilà venu le jour du retour. Alors ce sera pour une prochaine fois, à moins qu’il ne me faille une nouvelle fois me contenter de donner une petite tape sur la coque de Le Bateau amarré dans sa baie en attendant une petite sortie en mer.
Et pourtant, vous le savez sans doute, la Bretagne est un pays habité par les esprits Celtes. Alors ça pourrait bien être un coup des trolls corsaires locaux, les Jean Bart, les Surcouf dont l’un des bateaux s’appelait Le Revenant. Car une semaine après mon départ, à la faveur d’une tempête, Le Bateau rompt ses amarres et s’offre une croisière en solitaire sans aucun équipage. Sans dommage pour lui, les habitants s’étant aperçu qu’il prenait la poudre d’escampette l’ont rattrapé à temps. Depuis, il y a beaucoup de monde pour signaler à mon père et son frère qu’ils ont personnellement prêté main forte pour que leur maison n°2 ne coule pas en se fracassant contre les rochers (on appelle ça une fortune de mer, ça doit être quand le trou dans l’eau engloutit d’un coup tous les billets de banque). Alors, forcément tout cela se termine par de toujours plus nombreuses tournées générales de remerciement pour le sauvetage au café du coin. Mais moi je sais bien que Le Bateau est juste parti faire un tour pour me faire un clin d’œil et me prévenir que lui aussi m’avait attendu et que la maison de mon père est sans doute plus habitée qu’il n’y paraît.

23 novembre 2006
La Maison de Mon Père 4 - L'Art de la Table.
Dans la maison de mon père certaines choses sont absolument sacrées. Des règles auxquelles il ne faut jamais déroger. L’une d’entre elle est le repas. Rien de bien original à priori. Certes la maison de mon père a beau ne pas être tout à fait en France puisqu’elle est en Bretagne, c’est quand même tout près de ce pays ou -comme chacun sait- la bouffe est sacrée.
Donc, dans la maison de mon père, quand sonnent 12h30 et 19h30, c’est l’heure de la messe alimentaire. En mer le soleil et l’étoile polaire sont les repères du navigateur. Dans la maison de mon père, ces deux horaires sont les repères immuables de chaque journée. Et gare à celui qui tenterait de subvertir légèrement l’impeccable horloge biologique qui sonne par des gargouillis d’estomac caractéristiques. Si cela se produit la mine de mon père s’allonge, il semble souffrir affreusement, un malaise l’envahit, ses mains se tordent et il commence à tourner en rond mais pas rond… Bref, ça se passe mal. La fin des infos régionales de France 3 est l’extrême limite de l’acceptable. Ensuite il faut passer à table !
Admettons.
A chacun ses habitudes, ses petites ou grandes manies, et celle-ci en vaut bien d’autres. Alors tant pis, adieu l’insouciance des vacances, le plaisir de manger ou pas, quand on a faim ou pas, longuement ou rapidement, en dedans ou en dehors des repas.
Dans la maison de mon père il faut faire des concessions à l’ordre établi. Allons donc nous mettre à table ! Après tout, quelqu’un qui attend avec tant d’impatience l’heure bénie du repas, en fait certainement une sorte de célébration ! Un de ces moments gustatifs ou la cuisine est un plaisir, un moment partagé, et ou la recette la plus simple est une joie à déguster parce qu’elle a été attendue avec impatience.
En fait, rien de tout cela. Vingt minutes plus tard le repas est terminé, expédié, comme une formalité. Vous avez mangé ? A l’heure ? Très bien, vous pouvez circuler jusqu’à la télé.
Mais ce n’est pas qu’on mange mal dans la maison de mon père, n’allez pas imaginer une chose pareille. Car mon père est un cuisinier hors pair, un as, une toque, un diplômé de l’école hôtelière même. C’est dire ! Mais je vous vois venir…
Rholala… il se moque alors qu’en 20 minutes il engloutit les bons petits plats préparés de main de maître par son petit papa et grand chef. Eh bien vous n’y êtes pas. Car rien n’ennuie plus mon père que de faire la cuisine. A se demander pourquoi l’heure du repas est si importante ? Si il existait une pilule magique permettant de se passer de manger, il serait probablement volontaire pour tester le protocole médical. De mémoire je ne l’ai vu faire une vraie recette qu’une seule fois dans ma vie : un canard à l’orange de légende, pas seulement parce qu’il était réussi mais parce que c’était bien la seule et unique fois.
Dans cette maison de mon père là on ne mange pas monsieur, on se nourrit.
Alors souvent, je me dis, après tout, s’il n’est pas trop possible de torturer le maître dans sa maison en rentrant tard de la plage, en transformant la conséquence d’une grasse matinée en petit déjeuner-déjeuner, en déplaçant la table de la cuisine dans le jardin et toutes ces sortes d’hérésies qui ne sauraient se produire, il y d’autres moyens d’agir.
Par exemple si c’est moi qui fais la cuisine.
Le premier choc est celui de l’ouverture du frigo. Le frigo de la maison de mon père est une sorte d’armoire à froid zen. A l’intérieur un morceau de fromage, une salade et parfois même deux ou trois œufs remplissent à eux seuls le grand frigo blanc et virginal. Il faut bien reconnaître que ça limite le choix des recettes ! Alors généralement, mon premier boulot de cuisinier dans la maison de mon père consiste à faire des courses. Ah, ça, c’est qu’il faut voir sa tête quand je reviens et que je range dans sa cuisine des tomates, des pêches, des carottes, des radis, des crevettes, une sauce au curry, des yaourts, des cornichons doux, des poivrons, des olives, des fraises… A la tête qu’il fait, c’est comme si j’étais devenu un Attila ayant pillé tous les magasins de la région à moi seul. Il faut dire qu’au passage je le prive de l’achat quotidien de ses 6 pommes de terre et de ses 2 blancs de poulet. Et par là même de l’autre rituel immuable de son excursion vers les courses du jour.
Mais c’est qu’il ne faut pas que je traîne ! N’oubliez pas que j’ai un horaire à respecter moi ! Le repas doit être prêt à l’heure sous peines de déclencher les tourments évoqués plus haut. Ca ne va pas sans mal. Car je n’ai pas un chronomètre dans l’estomac, et encore moins pendant les vacances. Ce qui compte c’est le résultat de cette recette de crevettes et de légumes à l’Indonésienne, et si c’est prêt à 12h45 au lieu des 12h30 sacrées et bien… tant pis !
La conséquence est fatale. Si j’annonce la veille que je vais annexer la cuisine de la maison de mon père, alors les craintes et les premiers symptômes le saisissent bien avant l’heure prévue du repas : « Et tu vas faire quoi ? Et tu dois aller faire des courses ? Et c’est compliqué ta recette ? Et tu préfèrerais pas la faire une autre fois (sous-entendu « ça a l’air d’être long, et vu l’heure à laquelle tu te lèves ! »), etc, etc…
A peine suis-je rentré des courses, l’inspecteur des travaux finis intervient déjà alors que les dits travaux n’ont même pas commencé : « Houlala t’as acheté tout ça ? Mais c’est pourquoi faire ? Et tu vas éplucher beaucoup de légumes ? » Assez rapidement je suis obligé de prendre des mesures radicales : déclarer sa cuisine zone interdite à mon père jusqu’à l’heure du repas (12h30 je vous le rappelle encore aussi, y a pas de raison que ça soit que moi). Mais rien n’y fait. Plus l’heure fatidique approche, plus les incursions faussement bonhomme se multiplient : qu’est ce c’est, qu’est ce qu’il a, qu’est ce qu’il fait celui-là ? Et que je te soulève le couvercle des casseroles, que je t’ouvre la porte du four, que je regarde s’il ne manque rien sur la table, que je viens voir, que je repars et reviens 5 minutes plus tard, et que, et que… Tous les prétextes sont bons.
Mais toutes les bonnes choses finissent par arriver un jour. Le repas est prêt, avec un peu de retard car j’aime bien mettre mon grain de sel quand même ! On s’assoit à table et rien que ça paraît lui être un immense soulagement : on va enfin manger ! Ouf ! On l’a échappé belle ! Et généralement dans ce cas là, j’en connais un qui ne boude pas son plaisir, car s’il n’aime pas cuisiner, il aime manger. Si c’est juste bon il me demande la recette (qu’il ne fera jamais sauf dans une version hyper édulcorée), et se ressert deux fois en terminant par un « on a bien mangé dis donc ». Si c’est vraiment réussi alors en plus il raconte quelques anecdotes du temps ou il allait manger chez Troisgros, ou Bocuse ou des repas préparés par le cuisinier d’Eddy Barclay. Et il termine par un « on a bien mangé alors ! ».
Le repas est fini, on peut sortir de table. Mais il reste toutefois un dernier rituel immuable dans la maison de mon père : il doit faire la vaisselle tout de suite après le repas… Et tout de suite, c’est tout de suite… Car en fait je sais bien qu’après avoir profité de ce repas, un autre grand plaisir vient pour lui : le prochain repas. Car déjà commence l’attente et l’immense soulagement de savoir que le prochain repas se déroulera alors dans le credo exact et immuable en vigueur dans la maison de mon père. Car dans la maison de mon père, l’important n’est pas de manger, l’essentiel est d’être à table à l’heure dite.

21 novembre 2006
George et Moi.
Il y a des profs qui pensent avoir de bonnes idées, mais qu’est ce qu’une bonne idée ?
Cette prof de Français de 5ème n’était ni meilleure ni pire qu’une autre, mais c’était ma prof de Français. Donc il fallait bien que je fasse avec. Faire avec, n’est ce pas une des choses les plus importantes qu’on apprend à l’école finalement ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de profs qui s’en rendent compte : faire avec eux les profs, faire avec les autres élèves, les cours, les horaires, les devoirs… Pffff… Tout un apprentissage pour plus tard, quand il faudra faire avec l’entreprise, les patrons, les sous-chefs, les salaires, les transports en commun, la déclaration d’impôt, le repassage… C’est ce qu’on baptise un peu pompeusement la « socialisation » j’imagine. J’en garde beaucoup d’indulgence pour ceux qui conservent de petits travers propres aux asociaux.
Donc, cette prof de Français.
Elle s’était entichée d’une idée : nous habituer à prendre la parole en public. Elle avait prévu une sorte d’exercice grandeur nature qui devait avoir lieu devant d’autres profs, les élèves, les parents d’élèves… Une sorte de prépa aux classes prépa –une pré-prépa- dès fois que certains d’entre nous envisageraient une future carrière politique. Ce qu’aucun d’entre nous à ma connaissance n’a entrepris. C’est dire si cette classe ne comptait que des gens intelligents.
Pour égayer l’exercice, notre prof de Français avait décidé de faire appel à quelque chose d’un peu stimulant pour nous. Pour que ça nous intéresse il fallait que ça soit jeune ! Sinon autant essayer de déclamer l’annuaire pendant que toute l’assistance pionce. Elle s’était creusé la tête notre prof’, pour découvrir que ce qui intéresse les élèves c’est… la musique. Waouw ! Découverte majeure ! Il suffirait donc qu’on fasse notre truc sur des textes de chansons.
Mais pas n’importe quelles chansons !
Notre prof avait décidé qu’on ferait notre spectacle oratoire sur des chansons de Brassens !
Brassens !!!
Un chanteur super à la mode pour des élèves de 5ème…. C’est bien simple, plutôt que Téléphone ou Trust, on chantait tous forcément du Brassens dans la cour de l’école évidemment ! Et puis faire ça à Brassens franchement… Obliger des gamins à déclamer du Brassens à l’école ! Il aurait sûrement aimé ! Mais bon, c’était la grande époque des profs Socialos à collier de barbe, qui se pensaient super moderne en faisant entrer Brassens à l’école. Bientôt, pendant le 1er septennat de Mitterand il y en aura quelques uns des profs à collier de barbe qui deviendront ministres, et qui resteront chiants. Ils devaient l’écouter Brassens c’est sûr, mais visiblement, au fond, ils n’avaient rien entendu de ses chansons.
Donc j’étais super heureux de devoir déclamer du Brassens en public !
Brassens était peut être respectable, mais c’était surtout un vieux, adoré des profs, avec sa guitare sèche qui faisait « ploink, ploink », sa voix qui faisait « pom, pom ». Il ne manquait plus que les charentaises. Vraiment pas le truc rock’n roll. On était loin « d’antisocial tu perd ton sang froid… » de la bande à Bernie Bonvoisin.
Pour tout dire, on s’en foutait de Brassens !
Et puis j’étais un rebelle moi, et un timide aussi. Et même, j’étais rebelle parce que j’étais timide. Alors pas question que je me mette à pérorer du Brassens en public. On a beau être un mioche de 5ème on a déjà un sens affirmé de sa propre dignité. J’avais donc décidé qu’il n’était pas question que je me prête à cette mascarade, et puis ça m’arrangeait.
Hélas, ma prof de Français –qui pourtant n’avait pas de collier de barbe- restait sourde à mes récriminations, et coupant court à mes objections passa directement aux menaces habituelles. Il fallait donc que je m’exécute : Brassens, putain, merde… Brassens !
Pour montrer ma mauvaise humeur, je décidai de ne rien préparer, en rebelle timide que j’étais. Pendant 2 jours, chaque élève sauf moi sélectionna donc un texte avec la prof, histoire d’être prêt.
Le jour J arrive. Il y a une estrade, le public, les élèves se suivent les uns derrière les autres. Chacun déclame son truc : l’eau de la clairefontaine, auprès de mon arbre, les copains d’abord, chanson pour l’auvergnat… C’est très chiant. Le public –comme c’était à prévoir- s’emmerde ferme. Il n’y a que ma prof de Français et ses collègues à collier de barbe qui ont l’air d’être très contents d’eux. Il leur faut vraiment pas grand-chose…
C’est mon tour. Toujours aussi content d’être là, j’attrape le recueil de textes de mon prédécesseur. J’ai même pas mon propre bouquin, j’ai rien préparé, en bon rebelle timide. Je monte sur l’estrade en arborant ma bouille ronchon (les ados ont toujours une bouille ronchon prête à l’emploi à chaque instant). J’ouvre le recueil des chansons de Brassens comme ça vient et complètement au hasard, je commence à lire le 1er texte qui me tombe sous les yeux :
C’est à travers de larges grilles
Que les femelles du canton
Contemplaient un puissant gorille
Sans souci du quand dira t’on
Avec impudeur ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que rigoureusement ma mère
M’a défendu de nommer ici …
Hum… Intérieurement je me demande quel sale coup étaient en train de me faire Brassens et le hasard réunis. Extérieurement, je remarque quelques têtes dans l’assistance qui semblent sortir de leur torpeur. Je poursuis :
…
Le singe en sortant de sa cage
Dit en sortant c’est aujourd’hui que j’le perd
Il parlait de son pucelage
Vous aviez deviné j’espère…
Sur mon estrade je commence à rougir. Il y a des âges ou on est encore pudique malgré les rodomontades de cour d’école. Déclamer du dépucelage devant un public adulte n’est pas chose facile, surtout pour un rebelle timide. Si le but de l’exercice était de surmonter ses craintes à parler en public, le hasard m’a bien pris à mon propre piège.
Je lève un peu les yeux pour voir ce qu’il se passe dans l’assistance. A cette époque lointaine, sans porno stars invitées à la télé, sans filles en Aubade sur les murs, mais avec des gens scandalisés par un Coluche disant « merde » à la radio, je remarque qu’il y a de plus en plus de têtes maintenant bien éveillées.
Deux clans distincts semblent se former. Les tronches hilares qui se marrent autant –sinon plus- du texte de Brassens que de la tronche rougissante de ce gamin en train de déclamer Gare Aux Gorille. Et puis les tronches scandalisées des autres : quoi ? Que se passe t’il dans l’enceinte sacrée de l’école publique gardienne de la morale de nos chers petits ? Sous la rigolade, le scandale de ma lecture couve.
Je regarde vers les profs. Certains rigolent en douce. Mais le clan des colliers de barbe et ma prof de Français ont l’air atterrés et abasourdis. La silhouette cylindrique surmontée du visage rougeaud du directeur se dirige vers eux. Cet Auvergnat qui aurait fait démentir à Brassens sa chanson éponyme a l’air furibard. M’est avis, que les tronches en biais de l’assistance ont déjà du le griller, et qu’il vient régler son compte aux responsables de cette provocation pornographique.
Grâce à Georges je tiens ma vengeance :
…
La suite serait délectable
Malheureusement je ne peux
Pas la dire et c’est regrettable
Ca nous aurait fait rire un peu
Car le juge au moment suprême
Criait maman, pleurait beaucoup
Comme à l’homme ou le jour même
Il avait fait trancher le cou

17 novembre 2006
Blog Not !
Devant le peu de temps dispo pour rédiger des posts forcément passionnants (hum, hum…), voici un peu de saupoudrage bloguien. Dès fois, il ne me passe pas grand-chose par la tête vous savez…
Naissance.
J’ai des z’amis (mais oui…), pour certains on se connaît depuis la 6ème, mais bon… la vie, vous savez… tout ça. Bref, on ne se voit pas souvent, mais on s’arrange une fois par an pour célébrer nos retrouvailles (vaille que vaille), sur le lieu de nos escapades estudiantines. A grand renfort de bière, et nourriture qui tient au corps avec des frites autour. Ben quoi ! J’ai dit « escapades estudiantines » !
Bref, au hasard d’un mail prévoyant une de nos retrouvailles rituelles, l’un d’entre nous envoie aux autres la photo de son bébé tout neuf. Je ne vous raconterai pas la vie mouvementée de ‘Tof, sinon que tout le monde ignorait cette nouvelle page de son histoire. Alors croyez-moi, la photo du « boudchou » m’a fait un choc, et m’a collé un sourire me faisant 20 fois le tour de la tête.
Manu Larcenet
Meurtre.
J’interromps ce post –déjà- pour aller fumer une clope.
Ma collègue d’en face –fort sympathique au demeurant- vient de m’infliger ½ heure de conversation téléphonique privée, ponctuée toutes les 30 secondes d’un rire qu’on qualifiera de « top cagole » (c’est une sudiste). Et maintenant elle boulotte son céleri rémoulade en sonorama THX.
Y a des trucs comme ça, ça énerve sans qu’on sache d’où ça vient. On se sent prêt à hurler, et à exercer des pressions physiques considérables, dommageables pour le corps d’autrui… Je me retiens. J’en parlerai un jour, à un divan. Ca pourrait m’apprendre des choses. Tiens !!! Ou est passé le sourire qui me faisait 20 fois le tour de la tête !?
Vertitude.
Oyez, oyez braves gens ! Les années qui viennent seront vertes et écolo, ou sinon elles ne seront –littéralement- pas. Kyoto et Douala, film d’Al Gore, Nicolas Hulot for Vice-President, Allègre le Mammouth Mal Pensant, etc, etc… Nous voilà prévenus.
Pour ne pas sombrer définitivement dans notre dernier feu d’artifice de consommation effrénée, il va falloir revoir de fond en comble nos mauvaises habitudes, partager nos richesses, prendre soin de nous et de notre planète. Comme nos écolos officiels sombrent dans le ridicule et se montrent incapables de représenter une force politique, ce sont nos candidats droite-gauche qui s’empoignent : viens vers moi Nicolas Hulot, chez moi l’herbe sera plus bio et plus verte cher électeur, je mettrais l’écologie au centre de notre société ami citoyen, voilà un grand projet pour la France de demain cher Français et cher Française… Bien ! Merveilleux !
Mais…
Il y a une semaine, Vendredi 10 Novembre, avait lieu à l’Assemblée Nationale la discussion sur le budget du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable.
Six (6 !!!) députés étaient présents sur 577 possibles.
Le budget du Ministère de l’Ecologie représente 0,4% du budget de la France.
No comment.
Cabu
Les 4 derniers Mousquetaires.
Ils ne sont plus que quatre. Le cinquième, le 1er en fait puisque c’était le plus vieux, est mort. Je parle des derniers poilus. Ces morts pour la France par millions qu’on rappelle chaque année à notre mémoire, et encore plus ces derniers temps, dans notre époque préoccupée d’histoire, de nationalité, de civisme et citoyenneté, de racines et de valeurs. La grande guerre, cette chose qu’on ne peut imaginer, se représenter ou comprendre vraiment.
Ce truc dont la République Française fait symbole, si prompte à faire de ses commémorations en tout genre, ses célébrations, ses jours du souvenir, ses défilés… sa religion d’état censée nous réunir et nous rassembler dans nos valeurs fondatrices (chanter ici un petit couplet de la Marseillaise).
Donc, Maurice Floquet –c’était son nom- est mort de sa belle mort à 111 ans. La veille de l’anniversaire de l’armistice du 11 Novembre, comme un pied de nez à une grande guerre dont on ne sortirait vraiment que les pieds devant, toujours.
A ses obsèques, j’entends ce matin, qu’il n’y aura que le préfet du coin. Aucun ministre ou responsable des (de plus en plus) anciens combattants. Aucun candidat présidentiel pourtant si prompt à dégainer la rengaine Nationale. Même pas Finkielkraut ou Pascal Bruckner, hin hin hin…
Alors : Mort aux cons, et vive La Chanson des Poilus
…/…
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés
…/…
Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est bien fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra vot' tour messieurs les gros
D'monter sur le plateau
Et si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau
Tardi
J’lai pas lu !
Non je ne l’ai pas lu le bouquin dont tout le monde parle, le Goncourisé : Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Et je ne crois pas que je le lirai.
Un truc me gêne.
Bien sûr un écrivain a le droit d’écrire ce qui lui plaît, comme ça lui plaît. C’est son privilège et son devoir. Mais ce à quoi s’attelle J.Littell c’est à vouloir montrer la banalité du mal, au travers de ce qui représente pour beaucoup la figure du mal absolu : le nazi. Sauf que pour cela, il ne choisit pas un personnage banal !
Son Max Aue, est certes un personnage de fiction que Littell représente comme homo, incestueux, meurtrier (il tue sa femme et ses meilleurs amis) et assassin industriel pour le nazisme. Il en fait également quelqu’un d’éduqué et de cultivé, socialement élevé pour montrer que la culture et la richesse ne sont pas une garantie absolue contre la barbarie. Ce en quoi malheureusement il ne nous apprend rien.
Ce qui nous apprend peut-être quelque chose, c’est le succès de son livre.
Et de la fascination qu’exerce sur nous les messieurs/mesdames tout le monde qui deviennent un jour monstres inhumains : les Hitler, les Staline, les Pol Pot, les Mao, les Pinochet, les Massu et les Aussaresse en Algérie, les Papon, les Barbie, les Bush, les Milosevic, les Hussein, les Khomeini, les Ben Laden, etc, etc…
Vous avez remarqué ? On est capable de citer leurs noms bien plus facilement que de nommer leurs victimes !? Des victimes –comme toujours- au fond nous ne voulons rien savoir. Trop de guerres, trop de massacres, trop de Kosovars, de Tutsis, de camps d’extermination, d’Abu Graib, de morts, de World Trade Center…
Mais approcher par la fiction la tentation d’être un individu capable d’assassiner sa voisine en train de machouiller bruyamment son céleri rémoulade, parce que ça énerve tu vois ! Là oui !
Lire le livre de J.Littell, c’est regarder sa face la plus sombre dans le miroir tout en détournant les yeux du spectacle. Pourtant, il faut rappeler que Max Aue et les vrais nazis ont une différence fondamentale avec les messieurs/mesdames tout le monde d’aujourd’hui comme ceux des années 30-40.
Max Aue et les nazis sont passés à l’acte.
C’est la seule différence, mais c’est TOUTE la différence qui font que je ne veux pas lire ce livre qui commence par : « Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s'est passé. » Max Aue est en quelque sorte mon frère. Car oui, rien ne me garantit totalement –hélas- qu’un jour, sous des circonstances précises, je ne serais pas capable d’un moment de barbarie. Mais ce sont les actes de Max Aue qui font qu’il échappe au moment ou il les commet à la notion d’humain. Et qu’il ne pourrait redevenir humain qu’au prix de la pleine compréhension de ce qu’il a commis. Ce qui ne se produit pas, ni pour lui, ni pour les nazis réels qui ne sauraient supporter la vérité de leurs actes, et vivront toute leur vie dans le déni de leurs actes et de leur responsabilité.
Alors ?
Lisez plutôt les excellents bouquins d’espionnage du père de Jonathan Littell : Robert Littell. C’est mieux !
Charb
Youpi !
Bonne nouvelle, Daniel Goossens revient !
J’adore les BD de Daniel Goossens, sa philosophie loufoque avec des personnages à gros nez. Une dose de Daniel Goossens vous plonge avec hilarité dans les abîmes de perplexité tout droits sortis de l’implacable logique humaine en train de se casser la gueule sur une peau de banane. Je vais me précipiter sur « Panique Au Bout du Fil », c’est du régal en perspective (et je dépose ce magnifique slogan à l’Inpi).
Ce que je ne savais pas c’est que par ailleurs, Daniel Goossens est chercheur en intelligence artificelle. Peut être que ceci explique cela ?
Goossens
Roule Ma Poule.
Un ex-collègue de boulot, grande gueule et néanmoins ami s’est fait poisser par la police : 140 km/h sur une route limitée à 90 km/h. Retrait de permis instantané. Rideau.
A part ça il habite une région ou a été tourné un reportage que j’ai vu.
Des gendarmes y expliquent que la première réclamation qu’ils reçoivent des habitants du coin concerne les chauffards qui déboulent dans les villages à toute blinde, sans respecter les limitations : ça suffit, c’est inadmissible, que fait la police, tout ça…
Ils se sont donc appliqués à faire des contrôles radars aux entrées et sorties des villages. Constat : une large majorité des excès de vitesse constatés sont commis par les habitants des dits villages eux-mêmes…
C’est pas charitable, mais je me dit : « bien fait ! ».
Boulirexique.
La vie commence a vraiment être mal faite. D’un côté on nous promet une planète peuplée de trop gros et très malades si on continue à s’alimenter comme on le fait nous les riches. De l’autre, l’anorexie gagne du terrain et est - paraît-il - la deuxième cause de mortalité chez les ados de chez nous aujourd’hui.
A part les USA, l’espérance de vie continue pourtant à progresser dans les pays industrialisés, surtout comparée à l’Afrique et à la Russie. Il est vrai qu’elle progresse pour nous, ainsi que le coup de traitement de nos maladies modernes. Pas grave… Ca fait de la croissance et des emplois : je t’incite à malbouffer – tu consommes. Je t’incite à faire de l’agriculture et de l’élevage intensif – tu consommes. Je te vend des traitements coûteux pour traiter tes maladies de la malbouffe et tes intoxications de l’agrico-chimie biologiquement modifiée – tu consommes.
Pas si tu es pauvre : les accords proposés depuis 5 ans par l’OMC pour généraliser les médicaments génériques et donc pas cher sont torpillés par les pays les plus riches ou sont installés l’industrie pharmaceutique. Si tu paies pas, tu consommes pas.
Ce matin, j’entends dans ma radio qu’un mannequin Brésilien est mort d’anorexie. Elle pesait 40 kilos pour 1m70 et n’avait pas 20 ans suivant les règles en vigueur de la mode. Sans défenses immunitaires suffisantes, une simple infection urinaire a suffit à la tuer.
Même radio, quelques minutes plus tard, l’union des grandes marques de cosmétiques Français fait sa pub. C’est une sorte de parodie de Blanche Neige. La blanche neige en question, à la fin refuse la pomme de la sorcière parce qu’à la place elle a un rouge à lèvre ou un fond de teint trucmuche.
Un rouge à lèvre (d’une grande marque précise le spot débile) plutôt qu’une pomme !
CQFD ?
La Paix des Missiles.
Notre pays s’est énervé très fort contre Israël, qui organise des simulacres d’attaques aériennes au dessus des casques bleus Français au Liban Sud, et au dessus des bâtiments de la marine au large du Liban.
Il s’en serait fallu d’un cheveu avant qu’on n’envoie un missile à nous fracasser un avion à eux. Convocation de l’ambassadeur Israélien. « Ceci n’est pas tolérable » dixit notre Ministre de la Défense. Démenti du gouvernement Israélien qui chercherait surtout dit-on à évaluer le fonctionnement électronique de nos joujous guerriers, tout en continuant à se promener au-dessus d’une zone qui leur est pourtant interdite. Averto : la prochaine fois, on jouera à la guerre pour de vrai. Ca va chier !
Beaucoup de bruit autour de cette histoire, mais beaucoup moins sur le fait que la France se classe au 3ème rang mondial de la vente d’armes dites « classiques » après la Russie et les USA avec 1 753 millions de dollars en 2003 (source Sipri). La France, vend ses armes à des pays soumis à embargo sur ces marchandises par l’Union Européenne : le Myanmar et la Chine (de grandes démocraties) le Soudan (acteur clé de la guerre dans le Darfour : 300 000 morts, 3 millions de déplacés).
Euh alors ?
Deux avions Israéliens qui font joujou au dessus de la Finul qui prévient qu’elle va faire joujou avec ses missiles Mistral !!! Eh ben quoi ! Un missile Mistral coûte 170 000 Euros pièce (source Sénat). Alors faisez gaffe les Israéliens !
Parce que c’est bon pour not’ crouassance !
Riss
09 novembre 2006
Le Voyage à Oaxaca.
Oaxaca. Au Mexique. En ce moment, Oaxaca au Mexique c’est la révolte, les barricades dans les rues par toute une partie de la population, qui demande maintenant le départ du gouverneur de l’état pour toutes sortes d’abus et obtient l’arrivée des forces de sécurité fédérales pour mettre fin à la situation (pour plus d’explications c’est là et en photos c’est ici). 
Photo : AP/Eduardo Vertugo
Comme j’ai eu la chance d’aller au Mexique et à Oaxaca, ce sont des nouvelles qui m’ont beaucoup attristées, quoique pas forcément surprises. Alors j’ai retrouvé mon carnet de voyage. Voici ce qu’il racontait d’Oaxaca[1] à quelques semaines de l’an 2001 :
… J’ai l’impression d’être vraiment au Mexique par rapport à l’immensité de Mexico D.F[2]. L’endroit est très beau, un peu trop même ! On se croirait dans une carte postale ! Le zocalo[3] est bordé de grands arbres, il y fait frais, le ciel est très bleu, l’ambiance est douce, l’architecture est magnifique… Les petites rues, les maisons coloniales peintes de couleurs vives… Il y a des libraires, des galeries d’art et des boutiques d’artisanat en nombre. Le coin est très visité, par les touristes et les voyageurs. Alors la ville est très cosmopolite : Mexicains, Américains, Européens… Etudiants, Paysans, Indiens, jeunes cadres Mexicains… Tout cela se mélange dans les rues et se retrouve sur le zocalo, au marché, à déambuler sous les arcades, dans le parc, pour écouter de la musique, discuter attablés à l’un des nombreux cafés…
C’est une ville qui séduit et dont on a envie de tomber amoureux. Le genre d’endroit ou on arrive pour quelques jours et ou l’on reste quelques années. En plus on dirait que toutes les jolies Mexicaines vivent à Oaxaca !
… Ce matin je prend un petit déjeuner sur le zocalo, un petit déjeuner Oaxaquinien fait d’une crêpe au mole[4] et au poulet cuite dans une feuille de bananier et avec des œufs Mixtecos parce que j’ai faim… Promenade dans Oaxaca, plein de photos, pleins de choses à voir. J’entre dans pleins de bâtiments qui s’ouvrent sur des cours intérieures, couvertes de fleurs et de cactus plantés dans des pots. Souvent il y a des fontaines et des bancs pour pouvoir s’installer au frais. Certaines cours sont décorées d’azulejos[5]. Le soir j’écoute un peu de musique sur le zocalo, on dirait qu’il y a un concert tous les soirs, sans compter la musique qui déborde des bars et des boites ou se retrouve la jeunesse dorée Mexicaine (vu les fringues et les voitures, il s’agit visiblement de la jeunesse dorée).
A part la musique, les Mexicains sont friands de manifestations. Ils manifestent pour tout, les sujets semblent ne jamais manquer : revendications politiques ou sociales, pour la terre (qu’il s’agisse de la posséder ou de la préserver)… La manif a l’air d’être un principe civil fréquent et admis dans la société Mexicaine, mais on y sent souvent une virulence qui ne demande qu’à trouver l’occasion de s’exprimer. Ca ferait rêver nos syndicats ! Et par exemple aujourd’hui ce sont les écoles qui manifestent, avec police municipale et fanfare en tête. Une manif’ « bon enfant » forcément ! Cette fois il s’agit de manifester pour faire respecter le code de la route.
Les enfants traversent la ville sur leurs vélos, leurs tricycles auxquels sont accrochés des ballons multicolores. Les ados sont dans les fanfares, les mamans et le personnel scolaire accompagnent les gamins avec pancartes et drapeaux et chaque école défile comme ça l’une derrière l’autre. Je repère même une école qui se nomme Yves Piaget, du nom du psychologue pour enfant… Plus tard je verrais une manif d’étudiants pour réclamer un élargissement du nombre d’inscrits en fac. Il y a des choses qu’on peut retrouver partout… En tout cas, dès que quelque chose ne va pas –et les raisons n’ont pas l’air de manquer – les Mexicains manifestent.
Mais ils ne font pas que ça. A Oaxaca (comme à Mexico D.F.), une chose que j’ai remarqué, c’est la manière dont les amoureux Mexicains s’embrassent. Ce ne sont ni des bisous rapides et furtifs, presque avortés façon couple en course du week end. Ni des bisous supra langoureux et qui n’en finissent pas façon retrouvailles d’amants de 5 à 7. Non, ce sont des baisers très simples mais très tendres, échangés plus que donnés. En tout cas, ils sont presque toujours accompagnés de cette petite vibration subtile qui fait plaisir à ressentir.
Puisque je n’ai pas de baiser à me mettre sous la dent à cet instant je vais prendre un chocolat au Terranova, un chocolate caliente. Servi très épais et un peu parfumé à la canelle, c’est mucho bueno ! Près du marché on trouve pleins de petites fabriques qui fabriquent du mole et du cacao. Tout le quartier est embaumé par ce parfum spécial, et ça sent bon. Il y a une famille Mexicaine avec un bébé à côté de moi. Leur bébé est trognon et curieux de tout. Je lui fais des sourires et des grimaces, ça lui plaît bien. Sa maman le promène un peu, il veut venir me voir, tend sa main et la retire au moment ou je tend la mienne. On joue à cache-cache comme ça un moment, ça nous amuse bien lui et moi. Mais pour réussir à tenir debout il a besoin d’un autre point d’appui. Je lui tend ma main, et cette fois il s’agrippe à mon index comme un forcené pour pouvoir rester debout. Il me fait confiance et me remercie avec des sourires grands comme ça. Je demande son nom à sa maman, c’est Carmen. Et comme je dois partir, je lui dit « Adios Carmen ! », sa maman le lui répète, elle entend son nom et pousse un petit cri de contentement.
… Je pars faire un tour dans les villages autour d’Oaxaca, voir à quoi ça ressemble. Je me dirige vers la gare routière de seconde classe[6] pour aller à Pocotlan ou Tlacolula. Une fois à la gare je me fais l’impression d’être un banquier Suisse débarquant à l’assemblée nationale du quart monde. Je me dirige vers deux policiers pour qu’ils m’indiquent l’emplacement des bus. Ils me conseillent le taxi colectivo, pas plus cher et plus rapide, et m’expliquent ou les trouver.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Me voilà déjà très loin de l’ambiance du centre d’Oaxaca, au milieu de la foule, des miséreux qui vendent des objets à 2 pesos à même le sol, des Mexicains en haillons qui ont l’air de se débrouiller chaque mois avec ce que je dépense en une journée. C’est l’autre côté de Oaxaca et du Mexique. La pauvreté au Mexique, même dans cette région plutôt riche, est loin d’être limitée et anecdotique. Ca doit expliquer pas mal de manifestations.
Le principe du taxi colectivo est des plus simples. C’est une voiture qui se rend à la destination indiquée sur son pare-brise une fois que toutes les places disponibles sont prises. Les places disponibles c’est 3 ou 4 personnes à l’arrière et deux devant en plus du conducteur. Je commence à mieux comprendre le sens de la manif des écoliers pour le code de la route…
C’est comme ça que je me retrouve à l’avant (le luxe) d’un taxi colectivo pour Tlacolula, assis en plus du chauffeur en compagnie d’un Mexicain de 1 mètre
L’arrivée sur place n’est pas très engageante. Les constructions éparses sur des terrains vagues sont plus ou moins terminées, les fers à béton sortant des murs et poutres un peu partout comme un gros hérisson préhistorique. Le jour de marché se matérialise par des vendeurs installés dans tous les coins, descendus des collines et montagnes du coin. C’est une foule compacte de Mexicains, d’Indiens, de gosses, de familles en promenade du dimanche et de quelques touristes qui se pressent dans les ruelles du village. Il fait très chaud et des toiles suspendues au dessus des ruelles nous protègent du soleil. Sur les étals on vend de tout : meubles, aliments, vêtements, outils, jouets, souvenirs, tapis, hamacs… tout… Entre la chaleur et la foule, l’endroit devient vite étouffant et fatiguant. Je fais des stops réguliers pour m’acheter des gobelets emplis de quartiers de papayes, d’ananas et de pastèque tous frais, ou un grand verre de jus de citron frais aussi. Délicieux !
Mais bon il faut rentrer…
… Dernière soirée à Oaxaca, ce soir je prend un bus de nuit pour aller sur la Côte Pacifique.
[1] Oaxaca : ville principale de l’état du même nom. Prononcer ‘Oahraca’ enfin… approximativement.
[2] Mexico D.F. pour Distrito Federal : abréviation courante pour désigner Mexico City.
[3] Zocalo : désigne la principale place et le centre du village ou de la ville.
[4] Mole : une sauce à base de piments et de chocolat qui accompagne de nombreux plats. Ca n’a pas l’air mais c’est super bon !
[5] Azulejos : carreaux de faïence décoratifs, très fréquents aussi en Espagne.
[6] Les mexicains se déplacent beaucoup en bus et autocars. Les gares et bus de 1ère classe sont des cars climatisés et plutôt confortables. La seconde classe est moins chère et… euh… moins tout. Quoique souvent pittoresque.
07 novembre 2006
La Mémoire Neuve.
Mais ou sont ils passés nos premiers souvenirs ?
Paraît-il, il existe une petite minorité d’individus qui se souviennent de leurs premiers jours ou presque. Mais pour la plupart, comme moi, les toutes premières années se sont envolées. Exit la conscience des premières tétées, ou le goût des premières bouillies, le souvenir des premières histoires ou des premiers disques entendus, des premières images, de la première pluie sur les vitres ou du premier orage, des promenades en poussette, des câlins familiers et des passages de main en main, des premiers meubles auxquels on s’agrippait, de se sentir comme un élastique pendant la montée de l’ascenceur…
Ou sont donc passées ces souvenirs là ?
Je n’ose pas croire qu’ils ont vraiment, complètement, définitivement et irrémédiablement disparus. Puisqu’on pense que nos premières années sont les plus importantes, qu’elles nous construisent pour toujours, ce serait dommage que nos premières sensations et expériences –pouf !- coup de baguette magique, elles disparaîtraient.
Il reste bien des impressions, des sensations diffuses, des atmosphères, de la lumière, des ambiances, des visages... Le chien des voisins, un canard jaune en plastique, un cheval de bois, une trottinette encore bien trop grande... Quelque chose quand même, un amalgame, des bribes mélangées… Mais pas cette chanson que j’aimais bien babiller et pourquoi celle-là ? Rien non plus sur le fait que le jour ou j’ai su marcher je me serais mis à galoper autour d’une table sans plus m’arrêter. Pas de souvenirs des petites marionnettes faites de morceaux de tissus qui s’agitaient au bout des doigts des grands.
Ca doit être rangé quelque part, bien au chaud. Comme dans un coffre-fort. Ou alors c’est crypté ?!?
Peut être que nos souvenirs de nourrisson ne peuvent pas se constituer comme les autres, en tout cas tant qu’on ne sait pas parler. Ils restent sauvages et ne peuvent plus être domestiqués par les mots. Qu’alors –si ça se trouve- ils se transforment, ils sont toujours présents, et peut être qu’en loucedé ils nous guident vers ce qu’on aime et nous éloignent de ce qu’on craint. Un peu comme un ange gardien, comme une intuition de ce qui nous appelle et nous échappe toujours, et nous laisse là, entre deux mondes : celui d’où l’on vient, celui vers lequel on va, d’une mémoire toujours semblable et pourtant toujours neuve.

03 novembre 2006
La (re)découverte de l'Atlantide.
Il paraît que les années '80 reviennent... C'est ce que j'entend en ce moment en tout cas.
Ben quoi, ça fait 20 ans, c'est le temps qu'il faut pour revenir à la mode. Et le retour des années '80, ça fait quand même frémir ! Il ne manquerait plus que ça !
Le retour des pulls jaune pailles et des écharpes Burberry's, les débuts des déçus du socialisme, de Bernard Tapie et d'Yves Montand radotant sur Vive La Crise... La gauche caviar et les branchés, la banlieue et l'enseignement en crise (déjà)... Les débuts du tout télévisuel et du tout marketing... Touche pas à mon pote (sic) et la giga manif pour l'école privée. Les éditos débiles de Louis Pauwels, et Sartre ou Foucault échangés contre BHL ou Glucksmann. Etc...
Ah non, pas ça ! Pas le retour des années '80.
Si c'était si bien, ben vous aviez qu'à en être !
Et puis je suis tombé sur ce Cd en en cherchant un autre. Un bout de mes années '80 à moi.
Miam !
Un bout de ma nostalgie d'hier et d'aujourd'hui, un morceau de mes enthousiasmes d'avant et maintenant, joyeusement touillés en quelques chansons traîtres : rythmes agiles sur textes sombres. Voilà ce qu'étaient les années '80.
Ce groupe - Prefab Sprout - a disparu, mais il a toujours sa petite case bien au chaud quelque part dans ma cervelle. Je me surprend à me souvenir des paroles des chansons. A me souvenir d'un très rare et beau concert à la Cigale (ou étais-ce l'Elysée Montmartre ?), ils n'aimaient pas trop ça les concerts, au fur et à mesure ou le groupe évoluait d'une pop-rock classique à un mélange plus épique (?!) empruntant -british style oblige- à Gilbert & Sullivan.
Et puis surtout, tout un tas de souvenirs diffus et mélangés. "Sprout", je vous laisse imaginer les contrepèteries amicales entendues dès lors que des amis tombaient sur la pochette du Cd. Ou de certaines circonstances ou les sons de Lucille, Appetite, Cars & Girls me revenaient aux oreilles. Certaines sont agréables à se remémorer, d'autres moins, comme des histoires qui commencent et puis qui finissent... Putains d'années '80 quand même.
Mais heureusement, comment voulez-vous qu'un groupe qui nomme un de ses albums "Steve Mc Queen" puisse être un mauvais groupe !

"You should be loving someone
And you know who it must be
Cause you'll never find Atlantis
Til you make that someone me"
(Looking For Atlantis / Jordan the Comeback)
02 novembre 2006
Happy-Culteur ?
Une fois n’est pas coutume, je vais parler de télé-réalité… Si…
La télé-réalité, je le savais déjà, ça existe partout : ce sont des con-cepts qui se déclinent sur la planète entière pour notre plus grand… notre meilleur… euh… pour nous… Ce que je ne savais pas, c’est qu’il existe aussi une déclinaison du loft en Serbie, ce pays ou il fait bon vivre, si ce n’était des années de sanglante guerre civile, ou les sinistres Karadzic, Mladic sont toujours poursuivis en vain par le Tribunal International de La Haye.
Pour s’en remettre dire qu’on leur refile le concept du Loft ! Je rêve… Bref…
Voilà que selon courrier international, un certain Miroslav Djuricic est en train de devenir une star locale là-bas, leur Loana à eux en quelque sorte. Sauf que, voyez plutôt…
Le Miroslav Djuricic a débarqué sur cette émission en se présentant comme désigné par toute sa famille comme un raté de 28 ans n’ayant jamais rien fait de sa vie, et accessoirement apiculteur de métier. Son rôle dans l’émission était d’être le gentil taré de service, incapable de s’endormir la nuit sans personne pour lui tenir la main, agité de tics nerveux, et se lavant les pieds dans la piscine, etc, etc... Mission dont semble t’il il s’est acquitté « noblement ». Jusque là rien d’anormal, c’est de la télé poubelle comme n’importe quelle autre.
La ou ça devient rigolo, c’est qu’il n’a fallu que 2 semaines pour que Miroslav ne devienne un phénomène, et pas pour les mêmes raisons que notre Loana nationale.
En fait Miroslav a commencé à devenir éminemment populaire quand il a commencé à se moquer des sinistres pantins politiques qui surpeuplent son pays, quand il s’est foutu de la gueule des chanteuses de Turbo_Folk (un genre musical qui plairait à Loana, une sorte de R'n'B Balkanique) et surtout de celle mariée à un criminel de guerre notoire. Quand il a tourné en ridicule la production de l’émission et toutes ces sortes de choses...
Un peu plus tard, il s’est attiré l’amitié de la gauche intello, expliquant à l’antenne qu’il s’ennuyait à mourir, qu’il avait essayé de discuter avec ses co-Lofteurs, mais qu’il était visiblement le seul de la bande à connaître et aimer les films de Kurosawa, de Jim Jarmush ou d’Aki Kaurismaki. Sans parler des livres qu’il lit, car oui, Miroslav lit des livres, et plein d’autres choses encore…
Au vu de ces nouveaux succès, et d’une popularité ravageuse, il devenait donc le grand gagnant du jeu, et se voyait promettre la somme de 100 000 dollars, ce qui pour un apiculteur Serbe lui aurait certainement permis de rajouter du miel dans ses épinards. Et voilà Miroslav Djuricic qui plaque tout en cours de route, expliquant qu’il s’emmerde à pleins tubes, et que « l’argent n’est pas tout. Ce qui compte c’est de rester un homme ».
Depuis, Miroslav est un héros populaire chez lui. Pour le meilleur et pour le pire.
Tout ce qu’il dit et fait est sans cesse cité, repris, commenté, blogué… et on le réclame maintenant pour se présenter aux élections, comme on l’avait fait ici avec Coluche en son temps.
Avouez que ça a quand même une autre gueule que nos pathétiques boulets, devenus vendeuses en calendriers déshabillés pour camionneurs gras du cerveau, commentateurs télévisuels incultes et encartés UMP, visiteurs occasionnels d’émissions raclant les fonds de l’audimat à coups de « comment survivre après la télé-réalité » (On s’en fout !), ou au mieux ayant regagné l’anonymat dont ils n’auraient jamais dû sortir.
Aller, une petite blague pour la route. Voici le site de Miroslav Djuricic, en Serbe dans le texte… Ceux qui connaissent cette langue pourront peut être me confirmer si tout cela est incroyable mais vrai !
26 octobre 2006
Farewell to the CBGB.
Comme le dit la chanson, c’était un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Peut être même les moins de 30 !
C’était loin, à New York. J’y avais atterri pour un temps indéterminé mais que j’étais justement bien déterminé à prolonger le plus longtemps possible. M’exerçant à la condition du sans-papiers, je passais d’un boulot improbable à un autre encore plus aléatoire avec une constance dont je me croyais incapable, enchaînant les déménagements à la recherche d’un 1 bedroom compatible avec mes moyens financiers inexistants.
C’était rigolo et stressant, décourageant et exaltant, tourbillonnant et épuisant comme l’est cette ville.
Bien sûr je connaissais déjà le mythique CBGB par ma lecture approfondie de Rock & Folk en France. Ze lieu mythique du renouveau punk rock de la grosse pomme ou étaient montés sur scène Patti Smith, Blondie, Television, Johnny Thunders & the Heartbreakers, les Ramones… Mais c’était déjà trop tard pour ceux là, et encore un peu tôt pour qu’apparaisse d’autres exceptionnel musicos comme Jeff Buckley, mais ailleurs, au Sin.E plutôt qu’au CBGB.
CBGB-OMFUG pour être exact, ce qui tient lieu dans sa traduction du Shadok from N.Y pour Country Blue Grass Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers… Tout un programme pour cet endroit crapoteux à souhait, planté dans l’East Village sur Bowery, quartier tout aussi crapoteux à l’époque ! Il faut dire que Giuliani n’était pas encore maire de NYC, et que n’avait donc pas débarqué la théorie du « carreaux cassé » pour procéder à la Karcherisation de la ville. Certes, il y avait des endroits un peu inquiétants, et certains autres ou ils ne valaient mieux pas traîner seul la nuit, mais dans l’East Village je n’ai jamais été emmerdé. Pourtant, dans Tompkins Square il n’était pas rare de croiser moults junkies et de piétiner des seringues abandonnées à même le sol.
Je bénéficiais même d’une sorte de protection. Une amie Française tout aussi « illegal » que moi habitait Avenue A, un quartier de squatts et de ruines, de jardins communautaires ou les carottes bios made in Manhattan cotoyaient d’autres cultures moins légales mais sans OGM. Elle habitait juste au dessus du Q.G des Hells Angels de NY qui trônaient sur leurs Harley Dyna Super Glide, dans toute la splendeur de leurs quintal respectif avec leur barbapoux, cuirs Harley, T-shirts et vestes en jean qui tenaient debout tout seuls. Autant dire que leurs regards sur moi lors de ma 1ère visite me laissaient à penser que ça allait probablement être aussi la dernière.
Mais ils avaient adoptés Françoise, la petite Française du bloc, et comme j’étais un ami de Françoise le fait de partager avec eux quelques Coors et bourrades (symboles de mon visa d’entrée sur leur territoire) avaient scellé mon maintien en vie et en un seul morceau. Il n’avait en même temps échappé à personne dans le quartier, que puisque j’étais toléré parmi les Hells en tant qu’humain exotique (car sans Harley et pas américain), c’était pas la peine de venir me faire chier. On en avait retrouvé enroulés au fond d’une poubelle pour moins que ça.
Donc le CBGB –puisque c’est quand même le sujet du jour- j’y allais de temps en temps, bien que l’endroit fut déjà sur le déclin. N’empêche, les occasions de s’y amuser étaient encore nombreuses, et l’endroit parfois à la hauteur de sa légende. C'est-à-dire un lieu complètement pourri, mais où les soirées aussi dingues que mémorables, à grand renfort de (bonne) musique, de groupes énergétiques et talentueux, et d’un public aussi cool que complètement timbré. Un peu dans ce genre là :
Je crois traîner encore aujourd’hui les séquelles d’une soirée mémorable là-bas, à écouter (si j’ose dire) Funk Parliament qui avait mis le feu tout partout et nous avait laissé J.M. le Corse et moi dans un état totalement décrépit. On était rentré à pied, au petit matin, en remontant toute la 3ème Avenue en se tenant par le bras. Le peu de sang qui restait dans mon alcool me faisait tanguer vers la gauche, et J.M. le Corse dérivait côté droit. En nous tenant fermement l’un à l’autre nous avions donc une bonne chance de marcher en ligne droite, si ce n’était ces maudits lampadaires que nous nous arrangions toujours pour prendre de face plutôt que de les contourner. 
Toutes les bonnes choses ont une fin paraît-il. Alors après des années de procès avec les propriétaires du bâtiment, le CBGB ferme ses portes définitivement. Une époque s’éteint au passage. Reste nos souvenirs punk, et aucun regret. Là-bas on s’est amusé, on a vécu… et ça c’est quelque chose qui ne se perd pas.





