L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

16 février 2007

Cinq Choses Que Vous Ne Savez Pas De Moi (3).

Cette chose là, c'était même une chose que moi, je ne savais pas... de moi.

On mène sa petite vie, y a des moments ou ça rigole, d'autres ou ça rigole pas. Alors on apprend, on se colle des rustines et des sparadraps, on réduit les fractures, on se trouve des cannes et des béquilles, et par dessus tout on se débrouille pour que tout soit un tantinet présentable à la face de nos congénères humanoïdes.
Pour rien au monde, il ne faudrait se les aliéner ceux-là, qu'ils aient peur de nous et qu'ils nous fuient. Et même si on les hait parfois pour ce qu'ils nous obligent à faire pour rester présentables, tenir la porte et dire bonjour à la dame, et bien on le fait quand même plutôt que de se retrouver tout seul.
On évite de hurler des imprécations dans la rue, d'insulter nos voisins, d'éclater en pleurs ou en rires sardoniques à la moindre contrariété, de rappeler à tout bout de champ les saloperies qu'on a eu à endurer ou celles qu'on a fait subir.

Et puis un jour, allez savoir, y a eu comme un grand raz-le-bol LVNien. Un grand "marre de tout et de tous". La fameuse goutte d'eau qui fait déborder la vase. Ce n'est pas l'endroit ici pour que je raconte par le menu les centaines de choses que vous ne savez pas de moi, mais qui m'ont conduit à ce grand moment de pétage de fusibles.
Il a suffit d'un grain de sel supplémentaire, d'une fois de trop-plein. De l'une de ces fois ou on se recolle autant de rustines que possible, ramasse ses petites affaires, dit au-revoir et continuer son chemin tout seul. Sauf que ça n'a pas marché cette fois là.
Va donc savoir... C'était peut être parce que je m'étais dit, "Ayé, cette fois, pour moi la vie va commencer" comme le chantait un célèbre franco-belgo-suisse-bientôt-monégasque : pour moi la vie va commencer, en revenant dans ce pays, là ou le soleil et le vent, là ou mes amis mes parents, avaient gardé mon coeur d'enfant, etc, etc. Et bin ça avait pas commencé du tout. Une vraie panade !
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était à cet effet Tchernobyl. C'était pourtant pas la première fois. J'avais plus 15 ans. Mais pourtant, tout s'est mis à partir en vrac à toute vitesse, une vraie réaction thermonucléaire en chaîne, un champs de mines, la théorie des dominos en live.

En moins de temps qu'il n'en faut pour m'en apercevoir, toutes mes rustines, mes sparadraps, mes béquilles, ma chirurgie réparatrice patiemment perfectionnée tout au long de ces années... tout cela partait en mille morceaux inutiles et à toute berzingue, façon loco devenue folle et menacant à chaque moment de dérailler.
Le temps était venu de régler les comptes, d'ouvrir la soupape de sécurité, de tout reprendre depuis le début, avant qu'il ne soit trop tard.

Alors c'est ce que j'ai fais.
J'ai cherché un moyen, j'en ai trouvé un. Petit à petit, à ma manière j'ai fais en sorte que "ça va se passer comme ça, et pas autrement, et même si ça vous plait pas". Plus le temps de faire autrement. Et plus l'envie. Et plus assez peur pour continuer à faire comme si.
C'est comme ça qu'un jour j'ai pris le train. Je suis parti dans la maison de mon père, et je lui ai expliqué que pendant un certain temps, le temps qu'il me faudrait, j'allais disparaître, me mettre aux abonnés absents, au vert. Décarrer de là. Et puis voilà.
Y avait rien à expliquer, rien ou personne à qui en vouloir. C'était juste nécessaire. C'est comme ça que ça allait se passer.
La semaine d'après j'ai fait la même chose dans l'appartement de ma mère.

Et voilà. C'en était fini du "LVN Brindacier", du gars qui recolle les morceaux, fait des puzzles de déments, l'infirmier de service, le dénicheur patient de solutions dont personne au fond ne veut, mais que tout le monde réclame quand même.
Débrouillez vous tout seul. Ch'uis plus là pour personne.
Et ça c'est passé comme ça.
Un jour, une semaine, un mois, un trimestre. No news...
Ah que j'étais bien ! Pas la paix, ni la tranquilité. Mais j'étais bien. Pour une fois. Je voyais ma vie changer devant moi, je me voyais plus pareil, plus comme avant. Je retrouvais quelqu'un que je croyais avoir perdu pour toujours, une bobine qui me ressemblait. Et qui me ressemblait ! Pour de vrai, quand moi je n'y étais plus que pour de faux. Des retrouvailles.

Pendant mon absence, je l'ai su après, ça a fait l'effet d'une sorte de tsunami.
Personne ne s'attendait à ce qu'un jour j'arrive, pour dire "Et maintenant, basta. Et adios". De temps en temps j'avais des SMS ou des coups de fils auxquels je ne répondais pas. J'avais dit que c'était pas la peine ! Que c'était moi qui donnerait des nouvelles au moment voulu.
Alors pas question de céder d'un pouce.

Au bout d'un an, jour pour jour presque, et même si c'était pas exprès, c'était le moment.
Pendant quelques semaines j'ai oscillé. Je me disais, je pourrais rester comme ça toujours, loin. Ca me gênerait pas. Mais je sentais bien que c'était pas "juste". Que c'était une mauvaise idée même. Le contraire de ce que j'avais souhaité retrouver.
Alors j'ai repris le train. Exactement dans le même ordre qu'à l'aller.
Et j'ai raconté pourquoi je m'étais éloigné pendant 1 an. J'ai raconté des choses que personne ne savait de moi.

Et puis voilà.

selfport

Posté par LaVitaNuda à 18:43 - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 février 2007

Do You Speak English or मासीglish ?

Les Indiens et moi, on s'est tout de suite trouvé un point commun : on ne se comprend pas.
Je veux dire, littéralement : on ne se comprend pas.

Pourtant leur langue officielle est l'Anglais, vu qu'ils disposent de quelques langues et milliers de dialectes qui font que du Nord au Sud de l'Inde, c'est un peu comme si un Norvégien parlait à un Portugais. Donc, héritage britannique, tout le monde parle anglais. C'est plus pratique.
Sauf que...
Eux ne comprennent pas mon anglais Parigot-Oxfordien et moi je n'entends rien à leur Indiglish !
- Welcolmle Sil ! Whlel wlou dlyoul likl tlo glo ?
- Euh, hum... Taykeu mi tout zi eautel pliz !
- ???
- ???

Ca n'a pas été facile tous les jours ! Si je demandais un verre de vin blanc au bar de l'hôtel on m'amenait un verre de rosé. Si j'avais besoin de mousse à raser on me donnait du dentifrice !?!
Au début j'ai cru que c'était moi. Et puis j'ai été soulagé quand un collègue Indien de New Delhi a essayé en vain de se faire comprendre par un chauffeur de Taxi de Bangalore. Ils ne parlaient ni le même Hindi, ni même, le même Inglish.
Alors à la fin, on (je) s'y fait. On (je) parle en termes simplifiés : Taxi, Airport, Drink, No Need, Thank You... Et c'est pas toujours sûr que ça marche ! On ne s'inquiète pas pour les petits désagréments habituels qui font les aventurettes au quotidien : attendre le chauffeur de taxi une heure, avoir 5 types différents qui sonnent en moins de 3 heures à votre chambre vous demander si tout va bien, demander des naan pour accompagner son plat au resto et se les faire servir une fois que les légumes dans votre assiette ont eu le temps de germer et de donner une autre récolte.

Et puis ils ont cette façon rigolote de hocher la tête.
Notre hochement non, signifie oui chez eux et vice versa, ce qui est déjà une source de confusion. Mais le plus souvent ils mélangent les deux mouvements dans une sorte de douce ribouldinguerie rigolote dont ils ponctuent la discussion en permanence. Et évidemment, par mimétisme, ça ne manque pas, au bout d'un moment on commence à faire la même chose. D'autant plus que ça nous donne une contenance, vu qu'à part dire "Hmm, Hmm" parce qu'on ne comprend rien, il ne nous reste plus qu'à agiter la tête comme eux.
Et bien sûr, au bout d'un moment, mais trop tard, on se rend compte qu'ils doivent avoir l'impression qu'on se fout de leur gueule ouvertement, à les singer comme ça tout en faisant semblant d'écouter d'un air tout à fait sérieux leur bla-bla incompréhensible.

De toute façon, on est dans un autre monde !
Et comme tout cela se passe avec le sourire, on s'y fait.

India01

Posté par LaVitaNuda à 15:41 - Collection Souvenirs Pour Demain - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2007

Cinq Choses Que Vous Ne Savez Pas De Moi (2).

J'ai eu une vie de voleur, disons de pickpocket...

C'était plus fort que moi, quelque soit l'endroit ou j'allais, les gens que je rencontrais, ils me fallait en ramener un souvenir, quelque chose que je ne pouvais avoir.
Ca m'a pris assez tôt, tout gamin.

Le mieux c'était de me retrouver seul un moment dans une maison, un appartement... A moi alors le plaisir de l'explorateur, de partir à la recherche de territoires et d'histoires inconnues. Chez mon arrière grand mère ou mes grands parents, pendant qu'il n'y avait personne j'ouvrais les tiroirs des secrétaires, les portes des armoires et des placards. Et vas y que je te passais tout au peigne fin. Je découvrais alors un tas de vieilleries à partir desquelles je pouvais donner corps aux histoires que j'inventais.
A quoi servait ces petits aimants dans la table de chevet ou ma grand-mère rangeait tout son matériel de couture ? A attraper les aiguilles qui tombaient sur le sol. Qui était sur cette photo dans ce vieux secrétaire, avec ce costume étrange ? Un de mes arrière grand père, en uniforme de zouave avant son départ pour Verdun dont il n'est jamais revenu. A qui étaient ces vêtements ? Et cette canne ? Et ce vieux pistolet ? Et cette montre à gousset ? Et ce bijou que personne ne portait plus ? Et ce chapeau qui avait dû être à la mode autrefois ? Cette vieille carte de l'Indochine avait elle servi à guider cet arrière grand oncle dont j'avais entendu la vie d'aventurier ?

Toutes ces trouvailles c'était comme vivre à nouveau pleins d'histoires possibles : traverser l'océan sur le Titanic, survoler la Cordillère des Andes avec Mermoz, se battre contre des ennemis dans une guerre sauvage, partir à la recherche de tribus inconnues dans des pays jamais découverts, conduire une vieille voiture comme dans les Brigades du Tigre...
Et il ne fallait pas que ça s'arrête. Il fallait que j'emmène avec moi un morceau de l'histoire vécue ou à vivre. Il me fallait un de ces objets étranges, un de ce ces souvenirs qu'on ne peut trouver ailleurs que chez ceux qui ont déjà vécu, ceux qui conservent des morceaux de la mémoire de notre monde.
Alors je les emmenai avec moi, les cachait pour ne pas me faire engueuler, et les ressortait pour mon seul plaisir, pour leur donner vie à nouveau, pour qu'ils soient à moi.

J'appliquais seulement la règle que connaissent tous les gamins : ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est à moi, ce qui est à eux est à moi, ce qui est à personne est à moi, etc, etc...

Le mieux, c'était les caves ou les greniers !
Là, en plus, puisque tout était en quelque sorte à l'abandon, oublié, délaissé... C'était comme si j'avais une autorisation de principe. Et puis c'était beaucoup moins risqué ! Ah la la... mes plus grandes aventures imaginaires je les ai sans doute vécues dans ces caves ou j'ai reconstitué à moi tout seul la découverte de l'Amérique, la construction de la Tour Eiffel, l'invasion de Gengis Kahn et bien d'autres choses encore.
Mais le mieux, c'était quand je pouvais découvrir la vie d'avant de mes parents, de mes oncles, mes grands-parents. Je me souviens de ce grand sac en plastique qui contenait toutes les lettres écrites par mon père à ma mère quand il était mobilisé en Algérie. Toutes portaient le même timbre, celui de la mosquée de Paris. Presque toutes disaient la même chose : l'absence, le poids de la séparation, l'ennui de l'éloignement, l'attente de retrouvailles et de lendemains plus heureux, la camaraderie des mobilisés et la bêtise de cette guerre, de toutes les guerres.
Certaines lettres étaient assemblées par paquets, fermées et serrées par un petit ruban de satin blanc. D'autres étaient en vrac dans ce sac. Je découvrais tout un pan de l'histoire de "juste avant moi". Et c'était comme si je passais d'une chose que j'imaginais sans pouvoir vraiment me le représenter à une histoire qui se mettait à exister pour de vrai. Alors quoi ! C'était donc vrai ? Avant moi, il y avait eu d'autres vraies histoires, avec de vrais gens, des choses que je n'avais jamais connu ni ne connaitrai jamais.

Je ne savais pas trop si j'en étais heureux ou pas. D'un seul coup, c'était aussi comme si je comprenais que j'étais moi même pris dans un temps fini. Avec un début et une fin. Et si des aieux avaient vécu avant moi sans que jamais je les connaisse, et s'ils avaient laissé des bribes de vies si importantes qu'on les conservait précieusement ces médailles, ces montres, ces chapeaux, ces cannes... Alors tout cela pouvait m'arriver moi aussi. Moi aussi un jour je ne serais rien de plus qu'un petit objet qu'un autre gosse allait découvrir au fond d'un tiroir, sous le linge dans une armoire, sur l'étagère d'une vitrine... Et encore, ça c'était si j'avais de la chance.

Alors c'était ça la vie ? Quelle drôle d'histoire.

ACC0024_Pickpocket

Posté par LaVitaNuda à 17:27 - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 février 2007

LVN Goes To Bollywood !

Ce week-end je pars pour l'Inde... Pour le boulot, mais quand même... Cool comme déplacement, comparé à Düsseldorf !!! J'irai y faire le plein de nouveaux sujets à posts, d'images, de sons, d'odeurs et de saveurs pendant une grosse semaine.

Avec un peu de chances, je pourrai même trouver plus de temps à blogger de ma chambre d'hôtel là-bas, que de France en ce moment, mais avec un léger... décalage horaire. Et puisque c'est ma 1ère visite en Inde je m'attend à de sacrés décalages en tout genre par rapport à ma petite vie de d'habitude.
A bientôt pour vous raconter quelques aventures transcendantales !

Et par Vishnou, soyez bien pas sages pendant mon absence !

Jish_20Desh

Posté par LaVitaNuda à 16:56 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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