31 janvier 2005
Le dîner de cons.
Samedi dernier.
Grande réunion de famille. Ces réunions, avant c'était mes grands-parents qui les organisaient. Tout le monde s'y retrouvait, leurs enfants, leurs époux et épouses, les petits-enfants, c'est-à-dire moi et mes cousins, quelques amis. Beaucoup de monde, les enfants du baby-boom quoi !
Le temps est passé par là, assez pour que le temps de mes grands-parents ne prenne la fuite avec eux. Pendant un moment leurs enfants ont pris le relais. Enfin pas tous. Les filles le plus souvent, l'esprit de famille en quelque sorte.
Aujourd'hui le temps passe pour eux aussi. C'est nous - les petits-enfants devenus grands- maintenant qui commençons à prendre le relais. Enfin nous… Les filles le plus souvent… L'esprit de famille toujours.
Alors ce soir nous nous retrouvons tous. S. a trouvé une grande salle, qui permet de rassembler tout le monde. On est si nombreux que j'ai renoncé à tenir le compte. C'est que ça devient compliqué.
Mes grands-parents se sont rencontrés à 14 ans et puis ils ne se sont plus jamais quittés, ils se sont mariés, ont eu des enfants au moment ou le monde entier envoyait les siens à la boucherie et à la folie collective.
Leurs enfants aussi se sont mariés, au moment ou les pavés volaient bas, les CRS frappaient fort, et ou la libération des mœurs bottait le cul du général De Gaulle jusqu'à Colombey les Deux Eglises. De ce bon usage de la libération des mœurs, nos parents ont usé sans modération. Ce soir, il n'y a plus là qu'un seul couple de nos aînés composé de ses deux parties initiales.
Et puis nous. Encore plus nombreux. La queue du baby-boom si je puis me permettre cette image. Mes cousins, cousines et moi. Nés d'unions diverses, renouvelées, recommençées, écourtées, égarées… autant d'histoires diverses et particulières. Singulières aussi.
La salle est trop grande pour nous. De petites grappes se sont constituées au hasard des discussions des uns avec les autres. Chacun est venu en apportant de quoi manger et boire. Bien plus qu'il n'en faut, comme le veut notre tradition familiale. La soirée cherche l'esprit de leurs fondateurs, de deux personnes qui se sont rencontrées à 14 ans pour ne plus se quitter. La musique peine à amener ce petit monde sur la piste. Trop d'écarts entre les rocks de Bill Haley et le R'n'B de Destiny Childs. La mayonnaise ne prend pas.
Finalement cette salle n'est pas assez grande. Pas assez grande pour contenir toutes nos histoires. Pas assez grande pour contenir les fantômes invoqués par le petit billet que lisent nos mères pour nous remercier de cette soirée. Les moitiés de couples qui ne sont pas venues, celles qui ne pourront plus jamais venir, leurs enfants aussi, mes cousins qui n'ont pas pu ou pas voulu être là. Tous ceux là occupent trop d'espace pour que les présents puissent le remplir de rires et de plaisirs partagés.
En fait, rien n'a été réglé avec tous ces fantômes. Il n'y a pas eu de renaissance. Juste des couches, des strates, des couvertures entassées par-dessus des histoires qui n'ont pas encore trouvé leurs fins, avec les fantômes tout en dessous.
Je regarde les enfants s'amuser. Ce sont les nôtres maintenant, les enfants des cousins. Ils jouent, se chamaillent, rient, se disputent comme tous les gamins. Comme nous avant eux. Ils ont l'air de vivre cette soirée comme nous le faisions au même âge. Nos fantômes ne sont pas encore les leurs.
Je pense à ceux qui aimeraient vivre une soirée en famille, ceux qui n'ont pas cette chance de savoir à quoi ça ressemble. Ils ne verraient certainement pas les mêmes choses que moi. Pas du même œil en tout cas. Moi aussi je cherche ces fantômes, pas pour les garder mais pour qu'ils s'en aillent enfin et laissent la place aux vivants.
La soirée se termine, il faut songer à rentrer… Décidemment, je ne tiens jamais autant à l'esprit de famille que quand je suis à distance de la mienne.

La Famille Adams.
28 janvier 2005
Accr'o Texto
Des examens par SMS: La crise scolaire est mondiale, en Scandinavie, les professeurs se plaignent de la triche par SMS. Facile, les élèves se communiquent les questions et reçoivent les réponses discrètement sur leur téléphone mobile. Pour conjurer ce phénomène, une école japonaise a décidé de retourner la situation et de faire passer des examens par SMS.
SMS pour mari trompé: Un inventeur roumain soupçonneux a créé une application qui devait le prévenir par SMS si le lit conjugal accueillait un autre poids que celui de sa femme pendant son absence. L'application a parfaitement fonctionnée et un jour un SMS l'a prévenu de son cocufiage. Le malheureux homme a retrouvé sa femme avec son voisin.
Sa femme le harcèle par SMS: La cour d'appel d'Helsinki à rendu un jugement sur le cas d'une femme qui harcelait son mari à coup de SMS à son lieu de travail. Elle ne devra plus le contacter par téléphone ou autrement pendant 12 mois.
Les SMS ont changé la vie des sourds et des malentendants : Les sourds et les malentendants ont la vie changée grâce aux SMS (NdLVN : et qu'on se le tinne pour dit 2 fois de suite).
SMS et le syndrome de tension répétée: ou «repetitive stress injury (RSI)» en anglais, est le nom donné à un groupe d'affections causées par une trop grande utilisation d'une articulation. Il est de plus en plus fréquent chez les personnes qui font constamment les mêmes mouvements au travail, par exemple devant leur ordinateur — frappe clavier et cliquements répétés de la souris — ou qui pratiquent certains sports. Pour Andrew Chadwick, directeur de la British RSI Association, le SMS est potentiellement une cause de lésions attribuables au travail répétif (RSI) et pourrait affecter des milliers d'adultes et d'adolescents.
Oui, j'avoue, moi aussi je suis un texto-fan.
Avant on écrivait de longues lettres qui mettait quatre ou cinq jours avant de rejoindre leur destinataire, ou plus long encore si celui-ci ou celle-là était loin, loin, loin...
Pour moi, le texto c'est comme une mini-lettre.
La vraie discussion téléphonique, celle qui dépasse les considérations météorologiques qu'on subit chez le capilliculteur, doit se placer dans un moment ou la disponibilité de chacun est à son mieux. Comment parler, je veux dire vraiment parler, quand l'autre est pendu à son mobile dans un autobus, coinçé dans une réunion interminable, en train de faire les boutiques, ou je ne sais quoi... On ne peut jamais savoir à l'avance si on va appeler au bon moment.
Le texto, c'est comme une micro lettre.
Elle respecte le territoire et le temps de l'autre
Elle arrive dans ma boite aux lettres comme le cadeau d'une lettre d'amour, ou le grincement d'un rappel d'impôts. Mais je sais qui me l'envoie, et je peux choisir le moment pour le lire. Tout de suite, si c'est l'adresse de ce théâtre ou j'ai rendez-vous dans 10 minutes, et bon dieu, mais ou c'est, 'vais louper le début ? Jamais, si c'est encore mon opérateur qui veut me faire télécharger des sonneries Star Ac' ou passer à un forfait tellement plus avantageux que même pas je m'aperçois qu'il est plus cher... Et selon, si c'est un ou une amie qui prend de mes nouvelles, ou me donne des siennes.
Parfois le bzzzz bzzzz du téléphone me prévient d'une arrivée de SMS à des heures indues. En gros je dors (qui à dit, c'est pas vrai, il ronfle ??). Alors je sais qui c'est. C'est son tendre coucou, à elle, qui m'envoie des bisous nocturnes, me fait part d'une confidence, ou d'une inquiétude. C'est bon et énervant (ben oui, je dormais quoi !) comme un p'tit mioche qui vient chercher un bisou avant de retourner dans le noir de sa chambre.
Les textos me laissent le temps de réfléchir et de choisir avec précaution mes mots. De cette manière je peux parfois dire en quelques mots des choses qui seraient plus délicates à annoncer de vive voix, surtout par téléphone. Un peu comme un reste de timidité adolescente qui fait écrire plus facilement "je t'aime" en sms que le dire en face.
J'aime bien penser que l'autre, là-bas, fait la même chose que moi et choisit aussi le moment qui convient pour ouvrir mes messages de trois fois rien. Un 'bonjour et bisous' aussi simple soit-il n'a pas le même parfum si on l'écoute à la sauvette entre trente six trucs à faire, ou si on se prend une pause de cinq minutes pour le déguster comme un bon verre de Sancerre rouge (oui, j'ai une petite faiblesse pour le Sancerre).
Le SMS garde un tout petit quelque chose des lettres d'avant, que maintenant j'envois par mail aussi, sauf pour des attentions un peu spéciales. Quand mes pattes de mouches autographes se révèlent indispensables.
Bon j'arrête là, sinon je vais tomber dans la Derlermienne 'Première Gorgée de Bière' et autres petits bonheurs.
Remarquez... tant que ne vous inflige pas les pénibles jérémiades de son Vincent de fils, je vous évite sans doute le pire.

Hermès, le messager des dieux.
27 janvier 2005
Personne Ne Peut Comprendre
A l'heure ou les chefs d'état, les survivants et le monde entier commémore la libération des camps nazis, je retiens ceci des témoignages des survivants : "personne -sauf ceux qui y étaient- ne peuvent se représenter ce qu'étaient les camps, personne ne peut comprendre."
Je les crois volontiers.
A ma toute petite échelle, j'ai essayé de me représenter les 5 à 6 millions de victimes de cet au delà de la barbarie.
Je voulais faire une note qui ne comporterait que des 1... un 1 pour chaque victime du génocide. Et rien d'autre.
En écrivant en tout petit (arial, taille 5), je me retrouve avec 332 pages couvertes de 11111111....
Quelle idiotie...
Au moment ou j'écris ça, je me rends compte que ça ne signifie rien de se représenter 332 pages couvertes de 1.
Voilà juste une page, pour que vous aussi, vous ne puissiez pas vous représenter... C'est peut être pour cela qu'on n'oublie pas. On ne peut pas oublier ce qui est au delà de ce que nous pouvons imaginer, et encore moins comprendre.
... Vous voyez, les survivants ont raison.

26 janvier 2005
Tu Fais Quoi Comme Note Aujourd'hui ?
- Ben alors, tu fais quoi comme note aujourd'hui ?
- Pfff, j'en sais rien. Barnabé et Chiboum ont fait deux belles notes sur les commémorations des camps nazis et je mettrais bien mon grain de sel... Et puis j'ai cette note sur Florence Aubenas et Hussein Hanoun Al Saadi que je ne sais pas par quel bout prendre... En plus tout ce boulot à finir pour le 31. Je sais pas comment je vais m'en sortir. Ces notes j'ai vraiment pas le temps.
- Tu devrais peut-être pas prendre tout ça si au sérieux ! C'est juste un blog parmis des millions ! C'est quand même pas comme si tu t'adressais à la planète entière avec un Nobel de la Paix en ligne de mire ?
- Un Nobel de la Paix en ligne de mire... Hi hi hi ! Naaan, bien sûr. Je sais bien que c'est juste mon tout p'tit truc à moi noyé dans ce tsunami de pages internet, de mails, d'infos, de sms, de spams... qui nous submergent au quotidien. Et c'est très bien comme ça d'ailleurs. Mais bon. J'aime pas laisser une note dont je me dis à l'avance "mais elle est toute pourrite cette note !".
- Ah, tu vois bien que tu prends ça un peu au sérieux quand même ?
- Ben ouais, sûrement un peu trop. Dès fois ce que j'aimerais faire, c'est une note qui serait à la fois silencieuse et musicale. Ou celui qui viendrait la lire serait transporté pour un instant dans ce qui serait pour lui ou pour elle un bonheur paisible et accompli.
- Oui bon, souhaites leurs une bonne nuit et de beaux rêves à tes bloggeurs et il feront ça tout seul, par eux même. Ou rebaptises ton blog 'Bonne Nuit Les Petits' ! (rires)
- T'es con ! (rires)
- En attendant tu devrais te remettre au boulot. T'es vraiment si en retard ?
- T'imagines même pas.
- C'est surtout de faire un autre boulot, dont tu es en retard.
- T'imagines même pas ! (rires)
- Et ta note alors ?
- Je vais juste mettre cette image. En elle même, elle se suffit. Tout le monde est au courant, il n'y a rien à commenter. Ce serait presque indécent d'en rajouter, enfin, un peu. Mais quitte à commémorer quelque chose, que les morts d'hier nous apprennent à protéger les vivants d'aujourd'hui.

25 janvier 2005
Onfray contre le Diktat de Pivot !
J'ai acheté ce livre de Michel Onfray.
Je ne le connaissais pas Michel Onfray.
J'en avais juste entendu parler et décrit comme une sorte de philosophe atypique, libre penseur, fondateur d'une université libre, vivant à la campagne loin et en dehors des cercles culturels et universitaires parisiens.
Loin, très loin, très…………….très……………………très loin des BHL, Glucksmann et autres exaspérants Finkielkraut.
Je ne sais pas bien ce qui m'a pris d'acheter ce livre :
-
Je devais être malade, me sentir un peu faible. Une petite baisse de fer, ou de magnésium ! Une névrose dans une mauvaise passe ? Un manque trop prolongé de chocolat !?
Car d'habitude je me tiens à distance respectueuse de livres portant ce genre de titres.
D'emblée ça me paraît être trop sérieux pour moi.
Il faudrait une vraie culture classique que je n'ai pas, aller aux conférences du Collège de France, mener des débats dans les cafés-philo au moins…
Et puis quand vous laissez ce genre de livre posé sur votre bureau, les collègues qui passent par là vous regarde d'un œil bizarre, comme si d'un coup vous deveniez quelqu'un qui a de sérieux problèmes : « C'est toi qui lis ça ? Tu vas bien en ce moment ? Oui ? Ah bon… T'es sûr ?».
Je ne vais pas vous faire de la pub pour ce livre, mais en tout cas je ne regrette pas mon achat. Ne serait ce que pour une chose, c'est que j'y ai découvert pleins de mots et de termes que j'ignorais ou dont le sens m'était inconnu : kunique, le paradoxe du je-ne-sais-quoi, actionnisme, le boudin humain, la logique des porcs-épics, hapax existentiel, la moraline, belluaire…
Bon évidemment. Ca n'encourage pas forcément à se plonger dedans ?!
Pourtant il se passe quelque chose croyez-moi.
C'est tout l'opposé de la dictée de Pivot, qui elle me donne envie de prendre un Temesta et d'aller me coucher. En tout cas, de fuir loin de tous ces petits vieux dont la seule fierté est de savoir écrire correctement 'discomycètes' par exemple. Loin………….. très loin…………………….. (encore ?) de ces ménagères de plus de 120 ans d'âge mental dont le bonheur est de faire moins de fautes que Mme Duchion (c'est elle qui avait fait le meilleur score de la cage d'escalier l'année d'avant), de jeunes (enfin jeunes…) inscrits au club local des chiffres et des lettres, et qui pensent que Pascal Sevran devrait entrer à l'Académie Française (quoique… z'ont peut être pas tort en fait…), etc.
Bref, rien à voir avec tous ces constipés de l'écriture qui ne vivent que pour formoliser le plaisir de la langue, des mots, du vocabulaire dans une 'scolaire attitude' de perroquet savant. 10 sur 10 en orthographe, voilà ou se borne leur horizon.
Parce qu'en lisant ce livre de Michel Onfray, ce qu'on lit ce sont les idées qui déroulent, déboulent et s'exposent avec en arrière plan les émotions, les rebonds qu'elles rencontrent dans des morceaux de notre propre vie.
Alors c'est sûr que parfois des phrases entières m'échappent complètement. J'y pige rien.
Onfray c'qu'on peut !
La seule différence, c'est que ça ne m'empêche pas de continuer à le lire ce livre. Au contraire ! Ca donne envie de découvrir d'autres auteurs, d'autres lectures, d'autres idées. Faut croire qu'il a du talent alors ?
Tout simplement c'est le plaisir enfantin de partir à l'aventure de mondes inconnus, de marcher dans des mots inconnus (mais du pied gauche) pour se familiariser petit à petit avec eux.
N'imaginez pas que je me promène dans le métro avec mon livre de poche dans une main, et un dictionnaire en 15 volumes dans l'autre !
Le plaisir c'est de découvrir et petit à petit, de comprendre, de fabriquer du sens par nous-mêmes, de se tromper parfois. Que l'imagination prenne le pouvoir y compris avec l'alphabet. Avec mes premiers tintin est ce que je savais ce que ça voulait dire bachibouzouk (j'ai oublié), ouo australopithèque…
Après on a envie de comprendre. Pas qu'on nous apprenne, qu'on nous enseigne, qu'on nous instruise… On a envie de comprendre, de découvrir, d'évaluer, de penser. Que ça vienne de nous, pour qu'on puisse recevoir des autres. Et tous les profs et instits qui ne saisissent pas cette nuance seront incapables de capter l'intérêt de leurs élèves. Ils rendront n'importe quel beau texte aussi plaisant qu'un moule à gauffre ou un ectoplasme. Ils ne seront que de pénibles Bernard Pivot, en train de nous 'séniliser' avec sa putain de dictée.
Ce bouquin de Michel Onfray, ça marché parce qu'il donne de lui, dans ses mots. Ses lecteurs ne sont pas là pour être le miroir dans lequel il s'admire. Tant que l'auteur ne se paye pas des mots qu'il nous offre pour qu'on reconnaisse sa haute intelligence, placée pas plus haut que son nombril (ce que font les pénibles BHL et affiliés), mais qu'il s'en sert pour nous donner à connaître son monde, ça me va. Qu'il y récupère un peu de son nombril au passage, là c'est pas pareil.
Sinon j'ai appris que c'était la dernière de la 'Dictée de Pivot'.
Enfin une bonne nouvelle !
Si vous voulez en savoir plus sur sur Michel Onfray, c'est ici.
«Dostoïevski, rien que le nom de l'auteur à lire et j'ai ma dose.»
Cette citation est extraite des « Brèves de Comptoir » de Jean Marie Gourio.

Michel Onfray.
24 janvier 2005
L'Arme Fatale
Il y a des fois ou je découvre des trucs sidérants, qui repoussent les limites de la stupidité humaine à des distances intersidérales. « Je suis trop vieux pour ces conneries » disait Dany Glover danss l'Arme Fatale 1, 2, 3, … 973…
Alors à propos de distance intersidérale, pas étonnant que les petits hommes verts se planquent dès qu'ils voient arriver une sorte de casserole à plusieurs manches qu'on essaie ici de nous faire prendre pour le sommet de la technique spatiââââââle : « planquez vous, c'est encore les terriens qui nous envoient une boite de conserve vide !! ».
Dernier exemple de découverte à haut degré de crétinerie : l'étude depuis les années '90 par le pentagone d'une bombe sexuelle… Z'avez bien lu ! Bombe sexuelle. Mais il ne s'agit pas de parachuter sur les lignes ennemies des clones de Madonna, de Samantha Fox, ou de Johnny Depp récemment évoqués ici ou là, non, non.
Des scientifiques mettent au point dans un laboratoire de l'US Air Force (encore les 'ricains) une bombe aphrodisiaque capable – je cite – « de transformer l'armée d'en face en horde de bêtes sexuelles, irrésistiblement attirées les unes vers les autres ». Si, si j'vous assure, c'est très sérieux.
Imaginez la situation.
C'est la guerre. Des pilotes US à tronche de sous-Bruce Willis nourris au maïs du mid-west, montent à bord de leur joujou supersoniques à 30 millions de dollars pièce en fredonnant « Sex Bomb, Sex Bomb, you're my Sex Bomb… ». Décollant dans un boucan d'enfer vers l'ennemi – sans doute barbu, adepte du mal absolu et possesseur d'armes de destruction massive en carton bouilli, tel que la mode actuelle l'exige – le pilote est tout pressé d'en découdre : « ouais, c'était vraiment facile, j'ai lancé mes missiles et j'ai vu sur l'écran toutes mes cibles exploser les unes après les autres. C'était comme dans un jeu vidéo. En mieux ! » Je cite de mémoire ce pilote américain, suffisamment décervelé pour croire que la réalité vient des jeux vidéo, sans se rendre compte que c'est l'inverse.
Mais là, rien de pareil.
Les missiles en question vaporisent au dessus des cibles ennemies un produit qui rend d'un seul coup le porteur d'un treillis fatalement attractif à son voisin de tranchée. Les unités combattantes restant majoritairement masculines, je vous laisse imaginer la suite. En moins de temps qu'il n'en faut pour enlever une paire de Dim Up kakis, voilà tous ces trous-fions en pleine orgie digne d'une back room du Marais un soir de gay pride, ou d'une fête d'anniversaire des Village People.
Sûr que les médias américains vont râler !
Comment diffuser ce genre d'images sur Fox TV ou CNN, eux qui s'offusquent d'un téton hors contrôle à une heure de grande écoute jusqu'à supprimer les diffusions en direct pour éliminer tout risque de « cacher ce sein Jacksonien que je ne saurais voir » !
Ceci dit, ça doit pas être si marrant, car pour que la bombe soit efficace il faut que l'effet soit totalement épuisant, pour que les combattants adverses soient sur le flanc, totalement vidés de… euh… toute leur énergie. Faudrait pas non plus que les braves G.I. arrivant en deuxième ligne risquent une main aux fesses ?! Ils ont eu leur diplôme de West Point justement pour éviter le bizutage taquin de leurs instructeur local, dont le fût du canon ne refroidit jamais paraît-il. Ne comptez pas sur moi pour vérifier cette rumeur !
Non.
Car c'est pas rigolo d'être bombardé à coup de Viagra version XXXL. Les effets souligne le Pentagone sont « extrèmement désagréables ». Je serais vous j'y réfléchirai donc à deux fois avant de contacter l'US Air Force pour obtenir un échantillon et l'offrir à votre couple d'amis qui part en lune de miel dans quelques semaines.
Bon.
On peut quand même se poser des questions sur l'équilibre mental des responsables politiques, militaires et scientifiques qui ont donné leur feu vert pour dépenser plusieurs millions de dollars dans la recherche et la mise au point de la bombe à 'orgive culnéaire'. Je ne serais pas le moins du monde étonné que les mêmes – exactement les mêmes – ne militent contre l'homosexualité qu'ils considèrent comme une maladie mentale, ne hurlent après la décadence de la jeunesse pour la moindre pilule d'ecstasy, et soient par ailleurs les ardents défenseurs des valeurs traditionnelles, familiales, de l'amour du prochain, et que Dieu protège les Etats-Unis d'Amérique, amen.
Là ou les limites de la débilité reculent encore de quelques années lumières c'est quand une organisation luttant pour la transparence des programmes d'armements chimiques et biologiques (tiens ! Je croyais qu'il y avait un moratoire sur ces programmes), a réussi à sortir cette info et à faire admettre au pentagone la véracité de ces recherches.
Et là, que s'est il passé ?
L'association de défense des militaires homosexuels (SLDN) s'est indignée. Mais alors indignée quoi !
Leur argument : « L'affirmation selon laquelle un ennemi gay serait moins efficace au combat est scandaleuse. Personne n'a mis en doute la vaillance d'Alexandre le Grand à cause de son orientation sexuelle » à officiellement écrit Mr Osburn (sans 'e' à la fin) le directeur de
Je rêve…
Ce qui indigne ces gens, c'est qu'on puisse faire un amalgame entre cette bombe débile et le fait d'être homosexuel ! Le fait d'être gazé lui échappe complètement. Le fait de faire des recherches et d'éventuellement produire des armes neurotoxiques c'est normal ! Le fait d'être drogué au point de ne pas pouvoir s'empêcher de s'envoyer en l'air avec le premier trou du cul qui vous tombe sous la main, ne lui en touche pas une sans faire bouger l'autre ! Le fait d'être bombardé, de faire la guerre, c'est pas ça qui l'empêche de dormir…
Ce qui lui importe c'est qu'on puisse confondre le fait d'être gay avec le risque d'être un mauvais con-battant : « Bon Dieu, mais qu'on nous laisse donc trucider en paix quand on est en temps de guerre, se plaint-il, sinon à quoi ça sert que je me sois tapé (enfin bon…) tout West Point ! » pense Mr le directeur de
A ce stade de coma profond de toute capacité de réflexion, je ne peux m'empêcher de penser que le pentagone peut dormir sur ses deux oreilles. C'est pas avec ce genre de contestation qu'ils vont devoir changer… leur fusil d'épaule.
Toutefois, l'article révèle de quoi soulager Mr Osburn de ses inquiétudes. Car le même labo diversifie ses recherches, en mettant au point des bombes attirant les rats ou les insectes vers l'ennemi (on attend les protestations de
Petits hommes verts qui peut être nous observez de loin. Continuez à vous planquer quand on vous envoie nos tambours de machine à laver high tech en orbite géostationnaire au dessus de vos têtes. Si la connerie humaine est contagieuse, on aura pas à se forcer pour mettre au point une arme fatale anti martien ! On vous enverra juste le patron du pentagone accompagné de Mr Osburn.
«Le plus féroce des soldats, avec un casque bleu vous en faites une tantouse. »
Cette citation est extraite des « Brèves de Comptoir » de Jean Marie Gourio.

21 janvier 2005
Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois.
c'était pas la note prévue initialement, mais... j'lai oubliée chez moi... Alors en v'là en une autre !!!
Dans la série, les merveilles du monde moderne.
En l'occurrence le facteur aujourd'hui ne sonne plus du tout.
J'attend un colis, et comme il a traversé l'atlantique ce colis (ouaip ! Un colis du pays de Dobeliou Bouche… Je sais… Vous pensez à me plonger dans le goudron et les plumes pour ce geste digne de l'anti-France), je suis un peu impatient de le recevoir.
Comme ce matin j'ai à faire chez moi –ça fait sérieux, ce « j'ai à faire »… Si j'écrivais je fais la vaisselle, ou le ménage, ou la grasse mat' ça ferait tout de suite moins mystérieux – je me dis que si le facteur m'amène mon colis made in USA aujourd'hui, pour une fois je serais là. Mais rien ne se passe. Pas plus de colis que de chèque en blanc dans les poches d'un comptable du trésor public.
Aussi quelle surprise en partant de chez moi de trouver dans ma boite à lettre un avis de passage du dit facteur m'avertissant qu'un colis m'attend à la poste du coin car je n'étais pas présent au moment de son passage ?!?
Ben tiens !
Alors je pars vers la poste, un peu énervé après mon Besancenot local : qu'il n'ait pas voulu se taper les 4 étages à pied jusqu'à chez moi je comprend, mais qu'il ait décidé de me déclarer d'autor' aux abonnés absents sans même utiliser l'interphone pour vérifier son hypothèse ça me contrarie.
Mais bon, la poste n'est pas loin et c'est sur mon chemin, donc c'est pas bien grave.
Enfin, ça c'est ce que je pensais jusqu'à ce que je rentre dans le bureau de poste. Au moins as t'il été refait à neuf, et tant mieux car l'attente paraît moins lente quand on n'est pas entouré de murs pisseux pas refait depuis des décennies, de sol en lino soviétique usé par les pas des usagers, de guichets aux vitres blindées pour protèger les employés des bouffées d'énervements qui apparaissent régulièrement dans ce genre d'endroit. Vous savez ! Quand il vous manque le formulaire B5647 pour retirer de l'argent sur ce compte, après avoir attendu dans cette file infinie trente bonnes minutes etc, etc…
D'ailleurs j'attends moi aussi. C'est pourtant pas l'heure de pointe, mais – c'est mon jour de chance – il n'y a que deux guichets ouverts sur cinq, et celles qui me précèdent ont décidé d'avoir des options compliquées à leurs questions, du genre : « Et si je veux envoyer un colis au Burkina Faso, mais aussi que le destinataire paye à réception avec un compte CCP que je vais ouvrir pour lui, comenkifofaire ? » Argh !
Une demi heure plus tard, n'y tenant plus je m'affale enfin au comptoir de la préposée au service public du courrier, comme un vieux cachalot poursuivi par une meute d'orques en rupture de régime Montignac. Après un « bonjour » somme toute amical je lui tend l'avis de passage trouvé dans ma boite. Elle disparaît avec derrière la cloison, pour revenir finalement au bout de quelques minutes en brandissant mon récépissé : « Monsieur, vous ne pouvez pas retirer votre colis (stupeur et tremblement de LVN, « ben quoi, qu'est ce qui se passe encore ? »), regardez… (elle me tend le papelard). Vous voyez, c'est marqué retrait à partir du 30 et on n'est que le 28 ! ».
J'avais même pas lu ce gri-gri du postier, tout en bas. Et merde… Je m'étonne un peu : « Pas avant le 30 ? Quand même ! Il a été livré aujourd'hui et c'est pas dispo avant après demain ? En plus le postier bla bla bla, même pas qu'il a sonné chez moi, bla bla bla… ».
La madame m'explique. « Vous savez Monsieur, les colis maintenant ils sont livrés par des sociétés privées. Ce qu'elles n'ont pas remis directement retourne au dépôt et nous est redonné en bureau, généralement le lendemain. Mais là, c'est les fêtes, ils sont sans doute débordés. De toute façon, on n'est au courant de rien de leur boulot. On récupère les colis non remis, et puis voilà. »
Zut, je me dis. Je ne savais pas que la poste sous-traitait la livraison des colis maintenant. Je demande : « Ah bon, c'est sous-traité ! ».
« Ah ça oui, me répond elle, et pour le rendement ils s'y connaissent croyez moi ». Du coup je comprends aussi pourquoi le « livreur » n'a même pas pris le temps de sonner chez moi, et éventuellement de perdre du temps à vérifier si comme tout le monde je n'étais pas parti en vacances ou au boulot. Le rendement…
Je vois ça comme si j'y étais.
Dans les méandres de l'organisation postale supérieure, ils ont bien du trouver une jeune tête de con sortant de son école supérieure de commerce : « Dis donc, toi, viens là. Tiens, il faudrait que tu bosses sur l'amélioration de la livraison des colis. Les clients (surtout ne plus dire « usager », ça fait syndicaliste ou vieux de la vieille poste) en ont marre de poireauter aux guichets. Et que ça coûte pas un rond hein ? On a pas de sous ».
Et le jeune con de pondre son projet en appliquant les recettes apprises bien sagement à l'ESC Trucmuche… Mmmh, voyons voir, posons les données du problème :
- Comment améliorer le service en faisant que ça coûte moins cher ?
- D'abord ne pas oublier que tout ça, c'est la faute à ces salauds de fonctionnaires qui font poireauter les clients dans les bureaux de postes exprès pour afficher plein de morgue leur statut de privilégié. Faut les court-circuiter, sinon il faudra en plus s'embarquer dans des négos avec les syndicats (un frisson d'horreur lui parcourt l'échine)… Le chef aimerait pas ça. Un coup à être muté analyste financier à la sous-direction de l'amicale des anciens combattants aux objets trouvés.
- Bon de toute façon, c'est simple. Yaka sous-traiter, tu négocies moins cher, ça coûte pas un rond. Tu externalises, comme ça, si ça marche pas les problèmes sont pas pour toi. Et on zappe les fonctionnaires, ces horribles profiteurs du système libéral.
- Attend voir. J'ai gardé mon dossier sur la sous-traitance. Le cours que nous avait donné un conseiller de Francis Mer là. J'ai qu'à copier/coller, j'envois ça au chef. Y a des mots compliqués. Il le lira même pas. De toute façon il a pas le temps. Sauf le résumé du début avec marqué externalisation. Ca lui suffira ! Et hop, c'est bon pour ma mutation à
Et effectivement le chef est content. Les syndicats gueulent, mais ils peuvent gueuler longtemps ! On sort un cahier des charges, on lance un appel d'offres, et on prend le « mieux disant », c'est-à-dire le moins cher.
Et voilà un gars tout content. Il a de quoi faire un peu de chiffre d'affaire, et ça vaut mieux pour lui, vu qu'il a les banques au cul, avec les taux qu'ils lui ont collé pour son emprunt quant il a monté sa PME, sous-traitante d'un gros groupe de transport qui ne possède aucun camion. Il a pas droit à l'erreur. La poste comme client, c'est providentiel, il est prêt à y laisser la chemise de sa mère.
Et, vu le prix qu'il a vendu pour prendre le business, sans aucune étude de rentabilité, le seul truc dont il est sûr, c'est qu'il va falloir serrer les coûts. A commencer par les chauffeurs. Aller hop, il prendra des CDD au Smic, avec une prime au black en fonction du nombre de livraisons réalisées selon les conditions du contrat.
C'est que ces salauds de
« Il faut que les clients soient content, Mr Schmurtz. Et être content, toutes nos études le prouvent (il se dit qu'il aime pas trop ce jeune con qui le prend de haut), le colis doit être livré au client chez lui avant 9h00 le matin, ensuite 80% des clients ne sont plus chez eux. A part les chômeurs, mais eux ils ne reçoivent jamais de colis, ils vont les chercher eux-mêmes aux Restos du Cœur – ah ah ah, rires gras dans l'assistance -.
Donc monsieur Schmurtz, nous serons très exigeant sur le respect des critères qualitatifs de notre cahier des charges, et les 98% de respect de délai de livraison avant 9h00, ainsi que sur les pénalités en cas de dépassement ».
Mr Schmurtz fait 'gloups', en pensant aux Restos du Cœur, à sa femme, ses deux gosses, à son emprunt bancaire, aux 98% de réussite pour la pécadille que va lui laisser cette affaire. Ca va être serré.
Alors il serre.
Les CDD défilent en pagaille. Vu le boulot et la paye qui va avec, c'est pas sa prime qui incite les chauffeurs à rester. Dès qu'ils peuvent partir, ils partent. De toute façon, ils reviendront juste avant le RMI… Tant pis, Mr Schmurtz fera les livraisons lui-même si jamais il manque quelqu'un de trop.
Pour que les statistiques suivies mensuellement par le jeune con soient bonnes, les chauffeurs foncent à toute berzingue, et quand ils sont trop juste, ils mettent juste un avis de passage.
Au fond ils sont pas payés pour remettre des colis à leurs destinataires. Ils sont payés pour passer avant 9h00. Et après ils renvoient les colis au dépôt. Comme ça retourne à la poste c'est pas dans les statistiques. Le jeune con est content. Son chef aussi : 'son' idée est 'profitable'.
Pour que dalle, il fait livrer tout l'arrondissement avant 9h00 le matin. Les syndicats peuvent s'écraser… La preuve que c'est possible de faire mieux pour moins cher !!! Y a qu'à voir les stats et les coûts ! il va pouvoir obtenir cette place à
Surtout qu'il a entendu des bruits. Comme quoi, un ex Dir' Cab' aurait rejoint une grosse boite de conseil pour ouvrir une branche de services de gestion d'externalisation aux administrations. Si c'est vrai, il a intérêt à trouver une mutation.
Quant au colis qui ne fait que passer à toute berzingue avant 9h00, lui, n'est pas remis en livraison. De toute façon, on réduit les postes de ces salauds de fonctionnaires postiers, alors c'est pas pour ajouter des tournées. Qu'ils essaient déjà d'offrir un bon service aux clients avec deux guichets sur cinq et après on verra. Au lieu de gueuler tout le temps sur le manque de moyens… Feiiiiiignaaaaants !! Pourtant on leur a refait toute la déco du bureau de poste. Y devraient être contents !
En ce qui concerne le LaVitaNuda moyen, c'est beaucoup mieux en effet.
Les colis ne lui sont plus livrés. Il attend 48 heures de plus pour aller faire le boulot du postier en retirant lui-même son colis à la poste. En y faisant la queue pendant une demi heure, il y récolte les commentaires de ce lieu de mélange social, en écoutant les mégères gémir après leurs corps aux pied et que c'est trop long d'attendre, et des jeunes cons râler dans leurs portables « Ouais, ch'uis à la poste là… Je retire un truc… Pfiou, fais chier, j'en ai au moins pour ½ heure à attendre. J'te privatiserai tout ça moi… Au fait, à quelle heure on reçoit les candidats pour l'externalisation ?... OK… Ouais, à plus… ».
« Ils remplacent les hommes par des machines sans savoir que les machines aiment pas leur travail. »
Cette citation est extraite des « Brèves de Comptoir » de Jean Marie Gourio.
Comme on le comprend !
20 janvier 2005
La Légende de Casanova
Alors à propos de la thérapie par les câlins dont je parlais déjà un peu hier (avant hier, mais bon les grèves, etc...), j'avais quelque chose à raconter en plus.
En discutant avec une amie, on s'est aperçu qu'on avait vécu presque la même expérience. La sienne ayant plus 'abouti' que la mienne, c'est celle-ci que je raconterai.
Il y a des moments dans une vie ou on est seul. Pas de douce présence féminine ou de pointure 45 fillette - suivant les préférences - à laquelle s'acoquiner. C'est ce qui arrivait à T. Pas de câlins en perspective, et pas non plus d'envie de se lancer dans une nouvelle aventure amoureuse. Trop à digérer de l'histoire d'avant, trop de blessures à soigner, trop de fatigue pour pas assez d'envie. Trop de doutes sur l'intérêt d'un futur à conjuguer à deux, ou sur le fait de croire en son succès, ou sur la forme à lui donner.
'Néant-moins', pour T comme pour moi, la perspective de réchauffer seul un grand lit, de ne pas avoir une présence à côté de nous, de ne pas partager un plat de pâtes, de ne pas se promener dans les rues en discutant, de ne pas sentir un autre parfum ou d'autres odeurs que la sienne, de ne pas éprouver le contact d'une main ou le toucher d'une peau, le grain d'une autre texture et d'une autre densité que la notre. De ne pas entendre les intonations d'une voix différente, ou de surprendre un regard autre que celui de notre miroir… tout cela n'avait rien d'une perspective réjouissante.
Alors un beau jour T en a assez, assez d'attendre de pouvoir être amoureuse à nouveau. Peut être même qu'elle n'y croyait plus vraiment, ou qu'elle n'en n'avait plus vraiment envie. Ca arrive parfois. Mais T n'avait pas envie de rester seule non plus. L'envie de partager de l'affection et de la tendresse avec quelqu'un demeurait.
Que fait elle ?
Elle aborde un homme. Un homme qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a jamais rencontré auparavant, dont elle ne sait rien sinon que comme ça, sur le moment, ce qu'elle peut ressentir, c'est que cette personne là lui inspire confiance et ne lui déplaît pas. Elle l'aborde, lui parle et lui explique ce qu'elle souhaite. Elle souhaite pouvoir passer du temps avec lui, elle souhaite pouvoir dormir dans un lit avec cette homme à ses côtés sans coucher avec lui pour autant. Elle souhaite partager son intimité de coeur avec la sienne, sans que rien d'intime de leurs corps ne se noue sous les draps.
Il accepte, il est d'accord. Pendant un certain temps ils vont se voir, comme ça, régulièrement, chez l'un ou chez l'autre. Ils vont passer des soirées et des nuits ensemble. Se serrer dans les bras, se parler, s'endormir l'un contre l'autre, se réveiller tous les deux au petit matin, prendre un petit déjeuner ensemble avant que chacun ne reprenne le cours de sa vie. Voilà ce qui a été le quotidien de T. pendant un certain temps.
Jusqu'à ce qu'un jour cet homme là ait envie de plus. Que cet accord de principe ne lui donne envie d'espérer un accord parfait avec cette jeune femme. Peut être est il réellement tombé amoureux ? Ce n'est pas impossible. Après tout, c'est presque normal. Pour que deux personnes se lancent dans ce genre d'aventure (qui pourtant n'en n'est pas réellement une) il faut bien qu'il y ait de l'affection et du respect entre ces deux là. Ca fait deux bonnes bases pour construire une histoire d'amour, si un brin de désir et de passion peut venir s'y ajouter.
Mais ce n'est pas le cas pour T. Est-ce parce que cet homme est marié qu'elle ne veut pas déroger aux termes du contrat qu'elle a fixé ? Ou que tout simplement elle ne se sent pas amoureuse de lui vraiment ? Qu'il n'a jamais été question de cela pour elle ?Toujours est il qu'elle ne peut poursuivre cette relation dans cette nouvelle situation. Alors elle le quitte. Est-ce le terme qui convient d'ailleurs ? Pas plus ou moins que de dire qu'ils se séparent. Jusqu'à quel point ces deux adultes consentants étaient ils ensemble ? Peut on dire que cet homme a trompé sa femme ? Peut on parler d'une rupture ?
En tout cas, l'un et l'autre ont repris leur route séparément et ne se sont pas revus.
Si je n'ai pas raconté ma propre histoire c'est parce que la mienne n'est pas allée jusqu'au bout. Bizarrement, on imagine que les femmes portent souvent beaucoup d'importance au relationnel, au dialogue, à la présence de soi et de l'autre, à une tendresse du quotidien… Les lieux communs et les stéréotypes font que les hommes ne seraient pas dans ce monde là. Mais finalement, à l'époque, des deux ou trois femmes à qui j'avais proposé de former cette sorte de couple qui n'en est pas un, toutes avaient refusé.
Peut être qu'elles ne peuvent pas croire qu'un homme puisse être sincère avec cette sorte de projet là. Un homme c'est forcément un truc poilu, un peu con puisqu'il ne pense aux femmes qu'en termes de « celles qu'on a baisé et les autres ». Pas crédible du tout comme proposition. Limite perverse. Quel malade profond cache ses délires sous des demandes aussi naïves ?
A moins qu'en fait elles perçoivent immédiatement que ce genre de relation ne soit sans issue.
Que si elles ne peuvent capturer un homme en s'offrant à son désir, alors chacun est bien trop libre finalement. Trop libre pour qu'un projet ne puisse se fonder aussi sur la menace que représenterait le fait de devoir se séparer peut être. Pourquoi perdre son temps dans une histoire qui n'en est pas une ? L'affection réciproque, ça n'engage à rien. L'amour ça engage à tout, même si on n'est jamais certain de nos capacités à tenir nos engagements. Pour le meilleur et pour le pire.
Et puis les femmes ont autant de désirs et d'envies que les hommes. Des envies de chair qu'on peut caresser ou griffer. La tendresse, la douceur, la chaleur… oui. Mais pour quoi faire ?
Sans doute aurait il fallu que je rencontre quelqu'un comme T. à ce moment là. Quelqu'un qui aurait eu les mêmes envies au même moment.
Ca aurait duré ce que ça aurait duré, et puis…

Casanova himself, in person.
18 janvier 2005
In Bed With Madonna
Ce matin (lundi en fait) j'entends pendant la revue de presse sur France Inter la naissance d'une nouvelle mode USAienne. Je ne sais plus comment ça s'appelle, un truc en 'ing, ou un machin-ing, bref…
Le principe est simple. Vous êtes un de ces êtres soumis aux tristes impératifs de productivité aliénante de notre société mondialisée (pour le discours complet lire n'importe quel numéro du Monde Diplo', parfois on a envie de leur coller des claques au Monde Diplo') ? Vous aspirez à retrouver un bien être heureux et apaisant ? Le bidule-chose-ing est pour vous !
Abandonnez votre costume bleu marine, ou votre tailleur beige, afin de laisser derrière vous les ondes négatives que draîne ce genre de vêtement. Habillez vous de ce charmant pyjama unisexe (probablement couleur lavande).
Bien !
Maintenant dirigez vous vers ces matelas disposés dans cette salle habituellement dévolue aux cours de yoga. Vous allez y rejoindre tous vos charmants collègues, vêtus de ce sémillant piju lavande.
Allongez vous sur les matelas. Parfait.
Il suffit maintenant d'enserrer vos partenaires de droite ou gauche (pas de politique), afin d'échanger avec lui/elle de longs câlins réconfortants, qui libéreront l'énergie contenue dans vos chakras, permettront à ces flux d'endorphines d'inonder votre corps, appelleront l'énergie cosmique de votre aura à transmuter cette journée vers un bonheur positif.
Bon, ça c'est le discours des gusses qui viennent de (re)découvrir que les bons vieux câlins de maman, ça fit du bien même quand on a passé l'âge de le faire avec maman. Car attention hein ? C'est des câlins, y a rien de sexuel la-dedans. Juste des "hugs" comme ils disent, mais en position horizontale.
Moi, ça m'épate toujours de voir les américains (c'est souvent eux, faut bien le reconnaître), rhabiller des trucs totalement élémentaires d'un discours et d'une posture moderno-scientifico-hédonisto nunuche.
Moderno parce qu'il faut que ça se distingue de la masse pour pouvoir se vendre et se marketer. Scientifico parce qu'on trouve toujours pas loin un figurant en blouse blanche chargé d'apporter une caution scientifique, histoire d'introduire une dose de rationnel, et d'efficacité garantie (et vite si possible) dans les dollars déboursés. Hedonisto, car la quête du bonheur bibllique chez ces puritains qui au fond ne vivent que pour le péché, il faut qu'elle soit revendiquée plutôt que d'être trouvée (est elle trouvable d'ailleurs ? Prévoir une autre note. NdLVN).
Et nunuche bien sûr, sans cela on saurait qu'on est pas aux USA !?
Alors pour tout ceux qui pensaient trouver ici une note un peu coquine à base de lit, de madonna, et de in with… Ben, euh… Finalement…
In Bed With Madonna, les américains y pensent (y sont pas les seuls, ok), mais ce qu'ils font c'est des câlins de groupe tarifés vêtus de sages pyjamas lavande : In Bed With Pyjama !
A suivre…
Car il y aura une suite à cette note demain (Bouh ! Du teasing sur ce blog. Manquait plus que ça !).
Et puis il faudrait peut être qu'un jour j'écoute en entier un disque de Madonna ?
« C'est pas ça qui s'appelle le bonheur, mais enfin bon, le chauffage central, ça améliore… ».
Cette citation est extraite des « Brèves de Comptoir » de Jean Marie Gourio.
N.B
+ pour Cookie, cette brève de comptoir :
« Moi je trouve que c'est bien de faire un bébé à 60 ans, la maman a le temps de s'en occuper, puisqu'elle est à la retraite »
Cette citation est extraite des « Brèves de Comptoir » de Jean Marie Gourio.

17 janvier 2005
Chef, Oui Chef !
Le lundi matin j'aime bien acheter Libé en allant au boulot. Ca m'aide à reprendre contact avec le monde, parce que bon... Pendant le week end, je préfère me consacrer à bien d'autres choses.
Alors ce matin, profitant de ce long trajet en RER, je tombe sur cet article là, qui relate qu'on peut maintenant trouver dans des lycées, des cours en option assurés par des officiers de l'armée sur le thème de la défense et de la sécurité nationale. Les élèves réfléchissent sur des questions telles que "l'esprit de corps", la "nation", la "patrie", etc, etc... Ceux qui le souhaitent peuvent compléter ce cours par une visite guidée d'un régiment.
Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement avec la récente initiative policière soutenue par Fillon, qui a vu le montage d'une grande opération de contrôle de police avec chiens assortis, à l'intérieur des établissements scolaires. Objectif : dans la suite du grand retour actuel à "l'autorité c'est l'ordre", ramener la paix civile dans les écoles et les quartiers. Au vu du résultat (quelques barrettes de shit saisies, quelques intimidations d'élèves, quelques profs scandalisés...) par rapport aux effectifs t aux moyens déployés, on aurait bien peine à prouver que la paix civile était effectivement en danger.
Bon.
Pas grand chose de nouveau par rapport à toute cette politique rance qui veut faire croire que tout ne se résoud qu'à coups de flicage, contrôle et punition. La fameuse théorie du "carreau cassé" (pour ceux que ça intéresse, il y a ceci) chère aux conservateurs américains, qui a effectivement produit des effets (jusque chez nous). Entre autre celui de porter la population carcérale à un niveau inégalé, 686 prisonniers pour 100 000 habitants aux USA (contre 100 pour 100 000 en France - source Ipsos).
L'officier interviewé par le journaliste admet sans difficulté qu'il s'agit d'une démarche de recruteur.
Et bien moi j'aime pas du tout qu'on vienne recruter des lycéens sur leur lieu de travail.
Que dirait l'officier recruteur, si demain Greenpeace ou Amnesty International venait proposer des cours dans les casernes pour recruter des militaires ? A votre avis ?
Faut il former les élèves aux questions que soulèvent la notion de défense nationale et d'armée ? Pourquoi pas. Mais que je sache c'est le métier des profs, et les militaires n'ont rien à faire dans l'enceinte d'un établissement scolaire. Et sûrement pas du recrutement déguisé.
La suppression du service national au profit d'une armée de métier produit des effets tendancieux. Les "fana mili" d'antan qui s'inscrivaient en "prépa militaire" avant leur service vont peut être bientôt pouvoir choisir une option BTS Sous Marin Nucléaire, ou Master en Sciences Humaines de l'Interrogatoire des Prisonniers...
C'est vraiment très intéressant, et je me demande comment un rectorat a pu accepter de collaborer (quel joli mot) à ce genre de projet !?
C'est sans doute le retour à l'idéologie de l'école de Jules Ferry qui veut ça ?
Et pourquoi pas une Chorale des Petits Chanteurs à la Croix de Guerre un de ces quatre pour rester dans la tendance ?
Jules Ferry, c'est bien le gars qui a imposé la laïcité, la gratuité et l'obligation de l'école !?
On est souvent moins fier de mentionner aussi que s'il a voulu cette initiative qu'on glorifie sans cesse, c'est également parce qu'il avait été profondément marqué par la défaite de la guerre de 1870, et qu'il voulait que la République soit forte et forme des esprits teintés d'un bon nationalisme, pour en faire de la bonne chair à canon plus tard (par exemple en 1914). On rappelle également moins qu'il était un grand partisan de l'empire colonial Français, et qu'il souhaitait ainsi -avec la laïque- former de futurs colons capables d'administrer les possessions Françaises à l'étranger, pour le plus grand rayonnement de l'Esprit Français, tel qu'on le constate à travers des slogans comme : Y a bon Banania.
Bon, je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut s'attendre à un coup d'état militaire en France hein ?
Mais juste que ceux qui ne satisferont pas aux critères de recrutements des chasseurs de têtes en kaki, pourront se ré-orienter vers les officines de sécurité et de gardiennage privée.
Pour ceux qui passent le Capes bientôt, afin de parfaire la polyvalence de leur formation, je propose une option "parcours du combattant" qui vaudra bien les options relatées par Anastomoses dans cette note là.
La prochaine fois que vous passez devant un vigile à votre banque ou votre supermarché, ne manquez pas de le saluer d'un "va donc hé, bleu bite !". Ou alors achetez lui le DVD du "Meilleur de Charles Villeneuve" aux éditions TF1 (dédicacé par Serge Dassault).

Jules Ferry




