L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

04 avril 2005

Papaimmobile

florence_et_hussein16

Et voilà, c'est la fin des vacances, le retour au boulot, les mails qui s'embouteillent par dessus les dossiers à traiter, internet qui plante tellement que je peux rien poster depuis ce matin, et ainsi de suite... D'ailleurs, je renonce pour l'instant à mettre à jour les couleurs de mon blog comme de coutume. Trop de plantades. Heureusement que j'en ai profité des vacances dis-donc.

Avant de reprendre une activité bloguienne normale, je voulais remercier publiquement (mon petit mais très remarquable public) Nausicaa et Samantdi pour leur accueil super-chou à Toulouse, ou j'ai été traité comme un roi, euh, comme un "capitoul" ! Malgré un emploi du temps un peu serré qui m'a fait regretter de ne pas avoir un peu plus de temps à passer avec elles. Ce sera pour la prochaine fois !

Merci à vous deux.
Merci à Anne d'avoit fait une garde anti-delermienne pendant mon absence.
Je n'ai pas eu vraiment le temps de voir le blog depuis mon départ en vacances, j'ai plein de notes et de commentaires en retard sûrement, chez moi et chez vous. Je vais essayer de faire de mon mieux pour rattraper le temps perdu (je pense que mon patron va m'y inciter très fortement mais pour d'autres raisons, hum !).

Bon.
Voilà ma note du jour maintenant.


Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le pape est mort…

Je rigooole… Celui ou celle qui n’est pas au courant de cette nouvelle est soit dans un coma végétatif profond, soit en route pour une galaxie lointaine via l’hyperespace (comme Jean Paul II ?).

Plus que cette mort qui est tout sauf inattendue, ce qui m’a frappé c’est le déferlement médiatique impressionnant qui a accompagné sa disparition. Les chaînes télé se sont branchées H24 sur la place St Pierre, les émission spéciales se sont multipliées, les radios sont devenues d’un seul coup des annexes de Radio Vatican, les journaux ont sorti des suppléments, avancé leur date de parution (Le Point, l’Express…) pour un spécial Jean Popol… Je pense même que les pigeons voyageurs n’avaient qu’une seule destination ces derniers jours : Rome.

Est-ce mérité ou pas, c’est pas trop mon sujet. Le cas Jean Paul II est tellement traité, disséqué (oups !) en tout sens que je n’ai pas grand-chose à rajouter à ce sujet.

Ce qui m’a épaté, c’est ce submergement des médias.

Il y avait quelque chose de comique à voir la télé ces derniers jours. Ce média, qui a horreur du vide (dans la forme) mais qui ne sait produire que ça (dans le fond), avait les caméras fixées sur… rien : les plans d’une place St Pierre de Rome pleine d’une foule silencieuse, alternait avec ceux des fenêtres des appartements du pape éclairés. Et c’est tout.

Les commentateurs ramaient, rabachant les mêmes informations succinctes en provenance du bureau de presse, essayant de meubler à coups de commentaires et de spéculations vides d’intérêt dès qu’on les a entendu une fois. Gagnant du temps pour permettre aux pigistes de peaufiner les émissions spéciales prêtes certainement depuis longtemps.

Bien plus que le désir d’informer, ce qui était perceptible dans ce vaste déploiement d’une armada d’antennes satellites « alors que vous voyez actuellement la place St Pierre de Rome »), de connexions en direct (« machin chose, vous me recevez machin chose ? »), d’envoyés spéciaux et spécialisés (« machin chose, vous avez rencontré Jean Paul II en 1987, vous qui le connaissez donc bien… »), c’est surtout qu’aucun média, et surtout pas la télé ne voulait avoir l’air d’en faire moins que ses concurrents.

J’imagine que quelques études de Médiamétrie ont montré que la mort du pape était un incontournable pour l’audimat et l’image d’une chaîne télé. On a donc assisté à la création d’une baudruche médiatique totalement surdimensionnée, d’une overdose de vide.

Non pas que Jean Paul II aurait dû être « expédié » (hum) en 5 minutes chrono, mais juste que la quantité de temps d’antenne était absolument sans rapport avec la densité d’informations à donner aux spectateurs (et aussi auditeurs, ou lecteurs). Une fois qu’on a relayé le bulletin de santé, fait un plan sur les foules de Rome, Cracovie ou ailleurs, rappelé ce qui se passera une fois que le pape aura avalé son bulletin de naissance papale, ou quelques anecdotes (le gars chargé de briser l’anneau du pape qui authentifie ses écrits)… A part parler pour ne rien dire (comme je suis en train de le faire ???), quel intérêt ?

Il faut dire que Jean Paul II aura été ce que les médias appellent « un bon client », qu’il a su porter à son sommet la part de communication liée à sa fonction, se mettant en scène dans ses voyages, alimentant les polémiques dans certaines prises de position, faisant passer l’église catholique dans l’ère Mac Luhan à travers lui : le pape porte des chapeaux rigolos, le pape fait du ski, le pape engueule un prêtre acquis à la théologie de la libération, le pape cause à son assassin, le pape fait tomber le communisme (oui, oui, j’ai entendu ça aussi, carrément), le pape rigole, le pape embrasse un enfant, jusqu’à… le pape est réduit à l’état de zombie, le pape presque mort annone une incompréhensible bénédiction… Pour les médias, c’est plus un pape c’est les Aventures de Tintin ! Granti sur facture, doré sur tranche, vous en reprendrez bien encore une tranche de mon pape. Vite ! Offre exceptionnelle avant fermeture définitive !

Enlevez la considération due à sa fonction et à la personnalité de l’homme et vous verrez qu’on n’est pas si loin que ça d’un bêtisier de fin d’année.

Finalement, le pape en mourrant a franchi la barre du héros télévisuel, de l’icône médiatique réservée à peu de gens : De Gaulle, Coluche, Marylin, JFK, La Mère Denis, Leon Zitrone, Poulidor… Ces gens là sont rares. Il y avait une époque ou quand un acteur ou un cinéaste mourrait, le soir même on passait un de ses films. Ca a changé quand les chaînes se sont mises à juger que certains en valaient la peine (Coluche) et d’autres pas (Fellini). La barre étant non pas la valeur de l’individu, mais sa seule popularité, c’est à dire son audimat potentiel.

Cet acharnement médiatique qui vaut bien un acharnement thérapeutique (qui n’a pas eu lieu) n’est peut être pas la meilleure chose pour Jean Paul II au bout du compte. Mais ainsi va la vie d’aujourd’hui, qui ne rechigne à aucune surenchère, à aucune complaisance, à tout refus de prise de distance et de perspective par rapport aux évènements. La consommation d’images ne supporte aucune limite désormais. J’imagine même que Jean Paul II n’en ignorait rien, et pouvait y penser comme d’un moment supplémentaire permettant de créer sa légende et surtout celle de son église.

La propagande se fait désormais bien subtile.

Surtout parce qu’elle sert d’abord les objectifs de ses distributeurs (les télés elles-mêmes, mais aussi les groupes de presse…) plutôt que de ses acteurs (ceux qu’elles montrent et fabrique à la fois, dans un double jeu de dupes permanent).

Pour ceux qui veulent voir vraiment quelque chose, paradoxalement, il reste le bouton off et la sauvegarde de leur cerveau disponible.

1998_35_a_640_wallpaper

Quand j'étais ch'tiot, mes grands parents avaient ce gros bouqin avec pleins de photos d'astronomie dedans. J'ai passé des heures à rêver grâce à ce livre.

Posté par LaVitaNuda à 14:50 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1