18 octobre 2007
Faut il chercher des Pelloux dans la tête de Patrick ?
Patrick Pelloux est une grande gueule, ce qui ne sied pas à la docte tenue de son statut de médecin urgentiste. Patrick Pelloux écrit des livres, des articles (dans Charlie Hebdo et ailleurs) ou il témoigne et tempête après une gestion strictement comptable de l’hôpital et des dépenses de santé en général. Patrick Pelloux défend l’hôpital public, et on avait vu sa bobine sur les écrans télé au moment de la canicule de l’été 2003. Il hurlait seul dans le désert avant qu’on ne s’aperçoive (mais un peu tard) qu’il avait raison. Il défend surtout les services d’urgences ou il exerce, et dont il décrit souvent la diminution des moyens, leur transformation en boite à réception de toutes sortes de patients qu’on ne sait / ne veut plus orienter ailleurs. Ce que par ailleurs tout le monde sait (j’imagine), et a pu constater s’il a été amené à faire un jour un passage aux urgences.
Hier Patrick Pelloux, à la demande d’autres médecins, a été convoqué pour s’expliquer devant la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins sur sa « non confraternité ».
On lui reproche d’avoir déclaré que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire..." Des propos qu'il avait tenus en 2005, en tant que président du syndicat AMUF.
En tant que grande gueule Patrick Pelloux n’est bien sûr pas exempts de critiques et de reproches. La différence étant que lui souhaite l’ouvrir, (en même temps que les débats et discussions qui vont avec) quand d’autres préfèreraient qu’il la ferme. Du coup pleins de grandes gueules se joignent à lui pour protester contre sa comparution, et les motifs qui la justifierait.
Sans revenir sur l’histoire compliquée de l’Ordre des Médecins, fondé par le régime de Vichy, dissous par De Gaulle et reconstitué en 1945, rappelons que l’ordre des médecins est un organe corporatif, totalement indépendant, chargé de faire respecter le code de déontologie médicale. Il a un pouvoir réglementaire et juridictionnel important, et n’est rattaché à aucun ministère de tutelle. L’ordre des médecins est encore largement critiqué, entre autre –justement- pour des mesures disciplinaires qui s’apparentent à de la censure.
On peut se demander en effet, comment il est possible d’apprécier la notion de « non confraternité ». Patrick Pelloux a-t-il fait des avions en papier avec les ordonnances de ses confrères ? A t’il coupé une mèche de Douste Blazy dans le but d’exercer quelques cérémonies vaudou ? Est ce qu’il joue à anesthésier le chirugien en plein opération au bloc ? Là on pourrait dire que c’est non confraternel ! Mais dire que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire...", est ce que c’est si méchant que ça ? Certainement pas.
Heureusement l’ordre des médecins sait faire preuve parfois d’une grande mansuétude, comme lors de l’affaire du sang contaminé, ou le Dr Michel Garetta ex-directeur du centre national de transfusion est « pardonné ». L’ordre des médecins sait en effet beaucoup pardonner à tous ceux qui ne font pas de vagues, et maintiennent « l’entre soi » qui est une des règles non écrites de l’ordre.
On retrouve là un peu de cette distance qu’il est souvent difficile à vaincre dans une relation patient-médecin. Ce dernier, le spécialiste, estimant qu’il n’a rien à partager avec un malade ignorant de la technicité de son métier. D’ailleurs, le malade ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse c’est la maladie du malade (ah si celui là on pouvait s’en passer). On remarquera aussi qu’il n’y a pas d’Ordre des Infirmières (certaines en rêvent), peut être aussi parce que l’ordre des médecins ne juge pas utile d’intégrer les ouvrières de la santé à leur hautes considérations.
Heureusement, il y a les grandes gueules…

17 octobre 2007
La Kroissanss, Ze Kommbak
Aaaah la croissance.
On ne (re-re-re)parle plus que de ça.
J’ai téléchargé le rapport dont on parle (rapport intermédiaire, il faut le préciser) de la commission Attali, je l’ai survolé et peut être que j’en parlerai en détail une autre fois (peut être seulement).
Tout le monde en veut de la croissance ! Pour ceux que cela pourrait intéresser, vous pourrez même lire un vieux post à ce sujet par ici.
Car la croissance, ça veut dire à la fois tout et rien.
En tout cas pour le moment, ce que je remarque dans ce rapport c’est que la croissance ce serait avant tout de la consommation. Ouais, bon, bof… c’est quand même vite dit tout ça.
Je résume : la croissance ce serait une voiture de plus dans votre garage, un appartement plus grand, un écran plat dans chaque chambre, quelques paires de jeans ou de chaussures dans nos placards, un peu plus de saumon et de foie gras pour Noël. Pfff…
Si quelqu’un pouvait me dire en quoi la croissance sera améliorée avec une voiture Japonaise dans votre garage, un appartement construit par un fond financier des Emirats, un écran plat Coréen dans chaque chambre, quelques paires de jeans ou de chaussures made in China dans nos placards, et du saumon d’élevage Suédois ou de foie gras Canadien pour Noël, je serais curieux de le savoir.
Avant d’être de la consommation, la croissance c’est aussi (et surtout) de la production. Et ce rapport –intermédiaire- et ben il en parle pas de la production. Il ne dit rien de ce qu’on appelle une politique de développement, par exemple d’une politique industrielle en France, il ne dit rien des secteurs sur lesquels il serait bon d’investir (ni pourquoi) pour produire en France, créer des PME dynamiques, qui créeront des emplois, qui créeront de la richesse et au bout du compte de la consommation. Il parle encore moins de toute l’activité financière qui aujourd’hui brasse des quantités de capitaux et de profits bien supérieurs à l’activité industrielle dont pourtant elle se nourrit (sur son dos de plus en plus).
La commission Attali propose de « libéraliser » comme si avec ça on avait tout dit.
Libéraliser, pourquoi pas ! Mais surtout pourquoi faire ? Pour construire plus d’hypermarchés (c’est une des propositions) ? Et qui ira acheter quoi dans ces hypers? Le personnel des hypers, payé avec des lances pierres sur des contrats à temps partiel ? Car pas question de parler des salaires dans ce rapport. Et pour cause ! Sans création d’activité économique ou trouve t’on de nouvelles sources de revenus ?
Et puis la croissance pour quoi faire ? La croissance, la richesse, est ce vivre mieux, est ce le bonheur ?
On peut produire plus, mais si la production se solde par la moitié ou les trois quarts des ressources naturelles exploitées qui se transforme en déchets ou en pollution, qu’est ce qu’elle vaut cette croissance ? Si pendant des années, en toute connaissance de cause, on a produit de l’amiante cela a bien créé de la richesse et participé à la croissance ! Mais pour tous ceux qui ont vécu, vivent ou vivront une vie diminuée et abrégée à cause de l’amiante, c’est quoi la croissance ? Et si en Angleterre –qu’on cite si souvent comme exemple- la croissance a progressé de 20% entre les années 90 et 2000 et qu’en même temps 1 million d’Anglais supplémentaires vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est quoi la croissance ?
Attali s’en moque, il parle de croissance, de transparence, de concurrence, de libéralisation. Blablabla.
Ben tiens !
Prenons un exemple chiant : l’armement.
Pouacre, l’armement, la guerre, les missiles, les mines anti-personnel. Voilà une activité bien dégueu. En plus une activité qui coûte très cher, puisque pour assurer son indépendance militaire, la France consacre 10% de son budget aux armées. Quelle gabegie des fonds publics ! Comme si on avait encore les moyens ! Vite, il faut faire quelque chose.
En plus, pas de concurrence ! On n’achète pas de chars allemands, d’avions de chasse américains, de canons anglais, de missiles russes, de radars japonais. Tout ça c’est du made in France, ça coûte très cher, c’est subventionné à mort (sic), c’est concentré sur quelques entreprises qui se partagent le marché. Rien de libéral là dedans. Honte sur toi Dassault et Lagardère ! Vous n’êtes que deux fonctionnaires qui vivent des commandes d’état.
Mais voilà, l’armement se vend très bien. Parce qu’elle a choisi de créer et protéger son marché militaire, la France est le 3ème exportateur d’armes dans le monde (7 125 milliards d’Euros en 2004 par exemple). On exporte, on fait travailler plein de gens, on ramène pleins de devises grâce à cette absence de concurrence, on fait de la recherche (sic), ce manque criant de libéralisme, cette transparence inexistante sur les tractations (souvent douteuses, n’est ce pas la Pasqua family) entre marchands d’armes. On crée de la croissance nom de Dieu ! De la croissance qui ampute, mutile et tue, mais de la croissance quand même.
Alléluia, Attali devrait en faire pipi dans son pantalon.
Mais Attali, il parle pas de ça. Lui il se concentre sur la flexibilité, la disponibilité et la consommation. Il peut bien dire tout ce qu’il veut, avancer les propositions les plus intéressantes et les plus débiles (ce dont il n’a pas l’air de se priver), tant qu’on vous parlera de la croissance comme d’une sorte d’incantation magique sensée tout arranger, sans vous dire pourquoi faire, avec qui et au bénéfice de qui, il y aura pleins de raisons de continuer à se foutre de la gueule d’Attali.
16 octobre 2007
Ma Mère Etait Une Très Belle Femme
Ma Mère était une très belle femme par Karlen de Villiers.
Non, Karlien n’est pas l’une des filles de Philippe le Joli de Villiers de Saintignon, alias l’anti européen qui s’est fait élire député européen (on admirera la logique de la chose), mais qui va devoir rembourser ses indemnités à force de ne même pas y faire acte de présence. Elle n’est pas non plus la fille de l’un des De Villiers joueur de rugby Sud-Af’.
Mais Karlien de Villiers est une dessinatrice de BD Sud-Africaine. Oui, il y aussi de la BD en Afrique du Sud (et un journal emblématique appelé Bitterkomix paraît il) ! On trouve d’ailleurs aujourd’hui quantité d’auteurs de BD venus de destinations lointaines. On peut lire des BD dessinées par des Indiens, des Coréens (très populaires grâce au double effet Mangas), et même des Sud Africains.
Ma mère était une très belle femme est dans la veine féconde et populaire des BD autobiographiques (Marjane Satrapi, David B. et pleins d’autres). Comme on aurait pu s’y attendre ce n’est donc pas une dénonciation de l’apartheid ou de la société Sud-Africaine. Où plutôt, elle avance masquée derrière l’histoire familiale, la séparation conflictuelle des parents, la maladie de sa maman, les modes de vie et de pensée des parents, de Karlien et de sa sœur au cœur de cette BD.
Le père de Karlien, ingénieur, dessine des engins blindés pour la guerre en Angola. La famille habite dans une banlieue middle class exclusivement Afrikaner. Karlien raconte ses années d’enfance, son échappée à Londres pour sortir du climat familial qui devient de plus en plus étouffant, la maladie de sa mère, son retour en Afrique du Sud pour tenter de renouer avec sa famille, et son éloignement final.
Donc pas une BD « Youp La Boum ! ». Amateur d’Astérix, passe ton chemin, cette BD n’est pas pour toi.
Avant que vous ne déprimiez devant un tel sujet laissez moi ajouter que l’histoire racontée par Karlien de Villiers contraste beaucoup avec son dessin. Très coloré, un peu naïf, on s’attendrait à une BD Smarties alors que l’histoire racontée est plus dure et amère par son réalisme et d’une certaine façon la description froide des sentiments exprimés, le rejet de tout « sentimentalisme ». D’où un sentiment un peu étrange entre chaud et givre.
Malgré quelques petites faiblesses de construction du scénario, c’est précisément l’ambivalence de l’histoire et du dessin qui fait l’attachement de cette B.D. pas tout à fait comme les autres. Un auteur (une auteure, pour faire plaisir à ceux qui préfère la féminisation du terme) à découvrir et à suivre en tout cas.

Pour lire un extrait du livre : http://www.caetla.fr/images/MaMereExtrait.pdf
15 octobre 2007
Qui Suis-Je (Devinette) ?
Un Clin d’œil à Gilles Aitte
C’est une devinette !
J’ai été élu au pouvoir ; je suis petit ; je suis brun ; je suis agité de tics et de gestes nerveux ; j’aime me montrer ; j’aime être admiré ; j’aime qu’on me voie partout ; j’aime apparaître comme suractif ; j’aime donner l’impression que sans moi rien ne se passe ; j’aime distribuer des bons points aux gens qui me sont dévoués ; j’aime engueuler ceux qui me sont dévoués pour qu’ils le soient encore plus ; j’aime ce qui brille ; j’aime ce qui est clinquant ; j’aime la défaite ceux qui s’opposent à moi, j’aime que la gloire des autres retombe sur moi ; j’aime avoir des amis dans la presse et qu’ils parlent de moi ; j’aime avoir des amis dans l’industrie de l’armement ; j’aime aussi mes amis qui sont à la fois dans la presse et l’armement ; j’aime l’argent ; j’aime ceux qui en ont ; j’aime ceux qui peuvent me servir un jour d’une façon ou une autre ; j’aime les slogans ; j’aime convaincre en répétant des phrases simples ; j’aime ceux qui agissent ; j’aime ceux qui pensent que penser est une perte de temps ; j’aime avoir raison ; j’aime me contredire car c’est une preuve que j’ai raison ; j’aime le succès ; j’aime parler fort ; j’aime qu’on m’écoute ; si on ne m’écoute pas j’aime faire croire qu’on m’écoute quand même ; j’aime tout ce qui peut me faire apparaître important ; j’aime définir ce qui est bon ; j’aime dire qui sont les méchants ; j’aime le grand spectacle et la mise en scène ; j’aime jouer au chef ; j’aime faire croire que je peux tout maîtriser ; j'aime le cynisme ; j'aime manipuler des symboles forts ; j’aime ne pas avoir peur du ridicule ; j’aime qu’on ne se mêle pas de mes affaires ; j’aime qu’on ait foi en moi ; j’aime ce sentiment d’être au dessus de tous et de tout ; j’aime apparaître comme l’ultime recours ; j’aime incarner la certitude…
… Je suis ? Je suis ?
Alors je suis qui ?

11 octobre 2007
Ma Tête dans Fessebook
Il y a un petit moment j'ai reçu un mail d'un ami Canadien. Il m'envoyait un lien pour faire partie de son réseau Facebook. Mais si, vous savez bien ! Fessebook !! Le nouveau truc dont tout le monde parle, à la radio, à la télé... Le truc encore mieux que MySpace pour se créer un réseau d'amis influents, un carnet d'adresse bien utile pour rentabiliser ses connaissances et faire fructifier tous les untels et les machins choses qui un jour pourraient s'avérer bien utile pour ma petite entreprise !
Changer de boulot, trouver des clients, des contacts, faire circuler son buzz, avoir de la notoriété... Fessebook serait le nec plus ultra du moment. La hype de la hype pour rassembler les jeunes diplômés Bac++, les ceusses qui ont le vrai esprit d'entreprise, ou qui veulent être de la bande mondialisée qui fera les tendances de tout à l'heure.
Je n'ai pas été étonné de recevoir ce mail. F. mon ami Canadien a adopté avec naturel la candeur nord américaine qui embrasse dans un bel ensemble les liens amicaux et l'exploitation des avantages qu'on peut en retirer. En France, même si cela change, il y a peut être une distance un peu plus moqueuse et critique.
Mais pas d'à priori, je suis donc allé voir sur Fessebook si j'y suis. Et donc maintenant j'y suis.
Peut être que tout un tas de gusses vont venir de relier à mon profil, dans le but de créer un réseau amical et si possible bien utile. Mais pour l'instant je n'en suis pas là (et je doute d'y être un jour).
Alors j'ai pris le temps de me promener sur Fessebook (France), histoire de rencontrer quelques uns de ces groupes. Pas compliqué, une zone donne un lien direct sur les groupes réferencés. Alors j'ai cliqué sur les 3 premiers qui étaient indiqués.
Je suis donc allé voir "Je joue de la flute de pan avec des bouteilles de bière à 3h du matin". Un groupe qui rassemble pas moins de 231 membres. Visiblement, il s'agit d'un groupe branché rigolade qui se moque bien des avantages tant vantés dans les médias. Ils n'ont pas compris que Facebook était la version web 2.0 du Rotary Club, de l'Apec et des Clubs Investissements des écoles de commerce ou quoi !!!
Très déçu par tant de désinvolture, je suis allé visiter le groupe suivant, à l'intitulé bien plus prometteur : "UMP Grandes Ecoles". J'avoue qu'en matière de candeur, le titre en jette pas mal, et fort de ses 143 membres, ce groupe me paraissait mériter une visite.
Quelques profils de contributeurs précisent qu'ils viennent de HEC Paris, l'Essec, ou plus "globaule" de l'université de Georgetown. Wouahhh, la claaaasse !
Vous je sais pas, mais moi les gens qui se présentent à vous par un "Jean Charles, HEC Paris", je ne peux pas résister à un éclat de rire. Ensuite je leur conseille de prendre rapidement contact avec des gens comme Loïc Le Meur, avec qui ils pourront avoir des conversations sérieuses et intéressantes. Et de s'éloigner de moi séance tenante avant ouverture de la boite à baffes.
Le forum des "UMP Grandes Ecoles" réserve toutefois des surprises.
Voilà des petits jeunes qui en veulent, mais qui n'oublient pas d'être rebelles. Donc on trouve des photos d'eux avec Jean Pierre Raffarin, le symbole de la rebelle attitude si jamais il en fallait un. Mazette ! J'en suis presque resté sans voix. Raffarin... Un truc de dingue !
Des sujets de débats sont bien présents également. La question du moment "Le test ADN, en quoi ce serait dangereux ?" Ben c'est vrai quoi ! A l'UMP plus de tabous ! Voilà une question bien formulée. Les réponses elles, le sont tout autant, et il semble bien que certains commentateurs apprécient peu cette histoire de test ADN. Comme Raffarin. Un héros.
Je vous épargnerai ma dernière visite au groupe autoproclamé : "Vive La France". (111 membres).
Non, il ne s'agit pas d'un soutien indéfectible au XV de France et au sélectionneur Bernie Le Dingue. Je cite, pour vous donner la tendance "Même si beaucoup d'otoctones (sic) se sentent de plus en plus européens que Français... Si vous êtes Français. Soyez en fiers !!! Vive La France".
L'administrateur du groupe s'appelle Kevin.
Me regardez pas comme ça ! C'est pas de ma faute !
Bref. Nul doute que Fessebook recèle bien des trésors et des choses intéressantes.
Mais pour l'instant ça doit être comme les Skyblogs, faut pas mal chercher pour en trouver.

10 octobre 2007
Retour A Gorazde
Gorazde (prononcer Goradjé) est l’une de ces villes de l’ex-Yougoslavie, située en Bosnie orientale. Gorazde était, est, l’une des 4 enclaves (avec, sauf erreur, Zepa, Srebenica et Tuzla) majoritairement musulmane encerclée par les Serbes de Bosnie, et la seule qui survécut à plus de 3 ans de guerre jusqu’aux accords de paix de Dayton en 1995.
J’ai repensé à Gorazde parce que ces derniers temps on reparle beaucoup de Carla Del Ponte, procureur du Tribunal Pénal International, et de la fin de son mandat prolongé jusqu’à fin décembre, pour tenter –en vain jusqu’à maintenant- de capturer Mladic et Karadzic (et de nombreux autres) pour les poursuivre pour crimes contre l’humanité.
J’ai l’air de vachement m’y connaître comme ça, mais n’en croyez rien. Quand cette guerre a éclaté j’ai essayé de comprendre ce qu’il se passait. Et je n’y comprenais rien.
L’ex Yougoslavie : la Serbie, la Serbie Monténegro, la Croatie, ou l’étrange Voivodine, tout ça… c’était à la fois très loin, dans les bas-fonds d’une galaxie soviétique en perdition, avec une histoire quasi inconnue et très compliquée. A part quelques matchs de foot contre des clubs aux noms exotiques comme le Dynamo de Zagreb, le Steua Bucarest, le Lokomotiv Sofia, on entendait peu parler de toute cette région résumé par un « pays de l’Est » évocateur. C’est dire ! Et pourtant, un coup d’œil sur une carte de géographie, et voilà… C’est tout prêt, juste en face de l’Italie, de l’autre côté de la mer Adriatique.
Tout ce que je voyais c’était les images d’une guerre horrible qui occupait les écrans télé, des conflits qui me paraissaient tout aussi indémerdables qu’Israël et les Palestiniens, ou l’Irlande du nord catholique ou protestante. Je voyais que nous les Européens, étions à la fois impuissants, et aussi peut être pas si pressé de faire cesser tout ça pour tout un tas de raisons compréhensibles ou inexcusables.
C’est bien plus tard que j’ai finit par mieux comprendre ce qui s’était passé là-bas. Grâce à Joe Sacco. Joe Sacco est une sorte de reporter. Ne cherchez pas ses articles, ou ses photos, y en a pas. Joe Sacco dessine. Un dessin entre les Comics (il est américain), Robert Crumb pour son trait un peu crade, et Marjane Satrapi pour un noir et blanc expressif.
A la différence de Marjane Satrapi, Joe Sacco ne donne pas dans l’autobiographie. Il fait de la B.D, de la B.D reportage même. Il s’est rendu 4 fois en Bosnie pendant cette guerre, il a vécu le quotidien des habitants sur de longues périodes, a pris des photos, des notes, il a rencontré et parlé avec beaucoup de gens, recueilli des témoignages. Il a vécu là-bas.
Ca aurait pu donner un résultat didactique et sentencieux, ça pourrait se draper dans une forme de bonne conscience, ça pourrait n’être qu’un livre de plus de dénonciation sincère et stérile. Mais il n’en est rien. Dans Gorazde, Joe Sacco n’oublie pas de nous apprendre l’histoire compliquée de la mosaïque ex-Yougoslave, sa géographie, ses cultures et dans mon cas c’était loin d’être inutile. Il ne nous épargne pas le récit terrible de cette guerre, les exactions, les crimes, les massacres. Mais surtout, il n’oublie jamais de raconter tout cela à travers la voix des habitants de Gorazde, assiégés pendant toute la guerre par l’armée et les mercenaires serbes de Bosnie. Aujourd’hui je vois à longueur d’année des affiches en 4x3 sur le tourisme en Croatie, et ses paysages Méditerranéens… Ca paraît loin de la Bosnie.
Loin de Joe Sacco racontant comment des voisins qui s’entraidaient, des enfants qui allaient ensemble à l’école, des amoureux chrétiens et musulmans, sont devenus des ennemis à mort capables de toutes les atrocités. Il raconte aussi ceux qui ont refusé de se soumettre. Et surtout il raconte la vie tout autour. Comment on bricole une sorte de mini usine électrique avec du bois, de l’électroménager et de vieilles dynamos pour obtenir un peu d’électricité à partir du fleuve. Comment la jeunesse s’ennuie et se retrouve devant un café à l’affût de la moindre occasion de s’amuser, de chanter Hotel California ou Helter Skelter. Il raconte par autant de courts chapitres (comme un reportage, comme un post) la peur, la faim et aussi les filles qui lui demandent de ramener des jeans quand il reviendra, pour trafiquer peut-être, mais surtout pour être jolies et échapper un instant à la camisole mentale de la guerre. Il nous montre comment tout conflit crée un « chacun pour soi », ou tout se monnaye et s’échange : sa maison, sa télé, dénoncer quelqu’un, trafiquer des papiers, des cigarettes ou des armes, abuser du moindre pouvoir dont on peut disposer pour tout simplement survivre ou sauver les siens.
Mieux que des films ou des photos, le dessin de Joe Sacco sait rendre cette atmosphère poisseuse, boueuse, sans jamais exempter les moments d’espoirs ou de gaieté qui se cachent dans les détails. Lui-même se dessine dans le livre, sans se donner le beau rôle, sans surjouer la compassion non plus. Il ne dissimule pas ses intentions, ses impuissances, ses incompréhensions ou ses sentiments. Tout cela ensemble, dans le dessin, les dialogues des personnages, les notes qui l’accompagnent, donne une force incroyable à son livre. A mon avis bien supérieur à n’importe quel récit ou reportage.
Si jamais l’envie vous prenait de lire tout simplement une (très) bonne BD, ou d’en savoir un peu plus sur ce conflit en échappant aux commentaires vides de sens de politiques qui soutiennent le TPI de la main gauche, aux poses outragées et lyriques de tous nos Kouchnero-BHLiens, aux commentateurs je-sais-tout, je vous assure qu’une seule page de ce livre vous en fera comprendre, saisir et ressentir bien plus que la totalité de ces plumitifs qui squattent la zone de bruit médiatique.
Ce n’est pas un livre de guerre, c’est un livre de vie malgré la guerre.
Pour en lire plus sur Joe Sacco

Gorazde est disponible en 1 volume aux éditions Rackham
04 octobre 2007
Les Mots du 21ème Siècle : Remarquable.
Remarquable : Qui est digne d'être remarqué en bien ou en mal.
Étymol. et Hist. 1547-55 « susceptible d'attirer l'attention » (J. Chesneau, Voyage en Constantin, B.N. 3899, f o 147 ds Gdf. Compl.); 1604 « digne d'une considération toute particulière » (Montchrestien, Hector, éd. Petit de Julleville, p. 40). Dér. de remarquer*; suff. -able*.
Remarquable est un adjectif… remarquable.
Je suis d’ailleurs très heureux de vivre dans un monde remarquable, ou il est de bon ton, et même quasiment obligatoire et sacralisé de se faire remarquer. On connaît des voix de crécelles qui s’inscrivent pour devenir les dindons consentants et chantant d’une farce de télé-réalité qui se joue sur leurs dos. On connaît des pipoles (orthographe officielle d’un nouveau mot sans intérêt) prêts à tout pour se faire remarquer, et désormais en passe d’exercer toute une vie de pique assiette grâce à la publication de torchons que même mes fesses refusent de s’essuyer avec (le papier glacé… ça gratte). On connaît des serial killers, des incendiaires d’autobus et toutes sortes de tarés, qui lorsqu’ils sont enfin poissés par la police, expliquent leur geste d’un « je voulais me faire remarquer » censé être définitif.
Ce qui est remarquable dans le mot « remarquable » c’est sa valeur antagoniste. Vous pouvez décrire quelqu’un -par exemple un 1er ministre- comme un remarquable homme d’état, ou comme un crétin remarquable. Alors quand -par exemple toujours- un président de la république qualifie son 1er ministre de « remarquable », son ministre de la justice « de tout à fait remarquable », ou son ministre des affaires étrangères « d’absolument remarquable »,etc, etc… On peut se demander ce que signifie au juste le terme de remarquable ? Compliment ou limite insulte ? Mais alors qu’est ce qui doit être finalement considéré comme étant vraiment remarquable, positivement, pour ces pauv’ ministres rabroués par un individu qui n’a pas été jugé remarquable par 46% de la population ? Imaginez un ministre comme un candidat de n’importe quel Star Ac’.
Il manque quelque chose. Mais le terme remarquable étant à priori positif on oublie de se poser la question. C’est pourtant le même président qui n’hésite pas à affubler certains ministres de qualificatifs beaucoup plus clairs « connard, stupide, débile » pour quelques propos sur
Et bien ils doivent être à l’unisson de notre époque remarquable !
Comme pour les perroquets de n’importe quel Popstar, il faut faire semblant. Et si possible, faire semblant au point d’y (faire) croire, ça marche encore mieux.
Il faut faire semblant d’y croire, de partager un soutien indéfectible au grand petit chef. De faire semblant dans la confiance aveugle envers des projets dont on pourrait pourtant sans honte douter des résultats. De faire semblant d’adopter des postures et le vocabulaire qui va avec : faire du jogging, rabâcher des idées toutes faites, adopter la méthode Coué... C’est le prix pour être remarquable !
Est-ce qu’il y a tant de différence que ça ?
Il n’est pas là pour chanter sa propre partition, mais pour interpréter ce qu’on veut bien lui demander de faire. Il n’est pas là pour proposer sa propre personnalité avec ses défauts et ses qualités, mais pour adopter des valeurs et un comportement qu’on choisit pour lui. Il n’est pas là pour être tel qu’il est (et éventuellement de changer), mais pour être conforme à l’image qu’on aura choisit pour lui. Il n’est pas là pour proposer mais obéir aux jugements définitifs qu’on lui assignera. Il n’est pas là pour proposer, il est là pour vendre.
Enfin, on peut se demander ce qu’il y a de remarquable quand tous le sont. Si Machin, Truc et Bidule sont de remarquables ministres, secrétaires d’état, conseillers, ou tout ce qu’on veut, c’est peut être quand même qu’il n’y a finalement rien à remarquer !? Ce qu’il y aurait alors de remarquable, c’est qu’aucun ne se dénote des autres, que tous soient sur la même longueur d’onde (celle que l’autorité suprême leur accorde), et ne sorte jamais des clous comme des élèves bien disciplinés devant un seul maître à penser.
Comme aurait pu le dire –s’il était encore là- un homme de grand talent avec un sourire en coin : « remarquable non ? »

01 octobre 2007
La Nostalgie Camarade ?
Il va falloir s'y faire, c'est notre tour (je parle des gensses de my ge-ge-generation) de tomber dans la période nostalgique. Entre ici nostalgie eighties et ton terrible cortège, ces groupes de rock qui se reforment sans rien proposer de nouveau et un tant soit peu palpitant. Avec tous les avides de la pompe à fric prompts à nous rebalancer des "compils", "best of" et autres "meilleurs moments de" Desireless et autres Partenaires Particuliers (au s'cour !). C'est la marche funèbre des années '80, des vestes à épaulettes, des coupes à brushing, et des éternels retours de Prince, Police et autres Genesisseries... Pour les autres, les plus "branchés" comme on disait à l'époque c'est un film sur Joy Division, la réhabilition des synthés Korg et Roland par l'électro d'aujourd'hui, la résurrection des momies de chez Cure et autres terrifiantes innovations que réserve le passage obligé par la case nostalgie.
La nostalgie des années '80, c'était bien... mais uniquement dans les années '80.
Pourtant, tout ne sera peut être pas à jeter dans ce retour vers un futur au passé antérieur.
On trouvera quand même quelques rares occasions de voir, entendre ou lire des choses qui ne seront pas uniquement branchées sur le son du tiroir-caisse.
Et heureusement !
Y a eu un beau livre collectif par et sur tout ceux qui ont fait l'aventure de Métal Hurlant et des Humanoïdes Associées il y a un an (merci encore à la bloggeuse qui me l'a offert). Et cette fois-ci c'est Florence Cestac qui s'y colle, dans un Bd en solo sur les éditions Futuropolis.
Ces deux éditeurs ont disparu aujourd'hui, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils auront permis à la BD de changer de dimension, en publiant des auteurs nouveaux, en mélangeant graphisme contemporain, science-fiction, érotisme... qui à l'époque (ah oué, les années 80, on peut dire à l'époque maintenant) peinait à trouver une nouvelle place, et à sortir des années 70 initiées par Pilote et quelques autres.
Florence Cestac a participé à toute l'aventure Futuropolis depuis le début. Elle raconte tout ça, avec beaucoup de tendresse et de dérision. Les personnages de l'époque (Robial, Tardi, Robert Roquemartine et pleins d'autres), la librairie Futuro dans le 15ème, les galères et succès sont croqués comme autant de madeleines par celle qui était là, du début à la fin.
Pour moi, Futuropolis c'était une sorte de nec plus ultra de la Bd. Surtout parce qu'il faisait de beaux livres.
La collection 30x40 consacrée à un seul auteur (Tardi, Swarte...).
La collection Copyright qui exhumait les trésors de la Bd d'antan (Superman, Mandrake le Magicien, Popeye...), dont les originaux étaient l'objet de tractations furieuses entre collectionneurs obsessionnels.
Le truc des éditions Futuro, c'était souvent de faire des livres luxueux, aux dimensions étranges, qui ne rentraient jamais dans une bibliothèque. Trop long, trop carrés, trop couteux, trop fragiles, trop ceci ou trop cela. Déjà que les prix prohibitifs de ces objets voulus aussi beaux que leur contenu faisaient que le plus souvent je me contentais de baver (slurp, slurp) dessus dans les librairies. Mais les rares fois ou je pouvais enfin en ramener un, impossible de le ranger avec les autres Bd une fois lu et relu.
Les Futuro (comme on les appelait) se débrouillaient pour être à part de toute façon, de ne surtout pas être confondu avec de la vulgaire "Bd" et leur saletés de beaux livres en étaient la preuve.
Après le succès, comme "Métal", est venue la désillusion puis la disparition. Les sirènes de la télé ont permis aux Dionnet, Manoeuvre et autres Robial de réaliser leurs rêves : faire sortir la Bd de son carcan "p'tits Mickeys sympa mais bon... y a des choses sérieuses dans la vie". Et pour eux, de devenir quelqu'un. Ils s'y sont plus ou moins brûlés les ailes.
Dionnet et Manoeuvres ont populariser la Bd avec l'Impeccable aux Enfants du Rock.
Etienne Robial, le graphiste démiurge a fait l'habillage visuel de Canal+ et de beaucoup d'autres.
Florence Cestac a continué à dessiner ses "Gros Nez", d'un ton toujours léger et attachant.
Elle rend hommage à ses premières amours dans ce livre, sans que ça ne sente jamais la naphtaline.
si vous ne connaissez pas les années 80, lisez la grande et la petite histoire de Futuropolis, au moins vous passerez un vraiment bon moment. Ce qui compte, nostalgie ou pas, c'est le talent.

26 septembre 2007
Les Mots du 21ème Siècle : Décomplexé.
Décomplexer : v. tr. de dé et complexer. Libérer de ses inhibitions, de ses complexes. Décoincer, décontracter, défouler. Libérer d’une gêne, d’un sentiment d’infériorité.
(in Le Petit Robert)
Comme on peut le voir, avant d’être décomplexé il faut avoir été complexé. Ca marche comme ça.
Prenons –avec des pincettes afin de ne pas le froisser- l’ADN d’un de nos nouveaux maîtres à penser récemment élus. Peut on y trouver trace d’une gêne ou d’un sentiment d’infériorité ?
Y a-t-il un gène qui sans doute fait détester sa petite taille pour alimenter l’ambition d’aboutir aux plus hautes fonctions ? Ou, le gêne de la peau bien rose –dit gêne Hortefeux- fait-il craindre les coups de soleil au point de renvoyer tout ce qui a peau mate ou sombre loin de sa vue ? Le gêne de la pauvreté est il efficacement combattu à coups de boules puantes en désodorisant afin d’éloigner les sdf des lieux de consommation ? Etc…
Mettons nous à la place du complexé Sarkozyen qui veut, peut enfin, se décomplexer aujourd’hui.
Quel est son grand problème ?
Il est très malheureux de gagner beaucoup d’argent et qu’on ne l’aime pas pour ça. Il est très triste qu’on se moque de sa Rolex neuve. Il est très gêné que la justice l’embête tout le temps à propos de ses stocks options ou parachute doré qu’il mérite. Il est très déçu qu’on parle toujours de ses plans sociaux et ses délocalisations parce que c’est pas lui, c’est le marché. Il est très mécontent qu’on lui dise que son 4x4 urbain pollue plus que de raison.
Il est complexé devant tous ces fonctionnaires et ces syndicalistes qui ne comprennent pas qu’ils seraient bien mieux entre ses mains, car lui saurait gagner de l’argent avec la santé, avec l’éducation, avec les prisons, même avec la Sécu si on le laisse faire.
Le complexé qui veut se décomplexer désespère que trop de gens n’adoptent pas son point de vue : plus un petit nombre gagnera plein d’argent, plus une majorité pourra en recueillir les miettes. Ce qui est mieux que d’essayer de partager tout cela en parts à peu près égales.
Le complexé regrette qu’on mette ses idées et ses pensées à l’écart. Pour lui, tout ça c’est la faute à ces décomplexés libertaires de Mai 68. Il a pourtant un discours généreux : il aime à distribuer ses pièces jaunes dans un geste de mansuétude pour tous ceux qu’ils ne veut surtout pas employer. Il aime rire avec les sketches rigolo de Bigard ou l’écoute attentive des Grosses Têtes. Il est patriote car avoir un chef c’est important, et parce qu’il vaut toujours mieux avoir l’Etat de son côté, même sil faut parfois délocaliser les conseils des ministres à Vichy pendant quelques années. Il participe à l’existence d’une pensée élaborée avec de grands guides intellectuels comme Guy Sorman ou Alain Minc (Jean Dutour ou l’intégrale des textes de Barbelivien conviennent aussi).
Que devrait faire un complexé de droite pour se décomplexer ?
L’usage thérapeutique voudrait qu’il comprenne l’origine de ses complexes. Pourquoi ais-je honte d’être si petit ? Pourquoi ais-je tant besoin de plus d’argent que je ne pourrais jamais en dépenser ? Pourquoi j’aime acheter des trucs qui brillent ? Pourquoi j’aime pas prêter mes jouets ? Pourquoi Alain Minc ou Jean Dutour ?
A part la dernière question, qui laisse perplexe tous les experts, l’expérience montre qu’une fois qu’il a répondu à ces angoissantes questions les complexes disparaissent. Notre homme ou notre femme à décomplexer est alors prêt à vivre sa vraie vie, débarrassé de l’envie irrépressible d’être plus que ce qu’il n’est réellement. Il ne vit plus sous l’inquiétude oppressante de tous ces autres qui pourraient être mieux que lui, avoir plus qu’il n’a, ou lui prendre un peu du pouvoir qu’il possède.
Il devient capable d’apprécier son existence, de nourrir des ambitions qui ne le dévorent pas. Il a des qualités et des défauts. Il est comme vous et moi.
Et voilà qui est bien ennuyeux de se dire qu’une fois décomplexé, on pourrait être comme vous et moi ! Banal, humain, généreux et très con, subtil et grossier.
Voilà la dure limite du processus de décomplexage !
A la dernière étape il est fréquent que le complexé Sarkozyen se décide à ne pas renoncer aux dîners chez Cath’ de Rotschild, aux croisières sur un Yacht, à remettre la légion d’honneur à Poutine, à son logement de fonction, à mille et une petite chose qui –croit il en vain- le distingue du commun des mortels.
Il faut le comprendre, c’est trop dur ! C’est trop ingrat !
Et qui continuerait à lire Jean Dutour et à acheter les bouquins d’Alain Minc ?
Il vaut donc mieux que ce soit les autres (vous, moi) qui se décomplexent.
En guise de droite soi-disant décomplexé, le mieux serait en fait que vous tous, les complexés de gauche faisiez le chemin inverse. Devenez des complexés de droite et coûte que coûte faites croire que là réside le bonheur.
Qu’il est bon de tout partager, mais uniquement avec soi-même. Que le bien public c’est bien quand vous avez des problèmes, mais que quand tout roule, quoi de plus normal d’être le seul à en profiter ? Que les étrangers (c'est-à-dire, les autres, tous les pas comme vous) n’attendent qu’une chose, occuper votre place, abuser de vos pièces jaunes, profiter de vos efforts. Qu’une couverture de Voici vaut mieux que la collection complète de l’Huma. Qu’il vaut mieux 1000 sans logis pour 1 sans profits que l’inverse. Que la démocratie c’est bien tant qu’elle se montre obéissante. Que la peur fabriquée par vos complexes est la plus sûr garantie du bonheur.
Décomplexez-vous, et donnez à ce mot un autre sens que celui prévu par Petit Robert : simplifiez, résumez, écourtez, réduisez, ratatinez… tout ce à quoi vous pourrez penser.
Et bonne chance si vous pensez être plus heureux après ça.
20 septembre 2007
Ma Coupe du Monde de Rugby (part 4)
La coupe du monde de Rugby a beau être internationale, la même coupe en France, y a pas à dire c’est du quasi régional ! D’un côté on a plein de pays exotiques dont-on entend jamais beaucoup parler ailleurs, les Tonga, Fidji, Namibie, Georgie… De l’autre, c’est comme si tout le pays était transplanté au sud de la Loire.
Car ami lecteur, sache le, le rugby se parle avé l’assent ! Malheur à la télé ou à la radio qui n’a pas son consultant Toulousain, Béarnais, Béglais, Tarbais, Biarrot de service. Le rugby sans langue d’oc, c’est comme la soupe sans sel, les socialistes sans gamelles aux élections présidentielles, un tailleur Prada sans Cécilia dedans… C’est pas une faute de goût, ou de style, c’est carrément un péché capital.
Car ami lecteur, sache le aussi, le rugby ça se passe au Sud de la Loire. Certes le 1er club est né au Havre (comme pour le foot), et le Stade Français a l’habitude de piétiner les habitudes du Stade Toulousain, mais - c’est comme ça – Sud égale Rugby !
Est-ce parce que le rugby a bien été accueilli en ces rudes terres Rad-Soc, bien plus favorables que les bien pensants cathos et conservateurs du Nord ? Peut être. C’est que l’histoire politique du rugby n’est pas simple vous savez ! On dit, (mais on dit de ces choses) que c’est même le rugby à XIII qui était le plus populaire en France, jusqu’à ce que les collabos de Vichy ne privilégient leurs amitiés sportives avec les tenants du Rugby à XV, au détriment des Treizistes qui depuis végètent dans les bas-fonds des sport méconnus et méprisés comme le lancer de nains, la confection du Chorizo le plus grand, le patin sur sable, etc…
Donc, la coupe du monde de rugby c’est rigolo, parce que d’un seul coup c’est tout un parlé imagé qui débarque entre nos deux oreilles, franchement plus marrant que François Fillon quand il arrive à en placer une, ou que Claude Allègre qui lui ferait mieux de la fermer plus souvent.
Le match démarre dans la télé que déjà les accents rocailleux déboulent dans nos oreilles, et ce n’est qu’un début ! Le rugby c’est aussi se déplacer dans un monde imagé et savoureux, ou le verbe se porte à la fois haut et de façon surréaliste.
Prenez l’accent et répétez après-moi :
Avant le début du match.
- Bienvenue dans le temple du Rugby, ce soir l’équipe de France joue à la maison.
- A 15 sur le terrain ça fait une équipe complète.
Pendant une phase de jeu.
- L’arrière dégage d’un coup de pied de mammouth, c’est la réponse du berger à la bergère, on va assister à un match dans le match avec ce combat entre les deux arrières.
La balle est récupérée par un trois quart qui lance une offensive.
- Ce joueur a vraiment des jambes de feu, il a enrhumé son vis-à-vis juste avant de taper par un petit coup de pied à suivre.
- Ah oui, la passe au pied est devenue l’arme n°1 du rugby moderne !
- Oh la la ! Il a été plaqué par un plaquage ! Il a pris un caramel ! Il a même pas eu le temps d’enlever le papier autour !
Le joueur adverse est sanctionné pour son plaquage irrégulier.
- Et voilà, c’est normal, le n°7 a été pris par la patrouille, le voilà exclu pour 10 minutes. Il a pris le carton jaune pour une biscotte. C’est une pénalité pour les bleus. Michalak se prépare, vu la distance et le vent, il a intérêt à viser le poteau du milieu !
- Ecoutez le stade, ce silence est impressionnant au moment ou Michalak va tenter la pénalité.
Michalak essaie et loupe son coup de pied.
- Et ça passe à drouaaate du poteau… C’est un renvoi aux 22.
L’équipe adverse repart et se montre menaçante, en menant une belle offensive.
- Rien à dire nous subissons, les Anglais nous font un rugby pommes-vapeur en ce moment ! Le défi physique de leurs avants nous pousse à la faute, et nous voilà avec une mêlée contre nous à 5 mètres de la ligne d’en-but.
- Le cochon est dans le maïs !
- Les Françééé, mettez les barbelés !!!
Les Anglais se rapprochent.
- Le cochon est vraiment dans le maïs !!!
- Dallaglio avance tout seul, il a laissé ses frères à la maison pour aplatir entre les 2 poteaux !
- Et voilà, essai du XV de la rose ! La meilleure réponse au public qui manque vraiment de fair-play depuis le début du match.
C’est la mi-temps, le match reprend et rien ne se passe d’intéressant.
- C’est la mi-temps de la 2ème mi-temps, il va falloir que les bleus se reprennent. Ce qu’ils ont commencé à faire.
- On peut toujours compter sur le French Flair et espérer un quart d’heure champagne !
- Ah oui, mais là pas comme ça. Heymans commet un petit en-avant.
- Eeeh oui, mais en rugby il n’y a pas de petits ou de grands en avant. Il n’y a que des en avants.
- Ca sent la fin, pour ne pas dire le sapin.
Contre toute attente, l’équipe de France commence à bien jouer. Enfin !
- Les mouches ont changé d’âne. C’est l’heure du coaching, Laporte fait entrer le match winner des bleus.
- Le voila, pour son premier ballon ! Il prend le trou, passe les épaules pour transmettre à...
- Ooooh la chistera ! Et voilà Dominici qui passe toute la défense pour aller aplatir en terre promise.
- La cabane est tombée sur le chien des Anglais.
- … Transformation de Michalak réussie !
- Et le chien est mort.
- Si le chien n’est pas mort, la cabane lui est déjà tombée dessus.
- La cabane est tombée sur le chien… Le chien n’est pas mort mais il va falloir le ranimer !
- Et voilà, l’arbitre siffle la fin du match. L’Angleterre s’incline et pourrait bien récupérer la cuillère en bois du tournoi.
- Victoire méritée pour la France qui s’est battue jusqu’au bout.





