Ca s’empoigne de partout en ce moment.

La faute à une directive européenne qui demande aux membres de l’UE de légiférer sur les échanges de fichiers en peer to peer, avec en ligne de mire les enjeux liés au téléchargement de musique et de films.

Enfin la faute… Faut voir !

Quelques petits flash-backs.

Vous vous rappelez (peut être) de votre jeunesse de collégien et de lycéen, quand on s’échangeait des disques à enregistrer sur cassette ! Oui ! Les cassettes ! Un truc aussi antidéluvien qua la disquette de 1.44 Mb !

On échangeait un Peter Gabriel contre un AC/DC, un Lavilliers contre un Trust, un Steel Pulse contre un Specials, un Cure contre un Elvis Costello… On enregistrait une cassette de nos chansons romantiques préférées pour l’offrir à Fabienne, Marie-Pierre ou Sandra... Le walkman était un objet aussi luxe et frime que les premiers téléphones portables quelques années plus tard. Déjà, les industriels du disque pestaient contre ces copies, cet ignoble piratage qui détournait des « oeuuuuvres » musicales de la direction du tiroir caisse.
Sur les marchés, à l’étranger… la copie pirate en K7 industrielle tapait dans le tas du copyright sans vergogne ni remords.

Autre flash-back.

Vous vous rappelez l’époque des 1ers samples ! Chic, Grand Master Flash… Ray Parker Jr et son décalque d’une chanson de Huey Lewis dans la BO de Ghostbusters… Des procès en cascade pour plagiat, et rétribution des droits d’auteurs. Les dédommagements salés attribués par la justice faisaient qu’on achetait des disques avec des notices longues comme 3 bras pour créditer la moindre note samplée.

Il faut vivre avec son temps, aujourd’hui c’est le téléchargement qui fait réagir toujours les mêmes, pour exactement les mêmes raisons : le tiroir caisse.

Le Double Langage Technologique.

C’est amusant quand même de retracer le progrès technologique de ces dernières années par rapport aux industriels du disque, qui se sont trouvés être aussi les industriels de la technologie permettant de l’écouter. C’est ce qu’on appelle de la concentration verticale. En contrôlant toute la chaine depuis la création jusqu’au dernier utilisateur, je maîtrise beaucoup mieux les évolutions de mon métier et je peux la contrôler et la guider.

C’était la politique de Phillips, inventeur de la K7 et du CD et par ailleurs détenteur de nombreux labels de disques. C’était celle de Sony aussi, avec sa hi-fi, ses Walkman et la possession plus que volumineuse de catalogues musicaux extensifs.

Philips en plus de produire le matériel et les supports était aussi propriétaire d’un nombre fabuleux de titres et d’artistes : Decca, Mercury, Fontana, Island, Polydor. Avant de revendre cette activité à Universal (25% du marché de la musique à lui seul) quelques années plus tard.

Sony, grand fabricant d’électronique de loisirs, s’est également lancé dans une politique de rachats de labels intensive : Columbia, Epic, BMG. Toute cette musique qui finalement ne représente qu’à peine 10% du chiffre total des ventes de Sony Corp. lui sert pourtant de support stratégique pour que son activité électronique de loisirs puisse représenter 66% de son chiffre de vente.

Quoi ?

Vous pensez que ceux qui râlaient hier et râlent aujourd’hui sur la copie privée étaient les mêmes que ceux qui profitaient en premier du système grâce à la vente du contenant (les appareils de lecture et d’enregistrement, et les supports le permettant, K7, Cd, Md, VHS…) ainsi que du contenu artistique ? Rhooo, les mauvaises pensées que voilà !

Mais la donne a changé avec internet.
Voici que débarque Microsoft et Média Player, Apple et ITunes… Leurs propriétaires, Bill Gates, Steve Jobs et les autres ne sont pas des industriels du disque à proprement parler. Ils sont les heureux bénéficiaires d’une technologie qui remet en cause les supports habituels et leurs permettent d’exercer d’importantes pressions sur les acteurs historiques du secteur.

Ne vous y trompez pas. Derrière la chasse aux internautes téléchargeurs, derrière les tentatives de législation, derrière les coups de pub des artistes « pour » ou « contre » le téléchargement, la vraie bataille et les vrais enjeux sont entre ces anciens et ces modernes.

Les nouveaux n’ont que des raisons de se réjouir. A eux la vente des PC et des zinzins technos pour fabriquer, échanger et écouter du mp3. Avec toujours le même souci de pseudo transparence attrape-couillons -oups !- consommateur.
Achetez de la musique chez Apple sur Itunes et essayez de l’écouter correctement sur autre chose qu’un Ipod! Microsoft lui a été condamné pour abus de position dominante en refusant de ne pas rendre incontournable le logiciel Real Player sur les PC Windows. Sony de son côté, également constructeur de PC développe également sa propre norme de fichiers qu’on retrouve sur ses lecteurs Md/mp3.

Ce n’est pas de la concurrence, c’est du verrouillage de clientèle.
Mais la copie privée elle paraît avoir le don de réveiller la philantropie des industriels qu’on attend en vain sur leurs produits.
Et puisque le contenu vient à eux grâce à tous les internautes qui numérisent leurs musique ils n’ont même pas besoin de se charger du boulot des anciens : détenir des catalogues musicaux importants, gérer les contrats des artistes, produire les Cd et les distribuer sur la planète entière, financer le très cher marketing de la musique (promo, clips, tournées, pub, presse, tv, radios…). Ca, c’est laissé aux anciens, aux industriels du disque, aux Universal, Sony (encore eux), et aux myriades de petits labels qui font le boulot de recherche et de découverte indispensable.

Au contraire même ! Les industriels du web et du numérique s’enrichissent un peu plus en mettant au point et en vendant les fameux DRM (Digital Rights Management), ces logiciels de protection qui font que tu ne peux pas écouter tes Cd sur ton autoradio, ou ne pas faire de copie privée alors que c’est un droit pourtant reconnu en France.
D’ailleurs plutôt que des DRM, il faudrait plutôt parler des dispositifs de contrôle d’usage (DCU) dont le champ d’action est bien plus étendu que ces fameux DRM. Mais je reviendrai là-dessus plus tard.

De cette guerre économique là, toi le téléchargeur maudit, on ne t’en diras rien. Cela ne concerne que les conseils d’administration des « majors » du bien culturel ou de l’électronique, et du jeu des alliances ou affrontements boursier qui se tiennent dans les pages saumon du Figaro ou du F.T.
Et les mêmes forment des groupes de pression pour que la notion de « bien culturel » soit revue à la baisse et leur permette de faire de la musique, du film ou du livre un produit qui n’ai rien de différent d’un kilo de bananes, une boite de vis, ou une fourchette.
D’un autre côté, les mêmes toujours, sont par contre très crispés sur la notion de copyright et de droit de propriété sur les œuvres culturelles dès qu’il faut en discuter à l’OMC, à Bruxelles ou à l’assemblée nationale.

Tu m’étonnes John !

(à suivre demain)

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