Bienvenue au 115 !

C'est ce que je me suis dit hier en rentrant d'un dîner dans un petit resto.
En remontant l'avenue, le long du trottoir, un Sdf s'installe pour la nuit. Une porte en bois mise au rebut lui sert de matelas, un long carton qu'il dispose par dessus comme si c'était une tente lui servira de toit pour la nuit.
Il est jeune, noir, n'a pas l'air d'avoir passé beaucoup de temps dans la rue. Il n'a pas l'air de picoler, ni de se droguer. Qu'est ce qui l'a amené à rejoindre -comme beaucoup- l'armée des ombres du XXIème siècle, je n'en sais rien.
Mais en tout cas il n'est pas franchement chaudement vêtu. Même pas un pull, ni un blouson. Juste un survêtement et un sweat shirt. Pas de sac avec lui, pas d'affaires, rien. On s'approche, on lui demande si ça va (quelle question débile), s'il ne veut pas qu'on appelle le Samu social pour lui.

A notre surprise il dit oui. On entend tellement que les Sdf répugnent à se laisser emmener par le Samu social, que nous voilà presque étonné que l'un d'entre eux accepte spontanément cette offre !
C'est pas les grands froids extrêmes, mais quand même ! C'est toujours moins pire que de geler dehors.

Alors j'attrape mon portable et j'appelle.
Le 115.
Ca décroche. Un disque évidemment ! Qui me dit dans toutes les langues que les lignes sont saturées et que ce n'est pas la peine que je reste comme un crétin au bout du fil, comme si ça allait contribuer à reboucher le trou dans la couche d'ozone. Bon je raccroche. Je recommence.
Pareil.
Je me dis qu'ils devraient faire un effort de prononciation, en tout cas les langues que j'arrive à peu près à comprendre. Il y en a tout un tas, je n'ai même pas idée de ce que ça peut être ! Mais la version anglaise ressemble à du Douste Blazy sous laxatif.
Bref je raccroche.
Je recommence.
Je raccroche.
Je rec...

Ca fait un moment qu'on est parti en laissant notre gars sur son bout de trottoir, l'assurant qu'on ferait venir le Samu social. Alors il faut assurer, mais rien à faire. Le 115 s'obstine à me dire que je perd bêtement mon temps, mais il ne me le dit pas comme ça. Et à la fin il me raccroche au nez le malpoli !

Je suis rentré chez moi que j'essaie encore de les joindre.
Et au bout de la ???ème fois, ayé ! Alléluia ! Victoire ! Monsieur 115 m'exhorte en 17 langues diférentes à ne pas abandonner mon appel, qu'il va être transmis à un permanent et tout ça... C'est l'effervescence ! J'attend.
Mr 115 fait le tour de son message multilingue et revient à l'assaut avec le même discours.
Sauf que cette fois, il m'indique que : "votre temps d'attente est estimé à... (petit blanc de suspense) 16 minutes" !

Ahhh Boooon !
Ben il fallait le dire tout de suite !
Je pose mon téléphone, le met en mode mains libres pour entendre un peu mieux la United Colour of Benetton qui me demande de patienter et je vaque à quelques occupations, un oeil sur la pendule.
C'est vers la 17ème minute qu'une voix féminine arrive enfin à mes oreilles : "Allo ?".

J'accours : "Oui, oui... Allô aussi, enfin je veux dire : allo, hallo, pronto, hello, hi et toutes ces sortes de choses qui tournent en boucle depuis presque une heure en temps cumulé."
Je frémis intérieurement en pensant que la batterie de mon portable serait capable de me lâcher maintenant alors que j'ai enfin Thérèse-SOS-détresse-amitiés en ligne !
Heureusement, le téléphone tient le coup.

Je signale l'adresse, je décris le monsieur.
Ca dure même pas 30 secondes.
Thérèse me répond d'un merci monsieur.

Oh ben vraiment, il n'y a pas de quoi.

perenoel_piece

PS - LVN part satisfaire les clients et les actionnaires de c'te boite par des services à valeur ajouter dans le cadre d'un partenariat win win pendant une grosse semaine. Pas sûr qu'il blogue tous les jours. En attendant, soyez heureux et soyez fous !
:-)