30 septembre 2004
Blog d'Octobre
Une idée qui m'est venue comme ça.
Faire suivre à mon blog les changements de saison en le faisant changer de couleur.
Première étape : Octobre.
A.Sisley / Soir d'Automne près de Paris
Hommage Involontaire à Charles Pasqua.
Il y a quelques années de ça, j'ai pu vérifier à quel point les foules enrégimentées sont toujours et partout d'un comportement éminemment stupide.
A ce moment le service militaire existait encore, et s'était rappelé à mon bon souvenir à l'issue de l'épuisement de mes reports autorisés par la fréquentation assidue de la cafétéria de l'université de Paris III.
En tant qu'étudiant-poil-aux-dents j'avais vécu les grèves visant à transformer l'université à coups de réformes dont on mesure aujourd'hui les effets.
Les effets, nous en avions constatés certains en direct, a coup de débats philosophiques avec les unités de CRS à moto (les « voltigeurs ») commandée de main lourde dans un gant de plomb par Charles Pasqua.
Malik Oussekine, tabassé par les dits « voltigeurs » jusqu'à ce qu'il passe de vie à trépas, lui n'est plus là pour en parler.
Le Charles Pasqua, est aujourd'hui sénateur par la grâce des grands électeurs… Remercions les d'avoir été invités à l'élire sans doute autant par Chirac que Sarkozy, qui n'ont aucun intérêt à ce que le gros Charles ne déballe devant la justice quelques unes des innombrables casseroles qu'il promène avec lui.
Ce sont les mêmes qui faisaient, font et referont de grandes phrases pour réconcilier les citoyens avec la politique et lutter contre l'abstentionnisme.
Mais bon. C'est pas le sujet.
Au beau milieu de décembre me voilà donc en train d'en découdre avec l'administration du Ministère de la Défense pour tenter d'échapper au port de l'uniforme.
Armé d'un pacifique dossier médical en béton, je pars à l'hôpital militaire du Val de Grâce histoire de leur montrer que cette hypertension vertigineuse que je traîne depuis des années n'est pas une couverture pour sympathisant pro-bolchevique et anti-Français.
Je me retrouve dans une chambre avec vue sur un mécanicien de l'armée de l'air, tout content de raconter à un jeunot patriote (enfin, c'est ce qu'il croit) les innombrables crashes aériens qu'il a vécu en tant que mécanicien embarqué sur des vols d'essais.
Les médecins passent chaque jour, avec leur délicatesse caractéristique qui donne l'impression d'être réduit à un vague ramassis hasardeux et temporaire de cellules inertes et imperméables à toute forme d'intelligence. Et vas y que je t'envoie à droite à gauche pour des examens dont la finalité m'échappe. Mais faisons confiance à la médecine. Et si possible aveuglément. De toute façon, les ordres sont les ordres, je suis supposé devenir : un trouffion. Soit ce qui suit la paramécie dans l'ordre d'importance biologique terrestre.
Heureusement, les infirmières sont sympa. Sauf l'infirmière en chef dont j'ai lu récemment chez Anatosmoses qu'elle s'était réorientée dans le cinéma et le casting de figurants.
J'ai pas encore l'uniforme ni la coupe skin' si jolie à porter, mais j'ai droit à ce très beau survêt' d'un bleu totalement indéfinissable. Aujourd'hui, sa coupe et sa forme vintage ferait un malheur chez les 15-30 ans.
Au dehors de l'hôpital, la révolte gronde chez les étudiants-diants-diants. C'est pour quoi, pour qui ? Je ne sais plus vraiment. Etait-ce Devaquet ou un autre. Bref. Les grèves et les manifs repartent à plein tube. Mai '68 n'a qu'à bien se tenir.
Au dedans l'hôpital, j'attends fébrilement et hypertendu les résultats des tests pour savoir de quoi sera faite mon année à venir. Je m'emmerde royalement. Et de temps en temps je fais le mur pour aller m'échapper prendre un café boulevard du Port Royal, parmi les gens normaux.
Sinon, ce matin là pour tuer le temps, je me promène dans le parc du Val de Grâce, histoire de ne plus subir pour la 2 584ème fois l'épopée de la défaillance des freins de piqué sur Fouga Magister au dessus de Base Aérienne d'Istres.
Au bout du boulevard la rumeur enfle, monte et mugit. C'est la manif étudiante du jour. C'est beau comme une révolution d'Octobre matinée de foire du trône.
Le cortège s'approche de l'hôpital. Je m'approche des grilles pour voir passer ces glorieux partisans de la liberté d'apprendre. En quelque sorte, ce sont mes frères dûment encartés étudiants (après paiement de leurs droits d'inscription).
En tête de cortège se trouvent à la fois les plus instruits, les plus virulents aussi. Ces généraux des bataillons des universités Parisiennes ne sont pas sans ignorer que le Val de Grâce est un hôpital militaire. Autant dire LE symbole de cette loi et de cet ordre qu'ils détestent.
Quelques uns d'entre eux, un peu plus loin, sans doutes les orateurs les plus brillants, me localisent en train de geler, derrière la grille, à les regarder passer dans mon survet bleu.
Pas un flic en vue (Pasqua s'est fait taper sur les doigts), il n'y a que moi, tout seul dans ce parc, derrière la grille. Pour eux rien d'autre à se mettre sous la dent.
Il n'en faut pas plus déclencher leur talent oratoire. Les insultes se mettent à pleuvoir dru, ça tombe comme à gravelotte, l'ennemi, le leur, c'est moi.
Tous supérieurement éduqués par leur Bac + un-nombre-considérable-d'années, ils me font moine dans mon habit.
Le boulevard serait encore pavé, je ressemblerais à un Picasso époque cubiste.
J'ai beau leur dire : « bande de cons, vous êtes en train d'insulter un étudiant », il ne veulent voir et entendre que ce qu'ils ont envie, en bon troupeau de panurge.
Je ne serais pas plus surpris d'entendre les mêmes aujourd'hui défendre le libéralisme ou l'altermondialisme avec le même entrain, le même goût pour la subtilité, le sens des nuances et de l'écoute.
Ces gens là ne veulent rien changer à rien, jamais. Ils veulent juste un exutoire. En façade il leur faut un bouc émissaire de niveau maîtrise ou thèse (on va pas se rouler dans la boue des Bac-10 n'est ce pas ?), un coupable digne de leur haut niveau intellectuel.
Mais une fois dans la rue, ils fonctionnent à la bêtise la plus infra-ordinaire.
En dedans leurs ressorts sont les mêmes, et ne volent pas plus haut que leurs insultes.
De quoi justifier – finalement – tous les Charles Pasqua du monde dont ils se font les complices subjectifs.
C'est comme ça que je suis devenu un citoyen « dégagé » comme disait l'autre.
Deux jours après j'ai reçu ma feuille de route. Déclaré apte, je suis parti outre Rhin pour 1 an. Je devais y faire le traducteur d'assomantes paperasses écrites en allemand. Sur mon dossier était marqué : langues étrangères : anglais, espagnol, italien.
A.V.Rusin / Lénine arrivant à Petrograd

28 septembre 2004
September Song
Il y a quelques années de ça, je rentrais au païs.
J’avais quitté la France pour partir à New York, y accompagner une dulcinée, et fortifier mes années d’étudiant en angliche. C’était mon premier voyage transatlantique, mon premier Boeing 747, ma première grande aventure en quelque sorte.
Comment dire… Parfois on arrive quelque part, et immédiatement on se sent chez soi. C’est ce qui m’est arrivé à New York. J’étais chez moi là bas. J’y étais chez moi au moment même ou à 1h du mat’, je suis sorti de la station de métro pour me retrouver face à l’Empire State Building (je ne savais même pas qu’il était là), et poser mon pied sur l’asphalte : "un petit pas pour l’homme, un bon de géant pour le Frenchie qui va se faire écraser par un taxi."
J’y ai vécu un nombre incalculable de galères en tout genre, mais ça n’a jamais entamé mon bonheur d’être là, et pas ailleurs. Comme si j’avais toujours vécu ici. Comme si Manhattan était une extension de ce que j’étais à cette époque.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />
C’était pas encore l’ère Giuliani et la sécurité à outrance. C’était déjà une ville hors de prix. Mais il y avait tant de choses à découvrir et à y vivre. Notamment, que la connaissance approfondie du Théâtre Elizabéthain, ou de l’histoire de l’Irlande n’est d’aucune utilité quand on a besoin de dire « Passes moi le sel. ».
J’y ai appris beaucoup sur le rêve américain, et encore plus finalement sur mon propre pays, ma culture et mes raçines Franchouilles.
Le retour n’a pas été évident, et il a fallu du temps avant que Paris et les Parisiens ne redeviennent mon univers à moi. Le lieu où j’aime être entre tous.
Aujourd’hui, être à New York n’est plus un besoin vital pour moi. Mais – quand c’est possible – j’ai toujours autant de plaisir à y retourner. Comme un ami d’enfance qu’on retrouve après l’avoir perdu de vue très longtemps.
Je n’aurai pas imaginé qu’un simple lieu puisse prendre autant d’importance.
Maintenant, c’est moi qui aime promener « mes » New Yorkais dans Paris, leur montrer et leur raconter ce « chez-moi » ou je les accueille.
Et vous ? Y a-t-il un lieu, un endroit, une ville, un ailleurs qui soit votre chez-vous plus que n’importe ou ailleurs ?
Broadway Boogie Woogie / Piet Mondrian

27 septembre 2004
Amitiés Bloguiennes 2
Suite (et fin peut-être) de mon 1er post du 23/9 à ce sujet.
J'ai eu la demi-surprise de voir que je n'étais pas le seul à avoir élevé une cloison plus ou moins étanche entre mon blog et les gens qui sont mes amis de chair et d'os.
Même si entretemps, et du coup, j'ai laissé filtrer quelques infos à certains d'entre eux.
Finalement, nous sommes plusieurs à faire de notre blog notre "jardin secret", notre "domaine réservé", notre "truc en plume"... qui échappe (nous l'espérons) à nos habitudes. Mais je continue à trouver ça curieux.
Ca se télescope avec une phrase que j'ai lu ce week-end et que je vous livre illico :
"Nous voilà dans l'écrit. De l'amour on écrit, on en témoigne à l'autre, le partenaire, mais aussi le monde entier... Ecrire supplée à une jouissance qui ne peut avoir lieu dans les corps. Celle là a lieu dans l'échange épistolaire entre amoureux absents l'un à l'autre, dans les histoires, les films, les romans...".
Alors finalement, un blog ce ne serait que ça ? Ou plutôt tout ça !?
Une histoire d'amour (Du calme les coquinous, je ne suis pas en train de proposer une nuit pour bloggeurs échangistes !).
Et nos histoires d'amour on en partage que des fragments avec ses proches de chair et d'os. Sauf que là, c'est une histoire d'amour en mots. Ce sont des rencontres et des découvertes faites aux hasards plus ou moins orientés et heureux de nos clics et déclics, et parfois des claques.
Cette histoire là on la garde tout entier pour soi, en soi.
Ca expliquerait aussi le désir d'être lu par les autres bloggeurs. Si on partage la même envie d'écrire (même sous des formes différentes), on sait tous à quoi nous en tenir dans l'envie d'être lu finalement. Qui n'a pas envie d'être aimé ?
Ca expliquerait aussi la déception qui peut nous saisir quand une de nos notes est incomprise, détournée, voire niée. C'est comme la petite trahison d'une confiance intime, que nous donnons à ceux qui nous honorent de leurs visites et de leurs commentaires.
L'amour, toujours l'amour.
Il faut croire que ceux qui prétendent que seuls l'argent et le sexe dirigent le monde, se trompent lourdement.
Et qu'ils sont vraiment à plaindre.
Finalement, tant mieux.
Alors pendant qu'on est là, vivants, sur ce caillou rond, sur ce blog, profitons-en.
Turner / Moïse écrivant le livre de la Génèse.
24 septembre 2004
La Santé
Rendez-vous à l'Institut Protestant. Non je n'y vais pas pour me convertir ou m'assimiler à un appel au Messie Jospin pour l'Europe. Non, non.
J'y vais pour me renseigner sur les programmes de conférences pour cette année.
L'institut est au 83 Bd Arago. Mais comme c'est la première fois que je m'y rend, je ne m'aperçois pas que le n°83 est un peu en retrait au coin du boulevard et de la rue Trucmuche (c'est fou le nombre de rue Trucmuche, c'est pire que les Av. De Gaulle, Leclerc, ou Pierre Brossolette).
Et donc, je me retrouve face à ce que j'imagine être le n°83 : la prison de la Santé !!!
Comme quoi de la religion à la prison, il peut n'y avoir parfois qu'un (numéro) impair de plus.
Cette grosse batisse, massive, sombre et sale se distingue des contre allées élégantes, bordées de marroniers derrière lesquels la prison essaie de s'abriter. Inutile, on ne voit qu'elle. En fait elle fait juste semblant.
Un beau soleil joue à cache-cache entre les feuillages encore verts. Il suffit de marcher pour jouer au coup de soleil / coup d'ombre / j'te vois / j'te vois pas... J'adore cette période de l'année, entre été et automne.
Le boulevard est désert. Enfin presque.
Il n'y a que moi et cette jeune femme, plantée, debout, sur le trottoir opposé, face à la prison. Elle parle, ou plutôt elle crie. Vous savez, de cette voix qu'ont les blacks qui chantent le gospel. Une voix hyper-sonore, qui vous réveillerait une séance pleinière au Sénat après leur banquet de retrouvailles.
En fait elle s'adresse à l'un des détenus, perché la haut dans un des étages de la Santé. Ils se parlent dans un mélange de Français et d'une langue Africaine que je suis bien incapable d'identifier.
Malgré la distance, le bruit de la circulation, et les marronniers qui doivent étouffer les sons, ils réussissent quand même à se parler. Elle dehors, lui dedans.
Peut-être qu'il n'y avait pas de visite aujourd'hui, ou qu'on a pas voulu la laisser entrer, ou que le détenu est puni... En tout cas la performance vocale force le respect ! Je serais le producteur de Lara Fabian (Dieu m'en préserve), bref... Passons.
Et puis là ! Alors qu'elle s'adresse à... A qui d'ailleurs ? Un parent, un fiancé, un ami ?
Tout là-haut dans le marronnier, un marron encore dans sa coque se fait la belle.
Au propre et au figuré.
Le voilà qui quitte l'arbre natal, et dans une chute vertigineuse (pour un marron) vient rebondir pile sur le sommet du crâne de miss 4 octaves.
Ca fait : Pok !
Je retiens mon rire. Car la jeune femme est totalement stupéfaite par cette chute occipitale.
Dans ses yeux je lis le coup du sort qui se renouvelle. La déveine, la scoumoune, la poisse, l'usure, le trop c'est trop... Le Pok que fait le marteau du juge qui confirme une sentence de prison.
La coloratura noire en reste muette.
Ce pok, c'est la promesse de se coltiner un quotidien de merde parce que l'autre là-haut, il a si bien joué au con qu'il a gagné le gros lot.
Elle ramasse ses affaires et s'en va sans un mot.
(moi aussi, jusqu'à lundi. Bon week end a tutti).
La Cour de Prison / Vincent Van Gogh
23 septembre 2004
Amitiés Bloguiennes
Mes amis géographiquement lointains commencent à s’impatienter. Les mails arrivent, du genre : « Tu es toujours vivant ? Si oui, fais nous signe ».
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Le fait est qu’avec le temps que je passe sur le blog, mes conversations épistolaires s’en sont trouvées assez réduites. Moi qui envoyait de longs (pff, ouais, ça va hein ! Je sais que je fait « long ») mails à mes amis en province ou encore plus loin, je suis en train de les délaisser. Je ne leur consacre plus autant de temps qu’avant.
Je m’aperçois avec consternation qu’entre mes amis « historiques », et mes amis du blog, j’ai créé deux univers disjoints. Les premiers ne savent pas (pour la plupart) que j’ai ouvert un blog. Comme si j’avais quelque chose à cacher. Alors que je ne suis pas différent avec eux, de ce que je suis ici sur mon blog.
Mais bon, pourtant il n’y a pas de Mr LaVita et de Dr Nuda.
En même temps, je n’ai pas forcément envie de mélanger les deux, et de dire à mes vieux potes (et potesses pour faire plaisir à Samantdi) : allez donc voir sur ce blog, puisque j’y suis.
Mon blog reste un univers à part, ou pourtant des liens se sont tissés (comme dirait Spiderman), avec une même affection pour des blogs que j’aime lire, et donc de l’affection pour leurs auteurs.
Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Et vous, de l’autre côté de l’écran-miroir, c’est pareil ?
Le Friendship / Alexander Calder

22 septembre 2004
Cellule de Soutien Psychologique
A chaque catastrophe annoncée, et il n’en manque pas, dans nos radios, nos télés, nos journaux, il y a désormais cette incantation magique pour clore le reportage : « Les victimes ont été immédiatement prises en charge par une cellule de soutien psychologique ».<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />
Moi j’avoue, je me demande ce que c’est une cellule de soutien psychologique et comment ça marche ?
Ben oui !
Imaginez.
Vous sortez à peu près en bon état (vivant au moins) d’un accident d’autocar, d’une prise d’otages, d’un hold-up, d’un déraillement de train, d’un week-end avec Sarkozy…
Complètement sous le choc, vous vous frayez un passage vers la lumière et les sauveteurs, l’esprit totalement stupéfait, dans un état second, uniquement mû par l’instinct de conservation, et là…
Et là…
Et là vous voyez débarquer une brochette de gusses en blouse blanche, avec un brassard « unité de soutien psychologique ». Et vous voilà embarqué dans une camionnette à l’intérieur repeint pastel. Peut être même qu’il y aura un canevas de biche buvant à l’étang accroché à une cloison. Entouré de trois psychologues (c’est important qu’ils soient 3), dûment assermentés, qui vous ont escortés jusque là. On vous fait asseoir gentiment sur une chaise.
Mais c’est pas tout ça. C’est que vous n’êtes pas la seule victime. Elles affluent par dizaines, et l’unité de soutien psychologique a du pain sur la planche.
Alors gentiment (très), vous êtes invités à parler.
Allez y !? Vous avez dû avoir la trouille de votre vie, racontez !
Quand le wagon a explosé, ça a dû faire un choc terrible ? Racontez.
Tous ces morts couverts de sang. Affreux ! Racontez.
Cet otage exécuté devant vos yeux. Racontez.
Votre femme, restée sous les décombres. Racontez.
Mais qu’est ce que vous pouvez raconter ? A peine conscient que vous faites encore partie du monde des vivants, vous ne pouvez rien raconter.
Vous annonnez péniblement deux, trois syllabes.
La cellule de soutien psychologique vous encourage : « allez-y, on est avec vous, ça va aller ».
La cellule de soutien psychologique, compatissante, comprend la situation. On vous donne deux, trois calmants. On vous glisse une carte dans la main avec ces mots : « Venez nous voir ici, si vous ne vous sentez pas bien. »
Et on vous raccompagne au dehors : « Excusez-nous hein ! Vous savez, il y encore pleins de gens qui doivent raconter. Aller ! Au revoir ! ».
Une ambulance vous ramène chez vous. Vos proches sont là. Un médecin de l’unité de soutien est venu les rassurer. L’ambulancier vous aide à entrer chez-vous. Il annonce : « Ca va aller, vous savez, il a été pris en charge par une unité de soutien psychologique. Des vrais pros ».
Vous ne pouvez rien manger, ni boire, ni dormir. Vous vous demandez encore ce qui a bien pu vous arriver. Ca s’est passé si vite, que vous ne savez pas encore ou vous êtes. Le médecin vous fait une piqûre. Cette fois vous dormez pour de bon.
Ce n’est que quelques jours plus tard que vous commencez à émerger.
Vous pouvez vous mettre à table, et dîner avec votre famille. La télé est allumée, elle est toujours allumée de toute façon.
Encore une catastrophe aux infos. La même, une autre ? Vous avez du mal à faire la différence de toute façon. Et à la fin du reportage, la phrase magique : « une unité de soutien psychologique a été envoyée sur les lieux ».
Un frisson vous transperce. Ca vous revient d’un seul coup l’unité de soutien psychologique.
Une drôle d’idée vous vient à l’esprit. Et si cette unité, elle servait surtout à conserver l’unité des auditeurs, des téléspectateurs, du public. A les soutenir eux, à les rassurer, à leur dire : « Ne vous inquiétez pas, on s’est occupé de tout. Tout va s’arranger. En tout cas, quoiqu’il arrive, ce n’est pas votre affaire. L’unité de soutien psychologique a tout arrangé au mieux de ce qu’il est possible ».
Vous l’avez senti immédiatement en revoyant vos proches, votre famille, vos amis, vos collègues… Ils avaient ce regard embarrassé et inquiet de ceux qui se demandent comment s’y prendre dans ce genre de situation.
Jusqu’à ce qu’il y en ait une personne bien intentionnée pour rompe la glace : « Heureusement, il a été tout de suite pris en charge par une cellule de soutien psychologique. Des gens comme ça !! (À ce moment, vous pensez à David Douillet d’un seul coup, sans savoir pourquoi). Ils nous ont prévenu que ça allait sûrement prendre du temps. Vous pensez, ils ont l’habitude. Avec tout ce qu’ils doivent voir. Moi, tiens, je pourrais pas faire ce genre de boulot… bla bla…bla bla ».
Vous n’écoutez déjà plus la tirade de la personne bien intentionnée.
D’un seul coup vous avez l’impression qu’on vous a enlevé les questions et les réponses de la bouche. Plus rien à dire.
Les mines rassurées de l’auditoire vous le confirme. Ils sont soulagés. Toujours embarrassés mais soulagés. Eux aussi, c’est un peu comme si ils avaient vu une unité de soutien psychologique.
Vous confirmez d’un vague « ça va aller, ça va aller ». Et vous tentez de reprendre votre vie quotidienne. Rien de tel paraît-il.
Et ça marche. Il y a juste ces cauchemars que vous faites chaque nuit. Et puis vous avez pris (ou perdu) 10 kilos en un mois. Et tiens, vous perdez vos cheveux aussi. Ca vous énerve un peu. C’est comme vos gosses, vous ne pouvez pas les supporter en ce moment. Et parfois aussi, vous vous mettez à pleurer tout seul, sans raison, sans savoir pourquoi. D’un seul coup.
Un jour justement, en cherchant un kleenex dans votre poche, votre main attrape une carte de visite. C’est celle que vous avait laissé un membre de la cellule de soutien psychologique.
Vous la lisez attentivement.
C’est vrai que quand même, ça va pas très fort. Ce serait peut être bien de voir quelqu’un pour vous faire aider. Vous lisez la carte de visite à nouveau.
Parlez. Racontez. Dites-nous.
Tout les souvenirs de ce qui est arrivé vous reviennent d’un coup.
Vous remettez la carte dans votre poche.
Peut être avez-vous avez peur de l’unité de soutien psychologique.
Roy Lichtenstein / I'd rather sink than call Brad for help.

21 septembre 2004
La première note sur un nouveau blog, c’est un peu comme un entretien d’embauche.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />
On essaie de bien présenter, de faire bonne impression pour donner envie au visiteur de revenir plus tard.
D’habitude on se présente, on s’appelle Henri, on a envie d’être aimés, tout ça…
Ensuite il faudrait trouver une petite accroche, une pincée d’humour, un zeste d’impertinence, un souffle d’intelligence histoire de joindre le geste à la parole, le beurre et l’argent des fesses de la fermière, enfin bon… Vous voyez ce que je veux dire...
Dans mon 1er blog, j’avais placé la barre haut !
Pensez donc.
Je m’étais mis en tête de donner à mes semblables matière à penser. Voyez-vous ça ! Genre, et si je pétais plus haut que mon blog pour voir !!
Et puis je suis allé lire pleins de blogueurs à droite à gauche.
Effectivement il y an a plein qui utilisent leur cerveau de manière restreinte (sans parler du reste : leur cœur, leurs tripes, leurs yeux et leurs oreilles, alouette…).
‘Ch’ais pas, on a du les élever comme ça !!
Mais il y en a beaucoup aussi qui ressemblent à des « êtres vivants » comme disait Dustin Hoffman dans Little Big Man. Des blogueurs dont on entend l’humanité dans leurs mots.
Je les soupçonne même d’avoir un blog à cause de ça.
Pour les aider à traverser et surmonter les océans de nullités quotidiennes auxquelles tout un chacun est confronté, en se disant, tient finalement il y en a d’autres des « être humains ».
En tout cas, c’était le cas pour moi.
Ca m’a rempli d’une joie si grande que j’aurai bien du mal à la décrire.
Mais alors…
Alors je crois qu’ici je devrais me cantonner à des ambitions plus modestes.
Et juste essayer de partager ce qui vient, avec « advienne qui voudra ».
Enfin, bon.
Vous verrez bien !
Fra Lippo Lippi / Nativité

17 septembre 2004
Coming Soon
Coming soon !




