Dans quelques mois à peine, dans quelques semaines L. saura.
L. prendra l'avion avec son mari. Ils partiront loin. Ils passeront le temps qu'il faut dans ce pays, tout là-bas. Ils y rencontreront pleins de gens. Ils auront des tas de choses à y faire, le plus souvent nécessaires, lentes, tatillonnes. Mais cela aussi c'est nécessaire.
Là-bas ils respireront un autre air, auront dans les yeux une lumière différente, d'autres sons dans les oreilles. La nourriture, les odeurs, seront différentes. Les gens, leurs façons de vivre aussi.
Ils seront ailleurs.

Après des années de vie, après un long parcours sinueux et parfois difficile, souvent contrariant, même douloureux... Après pleins de décisions, de changements, de retournements de situations... Après de nombreux moments de bonheur aussi... L. finira bien par y monter dans ce village loin là-bas.
C'est qu'il en aura fallu de la patience, de la volonté, et de l'amour aussi pour pouvoir y aller jusqu'à ce village.

Et puis L. en repartira, avec son mari ils quitteront cet endroit, peut être pour toujours.
Mais avec elle, L. emmènera un peu de ce village, un peu de son âme, de sa lumière, de son air, de ses sons, un peu des regards de tous ceux qui vivent là-bas.
Elle emmènera avec elle un trop plein de l'âme de ce village. Un tout petit trop plein ! Un trop plein minuscule mais qui prend trop de place là-bas. Trop de place pour qu'il soit possible de s'en occuper comme il faut.
Un trop plein qui déjà a besoin de se déverser, de trouver quelqu'un comme L. et son mari, d'en être aimé pour apprendre à se tenir debout puis marcher dans les rues et les sentiers d'un nouveau village, vers de nouveaux bras, de nouveaux visages, dans son nouveau pays. Ici.

Ils ne sont pas encore partis L. et son mari qu'on attend déjà qu'ils en reviennent de là-bas !
Ils devraient déjà en être revenus !
C'est que j'ai hâte de les revoir. C'est que j'ai hâte de montrer à leur bébé tous ces lieux, ces gens, ces choses, avec lesquelles j'ai fabriqué ce village mi-réel, mi-imaginaire qui est devenu mon chez moi.
Pour qu'il se sente chez lui aussi.

benettonmano