Il y a des gens quand ils partent en vacances il faut qu’ils s’occupent. Pardon, il faut qu’ils s’OCCUPENT. Rien de plus essentiel, important, impératif même que d’être occupé. Des nostalgiques de 39-45 peut être !?

Ou qu’ils arrivent il faut donc qu’ils se lancent aussitôt dans leur occupation favorite. Il faut absolument qu’ils aillent sans attendre visiter cette église romane du XIIème siècle dont il ne reste plus qu’une colonne. Il faut qu’ils aillent immédiatement manger dans ce petit resto indiqué dans le guide du Gros et Mayo même si aujourd’hui c’est fermé. Il faut qu’ils aillent séance tenante courir leurs 15km de jogging qu’ils n’ont pas eu le temps de faire le matin. Pour les plus atteints d’entre eux, il faut qu’ils appellent immédiatement le bureau…

Ils me foutent les jetons ces cons là !

Ces gens me consternent, m’épuisent, m’ébahissent et me donnent illico envie de (les) fuir. Ils me font désespérer de l’âme humaine, de la douceur du printemps, des odeurs de pain grillé et de café chaud le matin… Ah tiens, je les assassinerais bien un par un si je n’avais pas si peur d’y prendre obsessionnellement goût et de les rejoindre ainsi dans leur perversion tout en les expédiant ad patres.

Donc pour être tranquille, je m’étais précipité dans ce temple, échappant ainsi à cette horde de touristes que je voyais débouler devant moi, marchant d’une tong martiale, l’œil enraybanné de verres aussi fumés que leur air hagard, la tête portant la toute dernière casquette fashion en vrai poil de M.Pokora, déblatérant à haut volume sonore des inanités dignes de leur faire gagner la prochaine saison de l’île de la tentation, occupant à eux seuls tout le volume et l’air respirable de cette rue plus sûrement qu’un nuage de sauterelles génétiquement modifiées sur un champs de céréales Monsanto.

L’occupation favorite de ces individus consiste à me pourrir la vie.

Alors j’entre dans ce temple pour les éviter. Pas le temple hollywoodien qui pourrait leur faire croire qu’il s’agit d’un décor de la dernière comédie musicale chorégraphiée par Camille Oualou ! Non juste un petit temple de quartier, avec juste quelques gongs de dimensions fort respectables servant à appeler les bonzes à la prière, à la soupe, à regarder le match à la télé…

Bon c’est surtout pour le fun parce que maintenant ils préfèrent s’envoyer des sms.

Pendant que la horde touristique passe mon chemin, j’en profite pour me promener dans ce lieu apaisé, tout en réprimant une envie de saisir ce gros maillet en bois et d’en asséner un bon coup sur ce gong d’un mètre cinquante de diamètre pour voir (sic) quel bruit ça fait. Au bout d’un moment un jeune apprenti bonze se lasse de m’observer et me fait un petit signe de la main, histoire que je m’approche, qu’il puisse me dire bonjour, ainsi qu’à mon karma et mes autres réincarnations qui me suivent partout.

Il paraît que c’est impossible de s’en défaire de ces trucs là.

On discute, assez longtemps… j’apprends entre autres choses qu’il vient du Cambodge, mais que d’autres comme lui viennent du Vietnam, du Laos, de la Birmanie… Qu’il restera apprenti moine pendant quelques années, pour apprendre à être une « meilleure personne » avant de rentrer chez lui pour devenir professeur et apporter du progrès à son pays. Parce que me dit-il « la guerre ici, la guerre là, au Vietnam, au Cambodge, beaucoup à réparer encore ».

Je repensais à ce jeune gars ces jours-ci, ou le gouvernement Chinois n’est préoccupé de ce qui se passe au Tibet que dans la mesure ou ça pourrait saloper ses jolis Jeux Olympiques. Tout le monde s’en fout du Tibet, l’important c’est de savoir si il faut boycotter ou pas un grand rassemblement sponsorisé de dieux du stade dont je me contrefiche comme de mon premier slip.

Je me disais que la Chine a beau déverser sur le Tibet des tonnes d’investissement, construire des routes et des chemins de fer, développer l’économie et le tourisme, déverser des milliers de colons qui ouvrent des restos karaoké… ça n’a pas l’air de suffire à tous les Tibétains.

Pire, le temps passant, la jeunesse Tibétaine se lasse de la non-violence des anciens et se sent prête à réclamer par la lutte armée une indépendance là ou leurs aînés se seraient contentés d’un protectorat en échange d’un peu plus de libertés et d’un peu mieux de droits sur leurs existences et la conduite de leur pays. Bientôt peut être, le gouvernement Chinois aura enfin les vrais terroristes qu’il prétend déjà combattre et qu’il appelle de ses voeux pour justifier l’injustifiable.

Le rêve de la Chine n’est pas de réduire le Tibet en esclavage.

Le rêve de la Chine c’est juste de convertir cette population au bienfaits des affaires, à aller se saouler le soir dans des resto-karaoké, a applaudir bien fort et tous en chœur aux exploits de jouets anabolisés pour la gloire du drapeau national, une médaille à deux sous et quelques juteux contrats publicitaires. La Chine aura réussi quand dans quelques années, ce sera un groupe de touristes Tibétains crétinisés dès la naissance, qui prendront ce temple en photo comme d'autres photographient le Louvre en passant devant en bus avant d’aller « occuper » leurs week-end à Disneyland Paris.

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Chiang Mai - Séance de bonzage au Wat Phra Singh