L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

20 décembre 2006

Le Père Noël Est Une Ordure !

Il est tout trouvé le cadeau de Noël !
Disque dur cassé...
Plus rien du tout ici jusqu'à ce que la machine soit remplacée, j'espère début Janvier.

Ca va me donner le temps de faire provision d'idées de posts.

D'ici là, très bonnes fêtes à tous.

computer_waste

Posté par LaVitaNuda à 15:05 - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2006

La Maison De Mon Père (6) - Un Petit Vélo Dans La Tête.

C’était une vraie expédition ce voyage vers la maison de mon père, le premier, mon premier été là-bas. Pour tout dire ça ressemblait à un départ en vacances d’enfance quand ma mère déménageait la moitié de l’appartement dans des valises par définition trop petites de toute façon. Au cas ou à destination il n’y ait pas de draps, de gros pulls car –on ne sait jamais- il peut neiger un 15 août, des casseroles mais vraiment uniquement parce que la gazinière ne rentrait pas dans le coffre, etc, etc… Mon père lui, s’énervait au pied de sa voiture, fixant excédé la trotteuse de sa montre à intervalles de plus en plus rapprochés dès que l’heure fixée du départ menaçait d’être dépassée. Bougonnant puis hurlant avec de moins en moins de patience le prénom de ma mère comme si ça allait suffire à nous faire partir plus vite. Levant les yeux au ciel devant la quantité de bagages à faire rentrer dans le coffre. Râlant, jurant, pestant après les valises au moment du chargement…

Pour mon propre départ je me contentais quand même d’un peu moins. Quoique… Juste un sac à dos dans le dos (étonnant non ?). Dans la main gauche, Titi-le-parisien, mon chat qui n’aime pas voyager et que j’avais dû courser en retournant tout mon appart’ pour le faire rentrer dans sa boite à chat. Et accroché à la dernière épaule encore libre mon VTT démonté dans sa housse. Voyagez léger, tu parles… ‘Sais pas comment j’ai réussi à avoir mon train à l’heure ce jour là. Je sais juste que j’y étais monté quelques secondes à peine avant le départ, avec tout mon barda, ayant transpiré 5 litres d’eau à force de courir pour arriver à temps, balafré de quelques griffures félines sur la trogne pour décorer. Tout pour faire peur aux petites mamies dans le train !

Ben quoi ? Je n’allais pas laisser Titi tout seul entre quatre murs pendant 3 semaines, lui aussi avait bien mérité un séjour à la campagne et pourquoi pas, rencontrer quelques copines bretonnes.
Quant au VTT, il était le sauf conduit de mes escapades afin de survivre à un séjour prolongé dans la maison de mon père. La soupape pour laisser s'échapper la pression accumulée. Le moyen d’arriver un peu en retard aux repas. La possibilité de contourner les sacro saintes habitudes en m’en allant "de bon matin, sur les chemins, à bicyclette"... et échapper à Julien Lepers. De pédaler derrière les courants d’air qui là-bas ne manquent pas, plutôt que d’attendre une quelconque curiosité parentale qui ne vient pas.
Ce précieux VTT, acheté avec l’argent qu’une fois –la seule- mon grand-père m’avait donné, un peu avant son grand départ à lui, j'y tiens. Grâce à lui, j’allais me coltiner de méchantes côtes autant que des dégoulinantes de sentiers descendant vers la plage. J’allais visiter le Mont Saint Michel en traversant les prés salés et les troupeaux de moutons dans un décor de western Armoricain. Et le retour allait m’achever puisque je n’avais pas réalisé qu’avec ce zef de furieux en pleine face j’allais devoir appuyer sur les pédales comme un stakhanoviste du Tour de France en cure de détox’ d’EPO.

Mais comme d’habitude, j’avais aussi mon plan B, mon intention cachée, mon tour de magie à tiroir. Je voulais tordre le cou à la voiture garée tout près de la maison de mon père.
Car la tuture de mon père, c’est sacré !!! Ca a toujours été. La bagnole c’était le truc de mon père. Et si ça l’est un peu moins aujourd’hui je devine que c’est uniquement parce que ses moyens ne lui permettent plus de s’offrir le jouet motorisé qui lui plairait. La voiture il s’en servait beaucoup pour travailler. Et le changement de voiture programmé tous les 3 ans devait marquer de manière certaine les étapes de l’ascension sociale qui était promise à sa génération plus souvent qu’aujourd’hui. Avec les responsabilités et l’âge, les voitures de mon père sont devenues plus grandes, plus puissantes, plus chères. Sa voiture lui servait de bateau sur roues, un chez lui à lui tout seul ou il avait tout pouvoir et toute liberté. Comme un parc pour mioche devenu grand, avec tous ses jouets dedans : un moteur qui fait vroum vroum, un auto radio quand c'était encore un produit de luxe (vous vous rappelez ?), un volant en bois façon sport, le Gault & Millau à portée de main, etc...

Une voiture qu’il fallait admirer, qui était bichonnée et élevée au rang de quasi divinité mécanique. Pas question de mettre du sable ou de la terre sur les tapis de sol. Pas question de claquer trop fort les portières. Pas question de vouloir s’arrêter toutes les deux heures. Pas question de faire le zouave à l’arrière. Pas question de ne pas trouver la nouvelle voiture moins bien que la précédente, même si caler mon mètre quatre vingt dans un coupé était moins pratique que dans une quatre portes. Pas question de…
Quant à voyager, pour mon père ça consiste à prendre sa voiture pour aller d’un point à un autre, en s’arrêtant pas trop souvent, pas trop longtemps, sauf pour déjeuner à 12h30 (quoiqu’il supporte un léger décalage d’un quart d’heure dans ce seul cas de figure routier). La visite de quelque-chose-quelque-part consiste à garer la voiture le plus près possible du lieu choisi, ou mieux de rester à l’intérieur pour admirer le paysage. En tout cas, certainement pas à perdre son temps en batifolages inutiles, en promenades ridicules, ou en baguenaudages incohérents et incompatibles avec le timing prévu (dîner à 19h30, faut rentrer à l’heure).

La retraite n’arrangeant rien à ses habitudes granitiques bien ancrées dans sa caboche bretonne, comment faire pour convertir mon père à l’usage de la petite reine, même en portion congrue ? Je misais quelques espoirs malgré tout sur mon joli VTT jaune canari, fort séduisant et pas si voyant que ça après tout si on porte des lunettes de soleil. Ne croyez pas que je sois un fou furieux du cyclisme, avec cuissard pour faire pipi tout en roulant, maillot à harmonie de couleurs vomitives, lunettes solaires profilées à la MatricycleX... Très peu pour moi les cyclotouristes fous que je vois déboulés l'été en troupeaux entiers visiter la région ou se trouve la maison de mon père.

Pour lui faire prendre goût à quelques promenades décontractées je tentais quelques approches pédagogiques et raisonnées, argumentant que puisqu’il n’aime pas marcher, plutôt que prendre sa voiture pour aller acheter sa baguette quotidienne, une balade de 5 minutes en vélo ne prendrait pas plus de temps et serait profitable à sa santé et au maintien d’une silhouette de jeune homme grâce à ce petit exercice quotidien et ultra léger (même pas un faux plat jusqu’à la boulangerie). L’argument sport et santé ne fût pas convaincant.

Je tentais une approche esthétique ! Il y a de beaux sentiers, des tas de promenades à faire, pourquoi tu ne prendrais pas mon VTT de temps en temps pour aller faire la sieste sous un pommier, ou partir bouquiner au bord de l’étang, ou tout simplement faire une balade ! Echec total.
A bout de ressources je tentais en dernier recours le bon vieux chantage affectif : mais ça me ferait plaisir moi, et comme ça on pourrait faire des promenades ensemble. Ou, tu pourrais aller jusqu’au bateau avec ton frère puisqu’il a aussi un vélo. Bernique (comme on dit là-bas) !

Alors après mon passage, mon fidèle VTT a élu domicile dans la remise attenante à la maison de mon père. Il attend patiemment chacune de mes visites pour reprendre vie. Quand j’arrive, j’enlève les toiles d’araignée qui ont élu domicile sur la housse qui le recouvre pendant l'hiver et on repart tous les deux à la découverte de tous les recoins du pays, on va faire les courses, on va sur la grand-place acheter un journal et se poser au café d’en face, on se promène sur les sentiers pour cueillir des mûres dans les ronciers, etc, etc.

Et s’il y en a parmi vous qui s’étonnent que je n’ai jamais eu de voiture, ni même le permis d’ailleurs, et bien ce que je peux vous dire c’est que : moi ça m’étonne pas.

lvn015A

Posté par LaVitaNuda à 12:18 - Collection Souvenirs Pour Demain - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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