21 septembre 2006
La Liberté Guide Elle Le Peuple ?
Ne sachant trop quoi faire de mon envie de note aujourd’hui je suis allé chercher mon inspiration ailleurs, chez le blog de Anne Archet, dont les excellents Samantdi et Swami Petaramesh se font l’écho. Et je lis, et voici entre autre ce que je lis (tout en vous recommandant vivement de lire l’ensemble du texte, les extraits étant par nature réductifs) :
« La démocratie est aujourd’hui une valeur universellement partagée par toutes les idéologies politiques »
« La démocratie n’est pas un moyen de libérer les individus mais une façon particulièrement efficace de les asservir en obtenant leur consentement. »
« La démocratie est une hydre à abattre. »
« Soyez réaliste ! Comme le disait Churchill, la démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes. » Ce n’est pas parce qu’un régime politique est moins mauvais que les autres qu’il mérite d’être défendu, qu’il mérite qu’on meure pour lui. Ce n’est pas parce que le sida tue que je militerai pour l’herpès génital.
« Le problème central de la démocratie est qu’elle est source institutionnalisée d’aliénation. »
Voilà une lecture qui a plutôt eu le don de me coller les nerfs en petite boules bien crissantes, tout en admirant la rhétorique d’enfant gâté de son auteure.
Passons sur le simple fait qu’Anne Archet aurait eu bien peu de chances de pouvoir s’exprimer ainsi si elle ne vivait dans l’une de ses affreuses démocraties. Mais ce n’est là qu’une péripétie de circonstance.
Non, ce qui est plutôt stupéfiant à la lecture de ce texte (et à ceux de ses commentateurs louangeurs), c’est qu’ils confondent tout simplement démocratie et vie en société.
La démocratie est imparfaite et injuste disent ils ? Sans blague ? Qui ne s’en était jamais aperçu !?
La démocratie ne permet pas aux êtres de vivre pleinement selon leurs désirs, c’est une forme élaborée de contrôle social.
Evidemment que c’est le cas !
Mais ce n'est pas la démocratie qui est ainsi. C'est le monde, avec des petits et des grands, des forts et des faibles, des riches et des pauvres, etc, etc...
« Moi, moi, mon moi » réclament ils, faisant mine d’ignorer qu’à partir du moment ou il y a vie en société, il y a une forme de contrôle social qui naît, et qui s’exerce : frustrante, décourageante, exigeante, traître parfois, contre nos désirs souvent. Et que c’est notre prix à payer pour être un être humain. Justement pour tenter que ce ne soit pas toujours les grands, riches et forts qui décident pour tous les autres (et ce n'est pas facile je le concède).
Un être humain, ne vit pas seul, sur sa petite planète, dans sa petite blogosphère, parmi sa tribu virtuelle, dans l’élaboration de son monde à lui ou lui/elle seul serait roi. Voilà bien là un de nos rêves modernes de ce mirage de société ou la liberté individuelle doit s’exercer au dessus de tout.
Un être humain naît dans une famille, puis il vit avec des autres humains, il rencontre le monde extérieur et avec eux bon nombre de gens et choses insupportables. Il apprend à s’en accommoder en renonçant à quelques bonheurs et espoirs personnels et en en découvrant d’autres en échange.
L’être humain apprend à obéir à ses parents, à prêter ses jouets, à ne pas voler, à essayer de ne pas trop mentir, à tirer la chasse d'eau… Il se venge sur des fourmis de ce qu’il ne peut pas faire subir à ses frères et sœurs, à ses parents, à ses profs, tous ces salauds qui lui gâchent la vie… Certains d’ailleurs n’y arrivent pas et plus tard ils tabassent leur femme, leur gosse, leur chien… On retrouve sa liberté ou on peut...
Autant dire que la liberté d’être soi et seulement soi, de ne vivre que selon son bon plaisir, ce n’est pas la liberté, mais probablement une des plus sûres voies vers la tyrannie. Car si tel doit être mon bon plaisir, qui me le contestera ? Qui pourra y échapper ?
Le choix du prince, le monarque absolu, la terreur des tyrans et des despotes, voilà où conduisent l’illusion de ceux qui croient jouir du monde sans contrepartie.
Ils n’en sont même pas heureux car quand il n’y a plus qu’un rapport de maître à esclave… parfois, finalement, le maître n’est rien sans son esclave.
L’aliénation est bien plus dans l’illusion qu’on exerce en toute puissance sa liberté individuelle, que dans le fait de consentir par des mécanismes imparfaits à en abandonner une parcelle à une collectivité qui ne sera jamais aussi bien que ce que nous, nous sommes.
La vie en société c’est la frustration.
La frustration c’est l’instrument qui fait de nous des adultes.
C’est pas marrant, je sais bien. Et je compatis sincèrement avec toutes/tous les Anne Archer confrontés à cette réalité. Comme ça je compatis un peu sur moi aussi au passage.
Mais vouloir faire endosser cette frustration à la notion de démocratie n’est rien de plus qu’une manifestation de leur dépit intime, de la rage qui les fait trépigner du pied en piaillant des « c’est pas juuuuste !».
Même si au fond rien n’y fait, et qu’ils le savent bien.
Mais quitte à choisir son asservissement, en effet je choisis celui de la démocratie, imparfaite, décevante, frustrante… parce que je peux participer à son évolution (imparfaite, décevante, frustrante), et au fait que soient respectés nos droits individuels (imparfaits, décevants, frustrants) et réévalués nos rôles collectifs (imparfaits, décevants, frustrants).
Car c’est la démocratie qui me permet cette liberté là, et personne d’autre !
Ni moi, ni Anne Archer qui sommes imparfaits, décevants, frustrants… mais qu'une démocratie accepte comme tel.

Commentaires
Ah ça ! Les extraits sont réductifs ! Et parfois même réducteurs !
On dirait que ce billet d'Anne Archet est destiné à connaître la gloire bloguienne (qu'on en dise du bien ou du mal, l'essentiel c'est qu'on en parle, comme disait l'autre). Je me demande ce que penseraient les blogueurs (sans parler des autres habitants) de pays où on ne peut pas, facilement et surtout librement, publier de tels propos, en effet.
C'est difficile.
La liberté individuelle, c'est presque un concept. Parce qu'effectivement, on a tout un tas de devoirs, de responsabilités, de règles de bienséance et de vie en communauté qui régissent notre bon plaisir. Et je dirais plutôt tant mieux. POur les irréductibles, reste la possibilité de l'ermitage.
Mais vu d'un pays non démocratique, d'avoir justement cette liberté "limitée", c'est déjà un rêve merveilleux.
Encore une notion toute relative, donc.
Et c'est sûr que nous sommes tous des enfants gâtés, de ce point de vue là, nous les enfants de démocraties anciennes. Et imparfaites.
Le truc c'est qu'à force de gâter nos I, me, mine perso, c'est nous qui sommes en train de la mettre en danger, notre démocratie.
Voilà. Il manque un bon verre pour continuer, c'est vrai que tu es frustrant, comme garçon toi. Tu veux qu'on refasse le monde et il n'y a même pas la matière première !
:-)
encore un billet de grande classe !
C'est rigolo, parce que je suis allé faire un petit tour chez Samantdi aussi,j'ai lu son billet, parcouru celui mis en lien et suis tombé chez la dame (?) Archet. J'en ai lu un peu, mais pas celui-là, je le sentais pas ce billet, il fleure trop bon la provoc'.
Et je préfère me rallier à ton discours à toi, plutôt que d'aller lire un propos qui semble si éloigné de ce que tu décris.
Et puis la dialectique du maître et de l'esclave, c'est pas jeune je crois ;)
Sauf qu'en effet, ça marche encore...
Pis de toutes façons on s'en fout, y a le Père Chouard qui bosse comme un malade pour nous concocter (enfin) une vraie démocratie faite même pour les décrieurs de démocratie...
Ca alors, oui, c'est marrant, décidément, que ça accroche à ce point. A vrai dire, je ne connais guère le blog "incriminé", mais à lire le billet de Samantdi, qui raconte aussi la supercherie au "je" dudit blog, dont je trouve l'effet critique assez génial (démonter l'effet de sincérité du blog), j'ai acquis la conviction que ce billet d'Anne Archet fonctionnait sur le même mode ironique et critique : que sa visée était au fond de provoquer (provoc', dit lalune) un sursaut démocratique, d'obliger chacun à affûter son argumentaire, de réveiller les consciences endormies pour penser et défendre la démocratie - dont le repos est le pire ennemi... (Auquel cas l'auteur serait un maître en fiction).
Quelle que soit la teneur exacte de la note initiale, je suis une fois de plus bien d'accord avec toi.
J'ai cependant maintes fois constaté que mes frères humains, du moins bon nombre d'entre eux, n'aiment pas mais alors pas du tout la liberté et qu'ils recherchent volontairement l'oppression (ça peut être des femmes si fières de se conformer à l'idéal de mères et d'épouse, des personnes intégristes de quelques sectes ou religions que ce soit, des salariés tout à fait volontaires pour qu'on évalue au ième près leurs "performances" ...). Ils recherchent de ne pas avoir à penser par eux-mêmes, sont tout heureux d'attraper par la même occasion un ennemi désigné (l'époux, les "infidèles", le patron ...) et seraient complètement désorientés sans ça.
Ce sont les mêmes qui réclament toujours plus de répressions dans des lois qui leur semblent toujours trop laxistes (jusqu'au jour où à leur tour ils en tombent victimes).
Non ?
Puis-je ajouter ma bêlerie louangeuses aux autres ci-dessus ? Je suis pleinement d'accord avec ton billet. On prononce à ce point trop souvent le mot « démocratie » pour simplement parler de vie en société qu'on fait passer pour subversifs, insurrectionnels ou révolutionnaires des propos qui ne tiennent qu'à l'égotisme, qu'au refus de tenir compte de l'autre.
AnLaJaGiKo
> Anne.
La liberté individuelle, oui c'est un concept. Et dans beaucoup de lieux sur cette planète une simple hypothèse (qu'il ne faut même pas formuler). Mais on est là dans une dimension politique.
Je peux comprendre A.A. quand elle dit qu'aucune dimension politique ne saurait jamais être individuellement satisfaisante, mais puisque l'homme et la femme est un animal social, dès le début de notre vie notre liberté individuelle est mise à mal, et pour vivre ensemble nous devons faire des concessions.
Son discours se retourne contre elle, car si on va jusqu'au bout de sa logique on arrive pas à une bienheureuse anarchie (que j'aimerai bien connaître) mais à la loi du plus fort et à la folie (les exemples historiques ne manquent hélas pas).
C'est vrai que j'ai pas amené d'alcool sur ce blog !
:-)
> Lalune.
Ca ne me dérange pas que A.A. fasse de la provoc'. Mais il y tout un courant provocateur de la blogosphère qui me donne des boutons...
Sous prétexte de ne jamais vouloir tomber dans le politiquement correct, on lit des billets à se demander si leurs auteurs ont un tant soit peu réfléchi à ce qu'ils écrivaient.
Ce qui est politiquement correct c'est le travestissement de la démocratie, que du coup on a vite fait de vouloir déboulonner en l'étiquetant comme "aliénante et inefficace". La démocratie (quand elle fonctionne), c'est pas la petite maison dans la prairie.
Il faut se battre pour la faire vivre et exister, pour qu'elle ne devienne pas la propriété des uns ou la cible des autres. Et pour la faire évoluer j'en parle même pas !
A la perdre, nous perdrions bien plus que les sacrifices pris sur notre liberté individuelle dont parle A.A.
> Janu.
Tu peux voir mon commentaire à Lalune. La provoc', pas de problème. Mais on a aussi une responsabilité vis à vis de ce qu'on écrit (provoc ou pas). Le post de A.A. est de ce point de vue assez ambivalent, et je ne vois pas ou la conduit sa provoc' sinon à énoncer des confusions et des amalgames abscons.
> Gilda.
Ben oui, certains préfèrent un chef et un maître qui les conduit plutôt que de tenter de piloter par eux mêmes leur opinion.
Si tu ne le connais pas je te conseille de lire à ce sujet "Le discours de la servitude volontaire" de La Boétie. Trop bien !
:-)
> Kozlika.
Ah tiens Kozlika ! Welcome !
:-)
J'adore les bêleries louangeuses sur mon blog, tu le sais bien ! :-)))
Je reconnais que refuser de tenir compte de l'autre, au fond c'est tentant... Mais comment faire autrement ? Et puis heureusement, -parfois- justement, tenir compte de l'autre, c'est aussi agrandir son espace de liberté individuelle en découvrant de soi des choses qu'on imaginait pas.
Pour l'anarchie bienheureuse, nous reste cette possiblité : http://www.chiboum.net/index.php?2005/09/23/372-le-reve-etait-trop-beau
(Tiens ça fait presque un an, jour pour jour à un près, c'est rigolo)
Mon p'tit coup gueule...
Et bien, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt ta note dont je partage les réflexions. Mais, je pense tout comme toi que la définition de la démocratie commence par soi-même, c'est l'évidence. Seuls, les prochains mois à venir sont cruciaux, et c'est de cela qu'il faut se préoccuper pour ne pas encore avoir à tergiverser sur le mot démocratie. Mot important je le concède, mais les français veulent du concret ! Tu crois que le français du coin se soucie de bla-blater sur des mots, ah mé nan, lui, il se soucie du prix de tout ce que l'on lui fait payer. Point !
Donnes-moi le nom d'un homme capable de présenter un programme complet et qui tienne la route pour que nous puissions dire enfin... C'est une Démocratie "équitable" ! A moins d'être Miroska ... Soeur Anne ... mais je ne vois pas se poindre à l'horizon une tronche capable de mener à bien et surtout en tout honneur cette fonction.
Pas pessimiste, mais simplement consciente.
Un Bon week-end à toi ! (:-D
AnPa
> Anne.
Le mythe de l'Ile Déserte... remarque ça tombe bien Crusoanna, aujourd'hui c'est Vendredi !
:-)
> Pascale.
Je me méfie de ce qu'on peut imaginer être un "Français du coin"... et j'ai l'optimisme de croire qu'il saurait reconnaître le moment ou on commencera à lui tondre les libertés démocratiques sur le dos.
Le problème risque d'être ce que va nous coûter (et pas que financièrement) la somme des âneries endurées jusqu'à ce qu'il s'en apercoive, et qu'il renvoie dans sa mare la grenouille qui aura voulu se faire plus grosse que le boeuf.
(ah ui mais moi je ne commente pas souvent mais je lis tout hein m'sieur, parole ! ;))
Koz
> Kozlika.
Ah ben, tu sais, je laisse pas forcément beaucoup plus de commentaires chez toi hein !
Alors...
:-)
Bhôf
Je partage à peu près l'analyse de ce billet qu'en a fait Anne Archet sur le blog de Samantdi (actuellement down, le 60gp d'OVH a l'air constipé...) : L'argumentaire me semble faible, mais surtout, il ne réfute en rien le billet d'Anne.
En gros, je dirais qu'il est __hors-sujet__.
Anne attaque le principe de la démocratie, d'autres défendent ce principe en réponse au blasphème. Le problème est que cette défense ne correspond en rien aux arguments de l'attaque, et donc, elle ne les réfute pas.
Je pense à la fois que vous avez mal compris le sens profond du billet d'Anne, d'une part, et qu'obnubilés par le saint-mot "démocratie" enchâssé dans son reliquaire sacré, vous avez un peu de mal à voir ce qu'il recouvre réellement.
Ca y est, je me suis encore fait des potes ;-))
C'est bizarre que mon blog soit tombé en panne juste après mes révélations... à croire que la Créature a des pouvoirs diaboliques !
Me demande si ce ne serait pas le début de la Grande Anarchie, un genre de grand soir, le grand incendie comme dans les chansons du regretté Noir Désir.
Je sens un point Eolas se pointer à pas de géant...
Sinon j'ai tapé une réponse au sérial linkeur ci-dessus mais comme je ne suis pas chez moi, je l'ai poliment envoyée dans les poubelles de l'histoire.
Voilà, ça rentre, finalement...
Comme 8 heures après, je n'arrive pas à m'en remettre, je sors mon pied de biche (peau de banane) pour dire ceci à Swâmi :
Analyse (substantif, féminin) : Décomposition d'une chose en ses éléments, d'un tout en ses parti.
Je n'ai vu en fait d'analyse qu'une provocation à l'emporte-piècej, qui ne réfute et ne répond en rien non plus aux commentaires ci-dessus.
C'est ça le problème de la provoc, une fois qu'on a dit qu'il fallait sortir des schémas qui nous aliènent et qu'on a fait beaucoup de bruit pour rien, après, il faut faire encore plus de bruit pour masquer le fait que ce qu'on a dit... c'est rien non plus.
Allez, je file m'inscrire de ce pas à un cours "Peau de banane" (private joke exclusivement compréhensible par une seule personne, que nul ici n'y voit de menace personnelle).
SwaSamAnnAnn
> Swami Petaramesh.
Va donc "pour la pauvreté intellectuelle" de mon post selon Anne Archer.
Il est aisé de critiquer le principe de la démocratie quand on a la chance de profiter des avantages de sa réalité au quotidien. Et pourquoi pas, puisque c'est justement une liberté démocratique que de pouvoir en critiquer le principe !?!
"Les arguments de l'attaque", le "sens profond" m'auraient donc échappé en confondant Réalité de la démocratie (le quotidien, l'histoire) et Principe démocratique (aliénant la liberté individuelle).
Il me semblait simplement bon de rappeler que pour jouir vraiment de sa liberté, on ne pouvait ignorer le principe de réalité. De toute façon, un jour ou l'autre, celui-ci sait se rappeler à notre bon souvenir.
Je crois au contraire que c'est bien A.A. qui se place délibérement dans le hors-sujet.
> Samantdi.
L'anarchie virtuelle sur le blog, ne devrait pas faire mal à grand monde !!
:-)
Est ce là une avancée démocratique ? Hu hu hu...
> Anne.
Un sérial linkeur ?!?
> Anne.
Une sérial commentatrice ?
Je veux bien comprendre ce que j'aurai pas compris, mais il faudrait que AA m'explique clairemement.
Je t'écris l'explication du serial linkeur.
Pis on ira à l'asile pour demeurés ensemble, après. Tant pis pour toi !
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