17 mars 2008
De la psychologie du pigeon.
Que se passe t’il dans la tête d’un pigeon ?
L’observation de ce volatile parisien (mais pas que) me laisse à penser qu’une cervelle de pigeon est, soit totalement dépourvue des neurones les plus élémentaires, soit au contraire atteint les stades les plus développés de l’intelligence.
C’est que je suis très étonné de constater le nombre faramineux de pigeons qui brinquebalent, claudiquent, pied-bottent ou tintinabulent sur le pavé des rues de mon quartier.
Le pigeon aime jouer à un jeu dangereux. Il est là, au milieu de la rue, à attendre le dernier moment face au 4x4 du cadre sup’ pressé de rentrer chez lui se saouler après avoir encaissé ses résidus de stocks-options de la Société Générale.
Le pigeon attend mollement l’ultime moment avant de décoller aussi pesamment qu’un avion charter affrété par la Fram.
Généralement, à ce petit jeu, il finit par y laisser un morceau de patte. Ce qui le rend tout claudiquant quand ensuite il se déplace à hauteur de bitume. Comme si d'habitude le hochement parfaitement ridicule de sa tête (il doit avoir les tendons des pattes directement reliés au cou) n’y suffisait pas.
Alors !?
Le pigeon est-il bien l’oiseau sans cerveau qu’on imagine, réagissant toujours avec une seconde de retard à l’ordre de décollage immédiat lancé par sa pseudo cervelle (ce qu'on appelle les cerveaux-commandes)? Ou au contraire, est-il conscient de l’inanité de sa condition de pigeon urbain, loin de toutes les fêtes, free parties et autres orgies organisées dans les pigeonniers de nos campagnes, et donc habité de pulsions suicidaires qui le poussent à s’offrir aux roues des voitures, des poussettes, des rollers… n’importe quoi pourvu que ça roule.
A moins que, le pigeon ne soit un aventurier, un fou des sports extrêmes, qui n’aime rien tant que défier l’impossible. Et reconnaissons que le cadre sup’ en 4x4 constitue une sorte d’extrême à lui tout seul.
Le pigeon le défie de son regard creux, dans une sorte de corrida ou le Michelin joue le rôle du taureau furieux. Ensuite, il y laisse une patte. Voire plus, si affinités.
Je ne sais pas trop, au fond, de quoi le pigeon meuble sa morne vie de picoreur de merdouilles.
Mais ce que je sais, c’est que quand des Balkany –cette catégorie de personnages illustres de ce que l’humanité peut imaginer de plus désespérant- sont élus Maire sans coup férir par ceux-là même qui ne peuvent ignorer à quel point ils se font gruger, et bien je me demande qui des Balkany ou des habitants de Levallois Perret est le pigeon de l’autre.
Et dindon de la farce qui s’en dédit.

Singapour : fin des fêtes du nouvel an lunaire.
On décroche les lampions de la fête.
21 janvier 2008
Les Mots du 21ème Siècle : Bling-Bling.
En voilà un mot qu'il est beau, -bling-bling- et qui débarque tel un nuage de sauterelles sur un champ de céréales Ethiopien, dans nos journaux télé, radio, papier, virtuels. Qui n'en veut de mon bling-bling ?
Et même pas un défenseur de la pureté de la langue Française pour s'élever contre l'irruption d'onomatopées anglo-saxonne dans notre belle France !
Je sais pas moi, on aurait peut être pu choisir... "port ostentatoire de quincaillerie ruineuse" ? Ou "signe extérieur de richesse" ? Mais le port ostentatoire et le signe extérieur ont déjà servi dans le passé.
Alors !
Bling-Bling !
J'avoue que ce qualificatif simpliste me réjouis.
D'abord il résume bien ce qu'il souhaite signifier. La suprématie du "avoir l'air de". La quête perdue d'avance de croire acquérir un fond à travers une forme, de croire passer par le seul paraitre de l'état de "péquenot" à "gentleman". Cette quête perdue entraîne donc souvent l'adoption frustrée d'un style "nouveau riche et j't'emmerde" de pacotille.
C'est que voyez-vous, pour copier Michel Audiard, "Un gentleman est quelqu'un capable de décrire Carla Bruni sans faire de geste", et pour paraphraser Oscar Wilde (qui s'y connaissait en matière de gentleman, et même d'un peu trop près pour son malheur) "Un gentleman est quelqu'un qui ne blesse jamais les sentiments d'autrui sans le faire exprès".
Et même que Desproges ajoutait : "Un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse, mais qui n'en joue pas".
Alors vous voyez, c'est bien plus facile de devenir bling-bling que gentleman.
Très peu de gens savent jouer de la cornemuse, et parmi ceux-là très peu s'en abstiennent, hélas.
Et il y a plusieurs choses que j'ai trouvé hilarantes dans l'utilisation de cette nouvelle onomatopée.
D'abord, j'ai imaginé la tronche de tous ces journalistes compassés entendant pour la première fois ce terme "louche". Bling-bling, kezaco ont dû se demander tous les Alain Duhamel, Jean Daniel, Elkabbach, Arlette Chabot, etc...
Les imaginer à quatre pattes dans la chambre de leur petits-neveux, plongés dans une caisse de vieux numéros de Vibe ou Hardcore pour trouver un sens au mot bling-bling a un je ne sais quoi de réjouissant.
Ensuite, rien de plus marrant de voir notre super-président, affublé d'un vocable venu de cette sous-caste qu'il méprise tant, qu'il convient d'après lui de Karcheriser, de remettre au pas, voire de renvoyer vers son pays d'origine dans un grand élan de générosité "civilisateur".
Et ce vocable lui va si bien... à notre Puff Daddy à nous !
Que vive le bling-bling décomplexé !
Et qu'on m'apporte une piscine de champagne, que je vérifie que ma Patek Philippe est bien étanche !
Et puis, il est vrai que notre agité du bocal a un fils qui souhaite se lancer dans la production de groupes de rap (de "crew" Niko, il faut dire "crew" pas groupe...).
J'apprécie le courage de ce jeune homme.
Casey (c'est son pseudo), tu es un peu dingue !
Imaginez ce p'ti jeune qui n'en veut de percer dans le hip-hop bizness tu vois ! Il faut vraiment qu'il en veuille dans sa situation. "Salut, ch'uis Sarkasey, j'voudrais produire du son à la St Denis Style !".
"Ah ouais, et ton père, c'est pas lui qu'est en Cdd à l'Elysée ?"
Boudiou !
C'est que comme son père à Kzay, les rappeurs ne sont pas forcément tous connus pour leur esprit peace and love (une vieillerie soixante huitarde, insupportable à tout adhérent UMP).
En tout cas, en voilà un qui n'aurait pas peur comme son papa, d'aller faire un tour à Vaux en Velin, mais bon... uniquement si c'est pour produire un groupe qui arrache trop sa race, sinon...
Il pourra toujours monter un groupe avec le fils Hortefeux, ou la fille de Mam.
J'ai trouvé un nom très bling-bling pour eux : PolProx !
Ca déchire !

Quand il sera grand, petit Nicolas deviendra P.Daddy ! On a tout le temps...
25 octobre 2007
Space Invader !
C’est cette information parue dans Le Parisien et reprise dans la revue de presse de France Inter qui m’inspire mon post du jour (oué, bon d’accord. Peut être celui de la semaine).
« Carton plein pour les jeux vidéo ! », constate le journal, avec « quatre titres dans le palmarès 2006 des meilleures ventes de biens culturels en France. (…) Pour les livres, poursuit le journal, seul le Goncourt 2006, Les Bienveillantes de Jonathan Littell, se hisse dans le top 10 ». Alors au total, 4 jeux vidéo, un seul livre, et 5 films en DVD, dont un seul français, Camping. Voilà donc pour ce top 10 de la culture en France…
Bon là, normalement, je devrais geindre sur la disparition de la Kultur, pourfendre l’abêtissement des masses devant ce qui sera sûrement le carton culturel de cette fin d’année, le tant attendu jeu de Futebol « Pro Evolution Soccer 08 ». Je pourrais me moquer allègrement de tous ces footeux de moquette, ces joueurs sur canapé, tous ces affolés de la manette qui –c’est sûr- si y z’avaient été coach à la place de Raymond et ben, la France elle l’aurait gagnée la coupe du monde.
J’aurai bien aime, mais bon… Voilà… Je peux pas faire ça. Parce que j’y connais rien en jeu vidéo. Ce qui est devenu une énorme industrie, qui phagocyte et influence le cinéma, l’édition me laisse complètement coi, quoi, koua !
Comme (presque ?) tout le monde j’ai joué aux jeux vidéos. Les modèles préhistoriques, quand j’étais petit, avec les petits rectangles qui jouent au tennis en faisant ping… ping… Et puis après les fameux casses-briques et autres space invaders ou super mario. C’était marrant, mais bon…
Le truc, c’est que j’ai finalement jamais vraiment accroché. Si vous y ajoutez que les jeux genre Terminator qui dézingue tout ce qu’il trouve sur son passage, les courses de F1, le foot et autres Tomb Raider… je trouve ça gonflant dès la première minute. Il y avait finalement peu de chances que je devienne accro. Le truc c’est que si tu commences à jouer, tu t’excites comme un rien pour réussir à passer le prochain niveau, ça en devient obsessionnel, et puis une fois que tu as fini… plus rien, aucun intérêt… Il faut un autre jeu (et vite), celui-là est juste bon à foutre à la poubelle.
Bien sûr parfois c’était marrant de jouer avec les potes, mais franchement au bout de 10 minutes, ça devenait carrément gonflant. Et même pire quand je regardais les autres jouer ! Non mais vraiment ! Vous avez déjà vu ça, une bande d’ados semi-pubères tout excités du joystick en train de se venger de leur frustrations Kevinesques sur un malheureux alien soit disant venu coloniser la planète terre ! En plus, les dits ados peuvent même avoir 45 ans maintenant ! C’est marrant. C’est ridicule aussi.
J’imagine que si on est accro aux jeux vidéos, en décrocher est à peu près aussi compliqué que d’arrêter de fumer. Il y a quelque chose d’obsessionnel et de compulsif là dedans.
Certes, il y a sans doute des jeux très bien, bien mieux que ceux dont j’ai parlé. Sans doute que la course aux armements technologiques, l’entretien de la frustration des joueurs à partir de consoles de plus en plus évoluées, de graphisme pointus, d’ouverture internet et le jeu en ligne à plusieurs et ainsi de suite font que les jeux d’aujourd’hui sont peut-être –mais j’en suis pas sûr- plus intéressants qu’avant. Le comble ce serait quand même que ce soit le contraire !
Mais j’avoue que tout cela me laisse absolument froid. J’irais pas faire la queue pour acheter une Wii on la prochaine Playstation, encore moins pour acheter Soccer Chose Bidule 2008, et si je remarque que les rayons jeux vidéos prennent de plus en plus de place dans les magasins (puisque ça se vend comme des petits pains), je n’y mets jamais les pieds. Je regarde toujours un peu héberlué les « addicts » avec leur Gameboy, dans le métro, complètement crispés sur leurs petits boutons, totalement hermétiques à tout ce qui les entoure. Souvent je me dis, mais d’où viennent ils ? Qu’est ce qui les emmerde tellement dans la vie, pour qu’ils préfèrent la remplacer par ça !
Ca m’a fait rigoler quand des critiques on annonçé que Matrix était le 1er film-jeu vidéo. Matrix c’est une histoire ultra recyclée depuis des siècles dans moults livres de science fiction, à laquelle on a ajouté des effets spéciaux qui certes sont inspirés du jeu vidéo. Mais les films qui reposent sur des effets spéciaux sont presque toujours des produits destinés à être oublié dès qu’il y en aura de nouveaux, plus spectaculaires, plus ceci ou plus cela.
Finalement, le jeu vidéo reste un jeu avant tout. Et c’est très bien comme ça. Contrairement au hip-hop ou à la Bd par exemple, autres pans de la culture populaire longtemps méprisés, celui-ci n’a pas encore trouvé ses génies capables de lui faire traverser ses propres frontières pour y trouver une reconnaissance élargie. Les jeux vidéos recyclent des univers trouvés ailleurs, dans la mythologie, la science-fiction, le cinéma, les romans d’aventures, le sport, l’histoire… mais ils n’ont pas encore trouvé à mon sens leur expression propre. C’est avant tout un objet marchand, avec de très gros investissements industriels (le jeu sert à vendre des consoles, comme le Cd a servi à vendre des lecteurs Cd) et beaucoup-beaucoup-beaucoup de marketing attrape couillon. Même si pour les réaliser des gens de talent y expriment toutes sortes de qualité et de talents. Ce n’est pas encore dans l’autre sens que ça marche. Mais ce n’est peut être qu’une question de temps !?

18 octobre 2007
Faut il chercher des Pelloux dans la tête de Patrick ?
Patrick Pelloux est une grande gueule, ce qui ne sied pas à la docte tenue de son statut de médecin urgentiste. Patrick Pelloux écrit des livres, des articles (dans Charlie Hebdo et ailleurs) ou il témoigne et tempête après une gestion strictement comptable de l’hôpital et des dépenses de santé en général. Patrick Pelloux défend l’hôpital public, et on avait vu sa bobine sur les écrans télé au moment de la canicule de l’été 2003. Il hurlait seul dans le désert avant qu’on ne s’aperçoive (mais un peu tard) qu’il avait raison. Il défend surtout les services d’urgences ou il exerce, et dont il décrit souvent la diminution des moyens, leur transformation en boite à réception de toutes sortes de patients qu’on ne sait / ne veut plus orienter ailleurs. Ce que par ailleurs tout le monde sait (j’imagine), et a pu constater s’il a été amené à faire un jour un passage aux urgences.
Hier Patrick Pelloux, à la demande d’autres médecins, a été convoqué pour s’expliquer devant la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins sur sa « non confraternité ».
On lui reproche d’avoir déclaré que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire..." Des propos qu'il avait tenus en 2005, en tant que président du syndicat AMUF.
En tant que grande gueule Patrick Pelloux n’est bien sûr pas exempts de critiques et de reproches. La différence étant que lui souhaite l’ouvrir, (en même temps que les débats et discussions qui vont avec) quand d’autres préfèreraient qu’il la ferme. Du coup pleins de grandes gueules se joignent à lui pour protester contre sa comparution, et les motifs qui la justifierait.
Sans revenir sur l’histoire compliquée de l’Ordre des Médecins, fondé par le régime de Vichy, dissous par De Gaulle et reconstitué en 1945, rappelons que l’ordre des médecins est un organe corporatif, totalement indépendant, chargé de faire respecter le code de déontologie médicale. Il a un pouvoir réglementaire et juridictionnel important, et n’est rattaché à aucun ministère de tutelle. L’ordre des médecins est encore largement critiqué, entre autre –justement- pour des mesures disciplinaires qui s’apparentent à de la censure.
On peut se demander en effet, comment il est possible d’apprécier la notion de « non confraternité ». Patrick Pelloux a-t-il fait des avions en papier avec les ordonnances de ses confrères ? A t’il coupé une mèche de Douste Blazy dans le but d’exercer quelques cérémonies vaudou ? Est ce qu’il joue à anesthésier le chirugien en plein opération au bloc ? Là on pourrait dire que c’est non confraternel ! Mais dire que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire...", est ce que c’est si méchant que ça ? Certainement pas.
Heureusement l’ordre des médecins sait faire preuve parfois d’une grande mansuétude, comme lors de l’affaire du sang contaminé, ou le Dr Michel Garetta ex-directeur du centre national de transfusion est « pardonné ». L’ordre des médecins sait en effet beaucoup pardonner à tous ceux qui ne font pas de vagues, et maintiennent « l’entre soi » qui est une des règles non écrites de l’ordre.
On retrouve là un peu de cette distance qu’il est souvent difficile à vaincre dans une relation patient-médecin. Ce dernier, le spécialiste, estimant qu’il n’a rien à partager avec un malade ignorant de la technicité de son métier. D’ailleurs, le malade ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse c’est la maladie du malade (ah si celui là on pouvait s’en passer). On remarquera aussi qu’il n’y a pas d’Ordre des Infirmières (certaines en rêvent), peut être aussi parce que l’ordre des médecins ne juge pas utile d’intégrer les ouvrières de la santé à leur hautes considérations.
Heureusement, il y a les grandes gueules…

17 octobre 2007
La Kroissanss, Ze Kommbak
Aaaah la croissance.
On ne (re-re-re)parle plus que de ça.
J’ai téléchargé le rapport dont on parle (rapport intermédiaire, il faut le préciser) de la commission Attali, je l’ai survolé et peut être que j’en parlerai en détail une autre fois (peut être seulement).
Tout le monde en veut de la croissance ! Pour ceux que cela pourrait intéresser, vous pourrez même lire un vieux post à ce sujet par ici.
Car la croissance, ça veut dire à la fois tout et rien.
En tout cas pour le moment, ce que je remarque dans ce rapport c’est que la croissance ce serait avant tout de la consommation. Ouais, bon, bof… c’est quand même vite dit tout ça.
Je résume : la croissance ce serait une voiture de plus dans votre garage, un appartement plus grand, un écran plat dans chaque chambre, quelques paires de jeans ou de chaussures dans nos placards, un peu plus de saumon et de foie gras pour Noël. Pfff…
Si quelqu’un pouvait me dire en quoi la croissance sera améliorée avec une voiture Japonaise dans votre garage, un appartement construit par un fond financier des Emirats, un écran plat Coréen dans chaque chambre, quelques paires de jeans ou de chaussures made in China dans nos placards, et du saumon d’élevage Suédois ou de foie gras Canadien pour Noël, je serais curieux de le savoir.
Avant d’être de la consommation, la croissance c’est aussi (et surtout) de la production. Et ce rapport –intermédiaire- et ben il en parle pas de la production. Il ne dit rien de ce qu’on appelle une politique de développement, par exemple d’une politique industrielle en France, il ne dit rien des secteurs sur lesquels il serait bon d’investir (ni pourquoi) pour produire en France, créer des PME dynamiques, qui créeront des emplois, qui créeront de la richesse et au bout du compte de la consommation. Il parle encore moins de toute l’activité financière qui aujourd’hui brasse des quantités de capitaux et de profits bien supérieurs à l’activité industrielle dont pourtant elle se nourrit (sur son dos de plus en plus).
La commission Attali propose de « libéraliser » comme si avec ça on avait tout dit.
Libéraliser, pourquoi pas ! Mais surtout pourquoi faire ? Pour construire plus d’hypermarchés (c’est une des propositions) ? Et qui ira acheter quoi dans ces hypers? Le personnel des hypers, payé avec des lances pierres sur des contrats à temps partiel ? Car pas question de parler des salaires dans ce rapport. Et pour cause ! Sans création d’activité économique ou trouve t’on de nouvelles sources de revenus ?
Et puis la croissance pour quoi faire ? La croissance, la richesse, est ce vivre mieux, est ce le bonheur ?
On peut produire plus, mais si la production se solde par la moitié ou les trois quarts des ressources naturelles exploitées qui se transforme en déchets ou en pollution, qu’est ce qu’elle vaut cette croissance ? Si pendant des années, en toute connaissance de cause, on a produit de l’amiante cela a bien créé de la richesse et participé à la croissance ! Mais pour tous ceux qui ont vécu, vivent ou vivront une vie diminuée et abrégée à cause de l’amiante, c’est quoi la croissance ? Et si en Angleterre –qu’on cite si souvent comme exemple- la croissance a progressé de 20% entre les années 90 et 2000 et qu’en même temps 1 million d’Anglais supplémentaires vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est quoi la croissance ?
Attali s’en moque, il parle de croissance, de transparence, de concurrence, de libéralisation. Blablabla.
Ben tiens !
Prenons un exemple chiant : l’armement.
Pouacre, l’armement, la guerre, les missiles, les mines anti-personnel. Voilà une activité bien dégueu. En plus une activité qui coûte très cher, puisque pour assurer son indépendance militaire, la France consacre 10% de son budget aux armées. Quelle gabegie des fonds publics ! Comme si on avait encore les moyens ! Vite, il faut faire quelque chose.
En plus, pas de concurrence ! On n’achète pas de chars allemands, d’avions de chasse américains, de canons anglais, de missiles russes, de radars japonais. Tout ça c’est du made in France, ça coûte très cher, c’est subventionné à mort (sic), c’est concentré sur quelques entreprises qui se partagent le marché. Rien de libéral là dedans. Honte sur toi Dassault et Lagardère ! Vous n’êtes que deux fonctionnaires qui vivent des commandes d’état.
Mais voilà, l’armement se vend très bien. Parce qu’elle a choisi de créer et protéger son marché militaire, la France est le 3ème exportateur d’armes dans le monde (7 125 milliards d’Euros en 2004 par exemple). On exporte, on fait travailler plein de gens, on ramène pleins de devises grâce à cette absence de concurrence, on fait de la recherche (sic), ce manque criant de libéralisme, cette transparence inexistante sur les tractations (souvent douteuses, n’est ce pas la Pasqua family) entre marchands d’armes. On crée de la croissance nom de Dieu ! De la croissance qui ampute, mutile et tue, mais de la croissance quand même.
Alléluia, Attali devrait en faire pipi dans son pantalon.
Mais Attali, il parle pas de ça. Lui il se concentre sur la flexibilité, la disponibilité et la consommation. Il peut bien dire tout ce qu’il veut, avancer les propositions les plus intéressantes et les plus débiles (ce dont il n’a pas l’air de se priver), tant qu’on vous parlera de la croissance comme d’une sorte d’incantation magique sensée tout arranger, sans vous dire pourquoi faire, avec qui et au bénéfice de qui, il y aura pleins de raisons de continuer à se foutre de la gueule d’Attali.
16 octobre 2007
Ma Mère Etait Une Très Belle Femme
Ma Mère était une très belle femme par Karlen de Villiers.
Non, Karlien n’est pas l’une des filles de Philippe le Joli de Villiers de Saintignon, alias l’anti européen qui s’est fait élire député européen (on admirera la logique de la chose), mais qui va devoir rembourser ses indemnités à force de ne même pas y faire acte de présence. Elle n’est pas non plus la fille de l’un des De Villiers joueur de rugby Sud-Af’.
Mais Karlien de Villiers est une dessinatrice de BD Sud-Africaine. Oui, il y aussi de la BD en Afrique du Sud (et un journal emblématique appelé Bitterkomix paraît il) ! On trouve d’ailleurs aujourd’hui quantité d’auteurs de BD venus de destinations lointaines. On peut lire des BD dessinées par des Indiens, des Coréens (très populaires grâce au double effet Mangas), et même des Sud Africains.
Ma mère était une très belle femme est dans la veine féconde et populaire des BD autobiographiques (Marjane Satrapi, David B. et pleins d’autres). Comme on aurait pu s’y attendre ce n’est donc pas une dénonciation de l’apartheid ou de la société Sud-Africaine. Où plutôt, elle avance masquée derrière l’histoire familiale, la séparation conflictuelle des parents, la maladie de sa maman, les modes de vie et de pensée des parents, de Karlien et de sa sœur au cœur de cette BD.
Le père de Karlien, ingénieur, dessine des engins blindés pour la guerre en Angola. La famille habite dans une banlieue middle class exclusivement Afrikaner. Karlien raconte ses années d’enfance, son échappée à Londres pour sortir du climat familial qui devient de plus en plus étouffant, la maladie de sa mère, son retour en Afrique du Sud pour tenter de renouer avec sa famille, et son éloignement final.
Donc pas une BD « Youp La Boum ! ». Amateur d’Astérix, passe ton chemin, cette BD n’est pas pour toi.
Avant que vous ne déprimiez devant un tel sujet laissez moi ajouter que l’histoire racontée par Karlien de Villiers contraste beaucoup avec son dessin. Très coloré, un peu naïf, on s’attendrait à une BD Smarties alors que l’histoire racontée est plus dure et amère par son réalisme et d’une certaine façon la description froide des sentiments exprimés, le rejet de tout « sentimentalisme ». D’où un sentiment un peu étrange entre chaud et givre.
Malgré quelques petites faiblesses de construction du scénario, c’est précisément l’ambivalence de l’histoire et du dessin qui fait l’attachement de cette B.D. pas tout à fait comme les autres. Un auteur (une auteure, pour faire plaisir à ceux qui préfère la féminisation du terme) à découvrir et à suivre en tout cas.

Pour lire un extrait du livre : http://www.caetla.fr/images/MaMereExtrait.pdf
15 octobre 2007
Qui Suis-Je (Devinette) ?
Un Clin d’œil à Gilles Aitte
C’est une devinette !
J’ai été élu au pouvoir ; je suis petit ; je suis brun ; je suis agité de tics et de gestes nerveux ; j’aime me montrer ; j’aime être admiré ; j’aime qu’on me voie partout ; j’aime apparaître comme suractif ; j’aime donner l’impression que sans moi rien ne se passe ; j’aime distribuer des bons points aux gens qui me sont dévoués ; j’aime engueuler ceux qui me sont dévoués pour qu’ils le soient encore plus ; j’aime ce qui brille ; j’aime ce qui est clinquant ; j’aime la défaite ceux qui s’opposent à moi, j’aime que la gloire des autres retombe sur moi ; j’aime avoir des amis dans la presse et qu’ils parlent de moi ; j’aime avoir des amis dans l’industrie de l’armement ; j’aime aussi mes amis qui sont à la fois dans la presse et l’armement ; j’aime l’argent ; j’aime ceux qui en ont ; j’aime ceux qui peuvent me servir un jour d’une façon ou une autre ; j’aime les slogans ; j’aime convaincre en répétant des phrases simples ; j’aime ceux qui agissent ; j’aime ceux qui pensent que penser est une perte de temps ; j’aime avoir raison ; j’aime me contredire car c’est une preuve que j’ai raison ; j’aime le succès ; j’aime parler fort ; j’aime qu’on m’écoute ; si on ne m’écoute pas j’aime faire croire qu’on m’écoute quand même ; j’aime tout ce qui peut me faire apparaître important ; j’aime définir ce qui est bon ; j’aime dire qui sont les méchants ; j’aime le grand spectacle et la mise en scène ; j’aime jouer au chef ; j’aime faire croire que je peux tout maîtriser ; j'aime le cynisme ; j'aime manipuler des symboles forts ; j’aime ne pas avoir peur du ridicule ; j’aime qu’on ne se mêle pas de mes affaires ; j’aime qu’on ait foi en moi ; j’aime ce sentiment d’être au dessus de tous et de tout ; j’aime apparaître comme l’ultime recours ; j’aime incarner la certitude…
… Je suis ? Je suis ?
Alors je suis qui ?

11 octobre 2007
Ma Tête dans Fessebook
Il y a un petit moment j'ai reçu un mail d'un ami Canadien. Il m'envoyait un lien pour faire partie de son réseau Facebook. Mais si, vous savez bien ! Fessebook !! Le nouveau truc dont tout le monde parle, à la radio, à la télé... Le truc encore mieux que MySpace pour se créer un réseau d'amis influents, un carnet d'adresse bien utile pour rentabiliser ses connaissances et faire fructifier tous les untels et les machins choses qui un jour pourraient s'avérer bien utile pour ma petite entreprise !
Changer de boulot, trouver des clients, des contacts, faire circuler son buzz, avoir de la notoriété... Fessebook serait le nec plus ultra du moment. La hype de la hype pour rassembler les jeunes diplômés Bac++, les ceusses qui ont le vrai esprit d'entreprise, ou qui veulent être de la bande mondialisée qui fera les tendances de tout à l'heure.
Je n'ai pas été étonné de recevoir ce mail. F. mon ami Canadien a adopté avec naturel la candeur nord américaine qui embrasse dans un bel ensemble les liens amicaux et l'exploitation des avantages qu'on peut en retirer. En France, même si cela change, il y a peut être une distance un peu plus moqueuse et critique.
Mais pas d'à priori, je suis donc allé voir sur Fessebook si j'y suis. Et donc maintenant j'y suis.
Peut être que tout un tas de gusses vont venir de relier à mon profil, dans le but de créer un réseau amical et si possible bien utile. Mais pour l'instant je n'en suis pas là (et je doute d'y être un jour).
Alors j'ai pris le temps de me promener sur Fessebook (France), histoire de rencontrer quelques uns de ces groupes. Pas compliqué, une zone donne un lien direct sur les groupes réferencés. Alors j'ai cliqué sur les 3 premiers qui étaient indiqués.
Je suis donc allé voir "Je joue de la flute de pan avec des bouteilles de bière à 3h du matin". Un groupe qui rassemble pas moins de 231 membres. Visiblement, il s'agit d'un groupe branché rigolade qui se moque bien des avantages tant vantés dans les médias. Ils n'ont pas compris que Facebook était la version web 2.0 du Rotary Club, de l'Apec et des Clubs Investissements des écoles de commerce ou quoi !!!
Très déçu par tant de désinvolture, je suis allé visiter le groupe suivant, à l'intitulé bien plus prometteur : "UMP Grandes Ecoles". J'avoue qu'en matière de candeur, le titre en jette pas mal, et fort de ses 143 membres, ce groupe me paraissait mériter une visite.
Quelques profils de contributeurs précisent qu'ils viennent de HEC Paris, l'Essec, ou plus "globaule" de l'université de Georgetown. Wouahhh, la claaaasse !
Vous je sais pas, mais moi les gens qui se présentent à vous par un "Jean Charles, HEC Paris", je ne peux pas résister à un éclat de rire. Ensuite je leur conseille de prendre rapidement contact avec des gens comme Loïc Le Meur, avec qui ils pourront avoir des conversations sérieuses et intéressantes. Et de s'éloigner de moi séance tenante avant ouverture de la boite à baffes.
Le forum des "UMP Grandes Ecoles" réserve toutefois des surprises.
Voilà des petits jeunes qui en veulent, mais qui n'oublient pas d'être rebelles. Donc on trouve des photos d'eux avec Jean Pierre Raffarin, le symbole de la rebelle attitude si jamais il en fallait un. Mazette ! J'en suis presque resté sans voix. Raffarin... Un truc de dingue !
Des sujets de débats sont bien présents également. La question du moment "Le test ADN, en quoi ce serait dangereux ?" Ben c'est vrai quoi ! A l'UMP plus de tabous ! Voilà une question bien formulée. Les réponses elles, le sont tout autant, et il semble bien que certains commentateurs apprécient peu cette histoire de test ADN. Comme Raffarin. Un héros.
Je vous épargnerai ma dernière visite au groupe autoproclamé : "Vive La France". (111 membres).
Non, il ne s'agit pas d'un soutien indéfectible au XV de France et au sélectionneur Bernie Le Dingue. Je cite, pour vous donner la tendance "Même si beaucoup d'otoctones (sic) se sentent de plus en plus européens que Français... Si vous êtes Français. Soyez en fiers !!! Vive La France".
L'administrateur du groupe s'appelle Kevin.
Me regardez pas comme ça ! C'est pas de ma faute !
Bref. Nul doute que Fessebook recèle bien des trésors et des choses intéressantes.
Mais pour l'instant ça doit être comme les Skyblogs, faut pas mal chercher pour en trouver.

04 octobre 2007
Les Mots du 21ème Siècle : Remarquable.
Remarquable : Qui est digne d'être remarqué en bien ou en mal.
Étymol. et Hist. 1547-55 « susceptible d'attirer l'attention » (J. Chesneau, Voyage en Constantin, B.N. 3899, f o 147 ds Gdf. Compl.); 1604 « digne d'une considération toute particulière » (Montchrestien, Hector, éd. Petit de Julleville, p. 40). Dér. de remarquer*; suff. -able*.
Remarquable est un adjectif… remarquable.
Je suis d’ailleurs très heureux de vivre dans un monde remarquable, ou il est de bon ton, et même quasiment obligatoire et sacralisé de se faire remarquer. On connaît des voix de crécelles qui s’inscrivent pour devenir les dindons consentants et chantant d’une farce de télé-réalité qui se joue sur leurs dos. On connaît des pipoles (orthographe officielle d’un nouveau mot sans intérêt) prêts à tout pour se faire remarquer, et désormais en passe d’exercer toute une vie de pique assiette grâce à la publication de torchons que même mes fesses refusent de s’essuyer avec (le papier glacé… ça gratte). On connaît des serial killers, des incendiaires d’autobus et toutes sortes de tarés, qui lorsqu’ils sont enfin poissés par la police, expliquent leur geste d’un « je voulais me faire remarquer » censé être définitif.
Ce qui est remarquable dans le mot « remarquable » c’est sa valeur antagoniste. Vous pouvez décrire quelqu’un -par exemple un 1er ministre- comme un remarquable homme d’état, ou comme un crétin remarquable. Alors quand -par exemple toujours- un président de la république qualifie son 1er ministre de « remarquable », son ministre de la justice « de tout à fait remarquable », ou son ministre des affaires étrangères « d’absolument remarquable »,etc, etc… On peut se demander ce que signifie au juste le terme de remarquable ? Compliment ou limite insulte ? Mais alors qu’est ce qui doit être finalement considéré comme étant vraiment remarquable, positivement, pour ces pauv’ ministres rabroués par un individu qui n’a pas été jugé remarquable par 46% de la population ? Imaginez un ministre comme un candidat de n’importe quel Star Ac’.
Il manque quelque chose. Mais le terme remarquable étant à priori positif on oublie de se poser la question. C’est pourtant le même président qui n’hésite pas à affubler certains ministres de qualificatifs beaucoup plus clairs « connard, stupide, débile » pour quelques propos sur
Et bien ils doivent être à l’unisson de notre époque remarquable !
Comme pour les perroquets de n’importe quel Popstar, il faut faire semblant. Et si possible, faire semblant au point d’y (faire) croire, ça marche encore mieux.
Il faut faire semblant d’y croire, de partager un soutien indéfectible au grand petit chef. De faire semblant dans la confiance aveugle envers des projets dont on pourrait pourtant sans honte douter des résultats. De faire semblant d’adopter des postures et le vocabulaire qui va avec : faire du jogging, rabâcher des idées toutes faites, adopter la méthode Coué... C’est le prix pour être remarquable !
Est-ce qu’il y a tant de différence que ça ?
Il n’est pas là pour chanter sa propre partition, mais pour interpréter ce qu’on veut bien lui demander de faire. Il n’est pas là pour proposer sa propre personnalité avec ses défauts et ses qualités, mais pour adopter des valeurs et un comportement qu’on choisit pour lui. Il n’est pas là pour être tel qu’il est (et éventuellement de changer), mais pour être conforme à l’image qu’on aura choisit pour lui. Il n’est pas là pour proposer mais obéir aux jugements définitifs qu’on lui assignera. Il n’est pas là pour proposer, il est là pour vendre.
Enfin, on peut se demander ce qu’il y a de remarquable quand tous le sont. Si Machin, Truc et Bidule sont de remarquables ministres, secrétaires d’état, conseillers, ou tout ce qu’on veut, c’est peut être quand même qu’il n’y a finalement rien à remarquer !? Ce qu’il y aurait alors de remarquable, c’est qu’aucun ne se dénote des autres, que tous soient sur la même longueur d’onde (celle que l’autorité suprême leur accorde), et ne sorte jamais des clous comme des élèves bien disciplinés devant un seul maître à penser.
Comme aurait pu le dire –s’il était encore là- un homme de grand talent avec un sourire en coin : « remarquable non ? »

01 octobre 2007
La Nostalgie Camarade ?
Il va falloir s'y faire, c'est notre tour (je parle des gensses de my ge-ge-generation) de tomber dans la période nostalgique. Entre ici nostalgie eighties et ton terrible cortège, ces groupes de rock qui se reforment sans rien proposer de nouveau et un tant soit peu palpitant. Avec tous les avides de la pompe à fric prompts à nous rebalancer des "compils", "best of" et autres "meilleurs moments de" Desireless et autres Partenaires Particuliers (au s'cour !). C'est la marche funèbre des années '80, des vestes à épaulettes, des coupes à brushing, et des éternels retours de Prince, Police et autres Genesisseries... Pour les autres, les plus "branchés" comme on disait à l'époque c'est un film sur Joy Division, la réhabilition des synthés Korg et Roland par l'électro d'aujourd'hui, la résurrection des momies de chez Cure et autres terrifiantes innovations que réserve le passage obligé par la case nostalgie.
La nostalgie des années '80, c'était bien... mais uniquement dans les années '80.
Pourtant, tout ne sera peut être pas à jeter dans ce retour vers un futur au passé antérieur.
On trouvera quand même quelques rares occasions de voir, entendre ou lire des choses qui ne seront pas uniquement branchées sur le son du tiroir-caisse.
Et heureusement !
Y a eu un beau livre collectif par et sur tout ceux qui ont fait l'aventure de Métal Hurlant et des Humanoïdes Associées il y a un an (merci encore à la bloggeuse qui me l'a offert). Et cette fois-ci c'est Florence Cestac qui s'y colle, dans un Bd en solo sur les éditions Futuropolis.
Ces deux éditeurs ont disparu aujourd'hui, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils auront permis à la BD de changer de dimension, en publiant des auteurs nouveaux, en mélangeant graphisme contemporain, science-fiction, érotisme... qui à l'époque (ah oué, les années 80, on peut dire à l'époque maintenant) peinait à trouver une nouvelle place, et à sortir des années 70 initiées par Pilote et quelques autres.
Florence Cestac a participé à toute l'aventure Futuropolis depuis le début. Elle raconte tout ça, avec beaucoup de tendresse et de dérision. Les personnages de l'époque (Robial, Tardi, Robert Roquemartine et pleins d'autres), la librairie Futuro dans le 15ème, les galères et succès sont croqués comme autant de madeleines par celle qui était là, du début à la fin.
Pour moi, Futuropolis c'était une sorte de nec plus ultra de la Bd. Surtout parce qu'il faisait de beaux livres.
La collection 30x40 consacrée à un seul auteur (Tardi, Swarte...).
La collection Copyright qui exhumait les trésors de la Bd d'antan (Superman, Mandrake le Magicien, Popeye...), dont les originaux étaient l'objet de tractations furieuses entre collectionneurs obsessionnels.
Le truc des éditions Futuro, c'était souvent de faire des livres luxueux, aux dimensions étranges, qui ne rentraient jamais dans une bibliothèque. Trop long, trop carrés, trop couteux, trop fragiles, trop ceci ou trop cela. Déjà que les prix prohibitifs de ces objets voulus aussi beaux que leur contenu faisaient que le plus souvent je me contentais de baver (slurp, slurp) dessus dans les librairies. Mais les rares fois ou je pouvais enfin en ramener un, impossible de le ranger avec les autres Bd une fois lu et relu.
Les Futuro (comme on les appelait) se débrouillaient pour être à part de toute façon, de ne surtout pas être confondu avec de la vulgaire "Bd" et leur saletés de beaux livres en étaient la preuve.
Après le succès, comme "Métal", est venue la désillusion puis la disparition. Les sirènes de la télé ont permis aux Dionnet, Manoeuvre et autres Robial de réaliser leurs rêves : faire sortir la Bd de son carcan "p'tits Mickeys sympa mais bon... y a des choses sérieuses dans la vie". Et pour eux, de devenir quelqu'un. Ils s'y sont plus ou moins brûlés les ailes.
Dionnet et Manoeuvres ont populariser la Bd avec l'Impeccable aux Enfants du Rock.
Etienne Robial, le graphiste démiurge a fait l'habillage visuel de Canal+ et de beaucoup d'autres.
Florence Cestac a continué à dessiner ses "Gros Nez", d'un ton toujours léger et attachant.
Elle rend hommage à ses premières amours dans ce livre, sans que ça ne sente jamais la naphtaline.
si vous ne connaissez pas les années 80, lisez la grande et la petite histoire de Futuropolis, au moins vous passerez un vraiment bon moment. Ce qui compte, nostalgie ou pas, c'est le talent.





