30 mars 2005
Quand On Me Dit...
Quand on me dit : "Tu te prends trop la tête, tu devrais te poser moins de questions."
Je me dis d'abord, tiens, c'est vrai, ils ont peut être raison au fond ! Si je prenais certains sujets moins à coeur, ma vie en serait certainement différente. Mais, ensuite je regarde comment vivent ceux qui me proposent cette façon de voir les choses. Et franchement, si je devais vivre comme eux, je ne tiendrai pas bien longtemps.
Tant mieux, tant pis...
Je me promène entre les deux. Je n'ai pas la réponse. C'est elle qui l'a.
Mes questions sont les réponses qu'elle détient.
Ou est elle ?
La Flute Enchantée - Photo : Michel Cavalca
29 mars 2005
Emballé C'est Glacé !
C'est rigolo de poster à l'avance. Si ça se trouve, j'aurai des commentaires à lire à mon retour. Et si ça se trouve pour le Lundi de Pâques, Florence et Hussein seront libres, et ce bandeau n'aura plus leu d'être, mais je ne pourrai pas l'enlever.
Etant donné qu'on est Mercredi 23 et que je pars à la montagne, cette petite info a attiré mon attention.
Les Suisses s'apprêtent à recouvrir certains de leurs glaciers (pas les marchands de crème glacée) d'une couverture en mousse spéciale, qui permettra de supprimer les effets du soleil et donc l'accélération de la fonte des glaces. C'est une mesure environnementale, qui revient à 20 Euros le m².
Etonnant non ?
Peut-être que quand on en sera rendu à des situations tellement intenables écologiquement, qu'on verra apparaître un "marché". Alléluia, le marché de la dépollution qui sauvera le monde. Il existe d'ailleurs déjà, quand on envoie nos vieux rafiots militaires ou civils tous pourris à l'amiante ou aux résidus d'hydrocarbures se faire tronçonner par petits morceaux en Inde. Ah non, ça, c'est juste exporter le droit de polluer.
Oh la la, je vais arrêter cette note... Je sens une pointe d'amertume monter à la surface, et elle arrive plus vite que les centaines d'années que mets un guerrier Romain conservé dans la glace avant d'arriver en bas de la vallée.
Au moins, pour que ça soit joli, j'espère que le glacier suisse sera emballé par Christo !
25 mars 2005
L'Ironie Du Sort.
Mon maire du XIVème Ardt a fait aménager plusieurs carrefours pour les mal voyants. C’est vrai que dans le coin il y a quelques avenues et carrefours un peu balaises ou il ne fait pas bon s’aventurer sans de nombreuses précautions, à moins d’être d’un tempérament résolument suicidaire.
C’est vrai aussi qu’en France, on accuse un retard plus que certain pour aménager l’urbanisme afin de permettre aux handicapés de pouvoir profiter de toutes ces choses auxquelles on ne fait même plus attention nous. En tout cas, pas tant qu’on a été écrabouillé par un 4x4 en pleine crise de folie furieuse au carrefour de Denfert Rochereau.
Donc, pour un investissement qui ne paraît pas faire plonger le trou de la sécu, les feux de quelques carrefours autour de chez moi ont été équipés d’un dispositif sonore. On y entend une voix nasillarde et féminine, venue de nulle part, qui indique aux aveugles –pardon- aux mal voyants, quand ils doivent traverser ou attendre.
Et qu’est ce qu’elle dit la voix d’outre feu tricolore ?
Elle dit : « Feu Rou-ge Pié-tons ».
C’est très fin, c’est très subtil. Tu es aveugle ou quasiment, et le dispositif qui te facilite la vie te rappelle les couleurs que tu ne vois plus ou que tu distingues à peine. Histoire de te rappeler mine de rien, mais quand même, que tu n’es qu’un peu moins qu’un valide. Quelle délicatesse !
Certes, il vaut mieux ça que rien. Mais je pense que celui qui a validé ce message là certainement parmi quelques autres, et bien c’est un conducteur de 4x4 urbain.
Photo : Loïs Greenfield
24 mars 2005
C'est Arrivé Près De Chez Vous.
En l’occurrence, c’est arrivé près de chez moi ! En tout cas, si je pars de l’idée que mon chez moi c’est aussi mon lieu de travail. Après tout j’y passe plus du tiers de mes journées presque toute la semaine, alors…
Alors sur la route qu’emprunte mon bus pour aller jusqu’au boulot, je passe à chaque fois à quelques mètres de ce bâtiment, assez récent, construit il y a quelques années seulement. Il est fermé par des grilles, il y a toujours une ou deux voitures de la police de l’air garée devant, l’architecture est assez moderne et fonctionnelle. Ca pourrait être une école, le bâtiment des installations techniques d’une mairie, un dispensaire ou plus bêtement des bureaux comme il y en a des milliers de mètres carrés dans le coin.
En fait ce bâtiment, c’est le centre de rétention des étrangers.
Vous arrivez en France à Roissy, sans papiers, ou avec de faux papiers, la police de l’air vous arrête et vous conduit dans ce bâtiment jusqu’à ce que l’Etat (via l'Ofpra) statue sur votre sort selon que vous soyez un immigré illégal, un trafiquant potentiel, ou un demandeur d’asile.
Avant que le bâtiment soit construit, ces personnes là étaient emmenées à l’hôtel Ibis, juste à côté de la station de RER. La police y louait à l’année un étage entier pour y caser le temps nécessaire les immigrés arrêtés. J’allais y déjeuner de temps en temps au restaurant de cet hôtel, et rien ne laissait présager aux clients de passage que leur hôtel était également un lieu de rétention. Ca aurait fait mauvais genre. Déjà qu’il arrive que des voyageurs protestent au moment ou l’un(e) d’entre eux est amené de force dans l’avion pour être rapatrié « quelquepart », empêchent l’avion de partir au plaisir que vous imaginez des autres voyageurs, et de la police obligée le plus souvent de ramener l’illégal à l’hôtel.
C’est parce que les conditions de rétention dans cet hôtel étaient tellement lamentables que ce bâtiment tout neuf a été construit, et qu’au passage la légistlation a été « aménagée ». L’hôtelier a récupéré ses chambres. On voit maintenant de grandes affiches proposant de louer des chambres « à l’heure » pour la modique somme de 15 euros. Si vous voyez ce que je veux dire… de la prison au baisodrome il n’y a qu’un petit pas pour le groupe Accor.
Devant les exactions commises dans cet ancien centre, le nouveau est censé remettre les choses dans l’ordre. La Croix Rouge la Servair la Servair
Mais revenons vers le centre de rétention flambant neuf.
De l’extérieur, on peut voir un petit drapeau de la Croix Rouge la Croix Rouge
Cette journaliste y est restée plusieurs mois, et puis elle a raconté ce qu’elle y a vu. Elle y a vu tout ce que ce bâtiment et une nouvelle réglementation avait promis d’éradiquer : des violences physiques et morales, des agressions sexuelles, des détenus frappés arrivant au local de la Croix Rouge
Bref, cet endroit extérieurement bien propret, construit avec l’argent des citoyens de ce pays, géré par des représentants de l’Etat (donc des gens qui vous représentent vous ou moi), régis par des textes de loi, fonctionne comme une zone de non droit. Il semble qu’aucune mesure n’ait été prise vis-à-vis des policiers s’étant permis ce genre d’acte, sans même parler de mesures judiciaires.
La journaliste elle, a été désavouée par la Croix Rouge
Je passe matin et soir devant ce bâtiment. Rien de l’extérieur ne laisse imaginer ce qu’il peut s’y passer dedans. Parfois je suis en train de lire mon journal, j’y lis des articles sur ce qu’il s’est passé dans la prison d’Abu Graib, comment les prisonniers sont traités à Guantanamo hors de toute juridiction, qu’on juge les anciens tortionnaires Argentins ou Chiliens qui eux aussi ont torturés et maltraités derrière des murs d’apparence bien proprets, des écoles, ou ailleurs, etc...
Je trouve ça scandaleux, mais devant les grilles de ce bâtiment je n’y ai jamais vu personne crier au scandale. Ca intéresse moins de monde. Ceux qui sont là dedans sont des exilés, pas de famille ou d’amis ici pour s’inquiéter de leurs sorts et réagir. Souvent c’est parce que chez eux la situation est bien pire qu’ils ont décidé de quitter leur pays, quitte à se jeter dans la gueule d’un autre loup.
On ne quitte pas son pays par plaisir, uniquement pour un Smic ou un Rmi… faut arrêter de dire des conneries. Vous le feriez vous ? On quitte son pays quand on a perdu espoir de pouvoir y vivre avec le minimum de décence vitale. Et une fois que c’est décidé, et bien c’est décidé et on ne fait pas marche arrière.
Quand je rentrerai de vacances, que je retournerai au boulot, le centre de rétention fonctionnera toujours, ils « « « accueillent » » » environ 20 000 personnes par an. Il y a des lois dans ce pays contre l’immigration illégale. On peut en comprendre la nécessité et en discuter les modalités. Mais il fonctionnera dans quelles conditions ?
Parce qu’il y a des choses qui demeurent inacceptables, partout et toujours.
[1] Anne de Loisy, Bienvenue en France ! Six mois d'enquête clandestine dans la zone d'attente de Roissy, Cherche Midi, 240 p, 15 €.
23 mars 2005
En Route Pour de Nouvelles Aventures
Demain à cette heure – si tout va bien – je serais dans le TGV direction Toulouse–Matabiau, une des gares que je fréquente le plus avec celle de Rennes et Saint Malo.
Enfin les vacances !
Voilà ce que c’est d’avoir 5 semaines de congés par an… les jours de vacances s’accumulent, il y a toujours un projet sur le feu urgent à faire au détriment des dites vacances (sauf celles d’été, non mais !). On décale, on change, on modifie, car pas question d’embaucher une personne de plus, même si ça permettrait de bosser plus et mieux. Et puis on se retrouve avec une flopée de jours à prendre, et vite avant de les faire sucrer, genre « bon sang, mais vous n’êtes pas foutus de prendre vos vacances correctement ». C’est une débilité de luxe (paraît il) vu le nombre de gens sans boulot. Mais c’est une débilité quand même.
Je pense déjà –mais pas trop quand même, avec tout ce que j’ai à finir- à ces journées que je vais passer en montagne. Au programme, quelques jours de marche, avec un petit groupe à travers les monts et les vallées du côté d’Ax les Thermes, une nuit dans un refuge et tout ça.
Si c’est comme la dernière fois, une partie du toit du refuge s’était effondrée en plein hiver. C’était sympa d’arriver là en pleine nuit pour y dormir à moitié à la belle étoile. Et quelles étoiles, car en hiver le ciel est clair. Bon, on avait tous dormi en entassant les pulls, les polaires et les grosses chaussettes sous le duvet, sans oublier l’écharpe, les gants et le bonnet. Et on avait eu un peu froid quand même !
Mais là, ce sera pas au même endroit.
Quelle surprise m’attend là haut ?
Comme on me disait étant gamin : « si on te le dit c’est plus une surprise ! ». Grrrr !
J’ai probablement plus de chances de voir un dahut qu’un ours des Pyrrénées, et c’est peut être encore un peu tôt pour assister au réveil des marmottes, mais c’est pas grave.
Ensuite j’aurai droit à quelques jours supplémentaires à Toulouse, histoire de prendre du bon temps et de rencontrer quelques bloggeurs Toulousains, la cerise sur le gâteau.
Que demander de plus à quelques jours de vacances ? Mais bon, je vais tâcher de ne pas vous laisser sans rien à lire ici pendant mon absence.
Royal Winnipeg Ballet - Casse Noisette
Photo : Michel Cavalca
22 mars 2005
Ho Ha, Cantona !
Je sais.
Ca risque d’en étonner plus d’un ou plus d’une.
Quoi ? Une note sur le foot chez LVN. Ca paraît aussi improbable qu’une invitation faite à Sarkozy par le PC, une émission intelligente sur TF1, de la crème au chocolat sur des frites, Bill Gates converti à Linux…
Mais quitte à parler de foot, plutôt que de dire pourquoi je ne m’y intéresse franchement plus (au point que l’équipe de France et la prochaine coupe du monde, je sais même pas ou ça en est), je préfère raconter celui avec lequel j’ai cessé de m’y intéresser.
Qui se souvient d’Eric Cantona ?
Moi en tout cas.
Pour moi, ce joueur a été le dernier des grands joueurs et le précurseur des footballeurs star-systémisés d’aujourd’hui.
Grand joueur parce qu’il avait un talent fou, et un caractère bien à lui.
L’homme a quand même réussi à se faire jeter du foot Français grâce à ses outrances. Il faut dire que quitter le terrain à Marseille ou traiter le sélectionneur national de « sac à merde », faut quand même oser. Cantona était (est) comme ça, une sorte d’irréductible, imperméable à toute tentative de domestication, rebelle sans cause à part celui de taper dans une baballe. Et fallait voir comment ! Ce qui lui a valu l’exil outre manche.
Reconnaissons que le gusse est autrement plus intéressant que les footeux d’aujourd’hui. Ses maximes philosophico énigmatiques à base de mouettes qui suivent des chalutiers éveillaient autant la stupeur que la curiosité : mais que voulait il dire ?
La totalité des journalistes sportifs cherchent encore à comprendre comme si c’était la Pierre de Rosette Cantonienne. C’est à cette époque que les rédactions de Stade 2, de l’Equipe, et de Télé Foot ont acheté un dictionnaire.
Bref, entre messages sybillins et insultes bien senties (si j’ose dire) vis-à-vis des pouvoirs sportifs, il faut reconnaître que Cantona, c’est autre chose que la langue de bois soviéto-stalinienne des footeux d’aujourd’hui.
Certains sont peut être plus talentueux (Zidane), mais si vous réussissez à vous intéresser à ce qu’ils disent, je vous tire mon chapeau. Le business règne sur le foot, et il ne fait pas bon le déranger.
Deuxième exploit. Eric Cantona est devenu le « King » en Angleterre. Exclu de la ringardise à toute épreuve du foot Français, le voilà parti à Leeds (si je me souviens bien), puis au Manchester United ou il deviendra Le Joueur Culte. Reconnaissons une chose (au moins une) aux Anglais : ils s’y connaissent en foot.
Et s’ils ont fait d’Eric Cantona un dieu vivant de la chaussure cramponée c’est pas par hasard. Et un Français en plus !
C’est lui qui a ouvert la voie à la Frencho-mania qui depuis a déferlé sur l’Angleterre du foot plus sûrement qu’une armée de cuisses de grenouilles en short, ou d’escargots au ‘garlic’.
Ses airs de matamore en carton pâte, sa façon de relever le col de son maillot (il fait froid en Angleterre pour un gars du sud comme lui), son regard façon aigle sorti du Muppet Show, son accent hilarant pour les Britiches, accompagné de son talent incroyable surtout ont fait de lui une légende en pudding là-bas.
Même ses pétages de plombs, genre Bruce Lee faisant du petit bois avec un supporter insultant, n’a pas suffit à le déboulonner au pays du fair play. Et c’est pas rien ça.
Cantona n’a jamais caché l’homme derrière le footballeur, derrière le pro, le compétiteur, et autres superlatifs idiots avec lesquels on nous vend de la performance sponsorisée Adidas. Il fallait tout prendre ou tout laisser avec lui. Le public Anglais, pas bête, à pris le tout et a eu droit a du Vrai Football pendant toutes les années ou Cantona a fait trembler les filets adverses et ses adversaires.
Il en a bien profité, interprétant son propre rôle ou le caricaturant dans des publicités à fort rendement financier. Là aussi, il a ouvert la voie à la vente de footballeur en tube, en parfum, en lotion pour la peau… Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur quand c’est lui qui apparaît à l’écran, plus Cantonaesque que nature, transformant chaque apparition en happening imprévisible. Le pire quand il faut se farcir l’air simplet d’un Ronaldo, ou l’émoustillance creuse d’un Beckham, à qui surtout on ne fait pas prononcer un mot (et il vaut mieux).
Voilà.
Je n’ai aucun regret de ne plus trop m’intéresser au foot.
Eric Cantona a arrêté le foot brutalement, par surprise, fidèle à ses habitudes. Il vit de ses rentes, fait le clown de temps en temps dans un film pas très bon, fait la promotion du foot de plage –pardon- il faut dire beach soccer pour faire moins ringue. Il continue à faire ce qu’il veut, et à emmerder le monde.
Mais depuis lui, le foot ne me fait plus rêver.
Voir aussi http://www.ericcantona.com/
Et pour ceux, qui pensent que le foot n’a rien à voir avec la danse, j’ai quand même trouvé ça.
PS : Barnabé : tu vois, c'est possible même s'ils n'ont pas de chaussures à crampons alu !
:)
John Guymon / Dubacko
21 mars 2005
La Journée Mondiale Du Jour
Aujourd’hui, c’est la journée mondiale contre le racisme.
Celle-ci succède (ou précède) à la journée contre le sida, contre l’oppression, pour la liberté de la presse, la journée mondiale des femmes, celle des droits de l’enfant, la journée sans voiture, la journée des secrétaires, la journée de la lutte contre la pauvreté, la journée du travail pour ceux qu'en ont, la journée de la nature ou de ce qu'il en reste, et sans doute beaucoup que j’ignore ou qui restent à créer.
Notre calendrier comportant 365 jours, nous nous approchons lentement mais sûrement du jour ou chaque jour de l’année sera la journée de ceci ou de cela. Il faudra peut être même envisager un jour de changer le calendrier pour que toutes les « journées de » tiennent dans une année civile. Il y aura la journée du changement de calendrier !
Mais quelle bonne surprise chaque matin de se lever en apprenant qu’aujourd’hui c’est la journée de la friteuse, ou la journée sans poil à gratter !!! Du coup, au cas ou j’aurai eu une hésitation, je sais quoi en faire de ma journée ! Même pas besoin de me creuser la tête ! Avec un peu de mauvaise foi, je peux même par exemple envoyer paître les femmes quand c’est la journée des ratons laveurs, les enfants quand c’est la journée sans sucreries, et les rations alimentaires sans sucre pour ratons laveurs quand c’est la journée de la femme ou des enfants. Siiii, j'ai droit.
Autre avantage certain : je n’ai plus à me poser de questions pour savoir ce qui est préoccupant dans notre monde, je n’ai qu’à suivre les directives de la « journée du jour »… avec ou sans tabac, avec ou sans trou dans la couche d’ozone, avec ou sans aide aux victimes du tsunami… Le jour de la francophonie je n’enverrai des mails qu’en Français à mes correspondants étrangers, parce que… parce qu'on me l'a dit. Un point c’est tout.
Il est bien et bon qu’on nous dise ainsi que nous devons veiller à notre comportement, nos idées, concernant notre approche de tel ou tel problème, insuffisance, manque, désordre, maladie, etc… Car c’est bien connu, c’est nous qu’on est à l’origine des problèmes, c’est nous qu’on a qu’à l’avoir la positive attitude, c’est nous qu’on fait rien qu’à freiner les initiatives justes et bonnes de nos deux pieds… Ces journées sont là pour nous le rappeler.
Pas de causes historiques, économiques, sociales, culturelles, psychologiques qui expliqueraient sous un autre angle pourquoi et comment nous en sommes arrivés là : à faire une vie de merde aux femmes, aux pas blancs, aux enfants, aux pauvres, à la nature, aux langues vivantes… Et éventuellement à proposer des réponses et des actions concrètes.
Ou plutôt celles-ci s’effacent derrière le mea culpa que nous devons faire : nous nous conduisons mal, et ça c’est pas bien ! Salauds de consommateurs que nous sommes, et en plus on ne consomme pas assez !
Nous voilà sommés de venir nous expliquer sur notre comportement, si possible à coup de SMS surtaxé devant des émissions télé qui mettent en spectacle les reclus de notre monde : les chômeurs, les malades mentaux, les handicapés, les pauvres, les nouveaux esclaves, les prostituées, les sans-logis, les malades… Comme si ceux là étaient là parce que c’est ainsi, et pi’ voilà.
Pleurez dans votre chaumière, craignez pour votre sort, compatissez... sinon vous n'êtes que de beaux salauds.
L’appel à la charité, à not’ bon cœur (le votre si possible) messieurs dames ! Dépêchez-vous avant qu’il n’y en ait plus (mais il y en aura encore), ne se limite plus à notre porte monnaie, mais il s’adresse surtout à notre sens de la culpabilité. Celui qui nous fait détourner le regard quand on passe devant un Sdf sans lui filer quoi que ce soit (j’ai le droit sauf si c’est la journée !).
Et pour l’essentiel, il s’arrête là.
Car une journée c’est court, et le lendemain est consacré à une autre. Il faudrait que tout cela se règle en une journée à chaque fois, car les bonnes causes, et notre bonne conscience ne saurait patienter plus longtemps. Vite, vite...
Les causes ne manquent pas, elles débordent même au fur et à mesure ou nous prenons conscience de la façon dont vit notre monde. Le malheur paraît il ne connaît pas de limites, et il vaut mieux pour nous que nous en soyons persuadés. Et que nous ne soyons là que comme des rustines, sans savoir, ni pouvoir. Sans moyen d’action collectif et durable, sans pouvoir sur les règles du jeu, paraît il. Que voulez-vous, c'est la concurrence, la guerre économique mondiale, la lutte pour la survie. Alors autant nous renvoyer sans cesse à notre responsabilité individuelle.
Et vous, monsieur, madame, avez-vous donné pour le tsunami ?
Avez-vous contribué au téléthon ?
Avez-vous acheté un brumisateur à votre grand-mère ?
Avez-vous acheté des fleurs à votre secrétaire ?
Et fait un chèque aux resto du cœur ?
Ca suffira bien, car il n’est pas question n’est ce pas, de remettre en cause les facteurs et les enjeux qui nous conduisent à ces nécessaires journées.
Si vous ne l’avez pas fait, si votre contribution se monte à zéro, vraiment, c’est que vous n’êtes pas solidaire, que vous n’avez pas de cœur… Ne vous étonnez pas un jour si vous êtes chômeur, si votre couple se casse la gueule, si les résultats scolaires de vos enfants ne sont pas à la hauteur (mais à la hauteur de quoi ?), si vous chopez un cancer ou un alzheimer…
Bien fit pour vous !
Ce sera bien la vengeance divine, la providence, ou la juste loi du marché qui vous signifiera sous ces nouveaux dehors que vous vous êtes mal conduit, car il y a toujours plus pauvre et plus malheureux que vous. Sachez que l’égoïsme des uns ne peut pas être celui de tout le monde, sinon ou irait le monde.
Mais vers un monde de fonctionnaires pardi, ces parasites du système (mais lequel ?) ! Un monde d'assistés. Tout cela –que ça soit bien compris, à défaut d’être clairement dit – ce sera de votre faute.
Vous l’aurez bien cherché !
Alors ayez peur de toutes ces journées de ceci ou de cela, car il se pourrait bien qu’un jour une de ces journées soit la votre. Et donnez pour conjurer le mauvais sort, mais pas plus. Le reste, ça ne vous regarde pas.
Et voici d’ailleurs ma modeste contribution, pour tout ceux qui ne se sentent pas bien quand ils ne grattent pas un Euro au fond de leur poche pour la journée du jour.
Ca n’a qu’une valeur d’exemple, mais elle peut aussi se retourner contre ceux qui –de haut- nous somment d’être exemplaires en toutes circonstances.
Rapport du PNUD 1998 :
Les 225 plus grosses fortunes du monde représentent le revenu annuel des 47% d’individus les plus pauvres de la population mondiale.
Les 3 personnes les plus riches du monde possèdent une fortune supérieure au PIB total des 48 pays en voie de développement les plus pauvres.
Dépenses annuelles en milliards de dollars :
Education pour tous : 6
Achat de cosmétiques aux USA : 8
Accès à l’eau et l’assainissement pour tous : 9
Achat de crèmes glacées en Europe : 11
Soins de gynécologie et d’obstétrique pour toutes les femmes : 12
Consommation de parfums en Europe et aux USA : 12
Satisfaction des besoins nutritionnels et sanitaires de base : 13
Achats d’aliments pour animaux en Europe et aux USA : 17
Budget loisir des entreprises Japonaises : 35
Consommation de cigarettes en Europe : 50
Achats de boissons alcoolisées en Europe : 105
Consommation de stupéfiants dans le monde : 400
Dépenses militaires dans le monde : 780
Philippe Découflé / Morceaux Choisis
Photo : Critical Dance
18 mars 2005
Le Jour Ou...
… ou j’ai dansé chez Merce Cunningham, ze pape of ze contemporary dance.
- Oui, je sais... ça fait frime comme ça... Mais en fait... -
Je n’étais pas retourné à New York depuis des années, mais pour mon boulot je devais m’y rendre pour mettre en place avec mon boss et mes collègues américains tout un tas de choses si passionnantes, qu’il vaut mieux que je vous en épargne le détail (oh oui, ça vaut mieux).
Arrivé là bas je m’étais retrouvé dans un Holiday Inn un peu glauque, vers Long Island donc assez loin de Manhattan. Mes journées se passaient au bureau local de la direction US, au milieu de zones d’entrepôts à moitié en ruines, entourés de « parkings lots », de revendeurs de pneus, de matériel électronique, de chaussées défoncées, de câbles électriques pendouillant tristement sur de vieux poteaux en bois pourri, de maisons un peu délabrées… dans le plus pur style « trous à rats » comme on en voit tant là bas.
Ne nous moquons pas, on fait la même chose chez nous dans toutes ces ZAC en sortie d’agglomération, décorées à coups de Halles aux Chaussures, de Confo’ le magasin qu’il vous faut, de Cheminées René Briseglace, et j’en passe. L’idée de passer sa vie professionnelle dans ce genre d’endroit, devrait normalement diriger n’importe qui vers la cure de Prozac la plus proche.
On ne faisait donc rien d’autre que de travailler, -et pour cause- vu qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Jusqu’au retour à l’hôtel, pour manger un morceau et s’ennuyer consciencieusement devant CNN, ou « Americas Most Wanted » ou les clips de MTV.
Parfois, comme il faisait très beau et chaud, j’en profitais le soir pour aller me balader dans le quartier. En m’attendant à me faire coffrer par la première voiture de police, étant donné que là bas, les gens ne marchent pas… Ils roulent ! Ceux qui marchent sont des suspects potentiels, ou des Français (mais c’était avant l’Irak , ouf !).
J’allais jusque dans les beaux quartiers, car Long Island est un « borough » bourgeois, avec de grandes maisons style vieille Angleterre toutes neuves, un garage pour 3 voitures (c’est un minimum), et un jardin toujours impeccablement tondu chaque matin par un jardinier Coréen. On se croyait dans un remake du Cercle des Poètes Disparus mâtiné de Petite Maison dans la Prairie !
Après deux bonnes heures de balade à la nuit tombante, rafraîchi par l’arrosage automatique (fourni en option avec l’achat de la pelouse) je rentrais en grillant une petite cigarette, le personnel de réception de l’hôtel se demandant ce que j’avais bien pu faire sans voiture, si longtemps.
On approchait de la fin du séjour, et je commençais à ne plus tenir en place, à me morfondre dans ce « Nowhere Land » de l’Amérique profondément chiante. On ne dira jamais assez à quel point ce pays est apte à fabriquer de l’ennui à n’en plus finir !
Alors le dernier soir, je décidais de prendre la poudre d’escampète. Je prétextais je ne sais plus quoi, pour échapper à la soirée bouffe-boulot-dodo, et partais jusqu’à la gare pour prendre un train de banlieue en direction de Manhattan.
Je me faisais le même effet que mes trajets de parisien moyen, le côté train de banlieue US en plus ! J’arrivais enfin en vue de Manhattan après une bonne heure de train et c’était comme la délivrance, et comme des retrouvailles avec mon passé en même temps.
La lumière des premières journées de printemps commençait à peine à diminuer, et je décidais d’en profiter pour me promener de Penn Station jusqu’au Village. J’avais tout mon temps pour ça : pour retrouver les endroits ou j’aimais aller, rentrer dans les boutiques, retrouver des sensations si souvent éprouvées. Au moins je l’avais ma récompense… C’était comme si j’étais en vacances.
J’aime beaucoup me promener dans les villes, sans raison spéciale, juste pour le plaisir de découvrir ou redécouvrir des rues, leurs habitants, les commerçants, imaginer comment les uns et les autres paraissent y vivre.
Alors que j’arrivais à West Village, je me suis rappelé que c’était dans ce quartier que se trouve le studio de Merce Cunningham. Alors par pure curiosité j’y suis allé. Il fallait entrer dans un vieux building assez grisâtre et pas particulièrement accueillant.
Je montais quelques étages avant de trouver la bonne porte. L’endroit était calme, j’étais même tout seul, ce qui m’étonnait un peu. D’habitude il y a toujours des élèves qui entrent et sortent dans ce genre d’endroit, sans compter les curieux dans mon genre !
Mais maintenant que j’étais là, ça aurait été bête de faire demi tour juste devant la porte entrouverte.
Je frappais, puis entrais… Personne.
Un peu plus loin, il y avait ce qui ressemblait à l’accueil. Je m’approchais. Toujours personne. Un peu décontenancé, je m’apprêtais à repartir quand j’entendis une voix sortir d’un couloir « Yes, hello ! May I help you ?».
Ouf ! L’endroit n’était finalement pas si désert que ça ! Il était même habité par une jeune femme, pimpante et sans façon, au look indéniablement New Yorkais (je serais bien incapable d’expliquer ce que c’est le look New Yorkais, mais je sais le reconnaître. Il va falloir vous contenter de ça).
J’expliquais alors à ma jeune (et charmante) interlocutrice que j’étais de passage à N.Y. et que ma curiosité m’avait poussé jusqu’ici. Comme ça.
Elle avait l’air contente d’avoir un peu de visite, et m’expliqua alors qu’il n’y avait personne en ce moment, car c’était le 50ème anniversaire de la compagnie, et qu’ils étaient tous au Lincoln Center pour les représentations d’anniversaire.
Elle me dit « Attendez ! » et commença à ouvrir des tiroirs, des portes de placard… en farfouillant partout avant de se retourner vers moi la mine un peu déçue « Je suis désolé, je vous aurai bien offert quelque chose pour vous remercier de votre visite, mais, on n’a plus rien… ». Je ne m’attendais pas à repartir avec quoi que ce soit, alors je lui dis que ce n’était pas grave, et que je reviendrai la prochaine fois ou j’irai à New York. Autant dire à la St Glinglin…
Je commençais à partir lorsqu’elle m’interpella « Attendez ! Vous voulez visiter ? Si vous voulez, vous pouvez ? ».
Ah oui, tiens… Ca c’était la bonne idée. En un clin d’œil elle fit le tour du comptoir d’accueil, me prit par le bras et me dit « Venez, c’est par là. ». S’ensuivit la traversée d’un couloir avant d’arriver devant une porte blanche qu’elle ouvrit pour moi : « Voilà, il y en a d’autres mais ici c’est le studio principal. Je vous laisse, vous pouvez rester le temps que vous voulez. Prévenez moi quand vous partirez. »
Effectivement c’était un grand studio, le sol était recouvert d’un tapis synthétique avec la traditionnelle barre sur le côté, des éclairages et des tas de bidules audio vidéo suspendus au plafond, et face à moi de grandes fenêtres donnant sur la ville et ses grattes ciels, le tout enrobé dans la lumière orangée typique des fins de journées New Yorkaises.
Je me retrouvais là tout seul, avec les mêmes sensations qu’un passionné de football au milieu du Maracana, d’un dingue de Formule 1 seul au stand Ferrari, d’une victime de la mode enfermée pour un week end dans la boutique Chanel, d’un gosse gourmand lâché dans une usine Haribo après 3 jours de jeûne !
J’étais là, et je pouvais faire ce que je voulais.
J’hésitais pendant un moment, puis, avec la gourmandise de celui qui s’offre un délicieux sacrilège, j’enlevais mon manteau, mes chaussures pour ne pas abîmer le revêtement, et pieds nus je marchais au milieu du studio.
Tout était silencieux. Je répétais dans ma tête le dernier mouvement que j’avais appris à Paris, une fois, deux fois… jusqu’à ce que je sois assez sûr de l’enchaînement pour le refaire.
Une fois prêt, je pris une grande respiration, et hop… j’exécutais le mouvement une première fois, assez timidement. Puis plus enhardi (le building ne s’était pas écroulé, je n’avais pas entendu un « What are you doing here ? » tonitruant), une deuxième fois. Et une troisième fois, juste pour le plaisir.
Pas de musique, il n’y avait que le frottement de mes pieds sur le sol, mon souffle, et le compte en sourdine pour placer les bons gestes au bon moment : « 2,3…8 – demi tour – 1, 2, plié, et 3 relevé… 5, 6, pirouette, 7,8… cacahouète… ».
Je n’osais pas en faire plus.
Presque comme un voleur, je remis mes chaussures, sorti du studio en fermant la porte derrière moi, j'allais remercier et dire au revoir à la charmante qui attendait à l’accueil.
Elle me répondit en y ajoutant un beau sourire.
Finalement, ça valait le coup ce voyage à New York.
17 mars 2005
Ravissement & Sortilège (suite...).
Elle me l'a fait remarquer hier.
Cela fait presque 6 ans qu'on s'est rencontré. Pas encore l'âge de raison heureusement.
Parfois, rétrospectivement, je me demande si j'ai bien fait. Mais c'est une question idiote, la réponse est évidente.
Tout cela s'était passé d'une façon si inattendue il y a 6 ans.
C'était un dimanche matin. Exceptionnellement je m'étais réveillé très tôt pour un dimanche, et je n'avais pas grand chose à faire ce matin là. Plutôt que de traîner, j'avais décidé d'aller amortir mon récent abonnement à la petite salle de gym du quartier. Je sortais d'une période assez longue de délabrement physique, il m'avait fallu de longs mois reconstituants et finalement l'aide de l'acupuncture pour commencer à vraiment reprendre le dessus. Le médecin m'avait finalement relâché dans la nature en me prévenant "maintenant c'est à vous de jouer, si vous ne voulez pas revenir dans le même état l'année prochaine, occupez-vous de vous. C'est vous qui voyez...". Pour une fois, j'avais écouté le médecin. Bref...
Je m'étais dirigé vers cette petite salle de quartier, bien tranquille, sans frime, sans fringues fluos, sans musique débile, sans cette ambiance "les bronzés font de la gym" qui ne ferait rire qu'au cinéma...
Une fois à l'entrée il fallait descendre un escalier pour accéder aux cours et aux installations qui fatiguent, on se demande vraiment pourquoi on paye pour ça !
Ce matin là, du haut de l'escalier j'avais entendu une voix. La sienne. Pourquoi, comment... je n'en sais rien mais tout a commencé à cet instant précis.
J'ai descendu les escaliers, avec curiosité car je voulais savoir. Avec réticence, par peur de me tromper. En me disant "si elle ressemble à sa voix, alors je ne sais pas ce qui pourrait arriver". Pourtant cette voix n'évoquait pas un souvenir particulier, ce n'était pas la réminiscence d'une autre voix, mais quelque chose m'arrivait, là, comme ça, un dimanche matin, à cet endroit, dans l'escalier.
Elle ne ressemblait pas du tout à sa voix finalement.
Et ça n'avait aucune importance.
Ce dimanche matin là, à ce moment là, je n'avais encore aucune idée de tout ce qu'allait déclencher cette rencontre. A quel point il y avait une vie avant de descendre cet escalier, comme il y a aurait une autre vie une fois arrivée en bas des marches.
Je n'avais aucune idée de ce qui était en train de se produire, hormis le sentiment que j'assistais à un moment qui pouvait m'emporter aussi loin que je puisse aller, et même un peu plus. Que j'en étais le spectateur et l'acteur à la fois. Qu'il était trop tard déjà pour s'y soustraire, pour autant que j'en ai eu l'intention.
Rien de tout ce qui est arrivé depuis, je n'aurai pu l'imaginer à cet instant.
Mais...
... Bon Anniversaire.
New York City Ballet
Tributes - Celebrating the 50 years
16 mars 2005
Sortilège & Ravissement
Hier soir, le spectacle que j’ai vu m’a ravi.
Le metteur en scène, pardon il faut maintenant dire le « scénographiste » !!! Pensez y quand vous bougez un meuble chez vous ! Vous réalisez en fait une nouvelle scénographie de votre intérieur. Donc le metteur en espace, euh, le « scénograveur » avait eu l’idée, pour montrer un changement de saison dans le spectacle, de faire tomber une pluie crépitante de fleurs rouges sur la scène, qui se tenaient comme plantés au sol, droit sur leurs tiges, par je ne sais quel dispositif. Cette idée et son résultat –je ne sais pas trop pourquoi- m’a enchanté, tout comme le reste de ce spectacle : un des plus beaux que j’ai pu voir. Mais bon, c’est vrai, vous me connaissez (ou pas) je suis bon « publicatiste ».
Bien sûr le spectacle en général c’est fait pour ça : pour susciter de l’enchantement et du ravissement. Toutes choses qu’on a plus de mal à trouver au quotidien.
Quoique parfois, il suffit de peut de choses : un mot prononcé par notre bébé, l’odeur d’un parfum qu’on avait oublié, la courbe de son épaule ou sa respiration quand il/elle dort…
Le ravissement suppose bien des choses.
Un effet de surprise. Ce qui nous ravit nous surprend, se produit à un moment inattendu, nous prend de court. Les discours de notre 1er ministre nous ravissent ils ? Dans la mesure ou ce qu’il dit on a pas besoin de l’entendre pour le savoir, la capacité de ravissement de Raffarin ne repose plus que sur son physique de jeune premier.
Un sens du timing. Car ce qui peut nous ravir à 11h48 peut passer inaperçu à 9h12. Il faut que tout se passe comme dans les grandes tragédies, pardon, les grandes "tragéités" classiques : unité de lieu, de temps et d'action.
Du coup, le ravissement suppose notre participation active. Même si nous ne savons pas ce qui va nous ravir, nous l’attendons, nous l’espérons tout en ignorant que c’est le cas. Celui ou celle qui est ravi(e) ne demande en fait qu’à l’être, il espère que quelque chose ou quelqu’un viendra mettre le désordre dans sa "scénographologie", pour son plus grand bonheur (et les tourments qui vont avec).
D’ailleurs celui ou celle par qui s’opère le ravissement, le fait la plupart du temps à son insu, suivant le principe du coup de foudre tel qu’il existe dans les contes de fées. Tout l’inverse du maléfice, ourdi en secret par quelqu’un dont la victime ignore l’intention maléfique : pensez y avant de croquer la pomme (non, pas celle là, l'autre, celle avec les pesticides).
Alors qui dit ravir, dit autre chose que nous même. Quand je me vois dans la glace le matin, je ne suis pas positivement ravi. Ce qui est ravissant est hors de nous : une femme, un homme, une robe (tant qu'elle est dans le magasin), le maillot de foot Manufrance de l’AS St Etienne, une pâtisserie dans une vitrine… Hors de portée, d’un seul coup pourtant l’illusion de pouvoir s’en saisir nous ravit.
A une condition, celle de pouvoir nous y abandonner. Le sortilège ravissant agit ainsi. Nous nous rendons à lui, nous ne demandons qu’à lui abandonner notre bon sens, nos habitudes, notre capacité de réflexion… le bonheur est à ce prix. Au moins pour un temps. Le plaisir de remettre entre les mains de quelqu’un d’autre tous les éléments de notre « scènologie » est récompensé par l’espoir que cet effet de surprise va durer.
Et parfois il dure. Le temps d’un feu de paille, si au fil du temps ce qui ravissait finit par énerver et puis devenir insupportable, comme un prémice de séparation à venir : « il est si mignon avec ce côté extravagant », devient « je ne supporte plus qu’il soit toujours en retard ».
Mais si la potion magique du ravissement est préparée avec amour, alors elle touche à l’essentiel, et maintient quelque chose d’essentiel pour longtemps : une passion, une relation amoureuse, l’image de quelqu’un. Sûrement une forme de confiance en demain.
C’est toujours fascinant de voir comment une construction si fragile peut parfois finalement se révéler si solide quant elle touche à quelque chose de vital. Comme un équilibre instable qui pourtant résiste à tout, aussi longtemps qu’il est alimenté par l’envie de ceux pour qui le sort en est jeté.
British Columbia Ballet - Orpheus
Photo : Michel Cavalca
























