Patrick Pelloux est une grande gueule, ce qui ne sied pas à la docte tenue de son statut de médecin urgentiste. Patrick Pelloux écrit des livres, des articles (dans Charlie Hebdo et ailleurs) ou il témoigne et tempête après une gestion strictement comptable de l’hôpital et des dépenses de santé en général. Patrick Pelloux défend l’hôpital public, et on avait vu sa bobine sur les écrans télé au moment de la canicule de l’été 2003. Il hurlait seul dans le désert avant qu’on ne s’aperçoive (mais un peu tard) qu’il avait raison. Il défend surtout les services d’urgences ou il exerce, et dont il décrit souvent la diminution des moyens, leur transformation en boite à réception de toutes sortes de patients qu’on ne sait / ne veut plus orienter ailleurs. Ce que par ailleurs tout le monde sait (j’imagine), et a pu constater s’il a été amené à faire un jour un passage aux urgences.

Hier Patrick Pelloux, à la demande d’autres médecins, a été convoqué pour s’expliquer devant la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins sur sa « non confraternité ».
On lui reproche d’avoir déclaré que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire..." Des propos qu'il avait tenus en 2005, en tant que président du syndicat AMUF.
En tant que grande gueule Patrick Pelloux n’est bien sûr pas exempts de critiques et de reproches. La différence étant que lui souhaite l’ouvrir, (en même temps que les débats et discussions qui vont avec) quand d’autres préfèreraient qu’il la ferme. Du coup pleins de grandes gueules se joignent à lui pour protester contre sa comparution, et les motifs qui la justifierait.

Sans revenir sur l’histoire compliquée de l’Ordre des Médecins, fondé par le régime de Vichy, dissous par De Gaulle et reconstitué en 1945, rappelons que l’ordre des médecins est un organe corporatif, totalement indépendant, chargé de faire respecter le code de déontologie médicale. Il a un pouvoir réglementaire et juridictionnel important, et n’est rattaché à aucun ministère de tutelle. L’ordre des médecins est encore largement critiqué, entre autre –justement- pour des mesures disciplinaires qui s’apparentent à de la censure.
On peut se demander en effet, comment il est possible d’apprécier la notion de « non confraternité ». Patrick Pelloux a-t-il fait des avions en papier avec les ordonnances de ses confrères ? A t’il coupé une mèche de Douste Blazy dans le but d’exercer quelques cérémonies vaudou ? Est ce qu’il joue à anesthésier le chirugien en plein opération au bloc ? Là on pourrait dire que c’est non confraternel ! Mais dire que "les urgences ne sont pas là pour faire le travail que les médecins libéraux ne veulent plus faire...", est ce que c’est si méchant que ça ? Certainement pas.

Heureusement l’ordre des médecins sait faire preuve parfois d’une grande mansuétude, comme lors de l’affaire du sang contaminé, ou le Dr Michel Garetta ex-directeur du centre national de transfusion est « pardonné ». L’ordre des médecins sait en effet beaucoup pardonner à tous ceux qui ne font pas de vagues, et maintiennent « l’entre soi » qui est une des règles non écrites de l’ordre.

On retrouve là un peu de cette distance qu’il est souvent difficile à vaincre dans une relation patient-médecin. Ce dernier, le spécialiste, estimant qu’il n’a rien à partager avec un malade ignorant de la technicité de son métier. D’ailleurs, le malade ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse c’est la maladie du malade (ah si celui là on pouvait s’en passer). On remarquera aussi qu’il n’y a pas d’Ordre des Infirmières (certaines en rêvent), peut être aussi parce que l’ordre des médecins ne juge pas utile d’intégrer les ouvrières de la santé à leur hautes considérations.

Heureusement, il y a les grandes gueules…

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