Je reprend ici en réaménagé les commentaires laissés sur le blog de piki-blog.

Voilà qu’avec cette caricature de polémique sur les caricatures, on nous refait le coup du choc des cultures. Idée chère à Samuel Huntington, émérite professeur en sciences politiques à l’université de Princeton. Grosso modo, l’idée de Huntington consiste à dire que depuis la chute du mur de Berlin nous avons désormais à faire face à des oppositions entre cultures : à ma droite l’occident, à ma gauche l’Islam, mais aussi les Indiens, les Boudhistes, les Chinois… Les luttes ne sont plus politiques elle seraient désormais culturelles.
On a depuis réutilisé de nombreuses fois l’idée pour nous parler du choc des cultures à propos de l’emploi, de la colonisation, de l’éducation, du référendum européen, de l’entrée de la Turquie dans l’UE, du fromage pasteurisé, j’en passe et des meilleures.

Stop.

Il n'y a pas de choc des cultures.

Ici, comme dans de nombreux autres pays, ça fait un moment que les musulmans ne sont pas mis à l'index pour des raisons religieuses, mais pour des raisons historiques, sociales, économiques et donc politiques oui. Quand Khomeini est venu en France avant la révolution islamique en Iran, certes il a dû devenir fou à regarder « le jour du seigneur » à la télé le dimanche matin, mais il a été protégé par cette horrible démocratie Française, avant de retourner chez lui y semer la paix, le bonheur et la prospérité comme chacun sait.

Il n’y a pas de choc des cultures mais il y a choc politique avant tout.
Parce que les pays qui font corps dans la dénonciation de ces caricatures (dont chacun est libre de juger la valeur) ne séparent pas la religion de l'état et se servent de l’Islam comme une arme.
La religion y est loi, et les religieux y ont le vrai pouvoir politique. Ils parlent d'ailleurs de "nation musulmane".
Nation ET Musulmane.
Que doit on comprendre ? Vous avez déjà entendu parler de nation catholique, à part quand De Villiers a trop tiré sur l’herbe verte du Puy du Fou ?

La religion (dans ce cas l'islam, mais on pourrait aussi bien parler de la radicalisation Catholique/Protestant en Irlande couvrant et activant d'autres revendications bien politiques celles-ci) ne fait pas l'objet d'un enjeu, ni d'un débat. Elle s'impose sans limite ni restriction à tous les habitants de ces pays. Mais pourquoi ? Et pour qui ?

Pour le seul miracle d’un Islam monothéiste comme le sont aussi le Judaïsme ou le Christianisme ? C'est dire s'il faut les opposer tant elles se ressemblent ? Laissez moi rire.

L’islam n’est rien d’autre qu’un enjeu politique pour que certains obtiennent, conservent ou revendiquent un pouvoir local, régional, ou des influences internationales.


Elle est l'enjeu des luttes pour le pouvoir qui s'y déroulent.
Il n’y a rien de nouveau hélas.
Il est quand même fréquent que lorsque tous les recours à des alternances politiques, à l’existence normale d’une opposition, au fonctionnement normal des droits fondamentaux disparaissent, la religion devient alors l’ultime lieu d’abri de la contestation. Du moins si l’église n’est pas déjà du côté du manche (l’Eglise Catholique du Caudillo Espagnol, la hiérarchie Catholique dans les dictatures Sud-Américaines par exemple...).
C’était le cas dans les Pays Soviétiques (l’Eglise Polonaise, ou orthodoxe en Russie), elle l’est en Chine (la secte Falugong et les églises tous juste tolérées par la pouvoir Chinois).

En Palestine, en Egypte, en Irak… l’islam sert les contestataires des abus des régimes en place. Cela a été le cas aussi dans des pays laïques comme l’Algérie avec le FIS. Au point ou ces mêmes pouvoirs qui n’ont jamais rien eu de démocratique s’en servent finalement à leur tour pour se justifier de leurs abus devant l’opinion grâce à de si utiles boucs émissaires (Syrie, Lybie, Tunisie, Liban…).
Ailleurs l’Islam est utilisé pour justifier le pouvoir en place qui se l’approprie à la place des opposants. En Arabie Saoudite pour maintenir une oligarchie vieillissante dans ses pleins pouvoirs. En Iran, ou la révolution Islamique a succédé par la tyrannie, à celle du Shah qui l’avait précédé. Au Pakistan, ou l’islam sert de ferment nationaliste face au frère ennemi Indien, mais surtout bien utile pour écarter toute tentative d’opposition légale et normale aux sympathiques miltaires. Et à des degrés moindres en Malaisie, en Indonésie, au Bangladesh… ou l’islam assure la domination du pouvoir sans partage pour quelques uns.

Dans ces pays, personne n'a souhaité l'avènement de forces démocratiques.
La plupart de ces pays sont sortis de la colonisation au moment de la guerre froide. Beaucoup sont passés d’un asservissement à un autre, en étant pris dans le grand jeu des oppositions des deux blocs, devant faire allégeance devant l’un ou l’autre pour bénéficier des fruits d’une recolonisation cachée par l’argent, ou les armes.
Qui a dit que la colonisation avait un rôle positif ?
Qui a dit que les nations riches et influentes avaient poussé à la démocratisation politique de ces pays plutôt qu’au contrôle détourné de leurs richesses ou situation stratégique en courtisant et armant les plus avides de leurs représentants ?
Cela hélas, n’a rien d’une caricature.

Comment nous étonner que la religion, et l’islam soient depuis devenus le dernier recours à bien des peuples, et bien des opposants.

Voilà d’où elle vient la Nation Musulmane que chacun essaie de récupérer derrière les mots de choc des cultures !

Mais l’ennui c’est que religion et politique ne font jamais bon ménage. La religion c’est peut être bon pour la spiritualité, mais c’est le plus souvent très mauvais pour tout ce qui relève du pouvoir temporel.
Chaque religion est en germe la meilleure, la seule à porter la vraie foi et l’unique capable de révéler la vraie vérité. Ce qui explique pourquoi elle devient aussi le dernier lieu de résistance possible.
La religion lorsqu’elle se mêle du pouvoir temporel ne sait pas comment s’empêcher de fabriquer des intégristes, des martyrs, de la guerre sainte. De désigner des blasphémateurs, des impies, des incroyants, des chiens d’infidèles bien utiles comme le sont n’importe quel ennemi pour brandir contre eux La Vérité, la leur, qui n’existe que dans leurs rêves.

Alors cette idée de "choc des cultures" élude le fond du problème qui appartient à tous ceux qui essaient de tirer partie de l'islam en en faisant un symbole allié ou ennemi pour imposer un seul discours et un seul pouvoir : le leur.

L'idée de choc des cultures radicalise et stérilise les positions de chacun. On le voit avec ces caricatures : liberté d'expression contre respect des religions.
Ce n'est pas un débat dont on peut sortir.

On ne se bat pas contre des symboles, ce sont des combats perdus d’avance. Nous ne gagnerons pas à nous battre contre le symbole de l’islam, c’est tout ce qu’il reste à des centaines de millions de gens. L’Islam ne gagnera rien à se battre contre ce qui symbolise pour nous la démocratie la liberté, l’égalité et la fraternité.

Ce n'est pas pour rien qu'il faut séparer la notion d'Etat et de Nation des notions de liberté de Culte et de Religion. Et que la nation doit protéger les religions en échange que celles-ci restent séparées des enjeux de pouvoirs.
Ce sont les conditions pour pouvoir établir un dialogue de progrès et équilibré entre différentes composantes d'une société à qui il serait dangereux de donner à croire qu'elles sont hétérogènes du seul fait religieux.

Ne pas respecter cette séparation, c’est ouvrir la boite de Pandore.

Pour preuve, les caricatures aujourd'hui, mais aussi les caricatures anti-juives des intégristes dont on ne parle jamais. Ou encore le sort fait à Salman Rushdie ou Taslima Nasreen, le respect des droits fondamentaux dans ces merveilleux pays ou l’Islam est devenu la loi, la place qui y est faite aux femmes, aux minorités, aux artistes, aux scientifiques, à l’éducation et à tout ce qui aurait lieu de déplaire à la vérité détenue par les Imams là bas, les curés ou le pape ici, les popes ou les bonzes ailleurs...
Nous sommes pourtant en France, historiquement particulièrement bien placés pour savoir ou mène les discours qui font du religieux un enjeu symbolique de domination et de pouvoir. Y a qu’à demander à Saint Barthélemy ?

Les musulmans sont effectivement bien à plaindre. Mais certainement pas pour ces caricatures.
Bien plutôt pour les caricatures de régimes politiques qui les gouvernent, les guident, les soumettent, les obligent au nom d’une sois disant vérité suprême qu’eux seuls détiennent.
Et sur laquelle je ne vois pas en quoi je devrais transiger sur le droit fondamental de penser et s’exprimer librement, et en plus au nom d'un soi-disant choc culturel, dont la notion arrange bien du monde ici comme là-bas.

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