L a V i t a N u d a

"C'est aveuglant de clarté." Woody ALLEN

29 octobre 2004

Be My, Be My Baby...

En discutant hier avec une amie qui a entamé une démarche pour adopter un enfant, ça m'a amené à réfléchir à pas mal de choses, à l'idée d'avoir un enfant aujourd'hui. Vu que le train du retour à la maison avait une fois de plus du retard, j'ai eu le temps d'y réfléchir.

 

Et peut-être bien qu'au fond, avoir un enfant ça ne doit pas être un acte trop trop réfléchi, quelle idée de se lancer dans un tel truc. Il faut bien qu'on ne puisse pas s'en empêcher d'en vouloir un, à l'idée d'avoir à supporter des nuits sans sommeil, les cauchemards, toute le processus éducatif, les maladies… Bref toutes les angoisses que les parents se fabriquent dès qu'ils savent que va arriver cette petite chose pleine de vie. Faut bien y être poussé par une envie pas raisonnable du tout.

 

A bien y réfléchir, toutes ces angoisses de père ou de mère, elles sont aujourd'hui différentes de celles qu'on vécu nos parents.

Ce qui change, ou plutôt a changé depuis maintenant pas mal de temps, c'est qu'avant la question pour un couple, c'était d'éviter d'avoir un enfant avant que le moment ne soit venu.

 

Après tout le droit à la contraception, puis à l'avortement c'est pas vieux que ça. Si vous avez eu des parents qui ont dans la soixantaine aujourd'hui, ils ont vécu tout ça, et pourraient vous parler de la méthode Ogino, un truc ou ils fallait en permanence avoir un thermomètre dans l'arrière train afin de déterminer une courbe de température dans laquelle on pouvait distinguer la fenêtre autorisée pour un p'tit crac crac sans risque. Enfin bon, ça marchait pas à tous les coups non plus. Si ça se trouve vous, moi, on est des bébés Ogino sans le savoir…

 

L'angoisse de se retrouver enceinte avant d'avoir envie d'un enfant ç'était pas rien. Sans parler de l'éventualité d'une grossesse non désirée, et de devoir aller avorter en Angleterre (pour les plus chanceuses) par exemple. Donc d'une certaine façon, pour les couples non concernés par un risque de stérilité, avoir un enfant était là plus ou moins comme une certitude. Un truc qui allait se produire tôt ou tard malgré de multiples précautions, et la conséquence inéluctable d'être amoureux.

 

Aujourd'hui c'est franchement autre chose. Les générations suivantes en ayant accès aux moyens contraceptifs, et à une liberté sexuelle plus grande, la perspective est différente. Un enfant arrive parce qu'il est désiré. Qui s'en plaindrait ?

Mais par extension, toutes ces libertés ont aussi eu des effets avec lesquels il faut compter. On choisit la période de naissance, voire le sexe de l'enfant, on provoque l'accouchement si le bébé ne rentre pas dans le planning de l'obstétricien et j'en passe… Du coup l'enfant n'arrive plus comme une évidence sur laquelle on ne peut avoir que peu de latitude. Il arrive parce que il est voulu, à tel moment, pour telles ou telles raisons, dans un contexte donné, par le couple. Du coup le bébé est de moins en moins une surprise, il est déjà dans une dimension d'enfant roi, il doit être parfait, sans défaut, remplir toutes les promesses qu'on lui a déjà collé sur le dos. En tout cas, à mon avis, encore plus qu'avant.

 

Le couple pense agir sous de bonnes raisons quand il agit volontairement et avec des intentions précises sur tout le déroulement allant de la conception à la naissance. Et c'est possible, alors qui le lui contesterait. On ne va pas revenir au XIXème siècle non plus ?

Mais ce que le couple oublie souvent, c'est qu'au-delà de son désir de tout contrôler (un désir étange d'ailleurs) dans le processus natal pour que celui-ci se passe au mieux, il met aussi en jeu tout un ensemble de valeurs, de raisons conscientes ou inconscientes, qui sont bien différentes des seules bonnes intentions qu'il / elle imagine au départ.

 

Il suffit de voir à quel point la place de l'enfant a évolué : dans le commerce avec tous les produits qu'on développe pour lui, dans les médias, la publicité ou on joue la carte du petit mioche parce qu'on sait qu'il aura un impact sur les parents. Il y a même des programmes éducatifs qui touchent les enfants, alors qu'ils ne sont pas l'objet du message : par exemple les programmes sur la cigarette. Parce qu'on sait que les enfants sont « prescripteurs » (comme on dit) dans leurs famille, c'est-à-dire qu'ils ont une influence reconnue sur les décisions des parents, on les invite à dire à leurs parents que fumer c'est pas bien.

 

Exemple plus extrème, et là je mets pleins d'oeufs sur les mots sur lesquels je vais marcher.

Même si les phénomènes de maltraitance sur les enfants ne datent pas d'aujourd'hui, il faut voir deux choses dans le développement de ces maltraitances, et leur médiatisation grandissante. D'abord une meilleure prise en compte de ces maltraitances et un meilleur respect de l'enfant. Qui s'en plaindrait ? Pas moi.

Mais d'un autre côté, c'est aussi remarquer que l'enfant, s'il est devenu une cible de malades de toutes sortes, c'est parce que l'enfant est le tabou à salir et à détruire, le symbole moderne de l'angélisme et de la pureté auquel un esprit totalement pervers doit s'attaquer. Encore plus aujourd'hui.

 

Et là, je crois qu'il faut se calmer. Les enfants ne sont pas des anges de pureté. Ce ne sont pas des réceptacles pour nos fantasmes de perfection. Les enfants sont des enfants (c'est Raffarin qui me l'a soufflée celle là).

A mon avis, cette idée de bébé parfait, elle n'est pas faite pour aider les parents, qui peuvent se sentir liés à une sorte de devoir de réussite qu'ils n'osent pas s'avouer au risque de se dire qu'eux mêmes ne sont pas des êtres parfaits et généreux.

On voit même que les progrès médicaux, par exemple dans les domaines du diagnostic prénatal, peuvent se retourner contre les médecins, mis en responsabilité si le bébé est atteint d'un problème qui n'a pu être identifié. Il y a peut être aussi une angoisse supplémentaire de la future mère à se demander si elle va réussir à le fabriquer ce gamin avec un 20/20 en plus. Idem pour le père.

 

D'ailleurs parlons en du père.

En tant qu'homme il a du apprendre à partager les rôles traditionnels dévolus à la femme et à lui-même. A partager le travail, les décisions, le pouvoir... La aussi qui s'en plaindrait (à part les plus traditionalistes d'entre nous). C'est pas forcément facile pour ceux qui se reposaient le plus sur cette conception « paternaliste » (c'est le cas de le dire) de l'homme. Parce qu'ils trouvent peu de choses pour eux en échange dans un couple aujourd'hui, et que la tentation est importante pour certains de se recroqueviller sur un bon vieux machisme bien rance. Il leur suffit de tomber sur des femmes qui n'ont aucune confiance en elles à l'idée d'assumer tout ce qu'on demande à une femme aujourd'hui (et on leur en demande beaucoup beaucoup), et le mauvais tour est joué. Voilà un couple destiné au meilleur du pire. Mais je m'éloigne de mon sujet de départ.

 

Bref le père se retrouve dépourvu des conditions de son statut initial d'élément stabilisateur dans la famille. Celui qui fait régner la loi du père en quelque sorte comme on dit chez Freud. Encore une fois il suffit de prendre la pub comme un révélateur des stéréotypes de rigueur dans notre beau monde. Dès qu'une famille est mise en scène, les enfants sont futés et arrivent à leurs fins (les enfants rois), la femme est quelqu'un qui prend les décisions (une femme moderne quoi) et heureusement car la plupart du temps le père est décrit comme un abruti qui ne comprend rien à rien, largué, incapable de décider. En quelque sorte l'enfant, ou plutôt l'infantilisé de la famille c'est lui.

 

Il faut aussi y ajouter que certaines traditions ont toujours la vie dure. Par exemple, en cas de divorce, la garde des enfants est attribuée presque toujours (si les conditions matérielles le permettent) à la mère. D'un strict point de vue d'égalité entre les sexes, on peut se demander pourquoi ? Pourquoi un père serait plus inapte à élever ses enfants qu'une mère ? Bien sûr le lien maternel d'un tout petit est essentiel, mais je crois que le poids de la tradition qui consiste à voir dans une femme avant tout une mère de famille, joue dans ce cas précis en sa faveur pour obtenir la garde des enfants.

 

Bref à l'arrivée, plus rien ne va de soi, dans le fait d'être père. Et c'est à chacun d'arriver à construire un modèle original de famille, et d'atteindre à un équilibre que la vie quotidienne ne favorise pas forcément par ailleurs. Il suffit de constater le recul de l'âge de la première naissance, l'augmentation des familles mono parentales ou recomposées, la part grandissantes des célibataires (dont je fait partie) pour se rendre compte des effets de cette liberté.

 

En remettant tous les choix possibles entre les mains de l'individu, moins soumis aux impératifs de la société ou de la nature, la question de la satisfaction du désir personnel apparaît au premier plan, et n'est pas sans poser un certain nombre de difficultés. Qu'est ce qu'un bon compagnon ? Qu'est ce que l'union de deux personnes ? A quoi m'engage le fait de souhaiter construire une famille ? A toutes ces questions, il n'y a plus de réponses toutes faites. Chacun se retrouve aussi seul à assumer toutes ces questions là. et à en exercer les choix avec les moyens dont il dispose.

 

Bref, le désir d'enfant s'établit aujourd'hui sur la base de nouvelles règles, les mères et les pères doivent y répondre en essayant de ne pas être totalement débordés par ce qu'on attend d'eux directement, ou indirectement. A travers la réalisation d'un enfant qui devra être forcément beau, épanoui, intelligent, faire des études (pleins), se réaliser, être exceptionnel car on ne saurait être moins que ça.

Pas qu'avant les parents ne rêvaient pas d'une vie meilleure que la leur pour leur progéniture. Ou même que certains ont fait des enfants pour qu'ils rachètent la vie qu'eux même n'ont pas eu, genre mon fils / ma famille tu deviendras celui ou celle que moi je n'ai pas pu être.

Mais aujourd'hui plus qu'avant, un effet pervers de donner plus de choix et de liberté aux couples, c'est de placer le désir d'enfant dans une dimension ou cet enfant est encore plus une prolongation des fantasmes de ses parents, et des influences qu'ils subissent. L'enfant est beaucoup moins cette surprise à laquelle il allait falloir se coltiner.

C'est de plus en plus un poids du côté de l'ambition et de moins en moins un désir.

 

Je ne suis pas sur que les hommes et les femmes y gagnent vraiment toujours au change.

Il suffit de noter –dans les pays développés- l'augmentation statistique des difficultés natales pour les couples, et le recours à des soutiens allant des traitements hormonaux légers, jusqu'à l'insémination artificielle. Ou l'augmentation des traitements thérapeutiques pour les allergies, ou troubles du comportement de l'enfant.

Je veux bien que ces augmentations soient liées en partie à des dégradations de l'environnement (pollution, alimentation), au sentiment d'insécurité économique et sociale, ou la peur de l'avenir… Mais on pourrait aussi y voir l'affrontement entre le désir légitime d'un enfant (pour ceux qui le souhaitent), et la trouille de ne pas réaliser cet enfant roi parfait. D'ailleurs comment faire un enfant parfait si les conditions économiques et sociales pour cela ne sont pas parfaites. Le risque est innaceptable. Car la sécurité doit être maximum pour réaliser non plus un enfant, mais un désir d'enfant.

 

Les différents facteurs se combinent entre eux pour faire porter sur les parents le poids de plus en plus important de tout un tas d'incertitudes. Incertitudes auxquelles sont censés répondre la société, la médecine, la planète psy, la famille... Parce que l'individu, à lui seul, ne peut supporter ce poids là, surtout si toutes les décisions sont remises à son seul engagement, à sa seule responsabilité.

 

Comme quoi, quand on a pas encore d'enfant, ça n'empêche pas d'avoir quelque chose à en dire !

D'ailleurs, si jamais je trouve une fiancée du genre de celle là, la dessous, je veux bien lui en faire tout plein des p'tit schtroumpfs.

 

Agence Magnum / David Seymour / Ingrid Bergmann et ses deux enfants : Isabella et Rosetta Rosselinni.

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28 octobre 2004

King Of Comedy (la valse Des Pantins)

Pas trop trop d'idées et de temps aujourd'hui.

 

J'ai vu que ce film – King Of Comedy – repassait sur Arte.

A part le fait que c'est un de mes Scorcese préféré, je n'ai pas pu résister à faire le rapprochement avec une élection américaine à venir. King Of Comedy, l'histoire tragi comique d'un gars qui s'y croit, pense envers et contre tous qu'il est le génie comique que le monde attend.

 

Pour l'autre, celui qui brigue un deuxième mandat, le monde qui n'attend que lui se limite juste aux USA. Et ce qui reste en dehors des USA ne pourrait rêver mieux que de pouvoir en faire partie un jour.

Au bout du compte et dans les deux cas, juste des siphonnés pathétiques. Robert de Niro dans le rôle du King Of Comedy on ne sait pas si on doit le prendre en pitié ou lui coller des baffes. A la fois cinglé malheureux et insupportable mégalo prêt à tout, il finit par arriver à ses fins en prenant en otage Jerry Lewis dans le rôle d'une vedette télé. En utilisant la télé à son profit pendant dix minutes, De Niro obtient la célébrité tant recherchée.

 

Un peu comme si moi je m'attendais à recevoir le Nobel de Littérature pour les notes qui passent sur mon blog. Ah non, trop tard pour le Nobel, il vient d'être donné cette année à Elfriede Jelinek. Tant pis, j'ai encore ma chance pour le Goncourt, je crois même qu'il tombe au moment des élections US. J'espère qu'on le filera à l'autre grand malade, en cadeau de consolation pour s'être fait botter le cul à la présidentielle 2004. Ca serait vraiment un petit prix à payer. Et tant pis pour cette reconnaissance officielle que mon immense talent de blogueur méritait pourtant. C'te bonne blogue (pouf pouf).

Bon assez élucubré pour ce matin.

 

Espérons que les américains fassent preuve d'intelligence dans quelques jours, qu'ils aillent voter, que les machines à compter les voix soient fiables, que les votes par correspondance fonctionnent (déjà 36000 bulletins "égarés" en Floride), et que l'armée retrouve les armes de destruction massive en Irak, c'est-à-dire les 360 tonnes d'explosifs ultra puissant (1 kg suffit pour faire exploser en 1000 morceaux un 747) qu'ils ont « égaré » la bas.

Pierre Salinger reviens !

 

Agence Magnum / Alex Majoli / Republican National Convention

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27 octobre 2004

Mémoire Fictive.

Je ne les ai pas revus depuis mes 10 ans.

 

Il y avait N qui nous emmenait à l'école dans sa 4 chevaux d'occasion, celle avec les portières qui s'ouvrent à l'envers. A l'époque les mères de famille devaient négocier longtemps avant d'avoir droit à une voiture. C'est les maris qui travaillaient qui avaient droit à la voiture. Et puis Mai 68 et les féministes sont passé par là. Et petit à petit les secondes voitures ont commencé à apparaître, à la suite des revendications des mamans et une prospérité permise par un taux de chômage de moins de 5%. C'est une chose qu'on oublie souvent (deux choses en fait). Mais moi non, c'était moi qui la poussais la Dauphine maternelle le matin.

 

Il y avait L, le mari de N. D'origine espagnole il avait également du sang gitan dans les veines. Et une fois il nous avait raconté - à nous les gamins - la légende de sa famille, et l'histoire des gitans. Ou l'inverse ! Mais les deux se confondaient. C'était une histoire incroyable. Il savait raconter des histoires N, celles ou il devient impossible de démêler le vrai du faux, et ou on s'en fiche du vrai du faux à la fin.

 

Il y avait A aussi. A était le responsable d'une usine de recyclage de vieux papiers. On y passait des fois après l'école, après la fermeture de l'usine, et on en profitait pour escalader les montagnes de papier déchiquetés et pour faire du toboggan géant dessus. Le seul truc c'était de pas s'approcher des machines même débranchées. Chaque année il y avait un ouvrier qui y laissait une main ou un bras, alors ça foutait les jetons. A part ça, A parlait peu, il avait été pilote dans l'armée de l'air, et il y avait cette photo de lui devant son T33, chez lui. Il avait gardé également un gros pistolet à fusée de détresse qui pesait des tonnes dans nos mains minuscules. A était gentil comme un gros nounours.

 

Il avait épousé ce qu'il est couramment convenu d'appeler une purge : S.

Aujourd'hui S serait probablement du genre à se faire siliconer la poitrine, biotoxer les lèvres, partir en vacances à Ibiza et trouver qu'au fond, dans la Star Ac,' il y a un côté éducatif. Mais S n'avait pas un mauvais fond. Même si elle trompait son gros nounours de mari avec le premier crétin venu. Peut être qu'au fond S s'ennuyait, qu'elle ne menait pas la vie dont elle rêvait, la vie d'une femme de pilote de chasse.

 

Je ne mentionne que ces quatre là, mais il en avait bien d'autres.

Mais ceux là, ma mère les a revus il y a peu de temps.

Ils se rappellent de moi également, tout gamin.

De l'année ou partis au ski tous ensemble, j'allais manger une première fois avec les gosses et une deuxième fois au buffet des parents.

Voilà, c'est ce dont ils se rappellent de moi.

Crétins !     :-)

 

Agence Magnum / Martin Parr / Our House

 

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26 octobre 2004

Grrrrrrrrrrr et Pfffffffffffff

Y a des matins je vous jure !

Déjà qu'il faut se lever tôt à mon goût, voilà que l'arrivée dans la salle de bain se concrétise par un « plink » de l'ampoule qui pète. Evidemment pas d'ampoule de rechange, et il fait encore nuit à même pas 7 heure du mat' maintenant. Grrrrrrrrr ! Rasage hasardeux à la lumière du couloir, tant pis aujourd'hui j'aurai un look semi Gainsbourien. Direction le petit déjeuner, pour un café réparateur. Pas s'éterniser, tout ça m'a mis en retard, et j'ai rendez-vous à 8 heures. Heureusement c'est pas loin de chez moi. J'arrive vers moins 8 heures moins 10. Est-ce que je peux attendre un peu ? Oui, mais il faudrait que je parte vers 9 heures au plus tard. Bon j'attends. Pour finir, je ressors de mon rendez vous à 9h30, encore plus en retard qu'en retard. Bon il s'agit de pas traîner maintenant. Direction le RER. Ouf, à quelques secondes près j'attrape le train qui ne me permettra de prendre la navette de 10h30 pour rallier le bureau. Mais les voies en acier et mystérieuses de la SNCF sont en train d'en décider autrement. Le train se traîne lamentablement, tandis que je vois les minutes défiler, et que je risque de me prendre ½ heure de plus dans la vue si je loupe la navette. Finalement ce maudit train finit par arriver, j'enjambe les bagages king size de touristes américains sur le retour vers leur mère patrie. Il est 10.28, la navette part dans 2mn. Les escalators sont encombrés par les voyageurs, aucune chance de presser le mouvement. Tic tac, tic tac. Comme d'habitude les tourniquets sont en panne, il n'y en a qu'un qui fonctionne pour tout le monde. Pratique ! Je passe par-dessus, enjambe quelques valises et sacs à dos. La navette est en vue. Chance elle n'est pas encore partie. Vite, monter dedans. Pschhhh, la porte se referme derrière moi. Encore ¼ d'heure, me voilà arrivé, 2 étages, au fond à droite. J'y suis. Il y a bien ces piles de paperasses laissées hier soir, qui m'attendent aujourd'hui. C'était couru d'avance (hé hé). Et maintenant il faudrait qu'en plus je trouve une idée de note pour mon blog !?

Pas de courage aujourd'hui.

Sensation de vraie vie de con.

Pfffffffffffff !

 

Agence Magnum / Erich Hartmann / Where I Was

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25 octobre 2004

Poulet Aux Prunes

Voici la recette du poulet aux prunes :

 

Prenez une dessinatrice Iranienne, appelez là Marjane Satrapi, et laissez lui le temps de devenir dessinatrice de BD.

Prenez une histoire avec un personnage ni vraiment sympathique, ni totalement antipathique, appelez le Nasser Ali Khan, et faites en un musicien, un joueur de tar[1].

Prenez la période de l'histoire moderne de l'Iran : depuis Mossadegh[2], Rezachah[3] jusqu'à la révolution Iranienne de 1979.

Prenez la recette du poulet aux prunes : poulet, prunes, oignons confits, tomates, curcuma, safran et riz.

Prenez pleins de personnages dont les vies de croisent, se mélangent, s'évitent : celle de Nasser Ali Khan, sa famille, sa femme, ses enfants, une fiancée… Versez aussi quelques derviches tourneurs, l'ange de la mort, des poèmes d'Omar Khayam et Kumi, et même Sophia Loren.

Laissez Marjane Satrapi mélanger le tout jusqu'à ce que le mélange devienne un BD parue chez « l'Association » dans la collection « Ciboulette ».

 

Servez chaud.

Dégustez.

Un délice.

 
Agence Magnum / Abbas / Iran - l'actrice Leyla Hatami et une amie.


[1] Instrument de musique oriental, parent de la guitare (tar -> guitare).

[2] Mossadegh : parlementaire puis 1er ministre Iranien, nationalisa le pétrole Iranien en 1951, renversé par un coup d'état en 1953 avec le soutien de la Grande Bretagne et de la CIA.

[3] Rezachah : père du Shah d'Iran, placé au pouvoir à la suite du coup d'état.

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22 octobre 2004

Love Ghosts

Pfiou, ça fait une plombe que je sèche sur cette note que j'avais intitulée « Ghostbuster », et je m'en sors pas. C'est une note impossible en fait, alors stop.

 

Mais c'est l'effervescent Barnabé qui me sauve la mise.

 

 

Sur son blog j'ai soutenu l'idée délirante tremens que dès la première rencontre on savait si on était instantanément dans une histoire d'amour pour de vrai, ou si c'était juste une affaire de séduction, un feu de paille, une attirance physique, une envie de coquineries, ou autre chose.

 

 

Bon, il faut que je vous confie quand même une expérience précise en la matière. Une histoire d'amour, la plus belle certainement sous bien des aspects, qui a commencé à l'instant précis de la première rencontre.

Plus précisément, sans même que je vois celle dont j'allais tomber amoureux.

J'étais en haut d'un escalier, elle était en bas, j'ai entendu sa voix et je me suis dit : « si elle ressemble à sa voix, c'est la femme de ma vie ». Elle ne ressemblait pas à sa voix. Mais ça n'a eu aucune importance.

Pour d'autres détails, il faudra attendre l'ouverture d'un futur blog que j'appellerai « galipettes et sentiments » si jamais je l'ouvre.

 

 

Vous allez me dire, ouaip, ben ça s'appelle le coup de foudre et pas la peine d'en faire tout un plat.

Que nenni !

Le coup de foudre, pour moi, c'est craquer sur de jolies fesses une jolie démarche, une bouche pulpeuse un sourire charmeur, de jolis seins une séduction impalpable… Bon j'arrête, c'est pour de rire ! Le coup de foudre c'est physique à la base, un appel du corps, et après tout pourquoi pas ! Est-ce qu'on peut empêcher la foudre de tomber de toute façon ?!

Mais justement, je prétends – car oui je peux être plein de prétentions de toutes sortes – qu'au tout premier instant d'une première rencontre, il est possible de savoir que c'est elle ou que c'est lui, et puis voilà.

Que ce n'est pas question, mais une certitude. Qu'il n'y a pas besoin de 25 rendez-vous avant de ne pas avoir de doutes. Et que c'est tellement évident qu'on n'y pense même pas. Qu'on sait sans savoir en quelque sorte.

 

 

Là, vous allez me dire que c'est de la passion.

Bah oui mais non.

La passion, d'une certaine façon exclut l'autre. La passion n'est amoureuse que d'elle-même. C'est notre désir qui est le seul objet de la passion ressentie, et celui ou celle sur qui ça tombe n'est là que pour le personnifier. Impossible qu'il ou elle s'en échappe car on l'a décidé à sa place. Il croit vivre un grand bonheur sans se rendre compte que le cauchemar l'attend bientôt au tournant.

Car tant qu'il/elle collera à notre idée de la passion (et il le doit) tout ira bien, et dès qu'il ou elle s'en écartera (ce qui ne manquera pas d'arriver) les ennuis commenceront.

 

 

J'ai même une petite idée de ce qui permet de distinguer cette rencontre là, qui n'est ni coup de foudre, ni passion, et qui est Ze Real One.

C'est qu'au moment ou elle se produit, on ressent en même temps que cette certitude, comme un mouvement de recul, d'angoisse un peu. Qu'il y a autant la perception de tout ce qui peut unir ces deux là, que de tout ce qui peut les désunir. Parce que être amoureux pour de vrai, c'est avoir cette perception là : ce que l'autre est, et ce qu'il ne peut pas être.

Tout l'inverse de la passion donc, ou l'autre doit sans cesse coller à ce que veux l'un.

 

 

Là cette fois vous pourriez me dire que c'est la trouille que l'autre ne veuille pas de nous, qu'il dise « non » et de ce que ce « non » peut nous faire. Cette trouille elle est là de toute façon (ou alors vous êtes totalement inconscient, ou fou, ou totalement imbu de vous-même, ou tout ça à la fois).

Ce n'est pas vraiment de cette peur que je parle, mais plutôt de l'envers qui accompagne l'élan amoureux. Cette certitude qu'aussi magique que soit cette rencontre, elle ne pourra jamais recouvrir l'étendue de ce que l'on désire, qu'il y aura forcément un décalage sauf… Sauf à basculer dans la passion.

 

 

Donc dans cette histoire de rencontre, je dirai que : aimer, ça va de soi.

Littéralement.

 

Alors pas étonnant qu'on y rencontre aussi en l'autre tout ce qui en lui/elle, ne pourra jamais être, parce qu'il ou elle est quelqu'un d'autre à tout jamais. Et heureusement. Et probablement aussi qu'on y rencontre la déception de savoir qu'on ne pourra pas être non plus tout pour l'autre, pas plus qu'on ne peut être tout pour soi même.

Comme quoi, au fond de ce qu'on saurait sans le savoir, il y aurait toujours cette absence, impossible à combler, mais qui fait aussi qu'on est pas fait pour être seul.

Après, on aime l'aimer celui-ci ou celle-là, et c'est parti pour la grande aventure. Qu'elle dure toute une vie ou qu'elle s'arrête prématurément ne change rien à l'affaire. Ca a existé, donc ça existe.

 

 

'Sais pas si j'ai été très clair.

En tout cas, pour tous ceux à qui j'ai pensé en essayant de rédiger ma première note, ma note impossible, qui s'adressait à ceux qui ont à se coltiner les fantômes de leur existence et à faire le Ghostbuster jusqu'à ce que la paix revienne.

Je pense à ces notes lues chez Jean Jacques, Samantdi, Parisian Smile, et d'autres, beaucoup d'autres… je leur souhaite de vivre une histoire comme celle qui par chance m'a attendue en haut de cet escalier. Rien de tel pour remettre les fantômes aux places qui sont les leurs.

 

Bonne journée à tous.

Agence Magnum / René Burri / En Sicile

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21 octobre 2004

Argh !

Pour cause de réunionnite aigüe aujourd'hui, il n'y aura pas de note sur mon blog.
Pouf, pouf... Belle occasion pour aller visiter les bloggeurs inconnus qui bientôt ne le seront plus.

Je vous laisse pour aujourd'hui avec cette nouvelle photo de Werner Bischof (autant dire que vous êtes en bonne compagnie). Mais non, je ne vous compare pas à des pingouins (de toute façon c'est adorables ces bestioles là non ?).

Magnum Photos / W.Bischof / Pingouins du zoo d'Edimboug pendant leur promenade hebdomadaire en ville.

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20 octobre 2004

Contre le Carpe Diem

Aujourd'hui une note pour honorer la récente réputation de mémorialiste que Fulcanelli/ vient de me tresser sur son blog (mémorialiste : écrivain considéré dans la partie de son œuvre qui est un témoignage sur son temps »). Me voilà étiqueté, gentiment, mais étiqueté quand même. Non mais, j'vous jure ! Et pi' quoi encore.

 

Et puis je ne vais peut-être pas me faire que des amis avec un titre pareil !

Je le garde ?

Bon aller, je le garde.

 

Car combien de fois ais je eu l'occasion de lire ces 2 mots – Carpe Diem – à travers les blogs, dans les notes, les commentaires, les questions et les réponses des uns, des unes et des autres. Invoqué, réclamé, incanté, le Carpe Diem est partout. Le Carpe Diem est notre sauveur, un miracle en 3 syllabes.

 

Pour moi, le Carpe Diem naît avec le carton du film de Peter Weir « Le Cercle des Poètes Disparus » sorti il y a, euh… Ah oui, quand même tout ça !

Le Cercle des Poètes Disparus (si vous savez pas) c'est l'histoire de ces étudiants d'un collège upper-class, puritain et coinçé dans les USA des années '50. Au contact de leur prof' anticonformiste joué par Mme Doubtfire, cette fois déguisé en homme, ils découvrent le droit à leur existence individuelle.

Grâce à Robin Williams ils apprennent à marcher façon Monty Python délirant (pléonasme), découvrent les filles (et vice-versa, mais c'est filmé côté garçon) et les sous-entendus sexuels dans Shakespeare ou la Poésie (et y en a des tas), s'affranchissent de leur parents à côté de la plaque…

Bref c'est Sex & Drugs & Rock'n Roll chez la famille Duquesnoy américaine.

 

Gros carton populaire, même le Fig-Mag que je lisais chez ma grand-mère s'extasie et s'interroge sur le Carpe Diem. Toutes les filles sont amoureuses de Ethan Hawke, qui joue le rôle de Todd. C'est énervant pour les garçons qui aiment le foot, la bière, ou ceux qui plus tard n'aimeront pas Vincent Delerm (ah tiens, y avait longtemps avec Vincent Delerm).

 

Depuis le Carpe Diem signifie le droit imprescriptible et inaliénable de chacun, de tous, au plaisir, au bonheur, à la joie, et à passer outre l'autorité dans ce qu'elle a de stupide, de borné et de « vraiment trop injuste » comme disait Calimero.

D'ici à ce qu'on me reproche d'être contre le plaisir, le bonheur et la joie de passer outre l'autorité bla bla bla, y aura peut être pas des kilomètres.

 

Mais le Carpe Diem c'est au bout du compte, et bien longtemps après, devenu tout autre chose depuis.

 

Quand il m'est arrivé de voir une de ces émissions télé-réalité, ou ce qui compte c'est de devenir une « star » (même pour moins d'un quart d'heure), de faire parler de soi, de devenir un « pipol » fut-ce au prix de passer pour un abruti, un macho gros con, une allumeuse ou une garce.

Quand il s'agit de rentrer dans une logique d'élimination du maillon faible (fut-ce par le « jeu »), de mépris de l'autre pourvu que ce soit moi-moi-moi qui gagne, d'aller me raconter au juste prix que je convoite, parce que je le vaux bien, devant une caméra kleenex.

Quand mon plaisir c'est de gagner des millions parce que ça, ça ne se discute plus aujourd'hui.

Quand il faut désirer en permanence que tout le monde en parle de moi. Qu'il importe peu que je ne sois que de la chair à canon de tube cathodique, fût-ce au prix d'exposer mes petites bizarreries tant il est vrai qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais qu'importe ! Car mon image à la télé, j'en ai tellement besoin.

Quand le vrai succès c'est quand on floute la marque de mon T-Shirt dont les écrans pub paient le reportage dont j'ai fait l'objet (mais surtout pas le sujet), là oui, j'ai atteint le nirvana d'un certain Carpe Diem.

 

Monarque absolu, j'ai toutes les illusions des droits moi, puisque je suis consommateur, je paie, le client est roi, alors j'ai le droit d'en jouir de ce que je paye. Normal.

 

On nous le dit assez au boulot qu'il faut s'adapter, se reengineerer, se polyvalencer autant qu'il faut se spécialiser... parce que le client il le veut, il l'exige tout ça… Sinon pfuit… Pas adaptable, pas souple, pas compétitif, pas en train d'incarner les valeurs de l'entreprise quand j'ai la chance d'avoir et un job et la peur au bide de ne plus l'avoir.

 

Alors quand c'est moi qui devient le client, vengeance… A moi le Carpe Diem, et tout le monde au garde à vous devant mon sacro-saint désir de consommateur. J'ai pas à dire s'il te plaît, ni merci. C'est compris dans le service après-vente.

Et gare à qui oserait m'en priver de mon Carpe Diem, ou de pas me dire merci et s'il te plaît même si je l'insulte, non mais !

 

Je suis un ado désargenté, sans beaucoup de moyens ni de repères, ben quoi, oui je lui ai taxé son I-pod à l'autre là !! Et quoi, j'en avais pas et j'en avais envie !

Je roulais comme un malade dans mon 4x4 de cadre sup', portable à l'oreille et on m'arrête moi ? Mais c'est mon Carpe Diem bordel ! J'ai trimé pour me payer tout ça, et en jouir, alors j'ai le droit.

Mon gamin bosse mal à l'école ? Mais c'est pas supportable ça ! C'est les profs qui font pas d'efforts, qui ne sont pas à la hauteur ! J'aurais l'air de quoi d'avoir un bon à rien de fils, ça correspond pas à mon image ? Je vais lui péter la gueule au prof' principal, et pas question qu'il redouble le môme.

Ma fille veut avoir des gros seins ? Combien ça coûte ? Qu'à cela ne tienne, la chirurgie esthétique c'est pas fait que pour les chiens. Elle se sentira mieux dans sa peau, et moi maman je pourrais être si fière de tous les efforts que je fais pour la chair de ma chair. On ira même raconter ça chez Evelyne Thomas.

Car Carpe Diem avant tout.

 

 

Aujourd'hui le Carpe Diem c'est (aussi) devenu le symbole d'une vie sans mémoire, consommable, jetable et renouvelable à l'infini tant que le crédit à la consommation veut bien la financer, ou quand demain – dernier fantasme en vue – le génie génétique me promettra d'être auto reproductible à l'infini.

 

Mais si ce n'était que ça. Parce que au fond, je ne suis pas sûr que le bonheur tant attendu soit à l'arrivée finalement. Comment ça pourrait être vrai d'ailleurs ?

Quand l'autre n'existe que dans la dimension de ce qu'il a à m'offrir, du droit que j'ai de prendre du plaisir sur lui (son consentement est secondaire ici) et pas pour ce qu'il est.

Quand j'en suis au point ou je ne cherche même plus ni avoir une conscience de moi, ni une conscience de l'autre, et pouvoir prendre ainsi la mesure de ce qui me fonde en tant qu'individu parmi les autres, en lien avec les autres, chacun avec ses limites et sa valeur.

Chacun avec ses différences, avec ses droits et ses devoirs.

 

Parce que aujourd'hui être imparfait n'est pas permis, il faut être jeune, beau et intelligent. Il faut être "adapté" et mort aux vaincus. Donc il faut être Carpe Diem pour montrer que la tyrannie de la perfection a atteint son but.

En tout cas il faut à tout prix s'en offrir les signes de reconnaissance, sinon… Sinon quoi ? Sinon je vais faire un gros caprice. C'est mon droit et mon choix aussi.

 

Parce que le Carpe Dierm seul, non accompagné de son antagoniste, ne peut conduire qu'au vide, qu'à l'illusion que tous nos désirs puissent devenir réalité pourvu qu'ils soient - par exemple - télévisés. C'est ainsi qu'on retrouve le Carpe Diem du côté d'un instrument de normalisation sociale qui ne peut même pas être discuté ou contesté.

 

Ce Carpe Diem là, celui qu'on nous inspire dans presque toutes les dimensions de notre vie, et ce n'est rien d'autre qu'un eugénisme mental.

Vous êtes d'accord ?

 

Bon, si j'ai pas trop loupé mon texte, et si vous avez eu la patience de lire tout ça, à ce stade vous savez aussi que je ne suis pas non plus une espèce de père la morale (j'achète pas le Fig Mag), de vieux réac rance.
Je n'ai rien contre – sinon tout tout contre –, le plaisir, le bonheur et la joie pour autant qu'elle fasse l'objet d'un partage et qu'elle s'exprime dans toutes les dimensions complexes et individuelles propres à chacun.

Même si parfois c'est un partage conflictuel, payé au prix des petites ou grandes crises, incompréhensions, et déceptions qui ne manquent pas de naître dès qu'il faut vivre pour de vrai. Le seul prix qui vaille la peine. Et ça, c'est pas Star Ac' qui va, ni veut nous l'apprendre.

 

Bon, c'est tout pour aujourd'hui. J'ai renvoyé la télé à la cave de toute façon.

J'oubliais : Carpe Diem tout le monde !

Et toi aussi Fulcanelli.

J

Agence Magnum / Werner Bischof / Suisse, Les Chaises de Coeur

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19 octobre 2004

Grand T'es Moins !

Ce matin réveil négocié en douceur. Je ne fais pas partie des gens qui se lèvent le matin en état d'agitation maximale. Généralement je sors un peu à regret de la chaleur de la couette, malgré mes pieds qui dépassent dans la nuit et qui prennent froid (vous allez tout savoir !), et j'aime bien prendre mes 10 minutes d'étirements appris naguère auprès de Titi, mon chat.

 

Et puis le radio réveil me fait renaître au monde chaque matin. Et quel monde…

 

Ce matin il m'a fait renaître au monde avec Hervé Bourges interviewé par S. Paoli (à cette heure là, je ne peux écouter que Stéphane PasAuLit, sinon j'y retourne).

Hervé Bourges est présenté par l'animateur-journaliste comme grand témoin alors que je vais chercher ma tasse de café. Grand Témoin, grand témoin, tout de suite j'imagine un truc sérieux genre « Cour Suprême des Droits de l'Homme », « Tribunal de Nuremberg », enfin un truc sérieux quoi ! Hervé Bourges c'est pas n'importe qui quand même[1].

Mais il s'agit d'être Grand Témoin de la Francophonie. Ah bon ! Grand Témoin de la Francophonie, ça a un coté Grand Mamamouchi, Grand Vizir qui veut se faire plus Bœuf que la Grenouille, Grand Précieux Ridicule, enfin ça fait Grand Con quoi. Mais attendons de voir, c'est la première fois que j'entends parler de ce Grand Machintruc.

 

Hervé Bourges lui, il est très fier d'avoir été le grand Témoin de la Francophonie[2], oui très fier, et pourquoi ?

Parce que à titre de Grand Témoin de la Francophonie, Mr Hervé Bourges s'est vu confier une mission de la plus haute importance pour laquelle il vient de remettre un rapport à son commanditaire.

Sa mission (et il l'a acceptée) ?

Hervé Bourges est allé aux Jeux Olympiques d'Athènes afin de voir comment était respecté l'usage du Français en tant que langue officielle de l'Olympisme (avec l'Anglais, Baron de Coubertin oblige). Vous marrez pas, c'est du sérieux.

Hervé Bourges me l'a confirmé à 7h15 ce matin,  très très très fier de dire avec un grand « Je » :

- J'ai vu que le Français n'était pas respecté selon l'article machin truc chouette de la convention Olympique.

- J'ai vu sur mon billet de la cérémonie d'inauguration que c'était écrit en Grec et en Anglais mais pas en Français.

- J'ai vu que les panneaux sur les parcours Olympiques et dans le village des Athlètes ne portaient aucune traduction Française. J'ai vu les compétitions et pareil, les panneaux d'affichage y z'étaient pas en Français non plus… dis donc !

Bref notre Grand Témoin de la Francophonie, tel Zola et l'affaire Dreyfus, a tout vu, et il faut bien une radio d'audience nationale pour qu'il nous fasse part de cette nouvelle d'importance. Une fois encore, le complot anti-Français s'ourdit dans l'ombre, telle une menace de l'inconscient collectif anglophone, les signes sont là. Nous sommes boutés petit à petit hors de la planète.

Pour cette mission de la plus haute importance, j'imagine que Mr Bourges, disposant de faibles ressources (sans doute le revenu moyen d'un habitant d'Afrique Noire francophone) a dû se voir doté des billets d'avions nécessaires, des accréditations et badges obligatoires, d'une chambre d'hôtel pas trop sordide s'il vous plaît ainsi que d'un véhicule de fonction. Ca a du aussi occuper du monde de lui préparer tout cela, ainsi que de taper son rapport.

Le tout pour un évènement, qui tout médiatique et important qu'il soit, dure 15 jours tous les 4 ans !

D'un seul coup, j'ai eu envie de faire une descente chez Radio France et de lui demander de fermer sa gueule à Monsieur Moi Je Le Très Grand Témoin Hervé Bourges.

D'avoir un peu de décence quand la lutte pour la francophonie c'est aussi d'avoir laissé dégénérer la guerre entre Hutus et Tutsis, de soutenir à bout de bras des Paul Biya des Omar Bongo, des Mobutu, des Chadli de toutes sortes, de couvrir les meurtres d'opposants à Djibouti pour cause de présence militaire stratégique, de fermer les yeux sur ce qui se passe à Madagascar, d'envoyer une contribution financière à Haïti dévastée à peine supérieure au Franc symbolique.

J'ai eu envie de lui faire courir le marathon en rampant, quand la lutte pour la Francophonie c'est les charters avec retour en Algérie, Côte d'Ivoire ou ailleurs et sans distinction. Quand c'est la double peine. Quand c'est les taudis dans lesquels on laisse vivre et pour très cher en plus, des familles Africaines entières.

Quand la Francophonie, c'est de fermer les plannings familiaux qui permettent aux femmes d'Afrique de s'informer sur leurs droits, à commencer par le droit de disposer de leurs propres corps, et ne pas se retrouver avec des affaires d'excision de gamines en France.

Quand la francophonie c'est de diminuer les ressources donnant accès à l'apprentissage du Français pour les immigrés dont de toute façon on va avoir besoin ici (pyramide de la natalité oblige), en en faisant ainsi des victimes quotidiennes de toutes les arnaques, de toutes les indifférences et de tous les communautarismes qui leur tendent les bras. Et ceux là on les voit jamais chez Julien Courbet dis donc.

Bien sûr, Mr Le Grand Témoin a tenu à glisser un couplet sur la protestation des entraîneurs Africains, mécontents de se faire voler leurs athlètes par les fédérations nationales plus riches qu'elle.

Il n'est pas allé jusqu'à faire remarquer que l'état de l'Afrique aujourd'hui leur laissait peu de choix à ces athlètes.

Et il est encore moins allé jusqu'à remettre en cause la logique de la haute compétition, ou il faut à tout prix gagner, avoir une médaille et faire parler de soi pour exister et devenir un temps (fut ce par le dopage , le surentrainement et la mort jeune programmée) porte manteau rémunéré pour sponsors et médias.

Il n'est pas allé jusque là, ça aurait été se montrer trop critique envers ceux qui l'accréditeront pour les J.O de Pékin.

Mr le Très Autosatisfait et Très Content de Lui Grand Témoin de la Francophonie Hervé Bourges, moi citoyen Français lambda et fier de l'être : JE T'EMMERDE.



[1]  Hervé Bourges a été : Président du CSA, ancien ministre de la communication, conseiller d'état, fondateur de l'école des journalistes africains de Yaoundé, directeur de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, patron de Radio France internationale, PDG de TF 1 (alors chaîne publique), directeur général de Radio Monte-Carlo, puis PDG de la Société financière de radiodiffusion, docteur d'Etat en sociologie, ambassadeur de France auprès de l'Unesco et ministre plénipotentiaire, patron de France Télévision. Il se présente également volontiers comme un grand ami de l'Afrique, ce que je ne lui contesterai pas, n'étant pas assez au courant de quelles amitiés il s'agit.

[2] L'Agence intergouvernementale de la Francophonie développe des programmes de coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture, des médias, de l'économie et de la bonne gouvernance entre ses 50 Etats et gouvernements membres. (http://agence.francophonie.org). L'agence dispose d'un budget de 70 millions d'Euros, 50 états membres allant de l'Albanie au Vietnam en passant par les Vanuatu, les pays d'Afrique Noire et du Maghreb. Le rapport financier ne précise pas à quelle hauteur les différents états membres financent cette agence.

 

 

Agence Magnum / Eliott Erwitt / Dog (ou Hervé Bourges dans son costume de Grand Témoin de la Francophonie)

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18 octobre 2004

Minipost Instantané

Non il ne s'agit pas d'une recette de potage minute (d'toute façon, j'aime pô ça).

Aujourd'hui très peu de temps pour rédiger les posts que j'ai en tête, surtout que le travail s'accumule de tous côtés. Enfin le travail… Plutôt les âneries que ne manque pas de créer l'environnement professionnel, mais bon, ça fait partie de la croûte que je dois gagner.

Cette idée me vient de samantdi et de sa note sur les photos de classe.

Alors je vais juste évoquer un photographe que j'aime beaucoup. Il s'agit de Werner Bischof, un Suisse né à Zurich, et qui a fait de splendides photos sur l'après guerre, l'Asie et l'Amérique Centrale… entre autres. W.Bischof s'attachait à montrer la vie de tous les jours et comment celle-ci changeait au contact du grand élan moderne d'après 1945 (ou provoqué parla guerre).

Ca donne des photos très humaines, souvent drôles et rêveuses mais toujours avec une petite touche sur ce qui se perd dans le passage ancien / nouveau. En tout cas, elles ne sont pas nostalgiques, ou alors de cette nostalgie amusée proche d'un Jacques Tati. Ou l'on rit à l'avance de savoir qu'on va retrouver dans la modernité ce qui débloquait déjà dans l'ancien monde, mais sous une autre forme (parfois meilleure, parfois pire aussi).

 

Tout ça pour dire que c'est ce qui me plaît dans la photo. Ce moment de permanence trouvé par le photographe dans l'instantané.

Pour quelqu'un comme moi qui a peu de photos (c'était pas vraiment une grande passion paternelle ou maternelle) de lui ou de sa famille, je suppose que c'est un peu comme une sorte de Lego visuel. On y reconstruit ses bribes de souvenirs qu'on reconnaît chez les autres.
Et ça fait du bien !

 

Vous voulez en savoir plus ? www.wernerbischof.com

 

Agence Magnum / Werner Bischof / Cambodge : gardien de troupeau de vaches.

Posté par LaVitaNuda à 12:52 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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