08 novembre 2005
Retour Vers le Futur.
Une bonne nuit de sommeil, voilà ce qu'il me fallait !
J'avais bien prévu de vous raconter quelques aventures Bangkokiennes, avec quelques reportages pilotés par téléphone portable (en différé) mais j'en suis encore à transféré les photos et les sons enregistrés. Ca ne va pas aussi facilement que je l'espérais. Mais bon, encore un peu de patience...
En rentrant, j'apprend qu'ici on est quasiment en guerre civile !
Ca a commençé juste au moment de mon départ, et de loin j'ai pu apprendre que ça ne s'arrangeait pas. A peine rentré, le collègue qui vient me chercher moi et mes 120 kg de bagages m'annonce "qu'il leur faudrait une bonne guerre", "qu'on a qu'à envoyer l'armée" et blablabla...
Pfff...
Une amie Francophile aux USA me demande de lui confirmer ce qu'il se passe vraiment. Il faut bien qu'il y ait des émeutes pour que les médias américains à la sauce Fox TV s'intéressent à ce qu'il se passe en France...
Je repense à ces révoltes et ça me fait penser à ces révoltes paysannes du Moyen Age et du grand siècle, avec ces gens tellement excédés qu'il détruisait tout sur leur passage. A t'on déjà vu des révoltes se faire avec mesure et intelligence ?
Je repense à ce président élu pour enfin mettre fin à la "cassure sociale".
Quel succès.
Je repense à toute cette population qui s'en prend à tout ce qui représente de près ou de loin un semblant d'état qui se désengage de toute action constructrice à long terme. Ce sont eux, leurs familles, leurs amis, qui en subiront les premiers toutes les conséquences.
Je repense au besoin qu'il y a de faire respecter la loi, au sens des règles qui permettent à tous de vivre ensemble avec les mêmes droits et mêmes devoirs. Des lois acceptées parce que pour l'essentiel les cartes qui engagent l'avenir sont distribuées de la même manière à tout le monde.
Mais comment faire respecter la loi, auprès de ceux qui ne la connaissent plus, et n'ont même plus envie d'y croire ? Qui préfèrent la loi des bandes, des communautés. Les règles et la dictature du plus fort, des traffics plus ou moins organisées transformés en économie parralèlle, devenus alternatives à un job normal, avec une paye normale, pour pouvoir vivre normalement dans des endroits à peu près normaux.
A quoi servira la punition si elle ne s'accompagne pas de la possibilité des uns et des autres de la comprendre cette loi, et après avoir payer leur dette de pouvoir construire quelque chose de leur vie.
Ce qui me surprend vraiment, c'est que rien de tout cela ne se soit pas déjà produit plus tôt.
Depuis combien de temps savons-nous que nous avons un vrai problème avec toute une génération laissée de côté (et sans doutes plusieurs) ?
Combien de Noëls fêtés à coups de voitures brûlées ? Combien de Marseillaises sifflées dans un stade de foot ? Combien d'affaires de racisme ordinaires ? De délinquance juvéniles, de tournantes, de port de voile, de chômage persistent, de création de "Ni Putes Ni Soumises" et de "Touches Pas A Mon Pote"... Ne nous ont averti qu'il était grand temps de faire autre chose que de construire un stade de foot, repeindre une barre HLM, offrir des emplois dans la sécurité ou réouvrir une supérette ?
Personne aujourd'hui ne peut prétendre que nous découvrons l'ampleur du problème.
Il est bien temps de verser des larmes sur le montant de l'addition qu'il nous faudra payer économiquement, socialement, humainement pour réparer ce gâchis. Il est bien temps d'invoquer l'union nationale, de sortir les statistiques, de déclarer le couvre feu, de remettre en route les quelques mesurettes qui permettaient de sauver les meubles.
Ce n'est pas en nous voilant la face à coups de karcher qu'on arrangera cette histoire. En tout cas ça ne suffira pas, ça ne suffira plus.
Plutôt que de détourner le regard devant les actions des casseurs et violents de tout poil, il est grand temps au contraire que nous ouvrions bien grand les yeux et les oreilles devant ce qu'ils font et ce qu'ils disent si nous ne voulons pas voir le pire devenir une habitude avec laquelle nous vivrons au quotidien.
Commentaires
Ben dis donc, t'es rentré et bien rentré, toi.
Oui bien sûr. Tu aurais dû discuter avec ma copine blonde qui a peur parce que "si ça sort des cités".
En même temps, j'imagine que pour des américains pour qui les centre-ville sont à l'opposé du "chic" des notres et pour qui le port d'arme est un droit, ça doit être difficile à comprendre, ce qui se passe chez nous.
Ouvrir les yeux, certes. Mais que proposer concrètement à toute une partie de nos compatriotes à qui on a menti (parce que ne pas tenir ses promesses, c'est mentir) depuis des décennies ? En fait, cette partie là, on lui a menti "encore plus" qu'à ceux qui arrivent encore à surnager parce qu'ils ont le bon lieu de naissance, le bon nom, la bonne tête, la bonne adresse. Mais globalement, on fait quoi, on va où, pour que notre bout de planète aille mieux)?
J'aimerai bien répondre à ta note mais cela m'obligerait à faire un copier-coller de mes deux dernières ici et ça ne se fait pas !
Bon retour dans le monde !
;-)
Il y a du pain sur la planche.
De l'avis des chroniqueurs entendus ici et là, c'est la croissance économique et elle seule qui permettra de résoudre les problèmes. Une hérésie, non, pour les Freemen (Barnabéééééé)? Tandis que la plupart des politiques adverses profitent de la situation pour dénoncer l'ultra-libéralisme (avec 43% de prélèvements obligatoires, ouiiiin) et le sarkozysme (il n'est finalement pas le moins incohérent dans l'histoire). Tout est bon dans le cochon. La palme de la supercherie haineuse revient à Noël Mamère (j'ai rarement vu plus méchantes moustaches), celle du mutisme prudent à Hollande (mais il a les rillettes du Mans à préparer). Oh tiens, je vais en faire une note, de tout ça finalement.
LVN le retour
Cela fait plaisir de te "revoir".
Eh oui cela chauffe ici, mais en y réfléchissant bien, on sentait que cela aller arriver un jour.
Sont bien embêtés nos hommes politiques : il n'y a pas de "leader", de porte-parole... juste des mômes désespérés et enragés.
désaffection
Quand ça brûle ainsi faut s'en aller. déménager. couper les ponts avec ses quartiers d'origine. définitivement. en attendant que 'lhumanité change, des fois que. ya basta. Bonne route et bon vent
http://www.20six.fr/janu
Jean-Louis Ezine faisait remarquer quand on rigolait encore que "violences urbaines" était un oxymoron, si on pense au vieux sens de l'urbanité. La révolte rationnelle c'est assez drôle aussi. Et c'est fou ce qu'en ce moment le langage s'épuise à tenter vainement de cirsconscrire son contraire absolu. Il y en a qui disent avec indignation "mais c'est gratuit", comme si on ne pouvait pas mieux fustiger, ou "ça coûte cher" : comme s'il n'était pas "naturel" que des énergies non investies se libèrent dans la dépense improductive, la "négativité sans emploi", dans une logique inversée, pour l'acquisition d'un prestige symbolique (c'est la logique du "potlatch"). Juste une réflexion.
(Pardon, je me suis trompé de case pour l'url. Si tu peux corriger...).
Ça fait déjà plusieurs années que l'on traîne des casseroles (ne serait-ce la dépréciation spectaculaire du pouvoir d'achat depuis la mise en œuvre de l'euro, le manque de postes ou les restrictions drastiques de certains crédits pour l'éducation etc), après il ne faut pas trop s'étonner parce que le torchon brûle. Tout s'accumoncelle, comme disait l'autre.
Espérons juste que les "djeuns" ne mettent pas au feu leurs propres provisions…
Je cite LVN --> "Mais comment faire respecter la loi, auprès de ceux qui ne la connaissent plus, et n'ont même plus envie d'y croire ? Qui préfèrent la loi des bandes, des communautés. Les règles et la dictature du plus fort, des traffics plus ou moins organisées transformés en économie parralèlle, devenus alternatives à un job normal, avec une paye normale, pour pouvoir vivre normalement dans des endroits à peu près normaux"
***********
Comment pourrait-on démontrer l'indémontrable, à savoir ... la loi est-elle vraiment la même pour tous ? Quel est la teneur exacte de l'exemple implicite donné par certains , est-ce le respect, la cohérence entre discours et actes, les fausses promesses les vrais mensonges ? Et les moyens d'expression sont-ils vraiment les mêmes pour tous ? Et à quels moments les "certains en question" rendent-ils des comptes à propos des responsabilités qu'on leur a confiées ? etc..
Et si ces considérations ( banales malheureusement) ne dégagent pas les responsabilités de ceux qui "cassent", il y a du boulot pour faire comprende tout ça, ce gros bordel,hélas.
Mais on ne peut décemment être surpris.
Jean-Michel
AnBaSaRifaDéJaCaJe
> Anne.
Pour les américains, bien que les conditions soient différentes, ils connaissent bien aussi les émeutes raciales et le discours qui responsabilise ces "salauds de pauvres".
Ce qui les surprend, c'est que cela apparaisse chez nous, avec le contexte "islamisé" sur lequel ils fantasment largement.
Qu'est ce qu'on fait ? Je pense qu'il faut commencer par regarder et entendre dans les plus petits moments du quotidien, tout cela avec autre chose que la peur au bide et les stéréotypes (parfois justifiés pourtant) dans lesquels on enferme toute une population.
> Barnabé.
J'ai beaucoup de retard dans les lectures bloguiennes !
Le retour dans le monde peut être !?
> Samantdi.
Oui... Et pas beaucoup de beurre dans les épinards.
> Richard.
Oui, la croissance économique bien sûr. Mais laquelle et pour qui ? La croissance des grandes entreprises ne fait aucun doute, mais ou vont les bénéfices engrangés ? Et à quel prix se réalise cette croissance là ?
> Fauvette.
Effectivement, pas de leader, pas de porte parole.
D'ailleurs le plus inquiétant c'est qu'il n'y a presque pas de parole du tout, à part le désir de tout casser et de tout rejeter.
Il faut être deux pour pouvoir discuter, et on n'assiste qu'à 2 monologues entre le pouvoir et la rue, qui se font face et ne s'entendent pas.
> Désirade.
Peut être, je ne sais pas.
On n'échappe pas à ses origines. Comme dit une de mes amies : "tu peux aller aussi loin que tu peux, c'est toujours ton cul qui est derrière toi".
> Janu.
"Le vieux sens de l'urbanité", oui bien sûr.
Cela me fait penser au politiquement correct qui a chassé le mot "cité" trop péjoratif, pour le remplacer par le mot "quartier".
La vie de quartier pour moi c'était quand même autre chose que ce qu'on en raconte maintenant.
On est plutôt dans le "pas de quartier".
> Catz.
Tout brûle, mais ça fait tellement longtemps qu'on sent que la braise couvait. A se demander qui a joué au pyromane dans l'histoire !
> Jean Michel.
La loi n'est jamais vraiment juste on le sait bien. Mais elle peut être acceptée si un minimum de bien commun est perçu comme tel dans toutes les classes d'une société.
Si ce n'est plus le cas, et qu'on plus on stigmatise ceux qui on le sentiment d'être rejetés à la marge, la soupape finit par péter à un moment ou à un autre.
Beaucoup de boulot et tellement de dégâts que j'espère seulement pouvoir être "déçu en bien".
Tu crois que c’est comme dans le roman de John Irving (The cider house rules – en français L’œuvre de Dieu, la part du Diable), où un règlement de la cidrerie est affiché à l’attention des employés saisonniers noirs, mais qu’ils ne savent pas lire et qu’ils n’obéissent qu’aux directives de leurs propres chefs de clan?
Et quand je parle des noirs, ne te méprends pas, j’héberge dans le giron familial un ou deux jeunes blancs qui semblent également avoir des difficultés à décoder les lois….pfffff…quel découragement….
J’ai lu sur le blog d’un marocain (voyant cela de l’étranger) : « Les derniers incendies mettent en scène, à mon avis, l'échec d'une partie de la population à évoluer et à gagner de l'estime et par le feu elle montre une situation de vide intérieur ». Cela m’interpelle car cette symbolique du feu, que je ne comprends pas, reflète bien une réalité: dans ma petite ville de province si calme, cela fait de nombreux mois que les poubelles brûlent et que les pompiers sont toujours de sortie. J’ai malheureusement dans mon entourage quelques jeunes concernés. Le croiras-tu, je n’ai jamais pu leur faire expliquer le sens de leur geste. Le vide absolu. Très troublant…
Anouchka
> Anouchka.
Il y a un peu de ça en effet.
Ce qui me frappe c'est qu'on entend tous les commentaires expliquer que c'est la faute à la société, à l'école, aux parents...
Alors qu'en fait il y a toute une très jeune génération (12/14 ans) qui ne reconnaît plus ni la loi des parents ou des ainés comme la loi de l'éducation, ni celle de l'école comme loi de la formation, ni celle des autorités publiques comme lois de la collectivité.
Ils vivent entre eux, dans leurs "quartiers", avec leurs règles (sauvages, à l'exemple du Seigneur des Mouches, le livre de William Golding), leurs codes, leur langages, leurs territoires...
Il ne s'agit même plus de se différencier (comme les ados peuvent en éprouver la nécessité), mais de se séparer.
De ce point de vue, on pourrait presque remercier l'islam (pour ceux que cela concerne) de maintenir un lien, une loi "spirituelle" tant le reste paraît faire défaut. Hélas, il y a de tout dans l'islam comme dans le banga. Y compris parfois la tentation radicale, et le communautarisme le plus rétrograde.
Je me souviens avoir lu à plusieurs reprises les voix des aînés de la banlieue (des gens de mon âge) disant que les plus jeunes sont encore pires que eux ne pouvaient l'être, et qu'ils n'écoutent ni ne croient plus en rien. Et promettant le pire.
Nous ne les avons pas écouté, nous tous collectivement en tant que société, nous n'avons rien fait de sérieux. Mieux (pire) nous avons contribué à fabriquer des générations perdues, à fabriquer cette haine aveugle dont il sera encore plus compliqué de sortir.
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