A la demande générale de Samantdi qui a bien aimé mon post sur la croissance, voici le nouveau petit cours de LVN, sur cette idée étrange de décroissance.

Comme ça à première vue, l’idée de décroissance fout les jetons. Ca sent la crise, la ruine, la faillite, la banqueroute, la pauvreté. Brrr, d’un seul coup il fait froid ici !
Mais l’idée de décroissance est à mettre en parallèle avec la fin de la pensée selon laquelle les richesses naturelles sont inépuisables et que les sources de profits qu’on peut en retirer le sont également.
Le sommet de Rio (si tu vas à…) avait fait naître au grand jour la notion de développement durable dans lequel le développement de l’humanité doit aller de pair avec l’entretien et la préservation des ressources naturelles : ne pas polluer l’eau plus vite qu’elle ne peut se régénérer, ne pas bouffer les poissons avant qu’ils ne se soient reproduits en quantité suffisante, etc…

L’idée est toute simple en fait. Plutôt que de gaspiller nos ressources (en eau, en poissons, etc…) jusqu’à risquer de les éteindre totalement (la mer d’Aral, les anchois ou les baleines par exemple), il est important d’en gaspiller moins. Qui dit moins gaspiller, dit moins (ou mieux si on préfère) consommer, donc provoquer un phénomène de décroissance la ou il y a surexploitation.
On interdit aux pêcheurs de pécher telle ou telle espèce, on introduit des quotas, les pêcheurs restent au port et au chômage, les prix augmentent car il n’y a plus d’abondance, les états essaient de tricher avec les régulations proposées… voilà quelques exemples de conséquences d’un processus de décroissance.
Mais si la ressource vient à disparaître à force d’exploitation non régulée, à quel genre de décroissance faudra t’il s’attendre ?

Gouverner c’est prévoir. L’état intervient pour investir dans des projets économiques. Mais il peut tout autant intervenir pour « décroitre ». Généralement il le fait quand il est trop tard (plan sur la sidérurgie, le textile ou les mines en France).
Plus rarement afin de "gérer" un secteur économique. Toujours le même exemple : corriger et compenser la course à la productivité des pêcheurs d’anchois avant qu’il ne soit trop tard.
Mais bouh, l’état intervenir dans l’économie ? Pouacre disent les libéraux !
On retombe sur l’idée d’une croissance qualitative plutôt que quantitative, ce que certains ont baptisé « croissance zéro ».

Un autre exemple ou la décroissance peut s’avérer un bienfait ?
Prenons l’exemple de ces pays du sud, ne disposant pas de main d’œuvre qualifiée, de secteur économique fort, ni de liquidités financières importantes. Oui, oui, ça fait du monde tout ça !
Les institutions internationales et les pays riches les encouragent à se concentrer, à se spécialiser dans une ou plusieurs monocultures : faites du café, du cacao, du sucre… On vous subventionnera, c'est-à-dire on vous prêtera de l’argent en échange d’autre chose (concessions pétrolières par exemple).
Ce n’est pas par bonté d’âme mais plutôt parce que Le Canada, la Suisse ne vont pas s’énerver à être plus concurrentiel que la Côte d’Ivoire ou le Costa Rica pour produire des bananes par exemple !

Pour stimuler la croissance de leur nation, les pays du sud se lancent donc dans une monoculture exportatrice. Ce qui, sur les marchés internationaux, leur permet d’obtenir des devises en échange de leurs exportations.
En apparence tout va bien !

Sauf que l’argent investi dans la monoculture de la banane entraîne un affaiblissement des autres secteurs. La population se déplace vers la monoculture attirée par les emplois et les salaires plus sûrs, elle abandonne d’autres activités agricoles vivrières, ainsi que tout le tissu marchand et artisanal qui l’accompagnait.
Les besoins que pouvait couvrir pour lui-même le pays (autres cultures vivrières, élevage, secteur marchand) doivent maintenant être couverts en ayant de plus en plus recours à l’importation.
Et c'est qu'il faut en vendre des bananes pour répondre à ces nouveaux besoins !!!
L’état fait donc appel au crédit international pour trouver de nouvelles liquidités et augmenter la productivité du pays en bananes, la seule rémunératrice. Il renforce donc le cycle de dépendance à sa monoculture.
Mais la seule chose qui n’est pas extensible, c’est l’estomac des consommateurs. De surproduction en surproduction, la course à la « krouassance banane » finit par atteindre son seuil maximum.

Pour tous les pays producteurs de banane qui se tirent la bourre à la survie, la catastrophe annoncée arrive : crise de surproduction.
Les pays acheteurs et distributeurs  spéculent à la baisse, et mettent à genoux les pays producteurs par la vente à perte. Alors que d’un autre côté ils touchent également les intérêts de l’argent prêté pour constituer cette monoculture ainsi que les profits nés des importations rendues encore plus nécessaires. Les pays les plus riches déversent ainsi leurs surplus agricoles dans les pays favorisant la monoculture, en étant eux-même abrités derrières des politiques protectrices comme la PAC.

Mais vous et moi on ne mange pas que des bananes, on ne sait plus quoi en faire de ces bananes, le marché banane s’écroule sous son propre poids. C’est la ruine ! D’autant plus que la monoculture par son effet destructeur sur les autres activités a supprimé celles qui auraient permis d’amortir le choc et qu’il faut en plus rembourser les emprunts toujours plus importants qui alourdissent la dette.

Après il serait intéressant de raconter la façon dont interviennent les « experts » du FMI pour « sauver la situation » et qui très souvent n’ont fait que provoquer écroulement social, misère, famine et guerres dont on s’étonne dans les journaux (mais c’est l’Afrique hein ! Ils sont pas vraiment « adultes » ces gens là !!!). Ce sera pour une autre note.

Si vous voulez lire un bon traité économique là-dessus je vous conseille « Obélix et Compagnie ». « Farpaitement » tout y est ! Il suffit de remplacer les mots dollars par sesterce. On y raconte la monoculture du menhir, l’influence de l’état Romain et des élites très intelligentes et très stupides à la fois (« moi y en a t’expliquer »), le marketing d’un produit inutile, le comportement irrationnel des consommateurs (ils sont fous ces romains) et des producteurs (« il est frais mon menhir il est frais »), la fuite en avant par le crédit (la création de monnaie) et le bim boum badaboum final. Sauf que c’est vachement plus rigolo que mon post.

Comme quoi il vaut mieux gérer au plus juste un processus de décroissance, plutôt que d’arriver à ce moment de décroissance forcée qu’on appelle crise économique. Malheureusement, ceux qui retirent le plus de profits des politiques de croissances dirigées, sont aussi ceux qui ont les moyens de s’en préserver au moment ou ça commence à sentir le roussi.

Enfin, si vous trouvez normal que certains aient pour souci d’acheter une troisième voiture pour remplir un garage plus grand que leur maison, alors que d’autres n’ont que le choix de quitter leur pays pour ramasser nos poubelles, peut être que le concept de décroissance vous restera totalement hermétique. Encore une fois, le partage de la richesse est au cœur du problème.

andyglodswotrhy10