Vivre à Singapour est le rêve de beaucoup de ceux qui ont eu l’occasion d’y aller. Alors : visite express du rêve.

Vous qui pestez quand vous prenez l’avion car entre la sortie de l’appareil à son arrivée et la sortie de l’aéroport, vous aurez mis autant de temps que le vol ? Soyez heureux ! Singapour est fait pour vous. Bien que l’aéroport soit du genre Super Size, il y  de fortes chances pour que vos bagages vous attendent déjà sur le tapis même si vous n’avez mis que 10 mn pour passer l’immigration ! D’ailleurs si ça vous tente, vous pouvez même y passer votre week end dans l’aéroport : moquette moche mais moelleuse, duty free illimité, restos, boutiques, douches, salles de sport, centre commerciaux à n’en plus finir… L’endroit idéal pour les agoraphobes !

Mais non !
Vous êtes venus à Singapour, c’est pas pour bloquer à l’arrivée à Changi Airport, même si un café « Délifrance » avec faux vrai-chic Parisien vous tend les bras tout en diffusant du Stone et Charden millésime 1976. Alors vous vous dirigez vers la file de taxis.

La encore, pas besoin d’attendre 20 minutes l’habituel chauffeur caractériel ayant transformé son taxi en chenil pour Rex son pitbull chéri. Le taxi Singapourien est sympathique, aimable et pas cher, ce qui ne gâte rien. Il prend le chemin le plus rapide ou le plus court suivant l’état du trafic et n’essaie pas de vous enrhumer au moment de la douloureuse.
De plus la déco intérieure est d’un modèle souvent inédit. Vous pouvez ainsi tomber sur un mélange détonnant : peluches et gadgets en pagaille sur le tableau de bord, et high tech partout avec téléphone blue tooth, mini écran 16 /9ème pour regarder quelques Mister Bean et j’en passe…
Enfin, même si vous avez une carte bancaire du Belouchistan oriental, il y a de fortes chances pour que vous puissiez payer votre taxi avec. Sinon, et ben, vous mettez le prix de la course sur la chambre d’hôtel et on en parle plus. Mais si c’est possible !

Vous voilà donc en route vers Singapore City.
Même en cas d’embouteillage, vous y serez rapidement. C’est pas immense non plus hein Singapour ! Une grosse île au bout de la péninsule de la Malaisie. A peine 4,5 millions d’habitants. Et puis le gouvernement limite le nombre de voitures sur cette petite île, ne vous avisez pas de vouloir en acheter une là-bas. Pire que les intégristes écolo de chez nous ! Elle vous coûtera le double du prix Français. Eh oui ! Tout n’est pas toujours moins cher à Singapour, mais on en reparlera plus tard.

Sur la route, vous vous apercevez que le vrai pays des Oompa Loompa n’est pas la chocolaterie de Charlie, mais Singapour. Entre les voies express et tout autour, des arbres, des massifs de fleurs (toujours en fleurs), et une herbe de hauteur réglementaire et immaculée ne sont salis par le moindre papier gras, emballage ou déchet… « Clean and Green » comme disent les Singapouriens ! Pourtant, si vous voyez les jardiniers, prenez une photo, c’est un phénomène rare. Un indice : les oompa loompa de la voirie de Singapour portent souvent des combinaisons rouges.

Saches-le cher lecteur LVNien, si tu as une phobie de la poussière, si tu regrettes la loi et l’ordre à l’ancienne, si tu es fan du pensionnat de Chavagnes et d’un monde heureux, et ordonné comme à Disneyland. Si tu rêves de te réveiller chaque matin pour une belle journée, dans un ciel bleu immaculé comme dans « The Truman Show », Singapour sera ton paradis.
Les voitures sont propres, les rues sont propres, les gens sont propres… Singapour c’est
la Suisse au niveau de l’équateur, d’ailleurs ils ont une marque d’eau minérale baptisée « Mountain Water ». Personnellement je n’ai pas encore vu les montagnes en question, mais ne nous arrêtons pas à si peu.


Certes il faut de l’argent, en tout cas au moins autant que pour passer des vacances à Paris, Londres ou New York, mais tout cela c’est des détails aussi. De toute façon Singapour s’en fout des pauvres, ils vivent à deux pas d’ici, en Malaisie, en Indonésie ou aux Philippines et fournissent les quotas extrêmement réglementés d’immigrants Oompa Loompa qui viennent y faire le petit personnel en contrat à durée déterminée avec un seul jour de congés par mois.
Singapour aime aussi le riche visiteur en contrat expatrié, ou en touriste, d’où qu’il vienne. Singapour n’est pas regardant sur l’origine de l’argent, pourvu qu’il arrive chez lui. Oui…
La Suisse encore. Le visiteur qui vient faire des affaires, jouer au golf, vivre dans l’air climatisé. Le visiteur habitué aux business class, à être « servi » vu qu’il paye pour ça. Et à se sentir en sécurité pour dépenser tout son bel argent, en bonne compagnie avec des gens comme lui/elle.

Moyennant quoi, cher visiteur, si tu es une fashion victim, ou un/une accro au shopping, Singapour est pour toi. Singapour c’est un supermarché géant, et pas grand-chose de plus en fait. En tout cas, tout est fait pour que tu en ais l’impression.
Te voilà donc parti à l’assaut de l’occupation préférée des Singapouriens : le shopping !
Reconnaissons le, si on aime il y a vraiment de quoi se faire plaisir !
Pour peu que tu décides de visiter tous les centres commerciaux sur Orchard Road ou ailleurs, prévoit raisonnablement une semaine à raison de 15 heures par jour avant de pouvoir en venir à bout. Et encore ! Pour ma part je n’ai jamais vu autant de boutiques Vuitton, Hermès, Fendi, Prada et tout ça alignées (proprement) les unes derrière les autres. Il faut aimer, c’est la seule condition. Mais quoiqu’il en soit pour résister à la fièvre acheteuse qui paraît contaminer toute la population n’oubliez pas de vous faire administrer un sérieux vaccin.
Cerise sur le gâteau. Au retour tu pourras te faire rembourser
la TVA locale en cash à l’aéroport. Mais comme tu ne sais pas quoi faire de ces derniers billets, bien sûr tu seras tenté d’aller les dépenser dans les duty free shops. Et le tour est joué.

Sinon, à part dépenser de l’argent, quoi faire à Singapour ?
On peut se poser la question.
Tu aimes la propreté alors tu aimeras te promener dans les beaux parcs « green and clean », dans le métro et les bus tout propres, manger dans les restaurants immaculés à toute heure, visiter les quartiers Chinois ou Indiens « anciens » tous ripolinés proprement qu’on dirait qu’ils ont été construits la veille, etc, etc… Tu aimeras aller t’éclater dans les bars à la déco impeccable et propre, pour y cotoyer des gens aussi beaux et propres que leurs comptes en banque, en écoutant de la musique nette et proprement jouée. C’est le moins qu’on puisse faire pour toi, et si on ne fait pas plus au moins on le fait très bien.

Tu peux sortir tard le soir sans risquer de mauvaises rencontres, laisser tes enfants se balader sans risque… Singapore is safe. D’ailleurs d’innombrables panneaux te guident pour t’éviter toute erreur : ne pas fumer ici, ne pas traverser là, ne pas manger à cet endroit, ne pas ceci ou cela… Singapour est beau et sent bon, et fait en sorte que tu n’oublies jamais de dire bonjour à la dame ou au monsieur. Les mêmes panneaux t’informent d’ailleurs du montant de la pénalité pour toute effraction au code de la bonne conduite : 120 dollars (environ 60 euros) si tu ne boucles pas ta ceinture passager, 400 si tu manges du Durian dans le métro, et ainsi de suite si tu ne tires pas la chasse d’eau, si tu jettes un papier gras, etc, etc…

Mais comme tu te plais à Singapour tu es donc du genre à comprendre tout à fait que les règles de s’imposent à tous, même de manière un peu insistante. Pas comme en France ou tout le monde n’en fait qu’à sa tête, ce pays de libertaires ingouvernables ! Pas étonnant que ça soit une telle panade là-bas, crois moi, on ferait bien de s’inspirer de ce qu’il se passe ici ! Au moins toute chose est à sa place, et après tout les châtiments corporels, ça en dissuaderait pas mal dans nos banlieues si ça existait…
Papa Singapour : son gouvernement, sa police, ses institutions, veillent à ce que ses enfants ne manquent jamais de rien pourvu qu’ils marchent tous en bon ordre et traversent toujours dans les clous. Cela donne des scènes parfois cocasses. Si comme moi, dans un salon vous vous mettez à distribuer un pauvre autocollant tout pourri, vous aurez la surprise de voir se former spontanément une queue longue de 100 mètres de Singapouriens à la fois avides et disciplinés. Tout ça pour un truc qui finira dans une poubelle.

Quoi ?
Bien sûr que oui ! C’est ça le bonheur !
Qu’est ce que vous croyiez !
Alors pour en profiter à ton tour et venir vivre à Singapour voici la marche à suivre.
Je te conseille de travailler dans une grande boite à vocation internationale. Quel que soit son activité, ce serait étonnant qu’elle n’ait pas de bureaux à Singapour. Ensuite tu n’as plus qu’à répondre qu’à quelques critères de base : aimer l’argent, être considéré comme un warrior dans ton boulot ou un jeune plein de potentiel presse citron, parler l’anglais, aimer le golf, les grosses voitures, les costumes Armani, la magouille pour payer tout moins cher aux frais de la compagnie, et tout ce qui te permet d’avoir l’air de quelqu’un kinenveu.
Tu rempliras ainsi tous les critères qui te permettront de vivre dans un paradis fait sur mesure pour toi, ou tu te sentiras à l’abri, avec rien que des gens qui pensent comme toi (les autres s’il y en a) seront ton personnel de maison, ou tes subordonnés au boulot).
Rassures toi, tu n’auras même pas besoin d’être imbuvable, pédant et arrogant en permanence. Au prix ou tu seras payé, tu pourras même te permettre d’être sympa.
Et ça, crois moi, ça ne sera pas du luxe.

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