L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

23 novembre 2006

La Maison de Mon Père 4 - L'Art de la Table.

Dans la maison de mon père certaines choses sont absolument sacrées. Des règles auxquelles il ne faut jamais déroger. L’une d’entre elle est le repas. Rien de bien original à priori. Certes la maison de mon père a beau ne pas être tout à fait en France puisqu’elle est en Bretagne, c’est quand même tout près de ce pays ou -comme chacun sait- la bouffe est sacrée.

Donc, dans la maison de mon père, quand sonnent 12h30 et 19h30, c’est l’heure de la messe alimentaire. En mer le soleil et l’étoile polaire sont les repères du navigateur. Dans la maison de mon père, ces deux horaires sont les repères immuables de chaque journée. Et gare à celui qui tenterait de subvertir légèrement l’impeccable horloge biologique qui sonne par des gargouillis d’estomac caractéristiques. Si cela se produit la mine de mon père s’allonge, il semble souffrir affreusement, un malaise l’envahit, ses mains se tordent et il commence à tourner en rond mais pas rond… Bref, ça se passe mal. La fin des infos régionales de France 3 est l’extrême limite de l’acceptable. Ensuite il faut passer à table !

Admettons.

A chacun ses habitudes, ses petites ou grandes manies, et celle-ci en vaut bien d’autres. Alors tant pis, adieu l’insouciance des vacances, le plaisir de manger ou pas, quand on a faim ou pas, longuement ou rapidement, en dedans ou en dehors des repas.

Dans la maison de mon père il faut faire des concessions à l’ordre établi. Allons donc nous mettre à table ! Après tout, quelqu’un qui attend avec tant d’impatience l’heure bénie du repas, en fait certainement une sorte de célébration ! Un de ces moments gustatifs ou la cuisine est un plaisir, un moment partagé, et ou la recette la plus simple est une joie à déguster parce qu’elle a été attendue avec impatience.
En fait, rien de tout cela. Vingt minutes plus tard le repas est terminé, expédié, comme une formalité. Vous avez mangé ? A l’heure ? Très bien, vous pouvez circuler jusqu’à la télé.

Mais ce n’est pas qu’on mange mal dans la maison de mon père, n’allez pas imaginer une chose pareille. Car mon père est un cuisinier hors pair, un as, une toque, un diplômé de l’école hôtelière même. C’est dire ! Mais je vous vois venir…

Rholala… il se moque alors qu’en 20 minutes il engloutit les bons petits plats préparés de main de maître par son petit papa et grand chef. Eh bien vous n’y êtes pas. Car rien n’ennuie plus mon père que de faire la cuisine. A se demander pourquoi l’heure du repas est si importante ? Si il existait une pilule magique permettant de se passer de manger, il serait probablement volontaire pour tester le protocole médical. De mémoire je ne l’ai vu faire une vraie recette qu’une seule fois dans ma vie : un canard à l’orange de légende, pas seulement parce qu’il était réussi mais parce que c’était bien la seule et unique fois.
Dans cette maison de mon père là on ne mange pas monsieur, on se nourrit.


Alors souvent, je me dis, après tout, s’il n’est pas trop possible de torturer le maître dans sa maison en rentrant tard de la plage, en transformant la conséquence d’une grasse matinée en petit déjeuner-déjeuner, en déplaçant la table de la cuisine dans le jardin et toutes ces sortes d’hérésies qui ne sauraient se produire, il y d’autres moyens d’agir.

Par exemple si c’est moi qui fais la cuisine.


Le premier choc est celui de l’ouverture du frigo. Le frigo de la maison de mon père est une sorte d’armoire à froid zen. A l’intérieur un morceau de fromage, une salade et parfois même deux ou trois œufs remplissent à eux seuls le grand frigo blanc et virginal. Il faut bien reconnaître que ça limite le choix des recettes ! Alors généralement, mon premier boulot de cuisinier dans la maison de mon père consiste à faire des courses. Ah, ça, c’est qu’il faut voir sa tête quand je reviens et que je range dans sa cuisine des tomates, des pêches, des carottes, des radis, des crevettes, une sauce au curry, des yaourts, des cornichons doux, des poivrons, des olives, des fraises… A la tête qu’il fait, c’est comme si j’étais devenu un Attila ayant pillé tous les magasins de la région à moi seul. Il faut dire qu’au passage je le prive de l’achat quotidien de ses 6 pommes de terre et de ses 2 blancs de poulet. Et par là même de l’autre rituel immuable de son excursion vers les courses du jour.


Mais c’est qu’il ne faut pas que je traîne ! N’oubliez pas que j’ai un horaire à respecter moi ! Le repas doit être prêt à l’heure sous peines de déclencher les tourments évoqués plus haut. Ca ne va pas sans mal. Car je n’ai pas un chronomètre dans l’estomac, et encore moins pendant les vacances. Ce qui compte c’est le résultat de cette recette de crevettes et de légumes à l’Indonésienne, et si c’est prêt à 12h45 au lieu des 12h30 sacrées et bien… tant pis !


La conséquence est fatale. Si j’annonce la veille que je vais annexer la cuisine de la maison de mon père, alors les craintes et les premiers symptômes le saisissent bien avant l’heure prévue du repas : « Et tu vas faire quoi ? Et tu dois aller faire des courses ? Et c’est compliqué ta recette ? Et tu préfèrerais pas la faire une autre fois (sous-entendu « ça a l’air d’être long, et vu l’heure à laquelle tu te lèves ! »), etc, etc…

A peine suis-je rentré des courses, l’inspecteur des travaux finis intervient déjà alors que les dits travaux n’ont même pas commencé : « Houlala t’as acheté tout ça ? Mais c’est pourquoi faire ? Et tu vas éplucher beaucoup de légumes ? » Assez rapidement je suis obligé de prendre des mesures radicales : déclarer sa cuisine zone interdite à mon père jusqu’à l’heure du repas (12h30 je vous le rappelle encore aussi, y a pas de raison que ça soit que moi). Mais rien n’y fait. Plus l’heure fatidique approche, plus les incursions faussement bonhomme se multiplient : qu’est ce c’est, qu’est ce qu’il a, qu’est ce qu’il fait celui-là ? Et que je te soulève le couvercle des casseroles, que je t’ouvre la porte du four, que je regarde s’il ne manque rien sur la table, que je viens voir, que je repars et reviens 5 minutes plus tard, et que, et que… Tous les prétextes sont bons.


Mais toutes les bonnes choses finissent par arriver un jour. Le repas est prêt, avec un peu de retard car j’aime bien mettre mon grain de sel quand même ! On s’assoit à table et rien que ça paraît lui être un immense soulagement : on va enfin manger ! Ouf ! On l’a échappé belle ! Et généralement dans ce cas là, j’en connais un qui ne boude pas son plaisir, car s’il n’aime pas cuisiner, il aime manger. Si c’est juste bon il me demande la recette (qu’il ne fera jamais sauf dans une version hyper édulcorée), et se ressert deux fois en terminant par un « on a bien mangé dis donc ». Si c’est vraiment réussi alors en plus il raconte quelques anecdotes du temps ou il allait manger chez Troisgros, ou Bocuse ou des repas préparés par le cuisinier d’Eddy Barclay. Et il termine par un « on a bien mangé alors ! ».


Le repas est fini, on peut sortir de table. Mais il reste toutefois un dernier rituel immuable dans la maison de mon père : il doit faire la vaisselle tout de suite après le repas… Et tout de suite, c’est tout de suite… Car en fait je sais bien qu’après avoir profité de ce repas, un autre grand plaisir vient pour lui : le prochain repas. Car déjà commence l’attente et l’immense soulagement de savoir que le prochain repas se déroulera alors dans le credo exact et immuable en vigueur dans la maison de mon père. Car dans la maison de mon père, l’important n’est pas de manger, l’essentiel est d’être à table à l’heure dite.

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21 novembre 2006

George et Moi.

Il y a des profs qui pensent avoir de bonnes idées, mais qu’est ce qu’une bonne idée ?
Cette prof de Français de 5ème n’était ni meilleure ni pire qu’une autre, mais c’était ma prof de Français. Donc il fallait bien que je fasse avec. Faire avec, n’est ce pas une des choses les plus importantes qu’on apprend à l’école finalement ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de profs qui s’en rendent compte : faire avec eux les profs, faire avec les autres élèves, les cours, les horaires, les devoirs… Pffff… Tout un apprentissage pour plus tard, quand il faudra faire avec l’entreprise, les patrons, les sous-chefs, les salaires, les transports en commun, la déclaration d’impôt, le repassage… C’est ce qu’on baptise un peu pompeusement la « socialisation » j’imagine. J’en garde beaucoup d’indulgence pour ceux qui conservent de petits travers propres aux asociaux.

Donc, cette prof de Français.
Elle s’était entichée d’une idée : nous habituer à prendre la parole en public. Elle avait prévu une sorte d’exercice grandeur nature qui devait avoir lieu devant d’autres profs, les élèves, les parents d’élèves… Une sorte de prépa aux classes prépa –une pré-prépa- dès fois que certains d’entre nous envisageraient une future carrière politique. Ce qu’aucun d’entre nous à ma connaissance n’a entrepris. C’est dire si cette classe ne comptait que des gens intelligents.

Pour égayer l’exercice, notre prof de Français avait décidé de faire appel à quelque chose d’un peu stimulant pour nous. Pour que ça nous intéresse il fallait que ça soit jeune ! Sinon autant essayer de déclamer l’annuaire pendant que toute l’assistance pionce. Elle s’était creusé la tête notre prof’, pour découvrir que ce qui intéresse les élèves c’est… la musique. Waouw ! Découverte majeure ! Il suffirait donc qu’on fasse notre truc sur des textes de chansons.
Mais pas n’importe quelles chansons !
Notre prof avait décidé qu’on ferait notre spectacle oratoire sur des chansons de Brassens !
Brassens !!!
Un chanteur super à la mode pour des élèves de 5ème…. C’est bien simple, plutôt que Téléphone ou Trust, on chantait tous forcément du Brassens dans la cour de l’école évidemment ! Et puis faire ça à Brassens franchement… Obliger des gamins à déclamer du Brassens à l’école ! Il aurait sûrement aimé ! Mais bon, c’était la grande époque des profs Socialos à collier de barbe, qui se pensaient super moderne en faisant entrer Brassens à l’école. Bientôt, pendant le 1er septennat de Mitterand il y en aura quelques uns des profs à collier de barbe qui deviendront ministres, et qui resteront chiants. Ils devaient l’écouter Brassens c’est sûr, mais visiblement, au fond, ils n’avaient rien entendu de ses chansons.

Donc j’étais super heureux de devoir déclamer du Brassens en public !
Brassens était peut être respectable, mais c’était surtout un vieux, adoré des profs, avec sa guitare sèche qui faisait « ploink, ploink », sa voix qui faisait « pom, pom ». Il ne manquait plus que les charentaises. Vraiment pas le truc rock’n roll. On était loin « d’antisocial tu perd ton sang froid… » de la bande à Bernie Bonvoisin.
Pour tout dire, on s’en foutait de Brassens !
Et puis j’étais un rebelle moi, et un timide aussi. Et même, j’étais rebelle parce que j’étais timide. Alors pas question que je me mette à pérorer du Brassens en public. On a beau être un mioche de 5ème on a déjà un sens affirmé de sa propre dignité. J’avais donc décidé qu’il n’était pas question que je me prête à cette mascarade, et puis ça m’arrangeait.
Hélas, ma prof de Français –qui pourtant n’avait pas de collier de barbe- restait sourde à mes récriminations, et coupant court à mes objections passa directement aux menaces habituelles. Il fallait donc que je m’exécute : Brassens, putain, merde… Brassens !

Pour montrer ma mauvaise humeur, je décidai de ne rien préparer, en rebelle timide que j’étais. Pendant 2 jours, chaque élève sauf moi sélectionna donc un texte avec la prof, histoire d’être prêt.
Le jour J arrive. Il y a une estrade, le public, les élèves se suivent les uns derrière les autres. Chacun déclame son truc : l’eau de la clairefontaine, auprès de mon arbre, les copains d’abord, chanson pour l’auvergnat… C’est très chiant. Le public –comme c’était à prévoir- s’emmerde ferme. Il n’y a que ma prof de Français et ses collègues à collier de barbe qui ont l’air d’être très contents d’eux. Il leur faut vraiment pas grand-chose…
C’est mon tour. Toujours aussi content d’être là, j’attrape le recueil de textes de mon prédécesseur. J’ai même pas mon propre bouquin, j’ai rien préparé, en bon rebelle timide. Je monte sur l’estrade en arborant ma bouille ronchon (les ados ont toujours une bouille ronchon prête à l’emploi à chaque instant). J’ouvre le recueil des chansons de Brassens comme ça vient et complètement au hasard, je commence à lire le 1er texte qui me tombe sous les yeux :

C’est à travers de larges grilles
Que les femelles du canton
Contemplaient un puissant gorille
Sans souci du quand dira t’on
Avec impudeur ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que rigoureusement ma mère
M’a défendu de nommer ici

Hum… Intérieurement je me demande quel sale coup étaient en train de me faire Brassens et le hasard réunis. Extérieurement, je remarque quelques têtes dans l’assistance qui semblent sortir de leur torpeur. Je poursuis :


Le singe en sortant de sa cage
Dit en sortant c’est aujourd’hui que j’le perd
Il parlait de son pucelage
Vous aviez deviné j’espère


Sur mon estrade je commence à rougir. Il y a des âges ou on est encore pudique malgré les rodomontades de cour d’école. Déclamer du dépucelage devant un public adulte n’est pas chose facile, surtout pour un rebelle timide. Si le but de l’exercice était de surmonter ses craintes à parler en public, le hasard m’a bien pris à mon propre piège.
Je lève un peu les yeux pour voir ce qu’il se passe dans l’assistance. A cette époque lointaine, sans porno stars invitées à la télé, sans filles en Aubade sur les murs, mais avec des gens scandalisés par un Coluche disant « merde » à la radio, je remarque qu’il y a de plus en plus de têtes maintenant bien éveillées.
Deux clans distincts semblent se former. Les tronches hilares qui se marrent autant –sinon plus- du texte de Brassens que de la tronche rougissante de ce gamin en train de déclamer Gare Aux Gorille. Et puis les tronches scandalisées des autres : quoi ? Que se passe t’il dans l’enceinte sacrée de l’école publique gardienne de la morale de nos chers petits ? Sous la rigolade, le scandale de ma lecture couve.

Je regarde vers les profs. Certains rigolent en douce. Mais le clan des colliers de barbe et ma prof de Français ont l’air atterrés et abasourdis. La silhouette cylindrique surmontée du visage rougeaud du directeur se dirige vers eux. Cet Auvergnat qui aurait fait démentir à Brassens sa chanson éponyme a l’air furibard. M’est avis, que les tronches en biais de l’assistance ont déjà du le griller, et qu’il vient régler son compte aux responsables de cette provocation pornographique.
Grâce à Georges je tiens ma vengeance :


La suite serait délectable
Malheureusement je ne peux
Pas la dire et c’est regrettable
Ca nous aurait fait rire un peu
Car le juge au moment suprême
Criait maman, pleurait beaucoup
Comme à l’homme ou le jour même
Il avait fait trancher le cou

brassensbrelferr_

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09 novembre 2006

Le Voyage à Oaxaca.

Oaxaca. Au Mexique. En ce moment, Oaxaca au Mexique c’est la révolte, les barricades dans les rues par toute une partie de la population, qui demande maintenant le départ du gouverneur de l’état pour toutes sortes d’abus et obtient l’arrivée des forces de sécurité fédérales pour mettre fin à la situation (pour plus d’explications c’est là et en photos c’est ici).
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Photo : AP/Eduardo Vertugo

Comme j’ai eu la chance d’aller au Mexique et à Oaxaca, ce sont des nouvelles qui m’ont beaucoup attristées, quoique pas forcément surprises. Alors j’ai retrouvé mon carnet de voyage. Voici ce qu’il racontait d’Oaxaca[1] à quelques semaines de l’an 2001 :
… J’ai l’impression d’être vraiment au Mexique par rapport à l’immensité de Mexico D.F[2]. L’endroit est très beau, un peu trop même ! On se croirait dans une carte postale ! Le zocalo[3] est bordé de grands arbres, il y fait frais, le ciel est très bleu, l’ambiance est douce, l’architecture est magnifique… Les petites rues, les maisons coloniales peintes de couleurs vives… Il y a des libraires, des galeries d’art et des boutiques d’artisanat en nombre. Le coin est très visité, par les touristes et les voyageurs. Alors la ville est très cosmopolite : Mexicains, Américains, Européens… Etudiants, Paysans, Indiens, jeunes cadres Mexicains… Tout cela se mélange dans les rues et se retrouve sur le zocalo, au marché, à déambuler sous les arcades, dans le parc, pour écouter de la musique, discuter attablés à l’un des nombreux cafés…

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C’est une ville qui séduit et dont on a envie de tomber amoureux. Le genre d’endroit ou on arrive pour quelques jours et ou l’on reste quelques années. En plus on dirait que toutes les jolies Mexicaines vivent à Oaxaca !
… Ce matin je prend un petit déjeuner sur le zocalo, un petit déjeuner Oaxaquinien fait d’une crêpe au mole[4] et au poulet cuite dans une feuille de bananier et avec des œufs Mixtecos parce que j’ai faim… Promenade dans Oaxaca, plein de photos, pleins de choses à voir. J’entre dans pleins de bâtiments qui s’ouvrent sur des cours intérieures, couvertes de fleurs et de cactus plantés dans des pots. Souvent il y a des fontaines et des bancs pour pouvoir s’installer au frais. Certaines cours sont décorées d’azulejos[5]. Le soir j’écoute un peu de musique sur le zocalo, on dirait qu’il y a un concert tous les soirs, sans compter la musique qui déborde des bars et des boites ou se retrouve la jeunesse dorée Mexicaine (vu les fringues et les voitures, il s’agit visiblement de la jeunesse dorée).

A part la musique, les Mexicains sont friands de manifestations. Ils manifestent pour tout, les sujets semblent ne jamais manquer : revendications politiques ou sociales, pour la terre (qu’il s’agisse de la posséder ou de la préserver)… La manif a l’air d’être un principe civil fréquent et admis dans la société Mexicaine, mais on y sent souvent une virulence qui ne demande qu’à trouver l’occasion de s’exprimer. Ca ferait rêver nos syndicats ! Et par exemple aujourd’hui ce sont les écoles qui manifestent, avec police municipale et fanfare en tête. Une manif’ « bon enfant » forcément ! Cette fois il s’agit de manifester pour faire respecter le code de la route.
Les enfants traversent la ville sur leurs vélos, leurs tricycles auxquels sont accrochés des ballons multicolores. Les ados sont dans les fanfares, les mamans et le personnel scolaire accompagnent les gamins avec pancartes et drapeaux et chaque école défile comme ça l’une derrière l’autre. Je repère même une école qui se nomme Yves Piaget, du nom du psychologue pour enfant… Plus tard je verrais une manif d’étudiants pour réclamer un élargissement du nombre d’inscrits en fac. Il y a des choses qu’on peut retrouver partout… En tout cas, dès que quelque chose ne va pas –et les raisons n’ont pas l’air de manquer – les Mexicains manifestent.

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Mais ils ne font pas que ça. A Oaxaca (comme à Mexico D.F.), une chose que j’ai remarqué, c’est la manière dont les amoureux Mexicains s’embrassent. Ce ne sont ni des bisous rapides et furtifs, presque avortés façon couple en course du week end. Ni des bisous supra langoureux et qui n’en finissent pas façon retrouvailles d’amants de 5 à 7. Non, ce sont des baisers très simples mais très tendres, échangés plus que donnés. En tout cas, ils sont presque toujours accompagnés de cette petite vibration subtile qui fait plaisir à ressentir.

Puisque je n’ai pas de baiser à me mettre sous la dent à cet instant je vais prendre un chocolat au Terranova, un chocolate caliente. Servi très épais et un peu parfumé à la canelle, c’est mucho bueno ! Près du marché on trouve pleins de petites fabriques qui fabriquent du mole et du cacao. Tout le quartier est embaumé par ce parfum spécial, et ça sent bon. Il y a une famille Mexicaine avec un bébé à côté de moi. Leur bébé est trognon et curieux de tout. Je lui fais des sourires et des grimaces, ça lui plaît bien. Sa maman le promène un peu, il veut venir me voir, tend sa main et la retire au moment ou je tend la mienne. On joue à cache-cache comme ça un moment, ça nous amuse bien lui et moi. Mais pour réussir à tenir debout il a besoin d’un autre point d’appui. Je lui tend ma main, et cette fois il s’agrippe à mon index comme un forcené pour pouvoir rester debout. Il me fait confiance et me remercie avec des sourires grands comme ça. Je demande son nom à sa maman, c’est Carmen. Et comme je dois partir, je lui dit « Adios Carmen ! », sa maman le lui répète, elle entend son nom et pousse un petit cri de contentement.

… Je pars faire un tour dans les villages autour d’Oaxaca, voir à quoi ça ressemble. Je me dirige vers la gare routière de seconde classe[6] pour aller à Pocotlan ou Tlacolula. Une fois à la gare je me fais l’impression d’être un banquier Suisse débarquant à l’assemblée nationale du quart monde. Je me dirige vers deux policiers pour qu’ils m’indiquent l’emplacement des bus. Ils me conseillent le taxi colectivo, pas plus cher et plus rapide, et m’expliquent ou les trouver.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Me voilà déjà très loin de l’ambiance du centre d’Oaxaca, au milieu de la foule, des miséreux qui vendent des objets à 2 pesos à même le sol, des Mexicains en haillons qui ont l’air de se débrouiller chaque mois avec ce que je dépense en une journée. C’est l’autre côté de Oaxaca et du Mexique. La pauvreté au Mexique, même dans cette région plutôt riche, est loin d’être limitée et anecdotique. Ca doit expliquer pas mal de manifestations.
Le principe du taxi colectivo est des plus simples. C’est une voiture qui se rend à la destination indiquée sur son pare-brise une fois que toutes les places disponibles sont prises. Les places disponibles c’est 3 ou 4 personnes à l’arrière et deux devant en plus du conducteur. Je commence à mieux comprendre le sens de la manif des écoliers pour le code de la route…

C’est comme ça que je me retrouve à l’avant (le luxe) d’un taxi colectivo pour Tlacolula, assis en plus du chauffeur en compagnie d’un Mexicain de

1 mètre

cube ! A l’arrière, 4 femmes chargées de paquets qu’elle vont vendre au marché de Tlacolula. Manque plus que quelques poules ou lapins. Fastoche ! On fait comme ça une trentaine de kilomètres sur des routes plus ou moins bosselées, jusqu’à Tlacolula.
L’arrivée sur place n’est pas très engageante. Les constructions éparses sur des terrains vagues sont plus ou moins terminées, les fers à béton sortant des murs et poutres un peu partout comme un gros hérisson préhistorique. Le jour de marché se matérialise par des vendeurs installés dans tous les coins, descendus des collines et montagnes du coin. C’est une foule compacte de Mexicains, d’Indiens, de gosses, de familles en promenade du dimanche et de quelques touristes qui se pressent dans les ruelles du village. Il fait très chaud et des toiles suspendues au dessus des ruelles nous protègent du soleil. Sur les étals on vend de tout : meubles, aliments, vêtements, outils, jouets, souvenirs, tapis, hamacs… tout… Entre la chaleur et la foule, l’endroit devient vite étouffant et fatiguant. Je fais des stops réguliers pour m’acheter des gobelets emplis de quartiers de papayes, d’ananas et de pastèque tous frais, ou un grand verre de jus de citron frais aussi. Délicieux !

Mais bon il faut rentrer…

… Dernière soirée à Oaxaca, ce soir je prend un bus de nuit pour aller sur

la Côte

Pacifique.

J’ai laissé mon sac à dos à l’hôtel, et je profite d’une dernière ballade en ville. Je vais m’asseoir sur un petit muret, face à l’église Santo Domingo. Il fait doux, le ciel est clair et plein d’étoiles. Une gamine de 6-7 ans s’approche, et s’assoit à côté de moi. On reste là sans rien se dire, à prendre l’air. Au bout de quelques minutes elle se tourne vers moi, me prend la main et me dit : « Tu vois, on n’est jamais seul ». Et puis elle descend du muret et s’en va en me faisant un petit signe de la main.


[1] Oaxaca : ville principale de l’état du même nom. Prononcer ‘Oahraca’ enfin… approximativement.

[2] Mexico D.F. pour Distrito Federal : abréviation courante pour désigner Mexico City.

[3] Zocalo : désigne la principale place et le centre du village ou de la ville.

[4] Mole : une sauce à base de piments et de chocolat qui accompagne de nombreux plats. Ca n’a pas l’air mais c’est super bon !

[5] Azulejos : carreaux de faïence décoratifs, très fréquents aussi en Espagne.

[6] Les mexicains se déplacent beaucoup en bus et autocars. Les gares et bus de 1ère classe sont des cars climatisés et plutôt confortables. La seconde classe est moins chère et… euh… moins tout. Quoique souvent pittoresque.

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07 novembre 2006

La Mémoire Neuve.

Mais ou sont ils passés nos premiers souvenirs ?
Paraît-il, il existe une petite minorité d’individus qui se souviennent de leurs premiers jours ou presque. Mais pour la plupart, comme moi, les toutes premières années se sont envolées. Exit la conscience des premières tétées, ou le goût des premières bouillies, le souvenir des premières histoires ou des premiers disques entendus, des premières images, de la première pluie sur les vitres ou du premier orage, des promenades en poussette, des câlins familiers et des passages de main en main, des premiers meubles auxquels on s’agrippait, de se sentir comme un élastique pendant la montée de l’ascenceur…
Ou sont donc passées ces souvenirs là ?

Je n’ose pas croire qu’ils ont vraiment, complètement, définitivement et irrémédiablement disparus. Puisqu’on pense que nos premières années sont les plus importantes, qu’elles nous construisent pour toujours, ce serait dommage que nos premières sensations et expériences –pouf !- coup de baguette magique, elles disparaîtraient.
Il reste bien des impressions, des sensations diffuses, des atmosphères, de la lumière, des ambiances, des visages... Le chien des voisins, un canard jaune en plastique, un cheval de bois, une trottinette encore bien trop grande... Quelque chose quand même, un amalgame, des bribes mélangées… Mais pas cette chanson que j’aimais bien babiller et pourquoi celle-là ? Rien non plus sur le fait que le jour ou j’ai su marcher je me serais mis à galoper autour d’une table sans plus m’arrêter. Pas de souvenirs des petites marionnettes faites de morceaux de tissus qui s’agitaient au bout des doigts des grands.

Ca doit être rangé quelque part, bien au chaud. Comme dans un coffre-fort. Ou alors c’est crypté ?!?

Peut être que nos souvenirs de nourrisson ne peuvent pas se constituer comme les autres, en tout cas tant qu’on ne sait pas parler. Ils restent sauvages et ne peuvent plus être domestiqués par les mots. Qu’alors –si ça se trouve- ils se transforment, ils sont toujours présents, et peut être qu’en loucedé ils nous guident vers ce qu’on aime et nous éloignent de ce qu’on craint. Un peu comme un ange gardien, comme une intuition de ce qui nous appelle et nous échappe toujours, et nous laisse là, entre deux mondes : celui d’où l’on vient, celui vers lequel on va, d’une mémoire toujours semblable et pourtant toujours neuve.

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03 novembre 2006

La (re)découverte de l'Atlantide.

Il paraît que les années '80 reviennent... C'est ce que j'entend en ce moment en tout cas.
Ben quoi, ça fait 20 ans, c'est le temps qu'il faut pour revenir à la mode. Et le retour des années '80, ça fait quand même frémir ! Il ne manquerait plus que ça !
Le retour des pulls jaune pailles et des écharpes Burberry's, les débuts des déçus du socialisme, de Bernard Tapie et d'Yves Montand radotant sur Vive La Crise... La gauche caviar et les branchés, la banlieue et l'enseignement en crise (déjà)... Les débuts du tout télévisuel et du tout marketing... Touche pas à mon pote (sic) et la giga manif pour l'école privée. Les éditos débiles de Louis Pauwels, et Sartre ou Foucault échangés contre BHL ou Glucksmann. Etc...

Ah non, pas ça ! Pas le retour des années '80.
Si c'était si bien, ben vous aviez qu'à en être !

Et puis je suis tombé sur ce Cd en en cherchant un autre. Un bout de mes années '80 à moi.
Miam !
Un bout de ma nostalgie d'hier et d'aujourd'hui, un morceau de mes enthousiasmes d'avant et maintenant, joyeusement touillés en quelques chansons traîtres : rythmes agiles sur textes sombres. Voilà ce qu'étaient les années '80.

Ce groupe - Prefab Sprout - a disparu, mais il a toujours sa petite case bien au chaud quelque part dans ma cervelle. Je me surprend à me souvenir des paroles des chansons. A me souvenir d'un très rare et beau concert à la Cigale (ou étais-ce l'Elysée Montmartre ?), ils n'aimaient pas trop ça les concerts, au fur et à mesure ou le groupe évoluait d'une pop-rock classique à un mélange plus épique (?!) empruntant -british style oblige- à Gilbert & Sullivan.
Et puis surtout, tout un tas de souvenirs diffus et mélangés. "Sprout", je vous laisse imaginer les contrepèteries amicales entendues dès lors que des amis tombaient sur la pochette du Cd. Ou de certaines circonstances ou les sons de Lucille, Appetite, Cars & Girls me revenaient aux oreilles. Certaines sont agréables à se remémorer, d'autres moins, comme des histoires qui commencent et puis qui finissent... Putains d'années '80 quand même.

Mais heureusement, comment voulez-vous qu'un groupe qui nomme un de ses albums "Steve Mc Queen" puisse être un mauvais groupe !

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"You should be loving someone
And you know who it must be
Cause you'll never find Atlantis
Til you make that someone me"
(Looking For Atlantis / Jordan the Comeback)

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26 octobre 2006

Farewell to the CBGB.

Comme le dit la chanson, c’était un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Peut être même les moins de 30 !
C’était loin, à New York. J’y avais atterri pour un temps indéterminé mais que j’étais justement bien déterminé à prolonger le plus longtemps possible. M’exerçant à la condition du sans-papiers, je passais d’un boulot improbable à un autre encore plus aléatoire avec une constance dont je me croyais incapable, enchaînant les déménagements à la recherche d’un 1 bedroom compatible avec mes moyens financiers inexistants.
C’était rigolo et stressant, décourageant et exaltant, tourbillonnant et épuisant comme l’est cette ville.

Bien sûr je connaissais déjà le mythique CBGB par ma lecture approfondie de Rock & Folk en France. Ze lieu mythique du renouveau punk rock de la grosse pomme ou étaient montés sur scène Patti Smith, Blondie, Television, Johnny Thunders & the Heartbreakers, les Ramones… Mais c’était déjà trop tard pour ceux là, et encore un peu tôt pour qu’apparaisse d’autres exceptionnel musicos comme Jeff Buckley, mais ailleurs, au Sin.E plutôt qu’au CBGB.

CBGB-OMFUG pour être exact, ce qui tient lieu dans sa traduction du Shadok from N.Y pour Country Blue Grass Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers… Tout un programme pour cet endroit crapoteux à souhait, planté dans l’East Village sur Bowery, quartier tout aussi crapoteux à l’époque ! Il faut dire que Giuliani n’était pas encore maire de NYC, et que n’avait donc pas débarqué la théorie du « carreaux cassé » pour procéder à la Karcherisation de la ville. Certes, il y avait des endroits un peu inquiétants, et certains autres ou ils ne valaient mieux pas traîner seul la nuit, mais dans l’East Village je n’ai jamais été emmerdé. Pourtant, dans Tompkins Square il n’était pas rare de croiser moults junkies et de piétiner des seringues abandonnées à même le sol.
Je bénéficiais même d’une sorte de protection. Une amie Française tout aussi « illegal » que moi habitait Avenue A, un quartier de squatts et de ruines, de jardins communautaires ou les carottes bios made in Manhattan cotoyaient d’autres cultures moins légales mais sans OGM. Elle habitait juste au dessus du Q.G des Hells Angels de NY qui trônaient sur leurs Harley Dyna Super Glide, dans toute la splendeur de leurs quintal respectif avec leur barbapoux, cuirs Harley, T-shirts et vestes en jean qui tenaient debout tout seuls. Autant dire que leurs regards sur moi lors de ma 1ère visite me laissaient à penser que ça allait probablement être aussi la dernière.
Mais ils avaient adoptés Françoise, la petite Française du bloc, et comme j’étais un ami de Françoise le fait de partager avec eux quelques Coors et bourrades (symboles de mon visa d’entrée sur leur territoire) avaient scellé mon maintien en vie et en un seul morceau. Il n’avait en même temps échappé à personne dans le quartier, que puisque j’étais toléré parmi les Hells en tant qu’humain exotique (car sans Harley et pas américain), c’était pas la peine de venir me faire chier. On en avait retrouvé enroulés au fond d’une poubelle pour moins que ça.

Donc le CBGB –puisque c’est quand même le sujet du jour- j’y allais de temps en temps, bien que l’endroit fut déjà sur le déclin. N’empêche, les occasions de s’y amuser étaient encore nombreuses, et l’endroit parfois à la hauteur de sa légende. C'est-à-dire un lieu complètement pourri, mais où les soirées aussi dingues que mémorables, à grand renfort de (bonne) musique, de groupes énergétiques et talentueux, et d’un public aussi cool que complètement timbré. Un peu dans ce genre là :

cbgb

Je crois traîner encore aujourd’hui les séquelles d’une soirée mémorable là-bas, à écouter (si j’ose dire) Funk Parliament qui avait mis le feu tout partout et nous avait laissé J.M. le Corse et moi dans un état totalement décrépit. On était rentré à pied, au petit matin, en remontant toute la 3ème Avenue en se tenant par le bras. Le peu de sang qui restait dans mon alcool me faisait tanguer vers la gauche, et J.M. le Corse dérivait côté droit. En nous tenant fermement l’un à l’autre nous avions donc une bonne chance de marcher en ligne droite, si ce n’était ces maudits lampadaires que nous nous arrangions toujours pour prendre de face plutôt que de les contourner.

Toutes les bonnes choses ont une fin paraît-il. Alors après des années de procès avec les propriétaires du bâtiment, le CBGB ferme ses portes définitivement. Une époque s’éteint au passage. Reste nos souvenirs punk, et aucun regret. Là-bas on s’est amusé, on a vécu… et ça c’est quelque chose qui ne se perd pas.

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16 octobre 2006

Zoo le samedi, Zoo le lundi.

A voir samedi les chimpanzés faire les zigotos dans leur cage, il m’en est venue une drôle d’idée… Certes, nous les zetres zumains, nous ne sommes pas des chimpanzés. Aucun Daktari ne nous a planté une fléchette somnifère dans la fesse pour pouvoir nous mettre en cage à des milliers de kilomètres plus loin.
Pourtant, à lire les noms latins dont on les affuble et le descriptif détaillé de leur mode de vie, c’est sûr, des centaines de zoologues se sont arrachés les cheveux dans des marais tropicaux saumâtres, dans des jungles (forcément) inhospitalières à essayer de comprendre le mode de vie des primates, à les classifier, les étudier sous toutes les coutures.
Levi Strauss et d’autres ont fait la même chose ensuite en se mêlant à des peuplades primitives (ou « premières » comme on dit maintenant). Et des sociologues ont eu la même curiosité par rapport à nous dans nos sociétés proclamées civilisées.
Mais à voir les visiteurs des zoos, et les singes en cage, on ne sait pas toujours lequel observe l’autre faire le zouave de l’autre côté de la vitre.
Et ce lundi, en reprenant le chemin du boulot, j’avais un peu l’impression de retourner aussi dans un zoo. De mon plein gré me direz vous. Sans doute ne nous tiens t’on pas en cage, mais pour la plupart d’entre nous la nécessité d’un salaire vaut bien la chasse par le Daktari local. Et vu la situation, je dirais même qu’il y a plus d’animaux aujourd’hui essayant de se faire chasser leur tête que de places dans les zoos d’entreprise, ou il est bon que nous fassions notre numéro de cirque pour assurer la compétitivité de « not’ boite » (ajouter ici une ode de votre choix à la gloire entrepreneuriale).
Et si cela n’empêche pas le plaisir, s’il y a –heureusement- des exceptions, la vie en société anonyme d’aujourd’hui n’en constitue pas le but, en tout cas pas plus qu’une cage aménagée ne vaut le plaisir d'une vraie savane, ou une vraie jungle.
Alors en repensant à ma promenade de samedi, et au bonheur simple en bonne compagnie qu’elle a été. En voyant des chimpanzés s’amuser de nous au point qu’on pouvait se demander lequel était le spectateur de l’autre j’ai simplement pensé qu’un instant de bonheur pouvait se trouver partout, à n’importe quel moment, en toute circonstance.
Que pour cela, il suffisait d’attendre qu’il vienne à vous. D’être disponible pour lui. Et qu’alors, il y aurait toujours un moment ou une forme de joie et de plaisir viendrait vous tapoter sur l’épaule en murmurant un « coucou qui est là ».
Mais qu’à vouloir mettre le bonheur et la joie en objectif, en rationalité, en paramètres, en économétrie de toute sorte –comme il est de règle dans l’efficacité économique et la vie en entreprise- on ne ferait somme toute, que toujours passer à côté des choses, des vraies.

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28 septembre 2006

Quand J'étais Chanteur...

Quand j’étais petit, je voulais devenir :

-          Astronaute (allo Houston).

-          Zorro (avec mon déguisement). 

-          Joueur de timbales dans un orchestre symphonique (Zim, Boum !). 

-          Dessinateur de BD (jusqu’à ce que j’essaie de dessiner). 

-          Scénariste de BD (après avoir essayer de dessiner). 

-          Pilote de chasse (comme le Baron Rouge). 

-          Joueur de foot (trop nul). 

-          Joueur de rugby (mieux, mais trop coûteux en paires de lunettes). 

-          Pianiste (sans prendre de cours). 

-          Ecrivain de science-fiction (pour commencer). 

-          Ecrivain sans science-fiction (pour continuer). 

-          Batteur (avec the Clash). 

-          Journaliste (engagé). 

-          Rock Critic (à Rock & Folk). 

-          Garde Champêtre (de joie). 

-          Fils adoptif de Pierre Desproges (Etonnant non ?). 

-          Prof (d’histoire, de philo, d’éco ou un mélange des trois). 

-          Une fille (pour savoir ce que ça fait). 

-          Marin (pour voyager en solitaire comme Moitessier et Gérard Manset). 

-          Cinéaste (comme… euh… pleins). 

-          Emmerdeur (on ne l’est jamais assez). 

-          Célèbre (pour emmerder le monde tranquillos…). 

-          Voleur (à la Robin des Bois). 

-          Danny Wilde (alternativement avec Lord Brett Sinclair). 

-          Peintre (Cf. dessinateur de BD). 

-          Peintre en batiment (Cf. ci-dessus). 

-          Inventeur (comme Géo Trouvetou). 

-          Libraire (parce que). 

-          Danseur étoile, ah oui, ça oui (comme Barychnikov) 

-          Et pleins d’autres choses encore… 

En grandissant je suis devenu "je me demande encore quoi au juste", mais... Vous savez !? En fait, je suis toujours petit… 

Ce post est dédié à Lionel Rotcage

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14 septembre 2006

La Maison de Mon Père (3) - Le Jardin Est Il Toujours d'Eden ?

Comme partout, vous l'avez sûrement remarqué, le jardinage est devenu une sorte de sport national, qui se mélange plus ou moins heureusement avec la déco et le bricolage. Vous ne savez pas quoi offrir à des amis partis se relocaliser à Champignac En Cambrousse ? Fastoche ! Un sécateur, une perceuse multi-fonction, le guide du jardinage, la déco pour les nuls...

La Bretagne n'échappe pas à cette tendance lourde. Bien sûr il y a la conquête du titre glorieux de Village Fleuri, du concours du plus bel Hortensia, ou plus chic être publié dans un de ces journaux déco Côté Ouest/Est/Nord/Sud... A se demander si les gens habitent vraiment dans ces maisons "Coté Truc" d'ailleurs ? Tout semble tellement pensé pour la maison, qu'elle n'a sans doute même plus besoin de vrais habitants !
L'élément décoratif, c'est ceux qui y vivent !

Il y a bien un jardin dans la maison de mon père. Oui, il y en a un !
Certes, on ne le voit pas tout de suite, car les propriétaires précédents ont jugé bon d'installer une remise face à la fenêtre qui était donc censée nous ouvrir une vue dégagée sur cette bande de terre étirée en longueur, appelée "le jardin".
Dommage, car ce n'est franchement pas un jardin comme les autres !
Pas comme les voisins de gauche, ou de droite, qui -quelle banalité- s'évertuent à planter des arbres fruitiers, des fleurs de toutes sortes, des bambous, et évidemment les traditionnels hortensias Bretons (un must régional). Mais aussi un potager accueillant salades, tomates, fraises, haricots, pommes de terre... De quoi assurer une vie en toute autonomie et en respectant les principes JeanPierreCoffiens sacrés : "Tu mangeras les fruits et légumes de saison ou tu ne mangeras pas (de la meeeerde) du tout".

La maison de mon père est bien plus originale que ça (on est comme ça dans la famille) !
On la reconnaitrait entre mille si la vue sur le jardin était directement accessible.
De l'herbe !
C'est tout.
Et je ne vous parle pas d'un british-gazon, sans un cheveu vert qui dépasse, soigné au ciseau à ongles tous les matins et arrosé à la Vittel. Non, une bonne grosse herbe locale, qui pousse comme la tignasse d'un soixante-huitard, par touffes irrégulières, et garnies de fleurs des champs qui se sont installés là en toute tranquilité. Une herbe au look de vieux loup de mer pourrais-je dire !
Pas un arbre, pas une plante décorative, pas de fruits ou de légumes ou de fleurs... on va pas s'emmerder avec tout ça dans la maison de mon père.

Insconscient que j'étais, lorsqu'il s'est installé ici je lui avais offert un de ces livres pour qu'il se cultive lui, son """jardin""", et ses racines ancestrales agricoles. Grave erreur !
Depuis je n'ai pas réussi à relocaliser chez lui ce livre qui expliquait pourtant tout (même moi le béotien du terroir, le citadin bétonné, je pouvais comprendre ce qu'il fallait faire pour faire pousser des tomates, planter un pommier, tailler des rosiers. C'est bien pour ça que je l'avais acheté !).
En totale inconscience je tentais même une récidive en lui amenant une pousse d'arbre prête à planter. Certes, pour me faire plaisir, il l'avait planté. Mais l'arbre n'a jamais poussé... Il devait s'y sentir un peu seul dans le jardin de la maison de mon père.

Lors de mes passages successifs je tentais d'autres approches.
Avant que son mobilier de jardin en plastique blanc ne tombe en ruine, je me pris un jour à lui proposer "Et si on prenait le petit déjeuner dehors, avec ce beau soleil et cette température juste comme il faut ? Je m'occupe de tout !".
Mon père dans sa 'maison de mon père' ne dit jamais non. Ce n'est pas la moindre de ses caractéristiques. D'un seul coup un blanc se fait, un ange passe (toute une escadre même), ses yeux paraissent soudain fixer l'hyper espace, son corps s'affaisse légèrement comme sous le poids d'un coup du sort inattendu... et il finit par détourner la conversation : "ah ça oui, il fait beau aujourd'hui", "et qu'est ce que tu veux manger ce midi ?", "je vais voir si il y a du courrier", etc, etc...
En tout cas, ça veut dire : Non.

Depuis, j'ai abandonné toute envie de le voir intégrer les cohortes de jardiniers-paysagistes amateurs. Quand sa fiancée, à force de torture mentale finit de son propre chef par planter 3 herbes aromatiques, on assiste pourtant à un retournement de situation spectaculaire !
"Ouééé -dit-il- ce midi on va se faire une omelette à l'oseille du jardin ! C'est mouaaaa qui l'a fait ! Ca c'est de l'oseille maison ça ! Miam ! Youpi !"...
J'étouffe dans l'oeuf (puisqu'on mange une omelette) un léger sourire narquois que je vois s'afficher au même instant sur le visage de Fiancée de mon père.
Ainsi va le jardin dans la maison de mon père. C'est Freeland sur Mer. Pousse ce qui veut et ce qui peut. Seule, une tondeuse passe de temps en temps, ratiboiser à hauteur raisonnable une jungle Celtique naissante.

Certes, vous pourriez penser que dans la maison de mon père on vit plutôt comme dans l'ancien appartement de mon père, et vous n'auriez pas tout à fait tort.
Je me permet pourtant de vouloir croire à tout prix que si la municipalité s'est mis à fleurir les ronds-points, et les terres pleins du quartier, c'est peut-être bien pour contrer l'effet désastreux provoqué par le jardin de mon père, et la chute terrible au classement des Villages Fleuris de France qui en est la conséquence.
Et ça, ça me réjouit un peu !
:-)

hortensias

Et un hortensia breton, un !

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11 septembre 2006

La Maison de Mon Père (2) – Faut il faire le mur pour y entrer ?

La maison de mon père est en bretagne. Non loin de ce village d’où est originaire une partie de ma famille et où certains d’entre eux ont d’ailleurs racheté terrains et maisons pour y couler leurs vieux jours.
La Bretagne est d’ailleurs un endroit propice à la perpétuation des racines familiales. On y trouve peut être plus qu’ailleurs à mon avis ces maisons de bonne famille que l’on garde dans le patrimoine et dans lesquelles les familles viennent passer leurs vacances. Ainsi se transmettent les traditions et… les héritages.

C’est une question d’ambiance aussi ! A se promener dans les villages on y verra peu de jeunes zazous à lunettes de soleil tendance, vêtements surfs flashy, et gel fixant dans les cheveux. 'Pas le genre de la maison' (sic). On laisse ça aux amateurs de côte d’azur. Pas de Ferrari et de Porsche à tout bout de champ non plus. Pas de hors-bord luxueux au port. Pas de signe ostentatoires de « ch’uis bourré de thune », le Breton intermittent n’étale pas, il est dans la richesse retenue et le ‘quant à lui’ de ses intérêts.
La Bretagne se veut plus authentique, avec ce je ne sais quoi de vacances ennuyeusement respectable, telles que semblent le promettre ces jeunes grands-mères pimpantes, aux cheveux gris soigneusement coupés, aux vêtements de bon goût blancs et bleus, qui promènent leurs petits enfants eux aussi pimpants et de bons goût et qui tous semblent porter des prénoms composés : Jean Vincent, Anne Laure, Pierre Marie ou Marie Pierre, c’est selon…
La Bretagne, parfois c’est un mini Versailles entourée d’un peu d’eau salée froide.

Sans doute la maison de mon père était elle destinée à devenir elle aussi cet ancrage autour duquel nous nous serions tous retrouvés, sur plusieurs générations, perpétuant ainsi la tradition des vacances familiales. Cela ne s’est pas exactement passé comme cela. La faute à la vie qui a plus penché du côté des séparations que des réunions de famille, et qui fait que de nous tous je suis le seul à m’octroyer des visites et des vacances dans cette maison de mon père, en veillant bien toutefois à ce que mes valises ne contiennent aucun de ces vêtements de bon goût dans les tons blancs et bleus. Ils ne m’iraient pas du tout, ainsi que tout ce qui va avec…
Par un curieux effet du hasard la maison de mon père ne cesse d’ailleurs de me renvoyer l’étrangeté de ce statut bancal. Pour commencer, on n’y entre pas. Il n’y a pas de porte !

Les maisons de la région sont souvent entourées d’un épais mur de pierre, destiné à protéger leurs habitants de toute irruption extérieure. On entre que sur invitation dans ces maisons là, c’est un des effets de la bonne éducation. Le même mur de pierre sert aussi à calfeutrer les histoires de famille, et à éviter que celles-ci ne s’ébruitent au dehors. Il ne faudrait pas croire que la bonne éducation, la messe du dimanche, les coupes de cheveux pour jeunes gens raisonnables, les vêtements bon chic du moment qu’ils ne font pas mauvais genre, etc… mettent pour toujours à l’abri des désordres et soucis que tout un chacun risque de connaître un jour : tromperies, enfant venus de la main gauche (expression locale), déroutes professionnelles ou personnelles, folie, drogue, alcoolisme… Mais l’important est qu’en toutes circonstances, les apparences soient sauvent. Et pour ce qui est des apparences, les épais murs qui bordent les maisons familiales sont alors d’une aide précieuse.

Pour y accéder dans la maison de mon père, il faut d’abord passer par chez le voisin d’a côté ! C’est amusant ! Le mur longe toute la maison, et la porte ne se trouve que chez le voisin. C’est de chez lui qu’une deuxième porte permet enfin d’accéder à destination. Par un étrange effet du cadastre, la maison de mon père semble nous prévenir à l’avance : ici, on sera un peu plus calfeutré qu’ailleurs, et en faire sortir un peu de ce désordre qu’on appelle la vie ne sera pas chose donnée à tout le monde.
(à suivre)

mdp
La Maison de Plougrescant, celle qu'on retrouve sur tous les catalogues... Dans ce coin là a
été tourné une partie de "Un Long Dimanche de Fiançailles".

Posté par LaVitaNuda à 15:43 - Collection Souvenirs Pour Demain - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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