Je ne sais plus si ce mois ci mes textes servent de prétexte à vous présenter un auteur de BD, ou si c'est l'inverse, l'illustration qui me fait trouver mon  texte. Quelle importance hein ? La fin du mois arrive bientôt et je me rends compte qu'il y en a encore tant que je voudrais vous faire connaître : Jijé, Wasterlain, Killofer, Crumb, Prado, Moebius, Walthéry, Franquin, Will, Floch, Boring, Goossens, Druillet, Baru... pfiou.

N'aurais j'amais le temps !!

Au moins celui-là.
Hier soir tard (ou tôt, ça dépend), j'étais bien au chaud dans mon chez moi en train de lire cette BD là.
Les flocons tombaient sur Paris. C'est le meilleur moment, quand les flocons recouvrent toute la ville. D'abord ça arrive rarement, ensuite c'est beau, et enfin c'est éphémère car au matin les voitures transforment le tout en une "sludge" pas très apétissante, quoique moins puantes que les crottes laissées par la saleté de Pékinois de Mme Mervalou. Quelle engeance cette bestiole !
Ou en étais-je.

Ah oui, cette BD de Tardi.
D'abord c'est rigolo de lire une BD qui se passe en plein été alors qu'il neige au dehors. Ca réchauffe comme du thé au miel. Ensuite ça se passe dans les années 50 (Geo Charles Veran a eu un prix pour ce livre cette année là), et j'aime bien lire des romans qui se passent à une époque que je n'ai pas connu (qu'est ce vous croyez, suis pas né dans les années 50 quand même !) mais assez proche pour qu'il soit facile de l'imaginer : imaginer l'époque ou il fallait aller à la poste ou dans un café pour téléphoner sur un appareil à cadran, ou les voitures n'avaient pas d'air bags mais les femmes oui (oh, celle-là, je sais, j'aurai pu m'abstenir, mais finalement... non...), ou les rues étaient plus souvent pavées que goudronnées, ou les T-Shirts s'appelaient Marcel et n'étaient pas à la mode chez les 'trendies'... Enfin tout ça quoi.

Malgré que Tardi ait colorisé (magnifiquement d'ailleurs) cet album, l'histoire elle appartient au roman noir comme le charbon. Tout se passe autour d'un meurtre commis dans la banlieue Parisienne de l'époque, avec une galerie de personnages assez fabuleuse dans le genre. Tardi réussit à leur donner en quelques cases une épaisseur et une complexité étonnante. C'est la banlieue et la vie de l'après-guerre qui est décrite dans cette adaptation :  la débrouille, les combines, le désespoir adolescent à vivre dans un trou à rat, les vies qui se croisent, se défont, les ambitions, les petites grandeurs et les grandes lachetés des vies, l'espoir aussi...
C'est juste magnifique.

La neige tombe toujours, j'ai fini ma BD qui elle-même ne finit pas très bien, comme tout roman noir qui se respecte. Pourtant, il y a tant de force dans ces personnages, que je me dis que comme eux -mais d'une autre manière- il ne faut jamais baisser la tête quand on essaie de vous faire rentrer dans le rang. Et que si jamais on est tellement fatigué de soi ou des autres, il faut se mettre à la fenêtre de sa chambre, en pleine nuit, surtout quand la neige tombe sur la ville.
Et profiter du spectacle juste avant de s'endormir.

Voilà une bonne trentaine d'années que Jacques Tardi marque de son empreinte la bande dessinée contemporaine. Virtuose du noir et blanc, peintre inégalé des ruelles sombres et des pavés luisants, contempteur infatigable de la bêtise humaine et obsédé par la guerre, Tardi est l'un des maîtres de la BD. Son adaptation du Cri du peuple, le roman de Jean Vautrin sur la Commune de Paris, se hisse à la hauteur du reste de son œuvre. Parcours d'un dessinateur d'exception.

Mais Tardi n'est guère à l'aise avec les récits contemporains. Il préfère explorer une veine plus personnelle. Après diverses histoires brèves, il publie Le Démon des glaces, dessiné à la manière des gravures du XIXe siècle, puis La Véritable Histoire du soldat inconnu. En 1976, il donne naissance à Adèle Blanc-Sec. Un personnage de femme original, à une époque où la plupart des héroïnes de bande dessinée restent cantonnées dans les clichés. Adèle est confrontée à des savants fous, des ptérodactyles sanguinaires et des pithécanthropes ressuscités, le tout sur fond de Paris d'avant la Première Guerre mondiale. Tardi a trouvé son style : un mélange de fantastique, de clins d'œil au roman populaire et de second degré réjouissant, dans le cadre d'un Paris aujourd'hui disparu. Une ville que Tardi se délecte à faire revivre sur sa feuille à dessin après l'avoir arpentée en tout sens, en authentique passionné de la capitale. Surtout, il aborde le grand sujet qui ne cessera de l'obséder : la guerre de 14-18, métaphore de tous les conflits et de l'inépuisable bêtise humaine. Profondément marqué par les souvenirs de son grand-père, il s'emploie à nourrir son œuvre de références à la « der des ders », qu'il met en scène dans C'était la guerre des tranchées, publié dès 1982 dans le mensuel (A suivre), et Le Trou d'obus (1984).

Tardi s'attaque aussi à la mise en images d'œuvres littéraires. Grand admirateur de Céline, il illustre Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit et Casse-pipe. Il démarre une série d'adaptations de romans policiers avec les Nestor Burma de Léo Malet, et notamment Brouillard au pont de Tolbiac (1982). En prenant soin de gommer les aspects les moins sympathiques des romans, parfois empreints d'une fâcheuse tendance au racisme. Il adaptera aussi Jeux pour mourir, de Géo-Charles Véran (1992), et La Der des ders, de Didier Daeninckx (1997). La fréquentation des écrivains est une vieille habitude chez Tardi. Avec l'auteur de polars Jean-Patrick Manchette, il avait déjà réalisé Griffu dans les années 70. Il récidivera en 2000 avec Daniel Pennac, qui lui écrira le scénario de La Débauche.
Source : http://www.bedetheque.com/