L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

06 septembre 2006

La Maison de Mon Père (1) – Le monde est il vieux ?

L’ampoule électrique qui purifie l’air, la montre qui parle, mesurer une pièce avec une précision ultrasonique, le bracelet anti-ronflements, le shampooing qui lave sans eau, le slip-caleçon (à moins que ce ne soit l’inverse), le paillasson en galets[1]

Voilà tout un tas d’objets dont Alphonse Allais aurait tiré un texte bien plus savoureux que le mien, ou que Boris Vian aurait pu ajouter à sa ‘Complainte du Progrès’, sa chanson consacrée au progrès domestique : « Ah Gudule, Viens m’embrasser, Et je te donnerai, Un frigidai-reu, Un joli scoutai-reu, Un atomixai-reu, Et du Dunlopillo, Une cuisiniai-reu, Avec un four en ver-reu, Des tas de couvai-reu, Et des pellagâteaux… ». Mais voilà pourtant des objets qui marqueront d’une manière indélébile votre entrée un jour dans le clan fameux des « retraités ».

A partir de cette date nous serons mûrs mais pas encore trop blets pour recevoir en abondance dans nos boites à lettres certes des propositions de contrats obsèques, des fauteuils relaxants inclinables dans tous les sens, des sièges qui remontent les rampes des escaliers, un appareillage pour sourdingue... On n’est jamais trop prévoyant… Mais aussi et surtout, nous pourrons acheter : une boite à conservation alimentaire électrique, un stop-taupe solaire, des semelles magnétiques anti-chocs, un plumeau-lustreur pour auto, un aspirateur à main à puissance « cyclonique », un réveil anti-moustiques…

Toutes ces choses sans lesquelles nous ne saurions vivre notre troisième âge d’or, privés de notre plus élémentaire droit au confort. Sinon je vous le demande, à quoi aurait donc servi d’avoir du supporter pendant si longtemps les âneries proférées par votre collègue Bouchard (Gérard), les remarques crétines et blessantes de vos chefs successifs, les récits épiques de Mme Chombier à propos de sa vie sentimentale, alternativement avec ceux de ses corps au pied ?

En tout cas c’est ce que je me disais en arrivant dans la maison de mon père, pour ces vacances se présentant comme une sorte de répétition générale d’une future retraite heureuse. Car comment ne pas voir, dans la vie de son père, une proposition par anticipation à votre propre avenir ? En m’asseyant sur le canapé et en attrapant ce petit catalogue de vente par correspondance posé face à moi, je ne tardai pas à tomber en sidération devant son contenu : le tuyau d’arrosage super-extensible, le sécateur en téflon, les lampes solaires flottantes, la poubelle automatique qui s’ouvre et se ferme toute seule, la serviette de bain qui tient toute seule elle aussi, les housses pour meubles de jardin (décorées de tournesols), ou le véritable chapeau en cuir australien (pour les aventuriers seulement).

Je pensais alors que décidément je n’avais encore rien vu de la vraie vie, que j’étais toujours un blanc bec plutôt malvenu de la ramener sa grande gueule ! Qu’en fait, j’avais bien tort de craindre moi aussi de vivre un jour –comme j’étais en train de le constater- sous l’empire des repas à horaires fixes (à la minute près), des émissions de Julien Lepers, des parties de Scrabble et des heures silencieuses passées à… rien. Je n’avais donc rien compris à ce que j’avais vu ?!
Tout cela n’était qu’un abus de mes sens !!!

Les vieux sont jeunes aujourd’hui c’est bien connu ! Nos papy boomers se gobergent sur les rentes dorées que fournissent nos maigres CDD à leurs caisses de retraite. Après avoir profité des trente glorieuses, de Mai 68, de la libération sexuelle et du chichon marocain, dans un dernier feu d’artifice avant de nous laisser une planète en ruine, ils partent en trekking au Népal, se font lippo-sucer avant une escapade au Costa Rica qu’ils/elles espèrent coquines grâce au Viagra et la DHEA, ils ne rentrent que pour se ressourcer au cours d’une retraite zen dans ce petit manoir bouddhiste du Berry, ils font du semi-marathon pour garder la forme… C’est bien simple les vieux sont plus jeunes que nous !

Vindieu !


Et comment cela serait il possible sans l’accès à toute cette technologie et ce progrès pensé rien que pour eux ? Téléphone tactile multifonction, coussin de chaise anti-glisse, coupe poil automatique étanche, briquet-allumette géante, épluche légume à lame en céramique de zirconium… Le monde leur appartient, fût-il désormais contraint de tourner sur lui-même à l’aide d’un déambulateur.

[1] NDLA : Tous ces objets existent et sont « authentiquement » disponibles dans le catalogue –ça ne s’invente pas- de « l’Homme Moderne ».


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25 juillet 2006

Le "Tioube" de l'Eté.

Chaque été a son tube.

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Longtemps fabriqués à l'avance par les chaines télé et les publicitaires depuis la "fameuse" """lambada""" (pouacre), au royaume des podcasts, des lecteurs mp3 et de myspace.com tout cela n'a plus vraiment de raison d'être maintenant.

Chacun bidouille sa compil', ses "sons" dans son coin en les partageant éventuellement sur ses play-lists.
A force d'en avoir partout de la musique, finalement elle en perd un peu le goût de la découverte et de la surprise. Un peu comme un gamin qui a tellement de jouet qu'il s'amuse plus avec un carton trouvé dans la rue qu'avec ce qui dégorge de sa chambre.

Il n'en reste pas moins... Le tube de l'été...
Il se fabrique insidieusement dans nos têtes. Au bout d'un moment le même morceau revient en répétition insistante à la maison, dans la voiture, dans le casque de l'i-pod, dans les sifflotements sous la douche.
J'ai attrapé mon tube de cet été dans le "Tioube" justement ! Quand j'étais à Londres ces jours-ci.
En compagnie de mes amis "rosbeefs" luttant contre la cuisson à la vapeur (Irish stew ?) qui règnait dans l'underground Londonien, je me concentrai sur l'écoute intensive de mon tube de l'été tout fraichement trouvé, histoire de penser à autre chose tandis que nous -le contenu du wagon- nous dissolvions lentement en effluves diverses et chairs déconfites sous l'effet de la canicule anglaise.
Burp !

Acheté juste avant de partir chez les grands-bretons, "Mother Dear" ce morceau du dernier Divine Comedy est devenu mon 'tioube' de l'été à moi. Neil Hannon, l'âme de Divine Comedy (je tenais absolument à placer ce "âme de Divine Comedy") s'y entend pour savoir pondre ces petits chefs-d'oeuvre pop à l'anglaise qui ne manquent jamais de faire frétiller mes neurone musicaux de plaisir.
Il sait s'y prendre le bougre !
Neil Hannon écrit des chansons "literate", avec cette distance amusée et affectueuse à la fois qui en font toute la séduction. Et puis il aime bien y mettre de l'orchestration dedans, des cors (anglais), des bois, des cordes qui conviennent tout à fait à son style euh... Edwardien (?) qui cotoie parfois le kitsch sans jamais tomber dedans.

Bref.
"Mother Dear" démarre avec une intro au banjo ou on imagine Neil Hannon en train de jouer dans son jardin avec un chapeau de paille sur la tête, avant que l'orchestre pimpant et sautillant ne vienne prendre le relais pour dérouler le reste du titre qui sent bon l'enfance, le sable, l'odeur de l'herbe verte coupée, et tout ce que plus grand on espère retrouver pendant nos escapades de l'été : les aventures sur la plage, les sandales en plastique, la chasse au crabe, les "bois la tasse" dans les rouleaux, les goûters avec des crêpes, les cerfs-volants qui se cassent en tombant et les cochonnets qu'on lance trop loin, les livres à lire à l'ombre des arbres en refusant de répondre aux insistants "A Taaable" maternels, les escapades avec les copains et copines du camping de la rue d'en face...

J'ai trouvé mon tioube de l'année.

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Le site : http://www.thedivinecomedy.com/home.htm
Pour écouter des extraits de l'album : http://www.fnac.com/Shelf/article.asp?PRID=1847313&OrderInSession=1&Mn=3&SID=ede2779e-5c89-de67-4f0e-8de6dadcd7ec&TTL=260720061712&Origin=fnac_google_home&Ra=-28&To=0&Nu=1&UID=02ccea427-8794-27df-e39e-d5bf5bb1dcec&Fr=3

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23 mai 2006

想著過去的種種,他再也不能安睡。*

Dans les livres, ou les films, j'aime ce moment de surprise ou d'un seul coup, celui, celle qui me raconte une quelque chose me donne l'impression qu'il raconte un bout de mon histoire.
Bien sûr il n'en est rien.
Lui ou elle raconte son histoire. Il ne me connaît pas. Et ce n'est que ce que j'ai envie d'y retrouver de la mienne qui se glisse dans ses mots ou ses images. Ce n'est sans doute pas un hasard que celui qui me porte vers tel livre ou tel film à un moment plus qu'un autre. Et si le talent de l'auteur me propulse dans son histoire comme pour y reconnaître des bribes de moi-même ce n'est pas tant l'effet du hasard, que les écheveaux indémêlables d'accointances, de sympathies, de recoupements proches et lointains et d'états d'esprits qui se nouent de manière suffisamment étroite pour que la coïncidence se produise.

Encore plus évocateurs sont les rares qui parmi ces écrivains, ou ces cinéastes -je ne sais pas comment ils s'y prennent- me révèle au passage quelque chose de cette histoire que je ne pouvais qu'effleurer. Alors le livre, ou le film me paraît d'un seul coup suprêmement intelligent et subtil... Il me montre, ou me dit ce que j'avais face à moi, ou sur le bout de la langue depuis si longtemps.
Il me fait cadeau d'une face cachée, d'une partie immergée de ce que je croyais voir en totalité. C'est un cadeau qu'on prend toujours et qu'on ne peut jamais laisser. Tout simplement parce que l'esprit de surprise y est total.
On est là en confiance, dans son fauteuil, à tourner les pages, à regarder les images animées 25 fois par seconde sur l'écran. On est déjà content d'être là, séduit par les mots, l'intrigue, le style, la plastique de l'actrice... Et puis d'un seul coup, badaboum, on s'est fait eu !
Ca peut tenir en une phrase ou en une image. Il se peut aussi que ce soient tous ce qui s'est accumulé depuis le début, comprimé comme un ressort, qui à cette occasion se détende d'un seul coup pour nous péter à la figure. Dans un éclat de rire, une boule dans la gorge, un sentiment de vertige, une bouffée de chaleur ou une sueur froide. Peut être bien tout ça à la fois.

Une vérité vient de passer.
Et comme toutes les vérités vraies, elle ne dure qu'un instant, s'enfuie à toutes jambes en nous tirant la langue. Mais ce n'est plus comme avant.

Lorsque j'ai vu In The Mood For Love je m'attendais à quelque chose comme cela.
C'était le moment pour ça, le genre de film, de sujet et de réalisateur pour ça. Ma vie paraissait coller au film, et...
Et rien ne s'est passé comme je l'avais prévu.
Ce n'est qu'à la fin du film que l'instant de vérité s'est formé. Peut être bien parce que Wong Kar Waï son réalisateur a raconté son histoire en filmant les interstices, les espaces, les creux de l'éternelle histoire d'un garçon qui rencontre une fille. Là ou finalement les choses se passent vraiment, s'élaborent et se réflechissent. Bien plus parfois que dans les discussions ou les actes, qui ne sont là que pour ponctuer tout ce qui se fabrique bien avant, sans qu'on s'en rende totalement compte.
Comme un puzzle, In The Mood For Love m'a offert une part de ma propre vérité bien après le générique de fin, en marchant dans la rue, en rentrant chez moi tard dans la nuit. Enfin, j'allais pouvoir dormir.

(titre)* : Thinking about all the things that had happened in the past,
he could no longer sleep. (extrait de "Duidao" de Liu Yichang , la nouvelle
ayant inspiré le film)

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13 avril 2006

La Vie C'est Pas Comme à la Télé.

Et surtout c'est pas comme dans les séries télé ! Ah ben ça non.

Prenez l'exemple de la série Urgences par exemple.
LVN ne reculant devant aucun sacrifice a décidé de tester pour vous cette semaine les urgences Parisiennes.

Pour commencer ce n'est pas une ambulance qui -toutes sirènes hurlantes- s'est faufilée à travers les embouteillages Parisiens, n'hésitant pas à piétiner quelques manifestants attardés, quelques individus séchant leur dur labeur quotidien pour un moment de shopping, etc... Nan, nan, nan...
J'y suis allé tout seul aux urgences. C'est vrai que je n'avais pas besoin d'être intubé, transfusé, intra-veiné, masquàoxigèné, etc... Pas a peine de déranger un chauffeur de taxi blanc à sirène pour ça !

Une fois la porte des urgences franchie de ce grand hopital parisien, aucune marée humaine de blouses blanches, bleues ou vertes, aucune course d'auto-tamponneuse avec des brancards, aucuns râles ou gémissements de mourants ou de blessés souffrants dans d'atroces douleurs...
Aucuns cris impatients mais professionnels de médecins ou d'infirmières réclamant "une piqûre de dizenpotropéïne", "un cyclopneumatographe à oxygène sur roulette", "un dosage saccharo-hormonal à double hélicoïde en urgence avec un expresso pour moi merci..." et toutes ces choses exotiques qui agitent l'air hertzien encombré des urgences télé (et c'est hertzien de le dire).
Non, rien de tout ça...
Juste le zen antillais du bureau d'acceuil : "Bonjour, c'est pourquoi ?" (je vous laisse ajouter l'accent zen antillais, difficilement transcriptible à l'écrit.
"C'est pour des examens parce que je vais pas bien madame, et que mon médecin il m'a dit de venir vous voir sans trainer en route".
"Ah bon" me répond le zen antillais "je vais noter vos informations et puis vous verrez un médecin."

A ce stade on s'attend à... attendre.
Une fois les renseignement pris par Mme Zen Antillais, on se dit "Bon maintenant, elle va m'envoyer vers l'envers du décor, la vraie salle d'urgences, ou je vais attendre au milieu de dizaines d'amochés en tous genres pendant des heures qu'un médecin glisse sur une seringue oubliée sur le sol, et se rattrapant à mon brancard, s'aperçoive que -bon sang, celui là, depuis le temps qu'il est là il peut plus attendre, ou alors il pourra attendre éternellement."
Pas du tout.
A peine le dossier complété, voici une charmante infirmière qui m'emmène dans un bureau pour rassembler les premiers éléments me concernant. Je récite mon CV médical, ce qui m'amène ici en même temps que ma tension, ma température et autres mesures de signes vitaux sont digérés dans l'ordinateur. Elle me dit qu'il va falloir m'allonger et qu'ensuite on s'occupera de moi.
Mais je peux tenir debout que je lui répond.
"Taratata...", me répond elle "on ne va prendre aucun risque, vous vous allonger dans ce beau brancard de compétition avec boite automatique, 4 roues motrices pour que les infirmiers puissent un peu s'amuser avec vous".

Me voilà donc parti vers mon box comme sur des roulettes, piloté par le docteur Boubacar.
Même pas d'opération sauvage sur les brancards, d'électrochocs, d'héliotropine injectée entre l'ascenceur 3 et la salle de radiologie comme dans les séries télé. Pas de cris de paniques, genre "Poussez vous c'est une urgence" dès fois qu'on ait oublié le titre de la série.
Rien de tout ça, juste le docteur Boubacar qui me pousse tranquillement dans mon box perso rien que pour moi. Le premier docteur, il s'appelle toujours Dr Boubacar, ou Hazemi, ou Fati Al Asremh, ou N'guyen Loc... Ils coûtent moins chers et ils bossent aussi bien que les autres. Et s'ils gueulent parce qu'ils ne trouvent pas ça juste, tout le monde s'en fout, enfin surtout ceux qui pourraient les payer normalement.

Docteur Boubacar me fait répéter mon histoire.
Il décide des premières dispositions à prendre et part les valider avec Médecin chef. Il revient armé d'un ECG (électrocardiogramme, c'est fou ce qu'on apprend vite à causer le médical dans le texte quand on arrive aux urgences) et entreprend de savoir si ma breloque toque avec la régularité d'un coucou suisse.
Branchements multiples, tests... L'ECG indique que je meurs et renait à peu près toutes les 30 secondes, mais seulement du ventricule droit !!! "Il doit y avoir des parasites" me dit le Dr Boubacar !
Des parasites ???
Y a pas de parasites dans la série ! Sauf peut être des trucs bizarres ramenés de contrées lointaines par des explorateurs du Manhattan de la sixième dimension.
Dr Boubacar vérifie son ECG et finit par le faire fonctionner normalement. J'entend un peu les aiguilles qui grattent le papier au rythme des systoles. "Très bien" termine le Dr Boubacar, qui rentre toutes les infos dans l'ordinateur, "Je vais voir le médecin chef et on revient pour discuter avec vous de ce qu'il faudra faire."

Bon.

J'attend.

En effet.

Au bout d'un quart d'heure médecin chef revient avec le Dr Boubacar. Je répète mon histoire, répond à ses questions. Médecin Chef n'a pas l'air convaincu. J'ai l'habitude. A chaque fois que je vais voir un médecin, au départ ils ne croient jamais à ce que je leur dit. Au départ en tout cas...
Médecin Chef regarde les examens que j'ai amené avec moi et me dit "Bon, on va vérifier avec une analyse, je vous envois une infirmière pour une prise de sang, une perfusion et après on fera une radio".
Ainsi soit il. Me revoilà dans mon box jusqu'à ce que l'infirmière arrive.
Pardon, 2 infirmières !!!
Deux infirmières par malade et vous, vous vous étonnez du trou sans fond de la sécu ??? Et ben moi je vous dis, que c'est plus sympa d'avoir 2 infirmières avec qui discuter plutôt qu'une seule, et que le trou de la sécu, allongé sur mon brancard, j'en ai rien à talquer".
En fait tout s'explique, la première explique à la seconde ce qu'il faut faire. Je vais donc servir de cobaye !
C'est ça les urgences en fait ! C'est pas pour vous soigner vous, c'est pour que le personnel hospitalier se forme rapidement !
:-)

Bref.
D'abord la prise de sang. Mathilde, l'infirmière chef regarde mes bras. "Ah ben on voit bien vos veines, ça va être facile ! Vas y Madeleine, prépare le matériel, je te laisse faire".
Ca va être facile...
Un quart d'heure plus tard, j'ai 5 trous dans les 2 bras et la prise de sang n'est toujours pas faite malgré les efforts re-quintuplés de Madeleine et Mathilde. "Oh là là, mais c'est fou, j'ai jamais vu ça, vos veines se voient super bien, mais elles 'roulent' tellement qu'on arrive pas à vous piquer".
Je m'en étais aperçu !
Ca aussi c'est pas dans la série ! Jamais vu une infirmière foirer une prise de sang 5 fois de suite (ils auraient dû y penser, histoire de placeer 5 écrans pubs).
Les pauvres se confondent en excuses. Pas grave, je me suis toujours demandé quelle sensation on avait à être tranformé en écumoire. On rigole, on rigole, mais finalement la cinquième est la bonne, mon bras gauche consent enfin à vouloir donner un peu de son sang. Mission accomplie, il n'y a plus qu'à poser la perfusion, si jamais j'ai besoin de médicaments, ce sera déjà prêt à l'emploi.
C'est la nouvelle procédure.
Cette fois c'est bon du 1er coup, je n'ai plus qu'à être véhiculé par Mathilde et Madeleine jusqu'à la radio. Et à attendre les résultats de tout ça. Il y en a au moins pour une heure et demie d'analyse.

Le couloir des urgences n'est même pas encombré de partout pendant que j'attend.
En me tournant je vois un panneau marqué "Salle de déchocage" et j'entend à l'intérieur la voix du médecin chef qui crie "Violetta, tu m'entends Violetta !", quelques bruits de claques suivis de "Ouvre les yeux Violetta", "Comment tu t'appelles", "Lève la main", "Ouvre les yeux Violetta". D'autres bruits de claques pour essayer de maintenir Violetta éveillée.

Au bout de pas mal de temps revoilà Médecin Chef qui vient me voir avec les résultats.
Il est décontracté mais avec un petit air pinçé qu'il avait pas tout à l'heure.
"Euh, écoutez... Avec votre taux de Zirbondiflure à la Crème de Menthe révélé par l'analyse de sang, on va peut être vous garder. En tout cas, on va vous envoyer tout de suite passer un scanner pour être certain, parce que vraiment, ça fait beaucoup trop de Zirbondiflure. Et par rapport aux symptomes décrits il faut absolument savoir ce qu'il se passe. Il n'y a que le scanner qui nous le dira avec certitude".

Et zou, revoilà 2 infirmiers qui me font faire une course poursuite sur mon brancard, comme dans Urgences ce coup-ci !!! Pour de vrai. Comme à la télé, uh uh uh !
Ligne droite de la zone d'accueil en cinquième à fond. Rétrogradage et freinage de ouf' au virage des ascenseurs. Descente à fond au sous-sol, sortie de la chicane des portes de l'ascenseur en mordant sur les vibreurs. Accélération à faire péter les tours jusqu'à l'arrivée au stand de l'IRM.
Blocage des roues, les pneus du brancard fument. Les mécanos sont là et me font glisser sur le matelas de l'IRM.
Le mécano chef vient me voir et m'explique ce qui va se passer.
Un peu d'iode envoyé dans la perf, et me voilà englouti par le cyclotron à impulsions électromagnétiques qui entreprend de me découper le thorax en fines lamelles, même que ça fait pas mal et que ça ne se voit pas.

En quelques minutes, l'examen est terminé.
On me remet sur le brancard, et je sors des stands à une vitesse beaucoup plus raisonnable pour rejoindre mon box, d'ou j'entend -à côté- qu'on crie toujours après Violetta, mais qu'elle n'a plus l'air de se prendre des baffes dans la figure.
Et puis j'attend.

.../...

J'attend encore.

.../...

Finalement, médecin chef arrive en faisant des bonds de kangourou dans ma chambre.
Il me lance une bonne claque sur l'épaule et me dit "Le scanner est bon. Je suis super content pour vous, ah oui, je suis super content. Vous nous avez fait peur vous savez !".
Ah bon ?
Moi j'ai vraiment pas vu qu'ils avaient l'air d'avoir peur !
Il ajoute "Bon, excusez-moi, on a plein de monde qui vient d'arriver. Ca va être un peu long, le temps que je voie tout le monde et que je récupère tout votre dossier. Mais puisque les symptomes sont en voie de disparition et que le scanner est OK je vais pouvoir vous laisser rentrer chez vous. Ah je suis content répète t'il encore une fois".

A une heure du matin, je m'en vais.
Je remercie d'un petit signe ceux qui se sont occupés de moi en passant devant leur bureau. Ils me sourient.
En quittant la zone de soins, je croise une vieille dame allongée sur un brancard, inanimée. Ca n'a pas l'air d'aller très fort. Je pense "accroches toi mamie". Et je rentre chez moi.

urgences

Merci à vous tous de vos commentaires, mails, messages, et tout ça.
Vous pouvez être sûrs que ça a contribué à me réconforter.
Pendant une grosse dizaine de jours je ne pourrais faire que de courts passages sur le blog, mais je voulais que vous sachiez que -pendant que l'enquête médicale continue- je vais bien.
Merci encore à vous tous et toutes et à très bentôt.
Smacks ! :-)

Posté par LaVitaNuda à 17:03 - Collection Souvenirs Pour Demain - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 février 2006

Tonton Pourquoi Tu Tousses ?

Pourquoi pleins de gens se mettent ils à tousser pendant n’importe quel spectacle, dès qu'il y a un moment à « sonorité réduite » ?
Est-ce la recrudescence incongrue et localisée de la grippe aviaire ? Est ce parce qu’il y a trop de vieux, trop de fumeurs de Gitanes maïs, trop de tuberculeux ? C’est quelque chose qui m’a toujours étonné !
Et évidemment, ça m’a étonné hier, puisqu’il y a eu de longs moments ou le pianiste ne jouait pas trop fort, d’autres moments ou le rideau se baissait quelques instants pour séparer deux passages d’une même pièce.

« Teheu, Teuheu… Rhâaa Theuheu », d’un coin à l’autre, au hasard du microbe tousseur, retentissait ainsi les toux des spectateurs.

Je n’osais pas croire que c’était réellement un attenta viral de la part de Mahométans ultra-intégristes ! Tout simplement : Allah ne le permettrait pas.
(J’espère qu’on a encore le droit d’écrire leurs noms ! Ca va devenir compliqué si il faut aussi prévoir d’interdire certaines lettres de l’alphabet ! Give me a M, give me a O…. Yes we got Mohamed !).

Je n’osais pas croire non plus que c’était là le fait de gens si imbus d’eux même qu’il faille qu’ils se fassent remarquer dans le noir, afin qu’on n’oublie pas leur haute lignée. Prout, on est quand même à l’Opéra ma chère, et ces gens là savent se tenir ! Quoique, si vous saviez parfois !

C’est justement avec le noir que l’explication me vint. Si radicale que je l’exposais illico à ma voisine de droite qui, je le voyais, rejouais dans sa tête le sketche de Fernand Raynaud : Tonton, pourquoi tu tousses ?

Les tousseurs de salle de spectacle ont encore peur du noir !
Tout petits – et comme beaucoup – une fois tout seuls dans leurs petites chambrettes, si jamais par erreur la porte était refermée sans laisser ce petit rai de lumière rassurante, les tousseurs paniquaient ! Lentement, leur imagination faisait sortir des monstres de dessous de lit, des créatures bizarres les forçait à manger des kilos d’épinards… que des trucs affreux. Si affreux qu’avant qu’une demi-heure soit passée, des pleurs et des appels « môman, môman » faisait venir maman en effet, afin de remédier à cette insupportable obscurité, et la menaçante solitude qui l’accompagne.

Et voilà les mêmes des années plus tard.

Ils vont à l’Opéra, le noir se fait… De nouveau les voilà seuls, dans un lieu inconnu qui en tout cas n’a rien de rassurant comme une chambre : pas de veilleuse, pas de nin-nin ni de doudou protecteur, pas question d’enlacer sa femme comme ça dans ce genre d’endroit pour se rassurer… Et en plus un spectacle qu'on est même pas sûr de comprendre et d'appécier !
L'angoisse totale !
Et ils ont toujours peur du noir !

Alors la tension monte !
En même temps, ils ont mis leurs beaux vêtements, ils sont dans un haut lieu de la culture académique, ils ont claqué une petite somme pour être là… Ils font partie du monde, du vrai, celui qui a de la valeur par rapport à beaucoup d’autres ! Enfin c’est ce qu’ils pensent.
Mais ça ne les rassure pas du tout ! Au contraire !

« Je vais ressembler à un putain de looser si je montre que depuis ma plus petite enfance, j’ai peur du noir ». Tant d’effort pour en arriver là, et craquer sur la ligne d’arrivée de la culture parce que j’ai peur, tout seul, au milieu de toutes ces silhouettes inconnues, noires, immobles, menaçantes elles aussi !

« Au secours ! Sauvez-moi ! Me laissez pas seul ici ! Venez me chercher dès que c’est fini ! Help ! Ayuto ! SOS ! ».

Mais comment faire comprendre ça dans un théâtre, en plein spectacle, tout en évitant l’arrivée de la camisole et le séjour gratuit (mais encore plus inquiétant) à Sainte Anne pour une nuit !
Et là le miracle se réalise (et Mahomet ou Moïse n’y sont pour rien).
Un « teheu, teheu » s’échappe du parterre… Discrètement.
Un autre lui répond du 2ème balcon.
Puis un troisième, un peu moins discret d’une des baignoires côté jardin.

Et ainsi de suite !

Voilà notre tousseur rassuré.
Et en plus il se découvre des copains, la-haut, et au fond derrière, juste devant lui…
Sauvé !

Il survivra à l’inquiétante étrangeté de cette soirée.

A part ça !?
Le spectacle ?
Eblouissant et Vertigineux !

(des détails ici : avec pour une fois, une critique valable dans les pages Culture de Libération)

johnross_bmoves_thrill_golub_watson_oughtred_500
The Vertiginous Thrill Of Exactitude / William Forsythe.
Photo copyright John Ross.

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02 février 2006

Revenir Du Village.

Dans quelques mois à peine, dans quelques semaines L. saura.
L. prendra l'avion avec son mari. Ils partiront loin. Ils passeront le temps qu'il faut dans ce pays, tout là-bas. Ils y rencontreront pleins de gens. Ils auront des tas de choses à y faire, le plus souvent nécessaires, lentes, tatillonnes. Mais cela aussi c'est nécessaire.
Là-bas ils respireront un autre air, auront dans les yeux une lumière différente, d'autres sons dans les oreilles. La nourriture, les odeurs, seront différentes. Les gens, leurs façons de vivre aussi.
Ils seront ailleurs.

Après des années de vie, après un long parcours sinueux et parfois difficile, souvent contrariant, même douloureux... Après pleins de décisions, de changements, de retournements de situations... Après de nombreux moments de bonheur aussi... L. finira bien par y monter dans ce village loin là-bas.
C'est qu'il en aura fallu de la patience, de la volonté, et de l'amour aussi pour pouvoir y aller jusqu'à ce village.

Et puis L. en repartira, avec son mari ils quitteront cet endroit, peut être pour toujours.
Mais avec elle, L. emmènera un peu de ce village, un peu de son âme, de sa lumière, de son air, de ses sons, un peu des regards de tous ceux qui vivent là-bas.
Elle emmènera avec elle un trop plein de l'âme de ce village. Un tout petit trop plein ! Un trop plein minuscule mais qui prend trop de place là-bas. Trop de place pour qu'il soit possible de s'en occuper comme il faut.
Un trop plein qui déjà a besoin de se déverser, de trouver quelqu'un comme L. et son mari, d'en être aimé pour apprendre à se tenir debout puis marcher dans les rues et les sentiers d'un nouveau village, vers de nouveaux bras, de nouveaux visages, dans son nouveau pays. Ici.

Ils ne sont pas encore partis L. et son mari qu'on attend déjà qu'ils en reviennent de là-bas !
Ils devraient déjà en être revenus !
C'est que j'ai hâte de les revoir. C'est que j'ai hâte de montrer à leur bébé tous ces lieux, ces gens, ces choses, avec lesquelles j'ai fabriqué ce village mi-réel, mi-imaginaire qui est devenu mon chez moi.
Pour qu'il se sente chez lui aussi.

benettonmano

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30 janvier 2006

Green Coaster*

Episode 1.
-         Je voudrais jouer des timbales !
-          ???
-         Je voudrais apprendre à jouer des timbales.
-         Comment ça ?
-         Ben dans un orchestre, il y un musicien qui joue des timbales. Je voudrais apprendre à jouer des timbales.
-         
-          ???
-         
-         … (voix intérieure : "bon j’ai compris").

Episode 2, quelques mois plus tard.
(voix intérieure, suite) « Bon, alors, comment faisait-il ? D’abord les barils de lessive… Voilà ! Comme ça. Maintenant les cymbales, avec quoi je vais faire les cymbales… Les couvercles de casseroles ! [quelques minutes] Voilà les couvercles. Si je dévisse le truc au milieu, ça va marcher. Voilà.
Les bâtons maintenant pour fixer les couvercles au sommet. Comment les faire tenir ? Une bouteille d’eau en plastique vide coincée par des livres. Parfait.
Les baguettes, il me faut des baguettes ??? [quelques minutes] Voilà, avec des aiguilles à tricoter ! C’est bien les aiguilles à tricoter !
Le tabouret maintenant.
Bien.
… manque quelque chose… [regard dans la glace, réflexion]. La perruque de maman, ça devrait être bien ! [quelques minutes] Et voilà, avec des cheveux bouclés… C’est ce qu’il manquait. »

Il s’asseoit sur le tabouret, arrange les barils de lessive et les couvercles de casseroles fichés sur des morceaux de bois. Il attrape les baguettes à tricoter et lève haut les bras.

La porte s’entrouvre, une tête apparaît :
-         C’est l’heure de dîner, vas te laver les mains.
-         … (voix intérieure : Oh non, pas ça).
La tête allait repartir, mais elle revient, les yeux écarquillés.
-         
-         
-         Dépêches toi, on t’attend.
-         

Episode 3 (20 ans après).
-         Aller arrête, tu me charries, je te crois pas.
-         Je t’assure !
-         Tu me fais marcher. Ca fait combien de temps que tu joues ?
-         Je te l’ai dit, c’est la première fois.
-         Arrête de déconner !
-         C’est à cause des timbales en fait.
-         Hein ???
-         Laisse tomber. Viens, on va retrouver les autres. De toute façon il est tard, et la batterie ça fait trop de bruit.
-         Oui, viens… Dis donc c’est quoi ton histoire de timbales.
-         Rien… Un truc qui fait trop de bruit.

*En ré-écoutant “Green Coaster” / The High Llamas

animal

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12 janvier 2006

La Dame Au Petit Chien.

Très longtemps, toute mon enfance en fait, j’ai eu sous les yeux (plutôt en hauteur en fait) une toute petite reproduction de ce tableau :

canotiers

La reproduction en question était accrochée dans le salon familial. Pendant longtemps il m’a intrigué : pourquoi tous ces gens étaient ils réunis ? Est-ce qu’on s’habillait vraiment comme ça avant ? Le petit chien appartient il à la jeune femme ? Que sont ils en train de manger ? Est-ce que tout le monde s’amusait comme ça à l’époque ? A quel endroit se trouvent ils ? Le monsieur derrière la jeune femme au chien est il son fiancé ? Est-ce chez eux ou dans un restaurant ? Pourquoi y a-t-il tant de verdure façon jungle tout autour de la terrasse ? Etc, etc.

Mes questions étaient muettes, j’inventais des réponses ou alors je n’en trouvais pas à inventer.

Petit à petit, à force de le voir tous les jours les questions se sont estompées. Elles ne réapparaissaient que par moments. Les personnages du tableau et le tableau lui-même s’est estompé lui aussi. Il s’est fondu dans le paysage, avec d’autres tableaux accrochés au mur, avec les murs eux-mêmes dont il a finit par faire partie, tandis que je grandissais et allait satisfaire ma curiosité au-delà des murs, de la maison, de la famille…

Plus tard, les objets familiaux ont été partagés et dispersés au gré des déménagements, des départs et des séparations. Je n’ai retrouvé ce petit tableau que bien plus tard dans la maison de mon père. C'était incongru de le voir accroché "ailleurs". Ce n’était plus la même chose, plus la même vie non plus, mais ce petit tableau existait toujours. Comme avant. Il continuait à me poser les mêmes questions auxquelles j’ai fini par penser que je préférais ne pas y répondre.
C’était plus amusant d’avoir à imaginer, à inventer une histoire, à laisser des points d’interrogations en suspens : « Mais à qui est ce petit chien ? ».

Et puis ce week end j’ai emmené des amis de la ville rose visiter l’exposition Phillips au musée du Luxembourg. Très belle expo soit dit en passant, si vous avez l’occasion d’aller la voir.
Et au détour d’une salle, il était là « Le Déjeuner des Canotiers » !
Bien mis en évidence, d’autant plus qu’il s’agit d’un grand tableau, surtout comparé à la toute petite reproduction de mon enfance.
Et c’est même un immense tableau !

Pas seulement parce qu’il est grand. Ni parce que c’est un véritable chef-d’œuvre, qui éclate et s’impose comme un feu d’artifice parmi d’autres peintures exposées qui sont pourtant merveilleuses (Sisley, Cézanne, Corot, Monet…). S’il n’y avait que ce seul tableau dans l’expo, ça vaudrait la peine d’aller le voir.

Cette toute petite reproduction est d’un seul coup devenue immense dès que je l’ai vue et reconnue en même temps. Non seulement parce qu’aucune reproduction ne saurait en rendre la beauté.
Mais surtout parce que tous mes souvenirs d’enfance, et mes questions sont revenues… d’un bloc. J’étais de nouveau un petit garçon –un autre et pourtant le même- étonné et fasciné. L’original signé Renoir n’a répondu à aucune de mes questions. Tout juste si j’ai appris que Renoir s’est mis en scène dans cette peinture (saurez vous le trouver ?).
Mais en la voyant, elle s’est remise à vivre de sa propre vie, à me parler, à m’enchanter et à me séduire.
D’un seul coup, les départs et séparations qui avaient recouvert la reproduction d’une fine couche de poussière sont partis. L’original et toute sa lumière a pris sa place.
Je l’ai regardé longtemps. Pour l’emmener avec moi dans ma mémoire neuve, avec le petit chien.

Un petit aperçu de l’expo

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04 janvier 2006

Lubitsch Or Not Lubitsch.

Comment parler de ce film "To Be Or Not To Be" ? Comment parler d'un cinéma de vieux, en noir et blanc, sans effets numériques, avec des dialogues de plus de 3 syllabes, sans fille nue assassinée au bout de la 5ème minute ? On peut même se demander si cette caricature du film pour "jeune" existe vraiment ? L'écran géant Place d'Italie, spécialisé dans la bouse à grand budget et grand spectacle annonce une telle baisse de fréquentation qu'il est prévu de le fermer. Qui connaît ce fameux "jeune" au fond ? Pourtant dieu sait qu'on nous en parle en ce moment, comme si Le Jeune était une espèce animale (sauvage) uniforme.

Passons... Je parlais de quoi au fait ? Ah oui, de films de vieux.

Pour vous intéresser je pourrais dire que c'est un film de guerre rigolo !
De guerre parce que ça se passe pendant l'occupation nazie en Pologne. Rigolo, parce que ça raconte les tribulation d'une troupe de théâtre qui essaie tant bien que mal de jouer Hamlet (ça a l'air rigolo ça ?) parmi de multiples aventures dont l'arrivée d'un aviateur allié.
Mais comment ne pas trouver rigolo un réalisateur capable de pondre des répliques comme celles-là :

Le Colonel Herhardt : "Oh oui, je l'ai vu dans Hamlet à Londres. Ce qu'il a fait à Shakespeare, nous sommes en train de le faire à la Pologne".

Greenberg : Mr Rawitch, ce que vous êtes je n'en mangerai pas.
Rawitch : Comment osez-vous me traiter de jambon ?

Maria Tura : La façon dont vous attirez l'attention devient ridicule. Si je dis une blague vous racontez la chute. Si je suis un régime, vous perdez du poids. Si j'attrape froid, vous toussez. Et si un jour nous devons avoir un enfant, je ne suis pas certaine de vouloir en être la mère.
Josef Tura : Je serais content d'en être le père.

Anna : ce qu'un mari ignore ne fera pas de mal à sa femme.

Josef Tura : Si je devais ne jamais revenir je pardonne ce qui s'est passé entre toi et Sobinski. Mais si je reviens, ça sera une autre histoire !

Colonel Herhardt : On a appelé un cognac du nom de Napoléon, Bismarck a donné son nom à un hareng et le fuhrer finira en morceau de fromage.

Lubistch le réalisateur, plutôt que d'utiliser les grosses ficelles du comique à la Française, dans la digne descendance du vaudeville à caricature que nous aimons, pour le meilleur (depuis Feydeau jusqu'aux Bronzés) ou pour le pire (Brice de Nice, Les Robins des Bois) se contente de pousser chacun de ses personnages jusqu'au bout de leurs désirs et de leurs volontés. Bons ou méchants ils ne sont jamais instantanéments considérés comme ridicules, mais ils le deviennent parce qu'ils vont au bout de leur logique. D'ailleurs c'est une phrase qu'on lui attribue : "Finalement l'être humain le plus digne est ridicule au moins deux fois par jour".

Lubitsch se moque de la morale et du moralisme, il choisit même un voleur et un pickpocket pour son film Haute Pègre en plein "Code Hays" le code moral du cinéma américain. Mais il nous dévoile à coups de situations absurdes et de dialogues cocasses l'inséparable double nature de l'homme, ce qu'il peut avoir de bon, et de moins bon.
Pour dénoncer dans les années 30/40 le nazisme par l'arme dévastatrice du comique il y a eu deux très grands films : To Be Or Not To Be et Le Dictateur de Charlie Chaplin.

Je ne sais plus quand j'ai vu ce film pour la première fois. Pas seulement parce que je commence à perdre la mémoire, mais aussi parce que... euh... ah oui !!! pas seulement parce que je perds la mémoire.
Pardon !
Et aussi parce qu'à chaque fois, c'est comme si je le voyais pour la première fois.

Alors vraiment si -pour ceux qui ne l'auraient pas vu- vous décider de passer à côté d'une heure quarante de bonheur, je ne vois comme seule bonne raison, celle invoquée par Gilda Farrell dans "Ménage A Trois" :
Max : Est ce que tu m'aimes ?
Gilda : Oh Max, on ne devrait pas poser cette question le soir de sa nuit de noces. C'est soit trop tôt, soit trop tard.

ti_tobeornot

Posté par LaVitaNuda à 15:52 - Collection Souvenirs Pour Demain - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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