La maison de mon père est en bretagne. Non loin de ce village d’où est originaire une partie de ma famille et où certains d’entre eux ont d’ailleurs racheté terrains et maisons pour y couler leurs vieux jours.
La Bretagne est d’ailleurs un endroit propice à la perpétuation des racines familiales. On y trouve peut être plus qu’ailleurs à mon avis ces maisons de bonne famille que l’on garde dans le patrimoine et dans lesquelles les familles viennent passer leurs vacances. Ainsi se transmettent les traditions et… les héritages.

C’est une question d’ambiance aussi ! A se promener dans les villages on y verra peu de jeunes zazous à lunettes de soleil tendance, vêtements surfs flashy, et gel fixant dans les cheveux. 'Pas le genre de la maison' (sic). On laisse ça aux amateurs de côte d’azur. Pas de Ferrari et de Porsche à tout bout de champ non plus. Pas de hors-bord luxueux au port. Pas de signe ostentatoires de « ch’uis bourré de thune », le Breton intermittent n’étale pas, il est dans la richesse retenue et le ‘quant à lui’ de ses intérêts.
La Bretagne se veut plus authentique, avec ce je ne sais quoi de vacances ennuyeusement respectable, telles que semblent le promettre ces jeunes grands-mères pimpantes, aux cheveux gris soigneusement coupés, aux vêtements de bon goût blancs et bleus, qui promènent leurs petits enfants eux aussi pimpants et de bons goût et qui tous semblent porter des prénoms composés : Jean Vincent, Anne Laure, Pierre Marie ou Marie Pierre, c’est selon…
La Bretagne, parfois c’est un mini Versailles entourée d’un peu d’eau salée froide.

Sans doute la maison de mon père était elle destinée à devenir elle aussi cet ancrage autour duquel nous nous serions tous retrouvés, sur plusieurs générations, perpétuant ainsi la tradition des vacances familiales. Cela ne s’est pas exactement passé comme cela. La faute à la vie qui a plus penché du côté des séparations que des réunions de famille, et qui fait que de nous tous je suis le seul à m’octroyer des visites et des vacances dans cette maison de mon père, en veillant bien toutefois à ce que mes valises ne contiennent aucun de ces vêtements de bon goût dans les tons blancs et bleus. Ils ne m’iraient pas du tout, ainsi que tout ce qui va avec…
Par un curieux effet du hasard la maison de mon père ne cesse d’ailleurs de me renvoyer l’étrangeté de ce statut bancal. Pour commencer, on n’y entre pas. Il n’y a pas de porte !

Les maisons de la région sont souvent entourées d’un épais mur de pierre, destiné à protéger leurs habitants de toute irruption extérieure. On entre que sur invitation dans ces maisons là, c’est un des effets de la bonne éducation. Le même mur de pierre sert aussi à calfeutrer les histoires de famille, et à éviter que celles-ci ne s’ébruitent au dehors. Il ne faudrait pas croire que la bonne éducation, la messe du dimanche, les coupes de cheveux pour jeunes gens raisonnables, les vêtements bon chic du moment qu’ils ne font pas mauvais genre, etc… mettent pour toujours à l’abri des désordres et soucis que tout un chacun risque de connaître un jour : tromperies, enfant venus de la main gauche (expression locale), déroutes professionnelles ou personnelles, folie, drogue, alcoolisme… Mais l’important est qu’en toutes circonstances, les apparences soient sauvent. Et pour ce qui est des apparences, les épais murs qui bordent les maisons familiales sont alors d’une aide précieuse.

Pour y accéder dans la maison de mon père, il faut d’abord passer par chez le voisin d’a côté ! C’est amusant ! Le mur longe toute la maison, et la porte ne se trouve que chez le voisin. C’est de chez lui qu’une deuxième porte permet enfin d’accéder à destination. Par un étrange effet du cadastre, la maison de mon père semble nous prévenir à l’avance : ici, on sera un peu plus calfeutré qu’ailleurs, et en faire sortir un peu de ce désordre qu’on appelle la vie ne sera pas chose donnée à tout le monde.
(à suivre)

mdp
La Maison de Plougrescant, celle qu'on retrouve sur tous les catalogues... Dans ce coin là a
été tourné une partie de "Un Long Dimanche de Fiançailles".