L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

29 juillet 2005

Le Petit Nécessaire de l'Eté.

Voilà l'été, voilà l'été...
On ne pourra pas dire qu'on a pas été prévenus.

Chaque année, c'est le même rituel dans tous les magazines féminins (et aussi masculins, voire masculins pour hommes seulement). A 6 mois : démarrez votre régime minceur pour l'été. A 3 mois : soyez en forme sur la plage, 10 kilos en moins sans efforts. A 2 mois : régime express, perdez 5 kilos en un clin d'oeil. A 1 mois : mode de l'été - comment vous mettre en valeur sur la plage quelquesoit votre style. A 0 mois : notre grand sondage, les hommes préfèrent les rondes.
Ah la la, que de souffrances morales (et parfois physiques) endurées pendant de longs mois, la plupart du temps en vain.

Mais hélas, ça ne s'arrête pas là !
Je passe rapidement sur ce qu'on appelle le sportif de "Pâques", surnommé ainsi pour sa re (re-re-re-re...) découverte annuelle et rituelle du jogging précisément à cette période de l'année. Les trottoirs et les parcs sont alors soudainement envahis d'une nuée de coureurs rougeoyants, exténués, essouflés... Dans un état pitoyable. Ca dure quelques semaines et puis c'est fini jusqu'à l'année suivante.

Il y a aussi le terrible moment des soldes, et l'essayage du nouveau maillot de bain, du top trop court, du pantacourt taille basse (un short quoi), ou de toute autre fringue dont le but est de laisser transparaître un peu de peau sous le prétexte inverse qui consiste à l'habiller.
Mais si !
Vous savez cet endroit merveilleux !
On fait d'abord la queue à attendre qu'un de ces bocaux se libère. Quand -enfin- c'est possible on entre dans un espace riquiqui qui conviendrait à un pygmée atteint de nanisme. On essaie le dit maillot de bain, éclairé par de magnifiques néons qui mettent le paquet pour vous convaincre d'aller passer vos vacances au Nunavut parmi les orignals et les esquimaux.

Il y a aussi l'épreuve du poil.
Nombreuses sont les femmes (et quelques hommes aussi il faut le souligner) n'ayant de cesse de passer entre les mains du serial killer Epilator, pour pouvoir partir en vacances. Mais inutile de remuer des souvenirs douloureux, je vous vois en train de grimacer à l'évocation de ces moments terribles.
C'est que pour tous ceux-celles là, il est impensable d'exposer ses gambettes de yéti sur une plage et de risquer ainsi de ne pas trouver "votre partenaire libidinal idéal" (dès que vous aurez fini ce jeu test de l'été).

L'épreuve complémentaire du poil consiste à se faire faire une coupe de cheveux. C'est à dire à se faire expédier pour 30 euros par un apprenti capilliculteur d'un "j'ai fait court parce que c'est l'été, et pi ça repousse de toute façon".

Vous vous croyez prêt ?
Malheureux !
Vous oubliez pourtant l'essentiel !!!

Pas question d'arriver en vacances sans être déjà bronzé !!
Non mais !
Vous voulez avoir l'air d'un plouc qui débarque, d'un "congé payé" façon 1936 ? Et puis quoi encore ! Il faut que ça le fasse, et ça le fera !
Aller... En route pour vous allonger dans l'un de ces frigos horizontaux, le temps de quelques séances, et vous ressemblerez à France Roche ou Amanda Lear avec 10 ans de moins.
Ca vous laisse quand même quelques années pour économiser le botox ou faire le figurant chez Nip & Tuck.

Aller zou.
En route vers les vacances maintenant ! A vous les joies des coups de soleil, des piqûres de moustiques, des crises d'eczéma et d'urticaire, des allergies au pollen. Et une rencontre avec votre "meilleur partenaire libidinal" à la pharmacie du coin.

post28juil3

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28 juillet 2005

Les Festivaux de l'Eté.

Ben oui... un festival, des festivaux !

L'été c'est la période des festivaux. Y en a plein partout en été, j'ai entendu qu'il y en avait jusqu'à 1500 par an. Mais l'été c'est la débauche de festivaux, comme c'est la débauche de concours de boules et de Miss T Shirt mouillés dans les campings, la débauche d'articles sur le sexe dans les journaux, la débauche de coups de soleil sur les peaux d'harengs Anglichons, Hollandois ou Germaniaques (n'oublions pas les Françoyens)... Car oui, qu'on se le dise, si vous ne vous débauchez pas en été, c'est que vous n'êtes pas des vrais vacanciers.

Le vrai vacancier va donc les festivaux.
Il y a ceux qui vont taquiner la vachette au Festival itinérant d'Intervilles, au cas ou il leur resterait encore un peu trop de rabiot dans leur cerveau disponible. Passé 12 ans, quand même, Interville c'est plus très raisonnable.
A l'autre bout du spectre Festivalien, il y a celui qui va aux Chorégies d'Orange ou au Festival d'Avignon. Soit c'est un passionné qui n'hésite pas dormir sous la tente en costume de soirée pendant 15 jours d'affilée (ça coûte ces festivaux là), soit c'est le propriétaire d'un modeste domaine dans le Lubéron.
Cette année Avignon c'était marrant, les 2 nouveaux programmateurs ont fait table rase du passé, ignorant les valeurs sûres, se donnant le baton pour se faire battre à l'avance. Ce qui n'a pas manqué d'arriver, la nouveauté pour la nouveauté n'étant pas forcément synonyme de talent.

Et puis il y a des festivaux de tout.
C'est que chaque région, chaque canton, chaque ville, chaque lieu-dit même veut et exige son festival, qui doit lui amener pléthore de touristes débonnaires en manque de sandwich au jambon Olida de pays, de petit vin goutu qui arrache l'oesophage, de crème glacé à 6 Euros pour les monstres...
Que voulez-vous, ça paye l'entretien du sentier du littoral, la création du blog municipal, ou les ventilateurs pour la maison de retraite...

C'est comme ça que le confidentiel Festival des Vieilles Charrues est passé de l'underground total à prévoir une ouverture par Johnny Halliday l'année prochaine. On arrête pas un festival qui marche !
On trouve d'ailleurs toutes sortes de festivaux : le festival Néanderthalien de Pierrafeu sur Garonne, le festival des Fleurs de Pussac sous Merdouille, le festival de la ville de la jeunesse à Cannes, ou le festival des pompiers en Corse...
Ami lecteur, toi qui n'est pas encore parti en vacances, et qui craint l'ennui de ne rien faire, rassures-toi ! Il y aura au moins une bonne douzaine de festivaux qui vont t'attendre de pied ferme. Et je ne te parle même pas des marchés, des fêtes à la crevette, des vides-greniers, des animations nocturnes chez Leclerc (y a toujours des merguez à gagner).
Si vraiment tu t'ennuies pendant tes vacances c'est que tu le fais exprès !

Ceci dit, je ne devrais pas me moquer, parce que j'y ai participé en plus, moi... à des festivaux.

festival

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27 juillet 2005

Tube de l'Eté.

C’est moins rigolo les Tubes de l’Eté maintenant que ça fait l’objet d’études de marchés, de matraquages pubs, de sponsoring télé et autres marques attrapes couillons. Plus marrant du tout, plus aucun effet de surprise ! Le tube de l’été des années 90 et 2000 ressemble à un poisson pané qu’un odieux bistrotier du vieux port essaie de vous faire prendre pour une bouillabaisse maison.

C’est sûr que déjà avant, chaque maison de disque essayait de le dégoter son tube de l’été. C’était la garantie de confortables ventes à base de 45 tours, la gloire éphémère et instantanée pour les oubliables auteurs de la chanson inoubliable.

Qui se souvient encore des auteurs de « Pop Corn », qu’Adélaïde était chanté par Arnold Turboust et Zabou, d’Hervé Christiani l’auteur éternel de « Il est libre Max », ou du terrifiant « Elle Imagine » par Nacash (ça ne s’invente pas !).

Le tube de l’été a aussi – heureusement ? – mis à l’honneur quelques valeurs sûres : Rita Mitsouko, Polnareff, Bashung, Daho… et quelques affreux crampons de la chanson Fraaançaiiiise : Lenorman, Goldman, Florent Pagny, enfin bref vous voyez de qui je parle.

Le marketage à mort des tubes de l’été d’aujourd’hui a au moins le mérite de dissuader les marchands de lessive disques de prendre trop de risque avec des tubes au potentiel pas assez affirmé par les études de marché. Par exemple, il y a de fortes chances qu’on échappe à une tsunami médiatique pour faire un tube de l’été à partir de… Vincent Delerm ?

Mais on ne sait jamais !

Car ce salaud de public, parfois se permet des libertés avec les sous-lambada dont on le gave ! Finalement, on ne sait pas bien ce qui finit par faire un tube d’une chanson. Tout cela reste bien mystérieux.

Les archives familiales attestent qu’en ce qui me concerne, mon premier tube de l’été aurait été un titre de France Gall, qui faisait frétiller d’aise mes petons de 2 ans sur la plage de Paramé. Cette révélation fut bien dure à supporter, mais ce n’est rien à côté de certains de mes amis dont le 1er disque acheté fut Daniel Guichard.

Il faut s’y faire, l’être humain a une énorme capacité à oublier les tubes de l’été.

Parfois pour de bonnes raisons : il grandit, il éduque la musicalité de son oreille en passant de Cookie Dingler à Motorhead. Ou bien, il veut absolument oublier cette Charlotte qui lui brisa le cœur alors qu’ils s’étaient rencontré sur un « I’m Not In Love » de 10CC pourtant prémonitoire. Il est même possible qu’il soit devenu sourd à force d’écouter « Ca Plane Pour Moi » de Plastic Bertrand, le belge au cerveau en gelée.

Mais certains tubes résistent à tout.

Dans notre for intérieur certains d'entre eux dépassent même ce statut pourtant enviable et quasi mythique.

La chanson passe le mur du son et devient pour celui ou celle qui l’a adopté bien plus que 3mn.40sec. de madeleine proustienne, de nostalgie et de bonheur à se remémorer. C’est un peu plus que ça.

La chanson devient inaltérable, et même le temps qui passe n’enlève rien à sa magie. Au contraire même !

Souvent, je crois que c’est parce qu’elle sait souffler le chaud et le froid : elle est triste mais pas seulement, ou joyeuse mais pas uniquement. Elle transbahute avec elle tous les sentiments contradictoires et les évènements qui nous fabriquent. Elle touille en notes de musique toutes les combinaisons possibles qu’échafaude notre pensée, et nous la livre en un condensé équilibriste de 2 couplets et 3 refrains.

Les tubes et ces chansons là, c’est comme les connaissances et les amis. Les premiers demeurent nombreux et changeants, les seconds s'avèrent rares et précieux.

Pour autant que je m’en souvienne, la première chanson à avoir atteint chez moi cette sorte d’himalaya, je la dois à Françoise Hardy, qui en a fait tant d'autres de belles chansons.

Elle dit :

Mais si tu crois un jour que tu m'aimes
Ne crois pas que tes souvenirs me gênent
Et cours, cours jusqu'à perdre haleine
Viens me retrouver
Si tu crois un jour que tu m'aimes
Et si ce jour-là tu as de la peine
A trouver où tous ces chemins te mènent
Viens me retrouver
Si le dégoût de la vie vient en toi
Si la paresse de la vie
S'installe en toi
Pense à moi
Pense à moi

francoisehardyfront

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26 juillet 2005

Take The A' Train

Cette note est indirectement suggérée par Anastomoses, et par le départ en vacances qui approche.

C’était une de ces années bizarres, de ces vacances bizarres que connaissent les enfants qui débutent dans le domaine dit des « familles recomposées ». Recomposé n’est d’ailleurs pas le bon terme, séparé tout simplement convenait mieux.

Pour les vacances d’été, il avait été convenu que ma petite sœur et moi nous irions rejoindre nos grands-parents qui chaque année prenaient leurs vacances d’été à Chamonix. Financièrement c’était le seul moyen possible pour partir en vacances, ce qui faisait de moi un privilégié par rapport à Claude, Antoine ou d’autres amis d’enfance qui eux ne partaient jamais l’été.

Pour l’occasion notre mère et ma marraine s’étaient fendues d’une enveloppe exceptionnelle contenant de l’argent de poche, pour que nous puissions nous amuser là-bas pendant 1 mois. J’imagine que ma mère devait être triste de ne pas pouvoir partir en vacances avec nous, et qu’elle voulait nous octroyer un chouchoutage compensatoire à son absence. Il y avait peut être 400 Francs, ce qui représentait vraiment beaucoup d’argent, en tout cas bien plus que ce que je n’avais jamais reçu de toute ma courte existence.

En tant qu’aîné j’avais la responsabilité d’être le banquier de ce trésor. J’avais gardé l’argent dans son enveloppe, et inquiet de pouvoir perdre une telle somme, je la portais toujours contre moi, dans une poche. Et tous les quarts d’heure, pris d’une inquiétude soudaine, je vérifiais que l’enveloppe était là, bien là, toujours là.

Nous avions chacun une petite valise contenant nos affaires et un sac à dos avec des sandwiches, de l’eau et de la lecture pour le voyage. De ces valises en carton bouilli qui avaient dû servir aux vacances de mes grands-parents il y a bien longtemps, le modèle Linda de Suza. De ces sacs à dos modèle tyrolien qui résiste à tout.

Le jour J à la gare, le train était là, qui semblait ne plus attendre que nous. Comme c’était les grands départs de l’été, la SNCF utilisait encore beaucoup ses vieux trains, ceux que j’allais retrouver 10 ans plus tard en tant que transport officiel de trouffions.

Nous étions dans le compartiment classique couleur vert bouteille, avec des banquettes en moleskine marron. Des photos en noir et blanc de « nos beaux paysages de France » ornaient les cloisons à l'intérieur de cadres en aciers inviolables.

Notre mère nous fit de gros bisous accompagnés des ultimes recommandations d’usage (ne pas suivre les inconnus, en cas de souci demander à parler au contrôleur, être bien sage, surtout avec Papie et Mamie, et lui écrire des lettres et des cartes postales). Elle était sans doute attentive à dissimuler la tristesse de nous laisser, et nous du haut de nos 11 et 8 ans respectifs nous étions surtout excités par ce premier grand voyage en solo, loin, sans la surveillance des adultes, en train en plus !

Alors nous voilà partis.

Le but du jeu est d’occuper les places côté fenêtre. Pas question de faire un voyage en train tout seuls sans pouvoir profiter du paysage. Alors on profite ! Mais au bout de quelques heures le temps commence à paraître un peu long. C’était pas des TGV ces trains ! Et on en avait pour toute la journée à arriver à Chamonix. Alors la faim commence à nous tirailler l’estomac. Je plonge dans le sac à dos afin d’en ressortir les sandwiches soigneusement enveloppés dans du papier alu et les fruits prévus à cet effet. Ouais… Bon... Bof… !

Je regarde ma petite sœur : « Dis, et si on allait manger au wagon restaurant ? ».

C’est que les voyages et les vacances ça creuse !

Et puis si on voyage seuls comme les grands alors c’est qu’on a le droit de tout faire comme eux.

Elle me dit « Oh oui ! » comme si elle n’avait rien mangé depuis 3 mois et qu’en plus elle avit le droit de faire une délicieuse bêtise.

Alors ni une, ni deux, nous voilà tous les deux en train de remonter les wagons jusqu’au wagon restaurant. Autant dire une zone interdite et réservé aux adultes, et qui plus est aux adultes avec des sous. Un wagon restaurant je n’avais jamais fait plus que de le traverser pour rejoindre l’autre partie du train. Mais cette fois, c’est pas pareil. On peut faire ce qu’on veut. « C’est nous qui choisit ».

Alors on entre, avec un sentiment sacrilège. Il y a des tables couvertes de nappes blanches qui sont encore libres, et un garçon s’approche de nous et très sérieusement nous demande « Vous voulez déjeuner ? ».

C’est l’instant de la dernière hésitation, le dernier moment pour faire machine arrière. Mais le train nous emmène en vacances lui, alors je répond « Oui, on voudrait déjeuner » en vérifiant machinalement la présence de l’enveloppe dans ma poche.

Imperturbable, le garçon nous installe à une table (près de la fenêtre, voilà quelqu’un de psychologue). Et il nous apporte le menu.

Bon évidemment, je me doutais bien que les prix seraient différents des Smarties à la boulangerie. C’est le cas !

Mais on s’en fiche un peu. On est en vacances. On est les maîtres du monde avec notre argent de poche. On a faim. Et on a répondu « oui » au serveur alors c’est trop tard.

Du coup, ma sœur et moi épluchons consciencieusement le menu. Et là, miracle des miracles, il y a des steacks frites au menu ! La grande classe internationale !!! Alléluia !!! Allah est grand !!!

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire nous voilà attablés devant 2 énormes steacks grillés servis avec un peu de beurre persillé et accompagnés d’une méga portion de vraies frites (le serveur a dû filer la consigne au cuisinier). C’est plus des vacances, c’est le paradis !

Sur notre lancée on s’enfile même un dessert (une crème caramel pour moi). Miam !

Il n’y a pas à dire, dans un wagon restaurant, le trajet passe plus vite, les paysages sont plus beaux, le départ en vacances est plus joyeux même si il ponctionne la moitié de l’argent de poche que nous avions au départ du train.

Il faudra juste qu’on se débrouille pour dissimuler aux grands parents cette dépense d’un luxe inouï qui risque de nous valoir quelques bonnes engueulades. Tiens d’ailleurs, le secret a été bien gardé. A cette date personne dans la famille ne connaît cette histoire !

wagon_restaurant

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25 juillet 2005

Aller Poupou !

Ayé, "Lance FierABras" a gagné son 7ème Tour de France. Il a remercié tout le monde, et notamment ses "médecins"... Félicitations Lance !

Le Tour de France exerce -presque malgré moi- une fascination que je ne m'explique pas totalement.

Tout petiot, on en était dans les dernières années d'Eddy Merckx le cannibale, qui voulait tout gagner, et qui d'ailleurs gagnait tout. La France se consolait avec Poupou, l'éternel second en perdant magnifiquement ringard.
Les coureurs cyclistes se dopaient déjà mais sans recours à des budgets en recherche médicale aussi important que le programme spatial européen. Les coureurs portaient des maillots d'un mauve ou d'un rose écoeurant, avec Miko marqué dessus en gros. Ils arboraient de ridicules petites casquettes en tissu, leur faisant une tête d'hydrocéphale façon C-Jérôme. Les interviews paraissaient révéler que la dite tête ne contenait pas grand-chose. Mais il ne faut pas oublier qu'à ce moment, le coureur moyen était payé avec un lance pierre, et qu'il avait rarement eu l'occasion d'aller au delà du certificat d'étude. "Forçat de la route" les avait nommé Antoine Blondin. En plus ils devaient supporter Yvette Horner et son accordéon, embarquée dans une voiture pour leur seriner du musette pendant toute l'étape !

Plus grand chose à voir avec les pharmacies ambulantes qui chaque année vont de plus en plus vite, avec des vélos profilés en titane-carbone testés en soufflerie, avec des casques top fun et aérodynamiques...
Avec les podiums design ou Miss Camping La Clusaz remet un maillot à pois rouge, que c'est certainement le seul moyen d'habiller quelqu'un avec de gros pois rouge comme ça, sauf à bosser comme clown dans un cirque !
Avec les reportages aux plans tellement recherchés, que je m'attend pour l'année prochaine à l'arrivée d'une caméra endoscopique qui suivra le trajet du sandwich à l'intérieur du corps du cycliste.
Avec les journalistes du Tour, les plus crétinissimes qui soient, en pleine autoparodie et d'une complaisance rare y compris dans leurs critiques (qui pèsent toujours moins lourd que le budget annuel consacré à "l'évènement" par la télé).

Je reste stupéfait par la ferveur que génère le tour !
Voir des gugusses en casquette, bermuda, tongs et chaussettes de tennis courir en marche arrière devant les coureurs dans les cols de montagne, frisant l'apoplexie et l'arrêt cardiaque (c'est le seul moment de l'année qui les amène à courir) me laisse sans voix.
Plus le temps passe, plus les coureurs passent vite, moins les spectateurs ont le temps de les "entrapercevoir", plus il y a de monde !!!
Pour moi, le Tour de France est ce soporifique de l'été qui permet à ma grand-mère qui ne bouge plus beaucoup de redécouvrir des lieux ou elle aura peu de chances de retourner. Le Tour de France est une récré pour le 3ème âge ! Rien que pour ça, les coureurs méritent notre respect.

Il faut que je me fasse vraiment à l'idée que désormais le sport de compétition -n'importe quel sport- est avant tout un business. Ce qui a toujours été le cas. Mais qu'on n'y tolère plus du tout le facteur humain, le grain de sable, la part d'innatendu et de contre nature, l'outsider qui y enfin ajoute notre part de rêve non pré-fabriquée et non-sponsorisée.

Alors Lance PetitBrasMusclé peut bien gagner 450 tours de France d'affilée, on s'en fout. Ce ne sont plus les gagnants qui écrivent la légende du tour. Ce sont ceux qui animent la course de quelque chose de non programmé, qui échappe à la préparation médicale au millimètre, à la planification des sponsors ou de la télé. C'est le geste gratuit du coureur qui s'arrête pour s'occuper d'un autre complètement cuit. Ou cet autre qui croque dans le sandwich d'une belle des champs des Alpes en riant pendant que ses collègues déboulent en trombe en le laissant sur place.

"Aller Poupou !"

poulidor

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22 juillet 2005

Avant Les Vacances.

Les vacances approchent doucement, le goût de la paresse aussi. Encore 2 semaines. Après tous ces posts sur François Truffaut, je n'ai pas d'idées aussi croquantes qu'un cornichon à me mettre sous la dent.

Ce n'est pas l'actualité du moment qui m'y encourage non plus : les bombes à Londres et peut être ailleurs bientôt, les ridiculissimes commentaires politiciens sur la vraie-fausse OPA Pepsi-Danone, le festival d'Avignon qui prend l'eau, le retour de Koh Lanta et de l'Ile de la Tentation, la probable 7ème victoire de Lance Armstrong... tout ça m'inspire plutôt des baillements quand je suis sur le point de me dire "et si j'en faisais une note dis !?". J'aurai sûrement préféré vous raconter comment était le spectacle offert par le San Francisco Ballet ces jours-ci, mais les finances étant ce qu'elles sont, ben j'irai pas.

Je sens que petit à petit mon cerveau est parasité par ces vacances qui s'approchent. Je commence à entendre le bruit des vagues, je pense aux retrouvailles avec ce bon vieux VTT qui m'attend pour quelques longues promenades, je prévois mes passages rituels au café de la grand-place (grand-place c'est beaucoup dire), les bouquins à emmener qui vont peser lourd dans le sac, j'envisage les retrouvailles paternelles avec philosophie, je m'interroge sur la programmation du cinéma local cet été (refait à neuf, mais avec quelques armures et étendards sur les murs, drôle d'idée), j'entend déjà les cris des mouettes, le souffle du vent, et m'inquiète des jours probables de mauvais temps (penser à prendre de quoi aller se promener version pluie). J'anticipe sur mes randos le long du chemin de ronde, de l'alternance des plages de sable, des petits ports engonçés dans les recoins de côte, des rochers qui cisaillent la mer.
J'entend les cris des gosses sur la plage, l'odeur de la galette à la saucisse et la saveur du cidre, je vois ce vieux rosier au pied de la maison qui renaît à chaque été, pendant que l'hortensia s'obstine à bouder les conditions idéales qu'on s'esbigne à lui constituer.
Je vois les promenades en amoureux et les câlins d'été.
Et aussi l'effrayante beaufitude des hordes consommatrices faisant leurs courses au supermarché (comme moi), les petits vieux du coin qui se cachent parce qu'on les envahit, pendant que les commerçants se plaignent "ah ça, cette année c'est vraiment pas terrible" tout en consultant le catalogue du concessionnaire Audi local.
Il y aura aussi les pêcheurs qui sortent sur leurs barcasses, la lumière qui baigne la baie jusqu'au Mont St Michel, les clubs cyclotouristes qui déroulent leur ruban multicolore jusqu'à la jetée pour se précipiter dans les restaurants y torturer le bigorneau.

Je frissonne en pensant aux quelques heures d'ennui profond qui viendront me chercher même là-bas, avec cette envie d'être toujours ailleurs et nulle part. Mais après ce sera l'heure de l'apéro. On débouchera une bouteille de vin blanc, en parlant de tout, de rien, ou même de quelque chose aussi tiens !

Je pense même à ce que je pourrai bien faire de ce blog à partir de la rentrée !

mrhulot

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21 juillet 2005

La Femme d'A Côté.

Je voulais terminer cette série Truffaut avec ce film là, parce qu'il me tient particulièrement à coeur. Mais finalement ce n'est pas si nécessaire d'en raconter les raisons.

Ceux qui s'y intéressent savent à quel point le cinéma de Truffaut trouve ses racines dans l'histoire tourmentée de son enfance.

C'est après "Baiser Volés" que François Truffaut entreprit de rechercher l'identité de son vrai père (né de père inconnu, il porte le nom de Roland Truffaut, qui épousa sa mère 20 mois après sa naissance et lui donna son nom en même temps). Il s'adressa pour cela à Albert Duchenne, son conseiller technique qui s'acquitta de sa mission confidentielle.
François Truffaut se retrouva donc, en Septembre 1968, à Belfort, à quelques mètres de son père biologique. François Truffaut ne franchit pas les derniers mètres et repartit sans rencontrer son "vrai" père.
Peut être eu t'il peur de faire irruption dans la vie de ce père la ?

Ou peut être s'est il dit qu'il n'était plus nécessaire, pour lui, -finalement- de franchir ces derniers mètres. Comme si au dernier moment, il tournait le dos après avoir fait tous les efforts possibles pour retrouver une place dans sa famille dont il se sentait exclu et délaissé, dans la société à laquelle il se sentait rebelle, et donc réintégrer une place pour lui-même également.
Peut être avait il compris autre chose ?
Peut être avait il saisi que ce qui le consituait vraiment tenait justement à ce manque. Que ce qui l'avait fabriqué c'était ce manque d'appartenance, le fait de se sentir exclu et différent, jamais totalement accepté. Et que c'était de ce manque qu'il se nourrissait, et alimentait son cinéma, qu'il se donnait à lui-même sa propre consistence, sa propre existence, par dessus ce qu'il devait pourtant payer pour cela.

François Truffaut ne rencontra jamais son vrai père, à la place il continua à faire des films. Il continua à supporter et à assumer son sentiment d'être marginal et proscrit plutôt que civilisé et reconnu. En quelque sorte il renonça à devenir quelqu'un de "normal" ou de "raisonnable". Il préféra porter ce qu'il était, et l'exprimer dans ses films pour transformer et soulager à la fois sa vie. Ou plutôt tout simplement pour pouvoir la vivre.

Le soir ou François Truffaut renonça à renconter son père, à la place il alla au cinéma voir La Ruée vers l'Or de Chaplin.

truffaut

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20 juillet 2005

Vous connaissez Massoulier ?

Vous connaissez Massoulier ?

Massoulier est l’homme invisible des films de Truffaut. Dans « Vivement Dimanche », il est la victime tuée d’une balle dans la tête. Ce sacré Massoulier il est aussi dans La Mariée Etait En Noir cité par un des personnages comme s’étant envoyé en l’air avec une hôtesse de l’air (ça va ensemble), dans Les Deux Anglaises Et Le Continent on a failli assister à une soirée chez Massoulier, ainsi que dans Le Dernier Métro.
Toujours dans les bons coups ce Massoulier !

« Vivement Dimanche » ce n’est pas seulement la pénible émission de Michel Drucker qui plombe les dimanche après-midi pluvieux passés chez vos parents depuis des siècles. C’est un des Truffaut les plus rigolos.

Julien Vercel (Trintignant) accusé à tort du meurtre de ce crétin de Massoulier s’enfuie et essaye de mener l’enquête. Mais en fait c’est surtout sa secrétaire Barbara (Fanny Ardant) qui va réussir à dénouer les fils de l’intrigue en se prenant au jeu de l’enquête elle aussi, et par amour pour son grand couillon de patron.

Vivement Dimanche est micro-truffé de références de toutes sortes et d’hommages de Truffaut au cinéma et aux cinéastes qu’il aime. Une raison de plus peut-être d’avoir tourné ce film en noir et blanc, lui qui regrettait souvent d’avoir à utiliser la couleur. Et en même temps de retrouver une ambiance de polar (le film vient d’un policier de Charles Williams, auteur de Fantasia Chez Les Ploucs).

Mais surtout, ce film est porté par une sorte d’allégresse que promène Fanny Ardant à elle toute seule. Autant le dire, le contenu et le fond du film ne pèsent pas bien lourd. Mais quel rythme ! Son côté film noir sautillant emporte le morceau.
Quand tous les personnages sont un peu sombres, englués dans leur mentalité vaseuse : La femme de Vercel, assassinée elle aussi, n’aime que le jeu et l’argent, traîne du côté de la prostitution et des courses. Vercel est obsédé par les blondes platines. L’avocat de Vercel, Maître Clément est un jaloux possessif et obsessionnel qui s’embarque dans un discours halluciné et hilarant sur les enfants qui ne veulent pas prêter leurs jouets…

La seule qui traverse tout cela avec un mélange d’enthousiasme et d’inconséquence enfantin, allié à un pragmatisme résolument adulte c’est Barbara / Fanny Ardant. Truffaut était amoureux, et ça se voit à l’écran.

J’avoue que ma sympathie pour Fanny Ardant n’a pas été immédiate. Sa façon de « choucrouter » en parlant, j’ai eu du mal à m’y faire. Mais il faut croire que c’est une constante avec les héros Truffaldiens (Léaud, Truffaut lui-même, etc…).
Mais dans ce film (et bien d’autres) elle est irrésistible.

Mais bon, avec tout ça, me voilà contraint, forcé, obligé, plié à… trouver un point commun entre Vincent Delerm et moi. Et encore, si ce n’était que ça !
Mon proverbial goût pour les chansons d’endives trop cuites, et le style bobo exténué de naissance par l’irréalité de sa vie du Delerm fils s’est complété d’inquiétantes nouvelles :
Il aime Fanny Ardant comme moi.
Il a fait une maitrise de Lettres Modernes sur Truffaut.
Il a vécu à Rouen (et moi aussi, juste à côté).
Il a vécu à Chatenay Malabry (et moi aussi, juste à côté).
Il porte des lunettes (et moi aussi).

Si ça se trouve je suis le Massoulier de Vincent Delerm !

vivement_20dim13

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19 juillet 2005

T'as Le Bonjour d'Alfred.

D'abord il y a eu un gros livre, à l'épaisse couverture noire barré d'une photo inquiétante et d'un titre définitif : "Hitchcock Truffaut".

Paru en 1ère édition en 1967, et complété par Truffaut jusque dans sa version définitive après la mort de "Hitch" en 1980, ce gros bouquin rassemble les 500 questions qui ont formé les 4 ans d'entretiens entre François et Alfred.
Mon avis -autant que je vous le donne tout de suite- c'est que si vous avez un livre sur le cinéma à acheter, autant que ce soit celui-là !

On connaît l'adoration et la vénération de Truffaut pour Hitchcock, les emprunts qu'il a parfois dans ses propres films lorsqu'il y faisait une apparition lui-même, ou qu'il utilisait quelques bons trucs du maître du suspense. On connaît bien aussi à quel point Truffaut en boulimique de cinéma, avait décortiqué les films d'Hitchcock. Tout cela et bien d'autres choses, c'est dans ce livre.

Mais il y a eu mieux.
En 2004, les 52 bobines de ces entretiens sont retrouvées, et diffusées sur France Inter et France Culture.

C'est l'occasion de découvrir que d'abord que Truffaut ne parlait pas (pas beaucoup en tout cas) l'anglais, et qu'il s'était donc fait aider d'une traductrice, Helen Scott, dont la présence juste ce qu'il faut quand il faut, et la traduction permettait aux 2 compères de rebondir.
C'était aussi la possibilité d'entendre se développer entre les moments de discussion sérieuse ou Truffaut de sa voix caractéristique interrogeait Hitchcock sur tel ou tel ressort de son film, des moments rigolos comportant des anecdotes de tournage ou des (més)aventures personnelles.
Par exemple l'histoire ou Truffaut rappelle à Hitchcok les conditions de leur première rencontre. Truffaut était venu avec Chabrol, et -je vous épargne les détails - étaient arrivés tous les deux devant Hitchcock trempés de la tête au pied après être tombés dans une mare d'eau glaçée. Hitchcock, imperturbable et très britannique, n'avait fait aucun commentaire sur les 2 loustics dégoulinants en protocole de test de double pneumonie pendant toute l'interview.
Bref, dans ces entretiens radio, on entend tout ce que le livre n'arrive pas à restituer totalement. La réflexion, les moments de rigolade, et surtout une complicité naissante et de plus en plus forte entre les 3 protagonistes.

Finalement, on voit bien ce qui rassemblait les deux compères.
C'était d'avoir ce sens du spectateur, la capacité à se mettre à sa place et à partir de là à trouver toutes les astuces possibles et imaginables pour les transporter là ou eux avaient décidé de les emmener.

Je ne sais même pas si on peut les trouver en CD ces entretiens Hitchcock-Truffaut ! Mais ce serait chouette !

hitchtruff

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18 juillet 2005

Adèle H

Drôle de film que celui d'Adèle H.

A partir de l'histoire vraie d'Adèle, une des filles de Victor Hugo, Truffaut réalise un film de fiction mêlant le vrai et le faux. Adèle est amoureuse d'un officier anglais, rencontré à Guernesey ou Victor Hugo vit en exil. L'officier ne l'aime pas, mais elle ira jusqu'au bout de sa passion, à tous les sens du terme, et finira ses jours enfermée dans un asile.

Encore une histoire d'amour impossible donc.
Isabelle Adjani joue là un rôle qu'elle incarnera à répétition ensuite. Celle de la femme "borderline", au bord de la folie, prise dans des sentiments qui la domine et auxquels elle se livre puis se perd toute entière (Camille Claudel, l'Eté Meurtrier, Mortelle Randonnée, Possession...).
Si Isabelle Adjani est une magnifique actrice, j'avoue que le côté "artiste au bord de la crise de nerf" permanent chez elle me fatigue un peu à la longue, surtout quand il devient une sorte de marque de fabrique obligée. Mais bon... Peut être que pour elle, jouer la folie c'est éviter de la rencontrer pour de bon ?

Mais est ce que Truffaut lui-même était fou ? Ou en tout cas, assez dérangé, ou perturbé pour devenir cet obsessionnel du cinéma ? Cet enragé de la passion amoureuse racontée sous toutes ses formes, avec à la fois une forme de franchise et de violence, et une pudeur et une attention désarmante.
Dans ses films en tout cas, quand il joue un rôle, c'est plus souvent celui qui reste du côté du concret et du réel : c'est le réalisateur chargé de conduire son film jusqu'au bout dans La Nuit Américaine, c'est le scientifique qui essaie de ramener à une vie normale L'Enfant Sauvage, c'est un officier qui tente de convaincre Adèle H de ne pas continuer à faire fausse route.

Les dérapages, les franchissements de ligne irrémédiables, il les confie à ses acteurs qui eux poursuivent leur propre logique (Léaud, Denner, Adjani...) jusqu'au bout !

Mais alors, Truffaut était-il un homme raisonnable au fond ? Ou était il plus compliqué que cela. Le Monsieur Hyde d'Antoine Doisnel, et le Docteur Jekyll de Jean Pierre Léaud en quelque sorte ! Peut être que sa sincérité suffisait à le rendre bien plus sympathique que beaucoup, malgré une personnalité pas aussi lumineuse et simple qu'on ne l'imagine sans doute.

Mais aujourd'hui, qui saurait raconter -à sa manière- des histoires comme savait le faire Truffaut ?

ad_leh

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