L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

18 mars 2008

Ma Vie Aquatique

L’homme moderne ne gaspille pas son énergie.

Il cherche sans cesse à améliorer son quotidien, à rendre sa vie plus heureuse, à satisfaire son sort et celui de ses frères et sœurs humains par la même occasion. Ce qui l’a conduit à inventer la bombe thermonucléaire, adhérer à l’UMP, laisser chanter Rika Zarai et même à laisser mourir Mozart dans la misère.

Pour autant le génie humain réserve parfois des surprises pléonastiquement étonnantes !

Si d’aventure vos pieds et votre compte en banque vous amène un jour à passer par l’île de Koh Samui au sud de la Thailande, une expérience unique s’impose.
Et là, je ne vous parle pas de vous lancer à corps perdu dans toutes ces sortes d’activités censées comblée le touriste moyennement moyen de mille et uns plaisirs : surfboarding, skydiving, snorkeling… qui conduisent généralement comme le remarquait Reiser à un « et je m’emmerding toujours autant ».

C’est beaucoup plus simple, et surtout si vous arrivez par voie aérienne. Après être sortie de l’avion rendez vous directement aux toilettes homme de l’aéroport. Evidemment, pour les femmes, ça complique un peu les choses. Mais avec un peu d’audace, elles n’auront pas à prendre la file d’attente traditionnelle et interminable des toilettes femmes.
Une expérience singulière vous y attend.

Tout d’abord, vous pourrez constater que vous faites pipi contre des sanitaires dont la marque déposée s’appelle « Fiontec », ce qui, à des milliers de kilomètres de votre Jacob & Delafon habituel ne manquera pas de provoquer un sourire légèrement égrillard.
Et ensuite, une fois que votre esprit et votre vessie sera soulagé, vous pourrez constater en levant enfin les yeux dans un sentiment de soulagement extasié, que face à vous quelqu’un vous regarde ainsi que votre bistouquette !!!

L’homme moderne ne gaspille pas son énergie en vain, et son génie a voulu que dans les toilettes de l’aéroport de Koh Samui, il ait installé au dessus des vespasiennes un long aquarium ou tout un tas de petits poissons multicolores viennent vous faire coucou pendant que vous faites pipi. C’est surprenant et distrayant, pour un peu on en oublierait presque de se rhabiller, comme quoi le génie humain Thaï a –en outre de goûts esthétiques innovants- un sens de l’humour et de la blague imprévu.
Les poissons tropicaux vous regardent en se marrant (enfin, on dirait que…), et vous regardez les poissons en train de vous regarder tout en ayant la braguette ouverte. A la fin, on ne sait plus très bien lequel est le sujet d’observation de l’autre. Comme quoi, le génie humain a de toute façon ses limites.

Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte ça. Alors qu’au même moment, au lendemain d’élections dont le grand vainqueur semble quand même être les abstentionnistes, il paraît que les états-majors des grands partis fourbissent leurs armes en prévision de devenir les chefs des lendemains qui chantent. Comme quoi il y a des choses autrement plus importantes pour mobiliser le génie humain qu’un aquarium dans les toilettes pour hommes d’un aéroport.

Comme… euh… comme… Comme un panier de crabes ?

la_20vie_20aquatique

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10 octobre 2007

Retour A Gorazde

Gorazde (prononcer Goradjé) est l’une de ces villes de l’ex-Yougoslavie, située en Bosnie orientale. Gorazde était, est, l’une des 4 enclaves (avec, sauf erreur, Zepa, Srebenica et Tuzla) majoritairement musulmane encerclée par les Serbes de Bosnie, et la seule qui survécut à plus de 3 ans de guerre jusqu’aux accords de paix de Dayton en 1995.

J’ai repensé à Gorazde parce que ces derniers temps on reparle beaucoup de Carla Del Ponte, procureur du Tribunal Pénal International, et de la fin de son mandat prolongé jusqu’à fin décembre, pour tenter –en vain jusqu’à maintenant- de capturer Mladic et Karadzic (et de nombreux autres) pour les poursuivre pour crimes contre l’humanité.
J’ai l’air de vachement m’y connaître comme ça, mais n’en croyez rien. Quand cette guerre a éclaté j’ai essayé de comprendre ce qu’il se passait. Et je n’y comprenais rien.
L’ex Yougoslavie :
la Serbie, la Serbie Monténegro, la Croatie, ou l’étrange Voivodine, tout ça… c’était à la fois très loin, dans les bas-fonds d’une galaxie soviétique en perdition, avec une histoire quasi inconnue et très compliquée. A part quelques matchs de foot contre des clubs aux noms exotiques comme le Dynamo de Zagreb, le Steua Bucarest, le Lokomotiv Sofia, on entendait peu parler de toute cette région résumé par un « pays de l’Est » évocateur. C’est dire ! Et pourtant, un coup d’œil sur une carte de géographie, et voilà… C’est tout prêt, juste en face de l’Italie, de l’autre côté de la mer Adriatique.
Tout ce que je voyais c’était les images d’une guerre horrible qui occupait les écrans télé, des conflits qui me paraissaient tout aussi indémerdables qu’Israël et les Palestiniens, ou l’Irlande du nord catholique ou protestante. Je voyais que nous les Européens, étions à la fois impuissants, et aussi peut être pas si pressé de faire cesser tout ça pour tout un tas de raisons compréhensibles ou inexcusables.

C’est bien plus tard que j’ai finit par mieux comprendre ce qui s’était passé là-bas. Grâce à Joe Sacco. Joe Sacco est une sorte de reporter. Ne cherchez pas ses articles, ou ses photos, y en a pas. Joe Sacco dessine. Un dessin entre les Comics (il est américain), Robert Crumb pour son trait un peu crade, et Marjane Satrapi pour un noir et blanc expressif.
A la différence de Marjane Satrapi, Joe Sacco ne donne pas dans l’autobiographie. Il fait de
la B.D, de la B.D reportage même. Il s’est rendu 4 fois en Bosnie pendant cette guerre, il a vécu le quotidien des habitants sur de longues périodes, a pris des photos, des notes, il a rencontré et parlé avec beaucoup de gens, recueilli des témoignages. Il a vécu là-bas.
Ca aurait pu donner un résultat didactique et sentencieux, ça pourrait se draper dans une forme de bonne conscience, ça pourrait n’être qu’un livre de plus de dénonciation sincère et stérile. Mais il n’en est rien. Dans Gorazde, Joe Sacco n’oublie pas de nous apprendre l’histoire compliquée de la mosaïque ex-Yougoslave, sa géographie, ses cultures et dans mon cas c’était loin d’être inutile. Il ne nous épargne pas le récit terrible de cette guerre, les exactions, les crimes, les massacres. Mais surtout, il n’oublie jamais de raconter tout cela à travers la voix des habitants de Gorazde, assiégés pendant toute la guerre par l’armée et les mercenaires serbes de Bosnie. Aujourd’hui je vois à longueur d’année des affiches en 4x3 sur le tourisme en Croatie, et ses paysages Méditerranéens… Ca paraît loin de la Bosnie.

Loin de Joe Sacco racontant comment des voisins qui s’entraidaient, des enfants qui allaient ensemble à l’école, des amoureux chrétiens et musulmans, sont devenus des ennemis à mort capables de toutes les atrocités. Il raconte aussi ceux qui ont refusé de se soumettre. Et surtout il raconte la vie tout autour. Comment on bricole une sorte de mini usine électrique avec du bois, de l’électroménager et de vieilles dynamos pour obtenir un peu d’électricité à partir du fleuve. Comment la jeunesse s’ennuie et se retrouve devant un café à l’affût de la moindre occasion de s’amuser, de chanter Hotel California ou Helter Skelter. Il raconte par autant de courts chapitres (comme un reportage, comme un post) la peur, la faim et aussi les filles qui lui demandent de ramener des jeans quand il reviendra, pour trafiquer peut-être, mais surtout pour être jolies et échapper un instant à la camisole mentale de la guerre. Il nous montre comment tout conflit crée un « chacun pour soi », ou tout se monnaye et s’échange : sa maison, sa télé, dénoncer quelqu’un, trafiquer des papiers, des cigarettes ou des armes, abuser du moindre pouvoir dont on peut disposer pour tout simplement survivre ou sauver les siens.


Mieux que des films ou des photos, le dessin de Joe Sacco sait rendre cette atmosphère poisseuse, boueuse, sans jamais exempter les moments d’espoirs ou de gaieté qui se cachent dans les détails. Lui-même se dessine dans le livre, sans se donner le beau rôle, sans surjouer la compassion non plus. Il ne dissimule pas ses intentions, ses impuissances, ses incompréhensions ou ses sentiments. Tout cela ensemble, dans le dessin, les dialogues des personnages, les notes qui l’accompagnent, donne une force incroyable à son livre. A mon avis bien supérieur à n’importe quel récit ou reportage.
Si jamais l’envie vous prenait de lire tout simplement une (très) bonne BD, ou d’en savoir un peu plus sur ce conflit en échappant aux commentaires vides de sens de politiques qui soutiennent le TPI de la main gauche, aux poses outragées et lyriques de tous nos Kouchnero-BHLiens, aux commentateurs je-sais-tout, je vous assure qu’une seule page de ce livre vous en fera comprendre, saisir et ressentir bien plus que la totalité de ces plumitifs qui squattent la zone de bruit médiatique.
Ce n’est pas un livre de guerre, c’est un livre de vie malgré la guerre.

Pour en lire plus sur Joe Sacco

joesaccogorazde

Gorazde est disponible en 1 volume aux éditions Rackham

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15 février 2007

Do You Speak English or मासीglish ?

Les Indiens et moi, on s'est tout de suite trouvé un point commun : on ne se comprend pas.
Je veux dire, littéralement : on ne se comprend pas.

Pourtant leur langue officielle est l'Anglais, vu qu'ils disposent de quelques langues et milliers de dialectes qui font que du Nord au Sud de l'Inde, c'est un peu comme si un Norvégien parlait à un Portugais. Donc, héritage britannique, tout le monde parle anglais. C'est plus pratique.
Sauf que...
Eux ne comprennent pas mon anglais Parigot-Oxfordien et moi je n'entends rien à leur Indiglish !
- Welcolmle Sil ! Whlel wlou dlyoul likl tlo glo ?
- Euh, hum... Taykeu mi tout zi eautel pliz !
- ???
- ???

Ca n'a pas été facile tous les jours ! Si je demandais un verre de vin blanc au bar de l'hôtel on m'amenait un verre de rosé. Si j'avais besoin de mousse à raser on me donnait du dentifrice !?!
Au début j'ai cru que c'était moi. Et puis j'ai été soulagé quand un collègue Indien de New Delhi a essayé en vain de se faire comprendre par un chauffeur de Taxi de Bangalore. Ils ne parlaient ni le même Hindi, ni même, le même Inglish.
Alors à la fin, on (je) s'y fait. On (je) parle en termes simplifiés : Taxi, Airport, Drink, No Need, Thank You... Et c'est pas toujours sûr que ça marche ! On ne s'inquiète pas pour les petits désagréments habituels qui font les aventurettes au quotidien : attendre le chauffeur de taxi une heure, avoir 5 types différents qui sonnent en moins de 3 heures à votre chambre vous demander si tout va bien, demander des naan pour accompagner son plat au resto et se les faire servir une fois que les légumes dans votre assiette ont eu le temps de germer et de donner une autre récolte.

Et puis ils ont cette façon rigolote de hocher la tête.
Notre hochement non, signifie oui chez eux et vice versa, ce qui est déjà une source de confusion. Mais le plus souvent ils mélangent les deux mouvements dans une sorte de douce ribouldinguerie rigolote dont ils ponctuent la discussion en permanence. Et évidemment, par mimétisme, ça ne manque pas, au bout d'un moment on commence à faire la même chose. D'autant plus que ça nous donne une contenance, vu qu'à part dire "Hmm, Hmm" parce qu'on ne comprend rien, il ne nous reste plus qu'à agiter la tête comme eux.
Et bien sûr, au bout d'un moment, mais trop tard, on se rend compte qu'ils doivent avoir l'impression qu'on se fout de leur gueule ouvertement, à les singer comme ça tout en faisant semblant d'écouter d'un air tout à fait sérieux leur bla-bla incompréhensible.

De toute façon, on est dans un autre monde !
Et comme tout cela se passe avec le sourire, on s'y fait.

India01

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30 janvier 2007

Cinq Choses Que Vous Ne Savez Pas De Moi (1).

En réponse à la demande de Chiboum.

On dit que c’est au moment ou on s’attend le moins aux choses qu’elles se produisent. Mais des choses… on en raconte tellement.

Je me rendais à un cours. C’était un dimanche, et ça devait être une des toutes premières fois ou je m’étais décidé à y aller un dimanche matin. Un dimanche matin ! Et puis quoi encore ? Le dimanche matin, c’est fait pour dormir ! Prendre le temps de se préparer un gros petit déjeuner, avec du pain frais, des croissants, ou des pains au chocolat. Mais ce dimanche matin là, c’était différent.

Qu’est ce que j’attendais le moins ? Rien. Ce qui est le comble de ne rien attendre en quelque sorte. Quand on attend quelque chose le moins, c’est que malgré tout ou l’attend. Et on l’attend d’autant plus qu’on croît bien que c’est ce qui a –justement- le moins de chances de se produire. Encore une expression qui veut dire l’inverse de ce qu’elle prétend !

J’avais écourté mon petit déjeuner, laissé de côté le détour par la boulangerie pour acheter pains au chocolat, croissants et pain frais. J’avais enfilé quelques vêtements à la va-vite en sortant de la douche, rempli mon sac avec un pantalon, un T-Shirt, et des sparadraps à mettre là ou le parquet m’avait griffé la plante des pieds. Et puis j’étais parti.

Alors, toujours de la même bizarre façon, ce qu’on attend le moins, c’est finalement quand on arrive au point ou on n’attend pas, ou on n’attend plus. Quand il n’est plus question de « plus » ou de « moins », mais que finalement c’est la notion d’attendre qui n’a plus vraiment de sens. On est là, on vit, on en oublie d’attendre et voilà tout.

J’ai marché dans la rue, et au bout de quelques minutes je suis arrivé à destination. J’ai poussé la porte d’entrée. Il était tôt et je savais que pendant presque une heure j’aurai la salle pour moi tout seul, avec le parquet, la glace et les barres. Et même je pourrais passer ma musique sur la sono sans gêner personne.

Alors j’avais dû oublier d’attendre moi aussi. Parfois c’est mieux, ou bien c’est juste plus pratique. Plus pratique que se dire qu’on est en train de chercher une aiguille dans une botte de foin, ce qui nécessite une forte capacité à attendre ce qu’on a le moins de chance de trouver n’est ce pas ?

Mais en poussant la porte d’entrée, j’ai entendu qu’il y avait déjà de la musique. Il y avait déjà quelqu’un et ça c’était inhabituel. J’en étais un peu contrarié parce que je n’allais pas pouvoir profiter de la salle vide pour moi tout seul. Mais bon… J’étais là, alors autant y aller. Il y avait un escalier à descendre pour rejoindre le parquet d’où venait la musique. Comme je n’attendais rien, je suis descendu !

Mais ce qui est amusant, si on attend le plus, si on attend le moins, si on a préféré arrêter d’attendre même, c’est qu’on sait exactement à quel moment on trouve. Il y a un avant, et un après de l’attente, et le moment qui passe de l’un à l’autre, c’est immanquable. Ca fait comme un vertige, tellement ça passe vite.

Alors j’ai descendu l’escalier en colimaçon. Et puis j’ai entendu une voix. Et ça a suffit. Pour le vertige. Je me souviens avoir imaginé à quoi pouvait ressembler la propriétaire de cette voix. Ca ne tient à pas grand-chose une voix. Une voix que je n’avais jamais entendu, qui ne m’en rappelait pas une autre, même si c’était comme si je la connaissais depuis toujours.

Evidemment, elle ne ressemblait pas à sa voix. Et ça n’avait aucune importance. Ca peut paraître dérisoire de se dire qu’il suffit d’une voix pour trouver quelqu’un qu’on attendait plus. Mais c’est quant on s’y attend le moins que tout peut se produire.

vertigo1th

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24 janvier 2007

Mon Immeuble Yacoubian 4 - Iouri et Irène.

Irène et Iouri sont arrivés il y a peu dans notre immeuble Yacoubian.

Il faut dire qu’il y a quand même du turnover dans cet immeuble. Pas mal de petits appartements, de studios ou de deux pièces, ou viennent se loger pour un an ou quelques années de plus des étudiants dotés de parents à fortes cautions, de jeunes couples qui auront besoin de partir dès l’arrivée des petits Théo ou Isild.

Je ne sais pas combien de temps vont rester Irène et Iouri dans notre immeuble. C’est qu’ils viennent de loin ! Irène a rencontré Iouri en Russie. C’est plutôt inhabituel ! D’habitude c’est plutôt des filles Russes qu’on voit arriver à Paris, assez souvent au bras d’un homme, pas Russe, qui à leurs yeux disposent d’un sésame à une vie heureuse, parfois assortie d’une forte caution également. Ca c’est dans le meilleur des cas. On en voit parfois d’autres qui ne sont pas forcément venues de leur plein gré...

C’est donc Irène qui a ramené Iouri. Irène est plutôt dans la catégorie brune piquante. Par exemple, elle pourrait avoir des parents ou des grands parents qui ont fuit le franquisme dans l’Espagne d’avant. Elle a une sorte de tempérament Almovodarien pour tout dire ! Un mélange de franc-parler, de générosité, de naturel, les pieds sur terre et à l’arrière plan une touche d’excentricité qui ne demande qu’à bondir au devant de la scène.
Qu’est ce qu’elle est allée faire en Russie ? Eh ben elle est allée cherche Iouri évidemment !? Le reste, c’est pas forcément intéressant. C’est surtout que je ne me souviens plus…

En tout cas, ils forment un couple attachant tous les deux.

Iouri lui, c’est le Russe comme on l’imagine. Le genre « Caucasien » comme on dit dans les films policiers, terme d’usage pour décrire un blanc en langage flico-politiquement correct. Iouri, il suffirait de lui mettre un uniforme de l’armée rouge pour imaginer un garde du Kremlin, une combinaison de cosmonaute pour imaginer un Iouri oui, mais un Iouri Gagarine. Toujours est il que Iouri a suivi Irène en France et que maintenant il apprend à parler le Français, qu’il bosse ici et là, comme il peut, comme plombier (même pas Polonais), électricien, chauffeur… Enfin bon, tous ces boulots qu’on peut faire quand on vient de loin, qu’on est pas pour autant devenu apparatchik capitaliste, susceptible de s’habiller avec des costumes fabriqués par Areva sous prétexte qu’on est dans les z'affaires là-bas chez les Russkofs.

Moi je ne connais pas la Russie d’aujourd’hui. Pour moi c’est encore un mélange entre Docteur Jivago et l’Archipel du Goulag, remixé à la sauce Poutine. Le Far East ! Je ne suis jamais allé là-bas. Alors Iouri et Irène ont pu me raconter quelques petites choses, qui m’en ont appris sur les Russes comme Boris Pasternak, Dostoievski… ou la lecture du compte-rendu des travaux du Congrès des camarades du PCF pour la promotion du centralisme démocratique visant à établir la dictature du prolétariat à la cantine de leur immeuble place du Colonel Fabien. Ouf !

C’est comme ça qu’Irène m’a appris qu’à son arrivée en France, Iouri a découvert l’existence de la baignoire. Hé, ho, j’ai pas dis que les Russes ne se lavent pas ! Mais pas tous dans une baignoire. Bon, bref, Iouri découvre qu’on peut prendre un bain dans un truc appelé baignoire. Mais comme il ne sait pas comment ça marche une baignoire, il ne sait pas non plus qu’il faut mettre la bonde pour faire couler un bain. Alors il fait couler l’eau à fond. Tout le temps. C’est sympa ! ça glougloutte à qui mieux mieux ! Jusqu’à ce qu’un jour Irène arrive dans la salle de bain et comprenne pourquoi la facture d’eau a augmenté de 400%.

Iouri, lui, m’a appris que dans le coin de Russie ou il vivait, les habitants payaient le gaz à l’année. Un forfait gaz quoi. Tellement pas cher, même pour les Russes (essayez d’imaginer ça), que les habitants laissent le gaz de la cuisinière allumé jour et nuit. Comme ça, ça chauffe aussi un peu la maison… Ben oui quoi !

D’ailleurs –et ça je l’ai constaté- les Russes ils ont du pétrole, du gaz, et quand ils n’ont plus d’idées ils ont de la vodka !

Ca devait être pour ça que mes souvenirs de cette discussion avec Iouri sont devenus plus confus par la suite.

Ressers moi un verre de cette vodka, Tovaritch Iouri !

Za Nasdarovie !

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*posté par anticipation. LVN est en Allemagne aujourd'hui.

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22 janvier 2007

Mon Immeuble Yacoubian 3 - Mr K.

Monsieur K était mon voisin du dessous. Un gars extrêmement discret ce Mr.K. Je ne l’entendais jamais, le croisais rarement. Jusqu’à ce fameux samedi matin.
Ce samedi matin là j’étais en train de profiter d’une de ces bonnes grasses matinées qui font partie des plaisirs du week end quand des cris en provenance du jardin m’ont réveillé. Grrrr… Qui c’est qui me fout en l’air ma précieuse grasse matinée ? Je me lève, ouvre la fenêtre de ma chambre pour identifier l’importun, et je vois, planté sur la pelouse, un policier, la tête levée vers chez moi, en train de crier des « monsieur, monsieur… » !

Interloqué, je me demande si c’est à moi qu’il parle avant de me pencher par la fenêtre et de me rendre compte que tout en bas, à la verticale, le sol du jardin est jonché des objets les plus divers : papiers, chaises, meubles, casseroles, journaux, vêtements, chaussures… Je me penche un peu plus, et m’aperçois que la fenêtre de la chambre de Mr.K. est ouverte elle aussi. Quelques secondes plus tard, je vois une boite passer par la fenêtre, puis une chemise, des cintres, des boites de conserve…

Il se passe quelque chose d’inhabituel, ce qui est plutôt rare dans mon immeuble Yacoubian. Tout le reste est d’ailleurs extrêmement calme, à croire qu’il n’y a que moi qui ai été réveillé ce matin, ce qui m’étonne franchement. Personne aux fenêtres, personne dans le jardin à part le flic. Aucun bruit en provenance de chez Mr.K. Juste les expulsions intempestives des objets les plus divers à travers sa fenêtre. Sinon, on entendrait une mouche voler.
Je passe un T-Shirt, un jean et je descends en bas de chez moi pour demander au flic ce qui se passe. Il n’en sait rien le bleu ! Il me demande si je connais M.K. Ben non, je ne le connais pas Mr.K, pas plus que ça. Son talkie walkie grésille, des renforts arrivent, d’autres policiers, des pompiers. J’appelle Mr.K. avec le policier : pas de réponse. Comme je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre je décide de remonter chez moi.


Dans les escaliers, tout est calme, toutes les portes sont fermées comme si tout le monde était parti en week-end. Je remonte. Sur le palier de Mr.K. des policiers frappent à sa porte, mais il ne répond pas. On me demande si je le connais, à quel endroit j’habite, et puis des pompiers arrivent. L’un d’entre eux me demande s’ils peuvent entrer chez moi. Ils craignent qu’une fois que Mr.K. aura vidé son appartement dans le jardin, il n’ait l’idée d’y jeter la seule chose qui y reste : lui-même.
Une partie des pompiers est dans le jardin pour essayer d’attirer son attention et le calmer, une autre partie est devant sa porte qu’ils veulent enfoncer pour entrer, et une dernière partie veut passer par chez moi, descendre en rappel par la fenêtre de ma chambre et entrer chez lui par sa fenêtre ouverte.
Vous allez trouver ça débile, mais je pense d’abord que je n’ai pas fais mon lit, ni la vaisselle d’hier, et ça m’ennuie. Mais bon, Mr.K. va peut être faire le grand saut alors… Trois pompiers me suivent, l’un passe un baudrier, l’autre l’assure en prenant appui contre le mur sous ma fenêtre, le troisième est en liaison radio avec les autres pour déclencher l’opération en même temps. Et moi je les regarde faire, avec un sentiment d’inutilité que je traduis par l’envie de nous préparer un café. Je suis inquiet pour Mr.K.
Au top départ je vois le pompier au bord de ma fenêtre plonger vers celle de mon voisin, j’entends un grand « boum » venant du palier au moment ou la porte d’entrée est défoncée. Ca va très vite, pas de bruits, pas de cris, pas de geste désespéré de Mr.K. C’est fini.

Les pompiers remballent, me remercient, j’ai oublié le café. Tout le monde s’en va.
Eh ! Oh ! Les gars ! Et Mr.K. alors ? J’accompagne les pompiers dans l’escalier, je retrouve les policiers en bas dans l’entrée, et leur demande ou est Mr.K. Il a déjà été évacué vers les urgences psychiatriques de Ste Anne. Dans le jardin, un incroyable amoncellement des débris du contenu de l’appartement de Mr.K. jonche la pelouse, les arbustes, le sol. Un policier est encore là, je lui demande « Et tout ça, qu’est ce qu’il faut en faire ? ». Il me dit de ne toucher à rien, tout doit rester là. Combien de temps ? Le temps qu’il faudra, et il s’en va.
Tout le monde est parti. Je suis seul dans le jardin à contempler l’étendue du désastre. Je retourne chez moi. C’est en remontant que comme par miracle l’immeuble Yacoubian sort de son hibernation. Des portes s’entrouvrent sur mon passage. Des têtes me dévisagent, genre c’est lui le responsable de tout ce tintamarre ?! Les plus curieux m’arrêtent et m’interrogent. Je suis censé leur faire un reportage people des dernières 45 minutes. Ca m’énerve ! Je les envoie chier : « Si vous étiez vraiment inquiet de savoir ce qu’il se passait, il suffisait de sortir de chez vous et de le demander aux policiers qui étaient là et qui cherchaient de l’aide. » Rideau.
Je passe devant chez Mr.K. La porte est grande ouverte, elle ne ferme plus. Il n’y a même pas de scellés. L’appartement ne contient plus rien, sauf un buffet, et une table, trop volumineux pour pouvoir passer par la fenêtre.

Et puis plus de nouvelles. L’appartement de Mr.K. reste grand ouvert. Le lendemain il pleut. Je me débrouille pour trouver une bâche en plastique et recouvrir de mon mieux les possessions de Mr.K. avant qu’elles ne soient complètement détrempées. Au bout de 3 jours, toujours rien. J’appelle le commissariat pour savoir ou est Mr.K. et s’il est possible de remettre ce qui lui appartient chez lui. Personne n’est au courant de rien, personne ne veut me répondre, du genre de quoi je me mêle. Mais ils m’interdisent de toucher à quoi que ce soit de ce qui appartient à Mr.K. J’appelle les urgences psychiatriques, j’explique la situation, j’apprends que Mr.K. est toujours à Ste Anne, on me le passe au téléphone. C’est la première fois que j’entends sa voix. Il a l’air dans le pâté, c’est peut être les médicaments. En tout cas, il est content de voir que quelqu’un s’occupe un peu de lui. Ensemble, nous décidons de ce que nous faisons de ses affaires. Il me demande d’essayer de retrouver ses papiers, les clés de chez lui, et d’essayer de fermer la porte de son appartement. Le reste il s’en fout.

On s’appellera comme ça jusqu’à la sortie de Mr.K. au bout de plusieurs jours. Il passe chez moi pour me remercier. Cette fois je pense au café, mais il n’en boit pas. Il m’apprend que différents objets répandus dans le jardin lui ont été dérobés pendant qu’il était à l’hôpital.
Mr.K. prévoit pas de quitter mon immeuble Yacoubian. Il veut aller vivre chez sa sœur, pour ne pas rester seul. Avant son départ, je ne reverrais Mr.K. que deux ou trois fois. Parfois, il viendra frapper à ma porte, me demandant s’il peut juste rester quelques minutes chez moi, à discuter, parce qu’il ne se sent pas très bien. Juste discuter un instant suffit à le rassurer, on boit un verre de jus de fruit, on discute, et ensuite il rentre chez lui.
Je me dis que s’il avait été capable de juste cela plus tôt, ou moi, ou quelqu’un d’autre, peut-être que rien ne serait arrivé.
Depuis un autre voisin a remplacé Mr.K.

Sans_titre

*Ce post est dédié au Curé Pierre et surtout à tous les gens d’Emmaüs qui doivent se sentir un peu orphelins aujourd’hui. Pour moi, Emmaüs, c’était l’endroit ou nous allions acheter des meubles de récup’ pas chers quand j’étais petit. C’était des trognes de baroudeurs qui venaient parfois nous les livrer ou faire des travaux à la maison en appelant ma mère « ma p’tite dame » et moi « bonhomme » accompagné d’une bourrade dans le dos.

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10 janvier 2007

Mon Immeuble Yacoubian 2 - Mme Bigoudy

J’avais l’habitude de voir Mme Bigoudy tôt le matin en bas des escaliers. Comme beaucoup de personnes agées qui dorment peu, Mme Bigoudy est du genre à se lever tôt, à aller faire ses courses à peine plus tard tout en prenant un temps infini pour faire chaque chose.
Depuis combien de temps Mme Bigoudy vivait elle dans cet immeuble ? Je n’en sais rien… Elle en fait partie de l’immeuble, autant que du quartier dont elle a dû voir les transformations au fur et à mesure des années. Quand notre rue n’était encore qu’un passage qui communiquait dans la rue principale par un petit escalier, quand en face il n’y avait encore que des ateliers municipaux en semi désaffection remplacés depuis par la nouvelle bibliothèque municipale et le siège d’un syndicat national que Coluche moquait sous la dénomination de « syndicat qu’il vous faut ».

Quand je croise Mme Bigoudy c’est souvent tôt le matin, le samedi, parce que je dois partir à un cours en début de matinée. Elle est en bas des escaliers, dans le hall, devant les boites à lettres. Elle se déplace lentement Mme Bigoudy, dans sa blouse bleue à fleurs du plus pur style Mère Denis, avec des chaussures qui ressemblent à des chaussons, à moins que ce ne soit l’inverse. Si elle a vu l’évolution de la mode féminine depuis un moment Mme Bigoudy, ça fait aussi un moment que celle-ci n’a plus de prise sur elle. Et comme elle se déplace vraiment lentement, j’ai tendance à penser qu’elle se lève encore plus tôt que je ne le pense, pour pouvoir descendre les escaliers qui la mène de son palier jusqu’au pied des escaliers.

Mme Bigoudy accueille ses visiteurs en bas des escaliers. C’est là qu’elle nous reçoit en quelque sorte. Pour voir du monde, Mme Bigoudy nous attend en bas de l’escalier, son escalier. Elle quitte son petit appartement ou elle loge depuis dieu sait combien de temps. Chez elle il doit y avoir une pendule qui dit oui, qui dit non, qui dit qu’elle nous attend, alors Mme Bigoudy vient chercher de la compagnie en bas des escaliers. Dès qu’elle croise quelqu’un, un sourire lui vient sur la tronche, on dirait presque une jeune fille. Elle dit bonjour, et qui aurait le cœur de ne pas lui répondre par un sourire et un bonjour à peu près équivalent ? A part le jeune cadre à la con qui ne dit jamais bonjour à personne de toute façon.

C’est là que les ennuis commencent. Enfin, si on est un peu pressé parce qu’on a un cours qui commence dans trois quarts d’heure. Car Mme Bigoudy a toujours quelque chose à dire. Elle n’a pas fait tout ce chemin depuis chez elle pour rien d’abord ! Mme Bigoudy s’y connaît. Elle lance son bonjour et son sourire comme un pro de la pêche à la ligne appâte le poisson. Mme Bigoudy elle, elle pêche les conversations.
Et n’allez pas croire que c’est pour me –nous- faire part de ses hautes considérations sur l’évolution météorologique du jour, les feux verts qui passent au rouge, ou l’évolution du prix de la baguette en variation corrigée des données saisonnières dans les 4 boulangeries du quartier sur les dix dernières années. Depuis son appartement Mme Bigoudy a tout le temps de lire les journaux, ou les livres, d’écouter la radio ou de regarder la télé une fois rentrée de ses courses quotidiennes.

Depuis le temps qu’elle vit ici, Mme Bigoudy a eu tout le temps de savoir quoi dire et comment le dire à quiconque vit dans l’immeuble.

Avec le jeune cadre à la con, elle ne perdra même pas son temps. Avec Mademoiselle Kim elle racontera à quel point elle trouve son bonnet jaune canari ravissant, et pourquoi on appelle certains chapeaux un « bibi », que c’est même une copine à elle, dans le temps, qui travaillait chez Balenciaga qui le lui a expliqué. Au jeune prof amateur de vélo, elle aura un mot d’encouragement quand elle le verra sortir pour une balade. Avec les gamins du 3ème elle leur racontera qu’elle aussi elle faisait de la trottinette quand elle était petite, mais pas des comme ça, c’est en quoi, en aluminium ? La sienne, dans le temps, avait des roues plus grandes. Et puis, bon, allez-y les gosses, mais soyez prudent avec toutes ces voitures ! Etc, etc…
Et puis avec moi, après le bonjour et le sourire de comme qui rappellerait la jeune fille qu’elle était, ça dépend des fois. Elle voit bien que je suis en route pour un rendez-vous. Elle attend que ce soit moi qui commence, qui pose une question. Si je suis en retard et que je n’ai pas beaucoup de temps, elle me dit mi-question, mi-assertion « on se verra peut être à votre retour » et me regarde partir. Je passe la porte d’entrée en entendant comme une pendule qui dit oui, qui dit non. Si j’ai le temps, ou si je le prends, alors c’est comme si Mme Bigoudy avait le feu vert. Nous voilà partis à discuter du livre que je suis en train de lire, du Parc ou elle aimait se promener quand elle pouvait encore marcher un peu longtemps, de n’importe quel sujet qui s’improvise comme ça, là, tout de suite.

Et puis au fur et à mesure Mme Bigoudy s’est faite de plus en plus rare. Descendre les escaliers devait lui prendre de plus en plus de temps. Elle se faisait de plus en plus vieille, on la voyait moins souvent, puis presque plus. Il n’y avait plus de discussions au pied des escaliers. Et un jour, il y a eu un petit carton accroché au panneau d’affichage, à côté des boites aux lettres. Un bristol traversé de part en part de deux liserés gris qui nous disait en quelques mots que la pendule de Mme Bigoudy avait fini par dire non, par dire non.

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09 janvier 2007

Mon Immeuble Yacoubian 1 - Mademoiselle Kim

C’est une des premières choses qui m’a été racontée par les voisins quand je suis arrivé dans cet immeuble. Un des propriétaires louait son appartement suivant des modalités établies de longue date. Il ne louait son appartement qu’à des Japonais (ou des Japonaises). N’étant pas lui-même Japonais, l’idée fixe de ce propriétaire avait attiré de nombreux commentaires et suppositions de la part des habitants de l’immeuble. A force de théories plus ou moins farfelues, un consensus avait finit par se dégager : ce propriétaire louait uniquement à des Japonais parce qu’il était ainsi certain qu’il aurait à faire à de « bons » locataires. Qu’est ce qu’un bon locataire ? Non, ce n’est pas un locataire mort… Quoique pour devenir bon locataire aujourd’hui il faut fournir tant de certificats de civisme, de fiches de payes montrant qu’on gagne au moins 4 ou 5 fois le montant d’un loyer surgonflé, de garants payant l’ISF, de cautions équivalentes à un bon petit loto… qu’on a le temps de mourir 3 ou 4 fois avant de répondre à toutes les conditions requises de façon satisfaisante. C’est aussi comme ça que beaucoup retrouvent les joies simples du camping en borde de Seine et ailleurs parait-il !

Donc le locataire Japonais est idéal.
Il n’est là que pour 2 ou 3 ans, en mission avant de retourner se coucher au pays du soleil levant, pas le temps d’être au chomedu le Japonais ! Le sens de l’honneur du Japonais fait que si jamais il a 24h de retard dans le paiement de son loyer, il se coupe illico un doigt pour l’envoyer bien enveloppé à son proprio dans une honorable liasse d’Euros en signe de repentir sincère. Le Japonais est à l’aise dans un studio Parisien, dont la surface vaut bien un 3 pièces Tokyoite. Il est propre et soigneux quand il prend bien soin de ses vêtements Agnès B. Il mange du riz et du poisson cru, ce qui évite tout risque d’odeurs de friture Lisboète. Il est silencieux et ne chante pas des grands airs d’Opéra en se levant tôt comme Mr Manzetti qui embauche sur les chantiers à 6h le matin. Il est discret, et s’il se saoule avec ses copains de boulot, généralement il dort dans sa voiture plutôt que de ronfler bruyamment au risque d’incommoder noctambulement ses voisins. Le locataire Japonais est donc une sorte de perle du locataire. Ah, si le monde n’était fait que de locataires Japonais… Ca voudrait dire que je serais propriétaire ?

Ainsi allait et venait Mademoiselle Kim quand elle est venue s’installer chez nous. Je la croisais rarement, ne l’entendais jamais. Je la rencontrai parfois dans l’escalier, toute vêtue de gris avec cette « Japanese Touch » reconnaissable à une note colorée et acidulée : un bonnet jaune canari enfoncé jusqu’aux sourcils, une paire de chaussettes rouges vifs par-dessus des chaussures mauves, des mitaines rayées multicolores ou avec un nounours brodé par-dessus, etc, etc. Mademoiselle Kim du haut de ses 1,50m semblait s’esquiver comme une petite souris le matin pour revenir le soir et monter les escaliers sans bruit comme si ses chaussures mauves étaient montées sur coussin d’air, à moins qu’utilise un truc à la Tigres et Dragons qu’elle seule maîtrise dans cet immeuble. Lorsqu’il m’arrivait de la croiser, j’avais peine à entendre son timide « bonjour » pendant qu’elle se glissait furtivement dans l’embrasure de la porte de son chez elle pour la refermer rapidement et silencieusement.

La discrétion de Mademoiselle Kim était telle que j’en venais à douter de son existence réelle. Il fallu une occasion pour que je m’aperçoive un jour que oui ! Mademoiselle Kim existe pour de vrai. Elle était arrivée, un peu surprise, au beau milieu d’un apéro improvisé entre locataires dans le hall de l’immeuble. Oh, pas tous les locataires hein ? Ceux qui n’ont pas peur de dire bonjour aux autres, ceux qui n’ont pas pour seul but de regarder Questions Pour Un Champion derrière leur porte blindée verrouillée à triple tour… Les jeunes quoi !
Donc Mademoiselle Kim arrive au milieu de l’apéro, elle franchit la porte d’entrée et tente de se faufiler en direction de la cage d’escalier, sans dire un mot comme d’habitude. Mais trop tard, elle a été repérée par quelques convives par encore trop imbibés par la vodka ramenée de Russie par le couple Tovaritch. Elle pensait passer inaperçue ? Ca lui apprendra à porter un bonnet jaune canari !

« Tutututtt » faisons-nous en cœur pour l’intercepter, pas trop fort pour qu’elle ne se sente pas agressée par des locataires à qui son proprio n’accorderait même pas un coup d’œil méprisant. Et nous l’amenons gentiment vers la planche posée sur deux tréteaux pour lui offrir un verre et un cracker au gruyère comme pour toute souris grise qui se respecte. Deux verres de diabolo vin rouge plus tard, mademoiselle Kim est complètement paf, ce qui a pour effet de renvoyer au sommet du mont Fuji sa timidité et son plus qu’honorable sens de la réserve extrême orientale. Mademoiselle Kim parle, elle rit aussi et parmi nous tous c’est comme un petit éclat vif argent. Finalement elle a plutôt l’air contente de s’être faite alpaguée par ces barbares à peau rose Mademoiselle Kim ! Elle nous raconte qu’elle est venue faire une école de mode en France, qu’elle est contente de voir tant de choses nouvelles pour elle même si elle se sent un peu perdue dans une société qu’elle ne connaît pas bien, que c’est drôlement bon le diabolo de vin rouge et qu’elle en reprendrait bien un verre, qu’elle ne savait pas que son propriétaire ne louait qu’à des Japonais et qu’elle trouve ça rigolo, et puis en plus elle n’est pas Japonaise mais Coréenne et qu’elle retournera là-bas à la fin de son école et qu’elle espère bien pouvoir y créer sa propre marque de vêtement.

C’est comme ça que j’ai appris que Mademoiselle Kim n’était pas Japonaise mais Coréenne. Et depuis quand on se croise dans la cage d’escalier, elle ne se glisse plus furtivement dans l’embrasure de sa porte d’entrée, mais s’arrête sur le palier pour échanger quelques mots avec moi avant de rentrer. J’imagine même que parfois, une fois rentrée, elle s’offre un verre de diabolo de vin rouge. Pas sûr que ça plairait à son propriétaire.

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06 décembre 2006

La Maison De Mon Père (6) - Un Petit Vélo Dans La Tête.

C’était une vraie expédition ce voyage vers la maison de mon père, le premier, mon premier été là-bas. Pour tout dire ça ressemblait à un départ en vacances d’enfance quand ma mère déménageait la moitié de l’appartement dans des valises par définition trop petites de toute façon. Au cas ou à destination il n’y ait pas de draps, de gros pulls car –on ne sait jamais- il peut neiger un 15 août, des casseroles mais vraiment uniquement parce que la gazinière ne rentrait pas dans le coffre, etc, etc… Mon père lui, s’énervait au pied de sa voiture, fixant excédé la trotteuse de sa montre à intervalles de plus en plus rapprochés dès que l’heure fixée du départ menaçait d’être dépassée. Bougonnant puis hurlant avec de moins en moins de patience le prénom de ma mère comme si ça allait suffire à nous faire partir plus vite. Levant les yeux au ciel devant la quantité de bagages à faire rentrer dans le coffre. Râlant, jurant, pestant après les valises au moment du chargement…

Pour mon propre départ je me contentais quand même d’un peu moins. Quoique… Juste un sac à dos dans le dos (étonnant non ?). Dans la main gauche, Titi-le-parisien, mon chat qui n’aime pas voyager et que j’avais dû courser en retournant tout mon appart’ pour le faire rentrer dans sa boite à chat. Et accroché à la dernière épaule encore libre mon VTT démonté dans sa housse. Voyagez léger, tu parles… ‘Sais pas comment j’ai réussi à avoir mon train à l’heure ce jour là. Je sais juste que j’y étais monté quelques secondes à peine avant le départ, avec tout mon barda, ayant transpiré 5 litres d’eau à force de courir pour arriver à temps, balafré de quelques griffures félines sur la trogne pour décorer. Tout pour faire peur aux petites mamies dans le train !

Ben quoi ? Je n’allais pas laisser Titi tout seul entre quatre murs pendant 3 semaines, lui aussi avait bien mérité un séjour à la campagne et pourquoi pas, rencontrer quelques copines bretonnes.
Quant au VTT, il était le sauf conduit de mes escapades afin de survivre à un séjour prolongé dans la maison de mon père. La soupape pour laisser s'échapper la pression accumulée. Le moyen d’arriver un peu en retard aux repas. La possibilité de contourner les sacro saintes habitudes en m’en allant "de bon matin, sur les chemins, à bicyclette"... et échapper à Julien Lepers. De pédaler derrière les courants d’air qui là-bas ne manquent pas, plutôt que d’attendre une quelconque curiosité parentale qui ne vient pas.
Ce précieux VTT, acheté avec l’argent qu’une fois –la seule- mon grand-père m’avait donné, un peu avant son grand départ à lui, j'y tiens. Grâce à lui, j’allais me coltiner de méchantes côtes autant que des dégoulinantes de sentiers descendant vers la plage. J’allais visiter le Mont Saint Michel en traversant les prés salés et les troupeaux de moutons dans un décor de western Armoricain. Et le retour allait m’achever puisque je n’avais pas réalisé qu’avec ce zef de furieux en pleine face j’allais devoir appuyer sur les pédales comme un stakhanoviste du Tour de France en cure de détox’ d’EPO.

Mais comme d’habitude, j’avais aussi mon plan B, mon intention cachée, mon tour de magie à tiroir. Je voulais tordre le cou à la voiture garée tout près de la maison de mon père.
Car la tuture de mon père, c’est sacré !!! Ca a toujours été. La bagnole c’était le truc de mon père. Et si ça l’est un peu moins aujourd’hui je devine que c’est uniquement parce que ses moyens ne lui permettent plus de s’offrir le jouet motorisé qui lui plairait. La voiture il s’en servait beaucoup pour travailler. Et le changement de voiture programmé tous les 3 ans devait marquer de manière certaine les étapes de l’ascension sociale qui était promise à sa génération plus souvent qu’aujourd’hui. Avec les responsabilités et l’âge, les voitures de mon père sont devenues plus grandes, plus puissantes, plus chères. Sa voiture lui servait de bateau sur roues, un chez lui à lui tout seul ou il avait tout pouvoir et toute liberté. Comme un parc pour mioche devenu grand, avec tous ses jouets dedans : un moteur qui fait vroum vroum, un auto radio quand c'était encore un produit de luxe (vous vous rappelez ?), un volant en bois façon sport, le Gault & Millau à portée de main, etc...

Une voiture qu’il fallait admirer, qui était bichonnée et élevée au rang de quasi divinité mécanique. Pas question de mettre du sable ou de la terre sur les tapis de sol. Pas question de claquer trop fort les portières. Pas question de vouloir s’arrêter toutes les deux heures. Pas question de faire le zouave à l’arrière. Pas question de ne pas trouver la nouvelle voiture moins bien que la précédente, même si caler mon mètre quatre vingt dans un coupé était moins pratique que dans une quatre portes. Pas question de…
Quant à voyager, pour mon père ça consiste à prendre sa voiture pour aller d’un point à un autre, en s’arrêtant pas trop souvent, pas trop longtemps, sauf pour déjeuner à 12h30 (quoiqu’il supporte un léger décalage d’un quart d’heure dans ce seul cas de figure routier). La visite de quelque-chose-quelque-part consiste à garer la voiture le plus près possible du lieu choisi, ou mieux de rester à l’intérieur pour admirer le paysage. En tout cas, certainement pas à perdre son temps en batifolages inutiles, en promenades ridicules, ou en baguenaudages incohérents et incompatibles avec le timing prévu (dîner à 19h30, faut rentrer à l’heure).

La retraite n’arrangeant rien à ses habitudes granitiques bien ancrées dans sa caboche bretonne, comment faire pour convertir mon père à l’usage de la petite reine, même en portion congrue ? Je misais quelques espoirs malgré tout sur mon joli VTT jaune canari, fort séduisant et pas si voyant que ça après tout si on porte des lunettes de soleil. Ne croyez pas que je sois un fou furieux du cyclisme, avec cuissard pour faire pipi tout en roulant, maillot à harmonie de couleurs vomitives, lunettes solaires profilées à la MatricycleX... Très peu pour moi les cyclotouristes fous que je vois déboulés l'été en troupeaux entiers visiter la région ou se trouve la maison de mon père.

Pour lui faire prendre goût à quelques promenades décontractées je tentais quelques approches pédagogiques et raisonnées, argumentant que puisqu’il n’aime pas marcher, plutôt que prendre sa voiture pour aller acheter sa baguette quotidienne, une balade de 5 minutes en vélo ne prendrait pas plus de temps et serait profitable à sa santé et au maintien d’une silhouette de jeune homme grâce à ce petit exercice quotidien et ultra léger (même pas un faux plat jusqu’à la boulangerie). L’argument sport et santé ne fût pas convaincant.

Je tentais une approche esthétique ! Il y a de beaux sentiers, des tas de promenades à faire, pourquoi tu ne prendrais pas mon VTT de temps en temps pour aller faire la sieste sous un pommier, ou partir bouquiner au bord de l’étang, ou tout simplement faire une balade ! Echec total.
A bout de ressources je tentais en dernier recours le bon vieux chantage affectif : mais ça me ferait plaisir moi, et comme ça on pourrait faire des promenades ensemble. Ou, tu pourrais aller jusqu’au bateau avec ton frère puisqu’il a aussi un vélo. Bernique (comme on dit là-bas) !

Alors après mon passage, mon fidèle VTT a élu domicile dans la remise attenante à la maison de mon père. Il attend patiemment chacune de mes visites pour reprendre vie. Quand j’arrive, j’enlève les toiles d’araignée qui ont élu domicile sur la housse qui le recouvre pendant l'hiver et on repart tous les deux à la découverte de tous les recoins du pays, on va faire les courses, on va sur la grand-place acheter un journal et se poser au café d’en face, on se promène sur les sentiers pour cueillir des mûres dans les ronciers, etc, etc.

Et s’il y en a parmi vous qui s’étonnent que je n’ai jamais eu de voiture, ni même le permis d’ailleurs, et bien ce que je peux vous dire c’est que : moi ça m’étonne pas.

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28 novembre 2006

La Maison de Mon Père (5) - Le Trou dans l'Eau.

Ce post est spécialement dédicacé au grand protecteur du triton à crête (il se reconnaîtra) dont j’ai cru comprendre qu’il appréciait la série des « Maisons de », et à tous les participants de la soirée de vendredi soir dernier.

Sortons un instant de la maison de mon père que vous commencez d’ailleurs à bien connaître. Car mon père a en fait une deuxième maison. Et je nous en avais même pas encore parlé dis donc !
Elle n’est d’ailleurs pas loin de la première, juste à quelques kilomètres de là, près d’une plage car on est en Bretagne rappelez-vous. Et qu’est ce qu’on fait en Bretagne ? Non, on ne va pas à la plage, enfin… pas vraiment pour se baigner, je suis bien placé pour le savoir : j’essaie à chaque fois et tout ce que j’arrive à faire c’est à ramener un début de pneumonie. Les bretons aiment faire du bateau, donc c’est bien un bateau qui est la deuxième maison de mon père.

Car le rêve contrarié de mon père était de devenir marin. Il s’est rattrapé sur le tard, et est donc devenu « grand mousse » puis co-armateur avec son frère quand ils ont repris le bateau de leur skipper préféré avec qui ils partaient affronter les éléments marins déchaînés. Et comme le disent les Anglais, un bateau est un trou dans l’eau qu’on remplit avec des billets de banque. C’est pourquoi mon père doit donc trouver du temps, de l’argent, et tout le reste pour « Le Bateau » ! Et je le soupçonne fort d’y trouver bien d’autres choses. En bon pirate de sa propre existence il y emmène à bord la cuisine qu’il n’aime pas faire, le potager qui se fait tout seul dans son jardin, le plaisir d’habiter une maison flottante qu’il veut bien cette fois faire sienne. En faisant son trou dans l’eau il y trouve le bon moyen d’y loger ses fantômes d’une vie terrienne, les regrets d’années passées en curieux équipage familial. D’y noyer les amarres de souvenirs encombrants et de flotter comme un bouchon sur la solitaire quiétude de l’océan en compagnie des naufragés du Bounty, de Barberousse, des aventuriers solitaires à la Moitessier ou Tabarly. La paix peut lui apparaître alors par vaguelettes.

Alors là, je me dis, qu’avec Le Bateau je vais enfin connaître la vraie maison de mon père. Et ça tombe bien, quand je viens il est bien rare qu’il ne m’en parle pas de Le Bateau : le bateau par ci, le bateau par là ! Et oui, que je veux bien aller faire un tour en bateau, évidemment. Tant pis s’il faut marcher dans la vase au petit matin, pour attendre ensuite la marée haute pendant 4 heures. Peu importe si la faim venant il faudra avaler un de ces horribles Bolino à se demander comment un diplômé de l’école hôtelière etc… Aucune importance si le mal de mer me fait ensuite polluer la côte Bretonne à coups de Bolinos semi-digérés (beurk). Pas grave si la nuit sur le bateau consiste à dormir dans ses fringues humides tandis que les drisses battent la mesure toute la nuit à coups de gling-gling métalliques et anti-somnifères contre le mat. On s’en fiche s’il faut apprendre des mots ésotériques : babord, tribord, winch, border, affaler, lofer… Et ne jamais en prononcer certains autres –mais alors jamais- comme « lapin » ! Et essayez donc d’appeler un cordage étalé sur le pont un… cordage !!! Malheureux ! C’est un bout (prononcer boute) ça ! Non, vraiment aucune importance. Je suis prêt ! Enfin plus ou moins.

Donc, lorsque je viens passer quelques jours dans la maison de mon père, j’entends bien plus souvent parler de cette maison n°2 qu’autre chose. Mais –eh oui, il y a un mais – cette maison là est hantée. Comme un château écossais, le navire du hollandais volant, ou le cerveau de Dieudonné (rien à voir mais ça me plaisait de le dire). Il y a une malédiction dès qu’il s’agit que je m’embarque sur le bateau-maison de mon père. Un coup le temps est trop mauvais ou les horaires des marées pas favorables. Un autre il y a un trou dans le bateau, une pièce à changer ou à réparer, une visite au chantier, la date de l’hivernage qui arrive, la peinture à refaire, de l’électronique à remplacer, une voile à retaper… Pour l’instant ce bateau, je ne suis monté dessus, qu’au court cours d’une balade en vélo le long de la côte, histoire de vérifier s’il existait vraiment, si ce n’était pas une maquette à grande échelle juste pour faire croire que. Et bien c’est vrai. Il existe pour de vrai !

D’ailleurs vu le volume d’activité qu’il déclenche c’est tout sauf un bateau fantôme finalement. Pendant que j’attends l’hypothétique sortie en mer en allant acheter et détruire tous les Bolinos en vente dans un rayon autour de 10 kilomètres autour de la maison de mon père, celui-ci part chaque jour ou presque visser, couper, scier, réparer, démonter, installer, coller… sa maison n°2. Et les vacances passent, mais je ne jette toujours pas mon sac à bord moi. Pendant ce temps le trou dans l’eau se remplit lentement mais sûrement. Mais trop tard, voilà venu le jour du retour. Alors ce sera pour une prochaine fois, à moins qu’il ne me faille une nouvelle fois me contenter de donner une petite tape sur la coque de Le Bateau amarré dans sa baie en attendant une petite sortie en mer.


Et pourtant, vous le savez sans doute,
la Bretagne est un pays habité par les esprits Celtes. Alors ça pourrait bien être un coup des trolls corsaires locaux, les Jean Bart, les Surcouf dont l’un des bateaux s’appelait Le Revenant. Car une semaine après mon départ, à la faveur d’une tempête, Le Bateau rompt ses amarres et s’offre une croisière en solitaire sans aucun équipage. Sans dommage pour lui, les habitants s’étant aperçu qu’il prenait la poudre d’escampette l’ont rattrapé à temps. Depuis, il y a beaucoup de monde pour signaler à mon père et son frère qu’ils ont personnellement prêté main forte pour que leur maison n°2 ne coule pas en se fracassant contre les rochers (on appelle ça une fortune de mer, ça doit être quand le trou dans l’eau engloutit d’un coup tous les billets de banque). Alors, forcément tout cela se termine par de toujours plus nombreuses tournées générales de remerciement pour le sauvetage au café du coin. Mais moi je sais bien que Le Bateau est juste parti faire un tour pour me faire un clin d’œil et me prévenir que lui aussi m’avait attendu et que la maison de mon père est sans doute plus habitée qu’il n’y paraît.

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