Dans les livres, ou les films, j'aime ce moment de surprise ou d'un seul coup, celui, celle qui me raconte une quelque chose me donne l'impression qu'il raconte un bout de mon histoire.
Bien sûr il n'en est rien.
Lui ou elle raconte son histoire. Il ne me connaît pas. Et ce n'est que ce que j'ai envie d'y retrouver de la mienne qui se glisse dans ses mots ou ses images. Ce n'est sans doute pas un hasard que celui qui me porte vers tel livre ou tel film à un moment plus qu'un autre. Et si le talent de l'auteur me propulse dans son histoire comme pour y reconnaître des bribes de moi-même ce n'est pas tant l'effet du hasard, que les écheveaux indémêlables d'accointances, de sympathies, de recoupements proches et lointains et d'états d'esprits qui se nouent de manière suffisamment étroite pour que la coïncidence se produise.

Encore plus évocateurs sont les rares qui parmi ces écrivains, ou ces cinéastes -je ne sais pas comment ils s'y prennent- me révèle au passage quelque chose de cette histoire que je ne pouvais qu'effleurer. Alors le livre, ou le film me paraît d'un seul coup suprêmement intelligent et subtil... Il me montre, ou me dit ce que j'avais face à moi, ou sur le bout de la langue depuis si longtemps.
Il me fait cadeau d'une face cachée, d'une partie immergée de ce que je croyais voir en totalité. C'est un cadeau qu'on prend toujours et qu'on ne peut jamais laisser. Tout simplement parce que l'esprit de surprise y est total.
On est là en confiance, dans son fauteuil, à tourner les pages, à regarder les images animées 25 fois par seconde sur l'écran. On est déjà content d'être là, séduit par les mots, l'intrigue, le style, la plastique de l'actrice... Et puis d'un seul coup, badaboum, on s'est fait eu !
Ca peut tenir en une phrase ou en une image. Il se peut aussi que ce soient tous ce qui s'est accumulé depuis le début, comprimé comme un ressort, qui à cette occasion se détende d'un seul coup pour nous péter à la figure. Dans un éclat de rire, une boule dans la gorge, un sentiment de vertige, une bouffée de chaleur ou une sueur froide. Peut être bien tout ça à la fois.

Une vérité vient de passer.
Et comme toutes les vérités vraies, elle ne dure qu'un instant, s'enfuie à toutes jambes en nous tirant la langue. Mais ce n'est plus comme avant.

Lorsque j'ai vu In The Mood For Love je m'attendais à quelque chose comme cela.
C'était le moment pour ça, le genre de film, de sujet et de réalisateur pour ça. Ma vie paraissait coller au film, et...
Et rien ne s'est passé comme je l'avais prévu.
Ce n'est qu'à la fin du film que l'instant de vérité s'est formé. Peut être bien parce que Wong Kar Waï son réalisateur a raconté son histoire en filmant les interstices, les espaces, les creux de l'éternelle histoire d'un garçon qui rencontre une fille. Là ou finalement les choses se passent vraiment, s'élaborent et se réflechissent. Bien plus parfois que dans les discussions ou les actes, qui ne sont là que pour ponctuer tout ce qui se fabrique bien avant, sans qu'on s'en rende totalement compte.
Comme un puzzle, In The Mood For Love m'a offert une part de ma propre vérité bien après le générique de fin, en marchant dans la rue, en rentrant chez moi tard dans la nuit. Enfin, j'allais pouvoir dormir.

(titre)* : Thinking about all the things that had happened in the past,
he could no longer sleep. (extrait de "Duidao" de Liu Yichang , la nouvelle
ayant inspiré le film)

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