L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

20 avril 2007

Libertégalitéfraternité.

Longtemps, je me suis levé de bonne heure… euh, non ! Longtemps, je me suis abstenu de voter (me lever de bonne heure, j’y arrive pas). C’était bien avant Avril 2002, quand j’étais un jeune rebelle, fier d’être un peu con-con, rétif à tous les mots d’ordre, à tout ce qui relevait du collectif, depuis les tribus constituées par affinités musicales jusqu’aux encartés des partis politiques. Ben quoi ! A quoi ça sert d’être jeune sinon !?

Il m’en reste encore pas mal de séquelles aujourd’hui. Si on me traîne dans une association, un syndic de co-propriétaires, une manif’, un groupe de supporter, voire un rallye (uh uh… comprenne qui pourra), je ne tarde jamais à remarquer les tendances naturelles propres aux phénomènes de groupes : les grandes gueules qui prennent la direction du truc, les glandus qui se demandent ce qu’ils font là, les perdus de recherche à qui ont ferait faire n’importe quoi, les absents même quand ils sont là, etc, etc… Oui, je sais, je vous administre une vision gratinée de la chose, d’un manque absolu de nuances, mais que voulez-vous… Je n’ai aucune confiance dans le fonctionnement d’un groupe humain, qui se caractérise pour moi par de grands espoirs lyriques inversement proportionnels à un comportement réel basé sur le plus petit dénominateur commun.

Oui, je fais partie de ces semi-asociaux qui aime la compagnie de mes semblables, mais qui se sent perdu dès que la dite compagnie dépasse une dizaine de personnes. Dans ce cas-là, les timides disparaissent, les idées toutes faites et les clichés reviennent en force, comme dans cette parodie de campagne présidentielle ou on nous à bassinné avec les vâââleurs de la France. Ah, mon dieu (auquel je ne crois pas) ! Toutes ces idées sur les vâââleurs de la France ! Qu’est ce qu’être un bon Français. L’hommage courbé rendu au drapeau tricolore et aux héros de la Nation cités à tour de bras par nos candidats… Tout cela sent bon les banquets commémoratifs ou on pince les fesses de la serveuse, le « je ne veux voir qu’une tête » ou « le chef a toujours raison », et les idées bas de plafond.
Au mieux, ça serait le culte de la famille, celle ou toutes les filles auraient un serre tête, les garçons la raie sur le côté, dans un monde bien propre sur lui ou les emmerdeurs de service seraient tolérés à concurrence qu’ils ne dépassent jamais la période légale de la crise d’adolescence avant de revenir tel l’enfant prodigue qui dira toujours « bonjour à la dame », dans le monde merveilleux de la petite nation dans la prairie…

Ah quel bonheur !

Mais bon… Un jour moi aussi, finalement, je suis allé voter (après ma crise d’adolescence), et je ne sais trop comment cette évolution s’est faite. J’ai grandi, j’ai vieilli, j’ai mûri ? Vous croyez ?
Peut-être pas tant que ça. Peut être que je me suis juste dit qu’au moins ma voix allait annuler celle de mon grand-père préféré, hélas fidèle lecteur du Figaro et admirateur des éditos de Louis Pauwels, l’auteur du « sida mental »- pensait que les chars Soviétiques allait débouler au carrefour de sa banlieue paisible en même temps que les Cocos avec les couteau entre les dents. C’est que le Maréchal Leclerc ne s’en était pas privé lui !

Et puis j’ai goûté aux joies (faut pas exagérer non plus) de l’isoloir. Ce court moment ou tout se bouscule, quand la campagne électorale s’arrête enfin (ouéééé), que d’un seul coup « c’est nous qui décide » avec notre petit bulletin, notre petite enveloppe et le définitif « a voté ».

Pendant ce court instant, c’est le vrai moment ou le sens de république prend sa vraie valeur, toute relative finalement. Pas besoin de s'enrouler dans un drapeau tricolore, ou de se faire expertiser l'adn du cerveau contrairement à ce que certains prétendent. Je choisi, c’est la démocratie, c’est la liberté de voter ou pas, de voter pour un candidat ou de voter blanc (ça m’est arrivé). C’est la relativité de dire que sa voix compte, mais pas plus qu’une autre . Notre fameuse égalité. C’est le petit pincement en pensant que si ma voix ne changera pas grand-chose, elle comptera autant qu’un Lepéniste convaincu (en deux mots, con et vaincu). Ca vaut quand même mieux qu’on puisse tous voter, plutôt que ce droit soit réservé à n’importe quelle élite supposée mieux savoir. La fameuse fraternité de notre jolie devise républicaine.

Alors voilà. Finalement au moment crucial du vote, tout enrobé de ma toute puissance d’électeur plénipotentiaire –statut friable, fugace et incertain au possible- mon choix finit toujours par s’orienter vers celui ou celle qui –je crois- représente le mieux cet intenable axiome. Celui ou celle qui me semble le plus apte à défendre les valeurs (puisque de programmes ou d’idées il n’est plus question) de liberté, d’égalité, de fraternité. C'est mon patriotisme à moi, et je ne lui donne pas de frontières.

Et tant pis si je deviens un vieux con. De toute façon, ça va pas aller en s’arrangeant !
J

debat

Posté par LaVitaNuda à 16:51 - Collection Café Society - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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