Et surtout c'est pas comme dans les séries télé ! Ah ben ça non.

Prenez l'exemple de la série Urgences par exemple.
LVN ne reculant devant aucun sacrifice a décidé de tester pour vous cette semaine les urgences Parisiennes.

Pour commencer ce n'est pas une ambulance qui -toutes sirènes hurlantes- s'est faufilée à travers les embouteillages Parisiens, n'hésitant pas à piétiner quelques manifestants attardés, quelques individus séchant leur dur labeur quotidien pour un moment de shopping, etc... Nan, nan, nan...
J'y suis allé tout seul aux urgences. C'est vrai que je n'avais pas besoin d'être intubé, transfusé, intra-veiné, masquàoxigèné, etc... Pas a peine de déranger un chauffeur de taxi blanc à sirène pour ça !

Une fois la porte des urgences franchie de ce grand hopital parisien, aucune marée humaine de blouses blanches, bleues ou vertes, aucune course d'auto-tamponneuse avec des brancards, aucuns râles ou gémissements de mourants ou de blessés souffrants dans d'atroces douleurs...
Aucuns cris impatients mais professionnels de médecins ou d'infirmières réclamant "une piqûre de dizenpotropéïne", "un cyclopneumatographe à oxygène sur roulette", "un dosage saccharo-hormonal à double hélicoïde en urgence avec un expresso pour moi merci..." et toutes ces choses exotiques qui agitent l'air hertzien encombré des urgences télé (et c'est hertzien de le dire).
Non, rien de tout ça...
Juste le zen antillais du bureau d'acceuil : "Bonjour, c'est pourquoi ?" (je vous laisse ajouter l'accent zen antillais, difficilement transcriptible à l'écrit.
"C'est pour des examens parce que je vais pas bien madame, et que mon médecin il m'a dit de venir vous voir sans trainer en route".
"Ah bon" me répond le zen antillais "je vais noter vos informations et puis vous verrez un médecin."

A ce stade on s'attend à... attendre.
Une fois les renseignement pris par Mme Zen Antillais, on se dit "Bon maintenant, elle va m'envoyer vers l'envers du décor, la vraie salle d'urgences, ou je vais attendre au milieu de dizaines d'amochés en tous genres pendant des heures qu'un médecin glisse sur une seringue oubliée sur le sol, et se rattrapant à mon brancard, s'aperçoive que -bon sang, celui là, depuis le temps qu'il est là il peut plus attendre, ou alors il pourra attendre éternellement."
Pas du tout.
A peine le dossier complété, voici une charmante infirmière qui m'emmène dans un bureau pour rassembler les premiers éléments me concernant. Je récite mon CV médical, ce qui m'amène ici en même temps que ma tension, ma température et autres mesures de signes vitaux sont digérés dans l'ordinateur. Elle me dit qu'il va falloir m'allonger et qu'ensuite on s'occupera de moi.
Mais je peux tenir debout que je lui répond.
"Taratata...", me répond elle "on ne va prendre aucun risque, vous vous allonger dans ce beau brancard de compétition avec boite automatique, 4 roues motrices pour que les infirmiers puissent un peu s'amuser avec vous".

Me voilà donc parti vers mon box comme sur des roulettes, piloté par le docteur Boubacar.
Même pas d'opération sauvage sur les brancards, d'électrochocs, d'héliotropine injectée entre l'ascenceur 3 et la salle de radiologie comme dans les séries télé. Pas de cris de paniques, genre "Poussez vous c'est une urgence" dès fois qu'on ait oublié le titre de la série.
Rien de tout ça, juste le docteur Boubacar qui me pousse tranquillement dans mon box perso rien que pour moi. Le premier docteur, il s'appelle toujours Dr Boubacar, ou Hazemi, ou Fati Al Asremh, ou N'guyen Loc... Ils coûtent moins chers et ils bossent aussi bien que les autres. Et s'ils gueulent parce qu'ils ne trouvent pas ça juste, tout le monde s'en fout, enfin surtout ceux qui pourraient les payer normalement.

Docteur Boubacar me fait répéter mon histoire.
Il décide des premières dispositions à prendre et part les valider avec Médecin chef. Il revient armé d'un ECG (électrocardiogramme, c'est fou ce qu'on apprend vite à causer le médical dans le texte quand on arrive aux urgences) et entreprend de savoir si ma breloque toque avec la régularité d'un coucou suisse.
Branchements multiples, tests... L'ECG indique que je meurs et renait à peu près toutes les 30 secondes, mais seulement du ventricule droit !!! "Il doit y avoir des parasites" me dit le Dr Boubacar !
Des parasites ???
Y a pas de parasites dans la série ! Sauf peut être des trucs bizarres ramenés de contrées lointaines par des explorateurs du Manhattan de la sixième dimension.
Dr Boubacar vérifie son ECG et finit par le faire fonctionner normalement. J'entend un peu les aiguilles qui grattent le papier au rythme des systoles. "Très bien" termine le Dr Boubacar, qui rentre toutes les infos dans l'ordinateur, "Je vais voir le médecin chef et on revient pour discuter avec vous de ce qu'il faudra faire."

Bon.

J'attend.

En effet.

Au bout d'un quart d'heure médecin chef revient avec le Dr Boubacar. Je répète mon histoire, répond à ses questions. Médecin Chef n'a pas l'air convaincu. J'ai l'habitude. A chaque fois que je vais voir un médecin, au départ ils ne croient jamais à ce que je leur dit. Au départ en tout cas...
Médecin Chef regarde les examens que j'ai amené avec moi et me dit "Bon, on va vérifier avec une analyse, je vous envois une infirmière pour une prise de sang, une perfusion et après on fera une radio".
Ainsi soit il. Me revoilà dans mon box jusqu'à ce que l'infirmière arrive.
Pardon, 2 infirmières !!!
Deux infirmières par malade et vous, vous vous étonnez du trou sans fond de la sécu ??? Et ben moi je vous dis, que c'est plus sympa d'avoir 2 infirmières avec qui discuter plutôt qu'une seule, et que le trou de la sécu, allongé sur mon brancard, j'en ai rien à talquer".
En fait tout s'explique, la première explique à la seconde ce qu'il faut faire. Je vais donc servir de cobaye !
C'est ça les urgences en fait ! C'est pas pour vous soigner vous, c'est pour que le personnel hospitalier se forme rapidement !
:-)

Bref.
D'abord la prise de sang. Mathilde, l'infirmière chef regarde mes bras. "Ah ben on voit bien vos veines, ça va être facile ! Vas y Madeleine, prépare le matériel, je te laisse faire".
Ca va être facile...
Un quart d'heure plus tard, j'ai 5 trous dans les 2 bras et la prise de sang n'est toujours pas faite malgré les efforts re-quintuplés de Madeleine et Mathilde. "Oh là là, mais c'est fou, j'ai jamais vu ça, vos veines se voient super bien, mais elles 'roulent' tellement qu'on arrive pas à vous piquer".
Je m'en étais aperçu !
Ca aussi c'est pas dans la série ! Jamais vu une infirmière foirer une prise de sang 5 fois de suite (ils auraient dû y penser, histoire de placeer 5 écrans pubs).
Les pauvres se confondent en excuses. Pas grave, je me suis toujours demandé quelle sensation on avait à être tranformé en écumoire. On rigole, on rigole, mais finalement la cinquième est la bonne, mon bras gauche consent enfin à vouloir donner un peu de son sang. Mission accomplie, il n'y a plus qu'à poser la perfusion, si jamais j'ai besoin de médicaments, ce sera déjà prêt à l'emploi.
C'est la nouvelle procédure.
Cette fois c'est bon du 1er coup, je n'ai plus qu'à être véhiculé par Mathilde et Madeleine jusqu'à la radio. Et à attendre les résultats de tout ça. Il y en a au moins pour une heure et demie d'analyse.

Le couloir des urgences n'est même pas encombré de partout pendant que j'attend.
En me tournant je vois un panneau marqué "Salle de déchocage" et j'entend à l'intérieur la voix du médecin chef qui crie "Violetta, tu m'entends Violetta !", quelques bruits de claques suivis de "Ouvre les yeux Violetta", "Comment tu t'appelles", "Lève la main", "Ouvre les yeux Violetta". D'autres bruits de claques pour essayer de maintenir Violetta éveillée.

Au bout de pas mal de temps revoilà Médecin Chef qui vient me voir avec les résultats.
Il est décontracté mais avec un petit air pinçé qu'il avait pas tout à l'heure.
"Euh, écoutez... Avec votre taux de Zirbondiflure à la Crème de Menthe révélé par l'analyse de sang, on va peut être vous garder. En tout cas, on va vous envoyer tout de suite passer un scanner pour être certain, parce que vraiment, ça fait beaucoup trop de Zirbondiflure. Et par rapport aux symptomes décrits il faut absolument savoir ce qu'il se passe. Il n'y a que le scanner qui nous le dira avec certitude".

Et zou, revoilà 2 infirmiers qui me font faire une course poursuite sur mon brancard, comme dans Urgences ce coup-ci !!! Pour de vrai. Comme à la télé, uh uh uh !
Ligne droite de la zone d'accueil en cinquième à fond. Rétrogradage et freinage de ouf' au virage des ascenseurs. Descente à fond au sous-sol, sortie de la chicane des portes de l'ascenseur en mordant sur les vibreurs. Accélération à faire péter les tours jusqu'à l'arrivée au stand de l'IRM.
Blocage des roues, les pneus du brancard fument. Les mécanos sont là et me font glisser sur le matelas de l'IRM.
Le mécano chef vient me voir et m'explique ce qui va se passer.
Un peu d'iode envoyé dans la perf, et me voilà englouti par le cyclotron à impulsions électromagnétiques qui entreprend de me découper le thorax en fines lamelles, même que ça fait pas mal et que ça ne se voit pas.

En quelques minutes, l'examen est terminé.
On me remet sur le brancard, et je sors des stands à une vitesse beaucoup plus raisonnable pour rejoindre mon box, d'ou j'entend -à côté- qu'on crie toujours après Violetta, mais qu'elle n'a plus l'air de se prendre des baffes dans la figure.
Et puis j'attend.

.../...

J'attend encore.

.../...

Finalement, médecin chef arrive en faisant des bonds de kangourou dans ma chambre.
Il me lance une bonne claque sur l'épaule et me dit "Le scanner est bon. Je suis super content pour vous, ah oui, je suis super content. Vous nous avez fait peur vous savez !".
Ah bon ?
Moi j'ai vraiment pas vu qu'ils avaient l'air d'avoir peur !
Il ajoute "Bon, excusez-moi, on a plein de monde qui vient d'arriver. Ca va être un peu long, le temps que je voie tout le monde et que je récupère tout votre dossier. Mais puisque les symptomes sont en voie de disparition et que le scanner est OK je vais pouvoir vous laisser rentrer chez vous. Ah je suis content répète t'il encore une fois".

A une heure du matin, je m'en vais.
Je remercie d'un petit signe ceux qui se sont occupés de moi en passant devant leur bureau. Ils me sourient.
En quittant la zone de soins, je croise une vieille dame allongée sur un brancard, inanimée. Ca n'a pas l'air d'aller très fort. Je pense "accroches toi mamie". Et je rentre chez moi.

urgences

Merci à vous tous de vos commentaires, mails, messages, et tout ça.
Vous pouvez être sûrs que ça a contribué à me réconforter.
Pendant une grosse dizaine de jours je ne pourrais faire que de courts passages sur le blog, mais je voulais que vous sachiez que -pendant que l'enquête médicale continue- je vais bien.
Merci encore à vous tous et toutes et à très bentôt.
Smacks ! :-)