Alors à propos de la thérapie par les câlins dont je parlais déjà un peu hier (avant hier, mais bon les grèves, etc...), j'avais quelque chose à raconter en plus.

 

En discutant avec une amie, on s'est aperçu qu'on avait vécu presque la même expérience. La sienne ayant plus 'abouti' que la mienne, c'est celle-ci que je raconterai.

 

Il y a des moments dans une vie ou on est seul. Pas de douce présence féminine ou de pointure 45 fillette - suivant les préférences - à laquelle s'acoquiner. C'est ce qui arrivait à T. Pas de câlins en perspective, et pas non plus d'envie de se lancer dans une nouvelle aventure amoureuse. Trop à digérer de l'histoire d'avant, trop de blessures à soigner, trop de fatigue pour pas assez d'envie. Trop de doutes sur l'intérêt d'un futur à conjuguer à deux, ou sur le fait de croire en son succès, ou sur la forme à lui donner.

'Néant-moins', pour T comme pour moi, la perspective de réchauffer seul un grand lit, de ne pas avoir une présence à côté de nous, de ne pas partager un plat de pâtes, de ne pas se promener dans les rues en discutant, de ne pas sentir un autre parfum ou d'autres odeurs que la sienne, de ne pas éprouver le contact d'une main ou le toucher d'une peau, le grain d'une autre texture et d'une autre densité que la notre. De ne pas entendre les intonations d'une voix différente, ou de surprendre un regard autre que celui de notre miroir… tout cela n'avait rien d'une perspective réjouissante.

Alors un beau jour T en a assez, assez d'attendre de pouvoir être amoureuse à nouveau. Peut être même qu'elle n'y croyait plus vraiment, ou qu'elle n'en n'avait plus vraiment envie. Ca arrive parfois. Mais T n'avait pas envie de rester seule non plus. L'envie de partager de l'affection et de la tendresse avec quelqu'un demeurait.

Que fait elle ?

Elle aborde un homme. Un homme qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a jamais rencontré auparavant, dont elle ne sait rien sinon que comme ça, sur le moment, ce qu'elle peut ressentir,  c'est que cette personne là lui inspire confiance et ne lui déplaît pas. Elle l'aborde, lui parle et lui explique ce qu'elle souhaite. Elle souhaite pouvoir passer du temps avec lui, elle souhaite pouvoir dormir dans un lit avec cette homme à ses côtés sans coucher avec lui pour autant. Elle souhaite partager son intimité de coeur avec la sienne, sans que rien d'intime de leurs corps ne se noue sous les draps.

Il accepte, il est d'accord. Pendant un certain temps ils vont se voir, comme ça, régulièrement, chez l'un ou chez l'autre. Ils vont passer des soirées et des nuits ensemble. Se serrer dans les bras, se parler, s'endormir l'un contre l'autre, se réveiller tous les deux au petit matin, prendre un petit déjeuner ensemble avant que chacun ne reprenne le cours de sa vie. Voilà ce qui a été le quotidien de T. pendant un certain temps.

Jusqu'à ce qu'un jour cet homme là ait envie de plus. Que cet accord de principe ne lui donne envie d'espérer un accord parfait avec cette jeune femme. Peut être est il réellement tombé amoureux ? Ce n'est pas impossible. Après tout, c'est presque normal. Pour que deux personnes se lancent dans ce genre d'aventure (qui pourtant n'en n'est pas réellement une) il faut bien qu'il y ait de l'affection et du respect entre ces deux là. Ca fait deux bonnes bases pour construire une histoire d'amour, si un brin de désir et de passion peut venir s'y ajouter.

Mais ce n'est pas le cas pour T. Est-ce parce que cet homme est marié qu'elle ne veut pas déroger aux termes du contrat qu'elle a fixé ? Ou que tout simplement elle ne se sent pas amoureuse de lui vraiment ? Qu'il n'a jamais été question de cela pour elle ?Toujours est il qu'elle ne peut poursuivre cette relation dans cette nouvelle situation. Alors elle le quitte. Est-ce le terme qui convient d'ailleurs ? Pas plus ou moins que de dire qu'ils se séparent. Jusqu'à quel point ces deux adultes consentants étaient ils ensemble ? Peut on dire que cet homme a trompé sa femme ? Peut on parler d'une rupture ?

En tout cas, l'un et l'autre ont repris leur route séparément et ne se sont pas revus.

Si je n'ai pas raconté ma propre histoire c'est parce que la mienne n'est pas allée jusqu'au bout. Bizarrement, on imagine que les femmes portent souvent beaucoup d'importance au relationnel, au dialogue, à la présence de soi et de l'autre, à une tendresse du quotidien… Les lieux communs et les stéréotypes font que les hommes ne seraient pas dans ce monde là. Mais finalement, à l'époque, des deux ou trois femmes à qui j'avais proposé de former cette sorte de couple qui n'en est pas un, toutes avaient refusé.

Peut être qu'elles ne peuvent pas croire qu'un homme puisse être sincère avec cette sorte de projet là. Un homme c'est forcément un truc poilu, un peu con puisqu'il ne pense aux femmes qu'en termes de « celles qu'on a baisé et les autres ». Pas crédible du tout comme proposition. Limite perverse. Quel malade profond cache ses délires sous des demandes aussi naïves ? 

A moins qu'en fait elles perçoivent immédiatement que ce genre de relation ne soit sans issue.

Que si elles ne peuvent capturer un homme en s'offrant à son désir, alors chacun est bien trop libre finalement. Trop libre pour qu'un projet ne puisse se fonder aussi sur la menace que représenterait le fait de devoir se séparer peut être. Pourquoi perdre son temps dans une histoire qui n'en est pas une ? L'affection réciproque, ça n'engage à rien. L'amour ça engage à tout, même si on n'est jamais certain de nos capacités à tenir nos engagements. Pour le meilleur et pour le pire.

Et puis les femmes ont autant de désirs et d'envies que les hommes. Des envies de chair qu'on peut caresser ou griffer. La tendresse, la douceur, la chaleur… oui. Mais pour quoi faire ?

Sans doute aurait il fallu que je rencontre quelqu'un comme T. à ce moment là. Quelqu'un qui aurait eu les mêmes envies au même moment.

Ca aurait duré ce que ça aurait duré, et puis…

 

Casanova himself, in person.